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"A ceux qui fuient n’echoient ni les pouvoir, ni ‘la gloire" Homere, L'Iliade, XV
A la fin de mars 1987, I général Akhtar flit promu a quatre
Ctoiles. Cela signiflait qu’il devair abandonner son poste de
directeur genEral de lIST et prendre Its fonctions de président
du Comité
des chefs d’etat-major. Sa promotion tie fur pas bien acrueillie
par les pai les Moudjahidins, moi-m et cerrainemenr par it
gEneral iui méme. Pendant huit ans It genEral avait Eté
larchitecte tie ‘a stratEgic du Djihad. Sous sa ditection
densemble, Ia guerre avait ét portée a un point tel que Ia
victoire mihitaire definitive des Moudjahidins était en vue.
CEtaient ses recommandations au Président qui avaient des It
dEbut p it Pakistan derriere Ia guerte de resistance. I sétaic
bartu aver suc cès sur le front polirique pour garde un sembiant
d’unirE co les chefs de patti, mais avec comme seule condition
préaiable une victoire mihitai re tonIc. Il comprenait fort bien
‘a psychologie afghane et le besoin imperatifd’atteindre its
objectifs mihitaires avant den arriver se distrai re avec les
querelles pohitiques. Les leaders moudjahidins et les comman
dants ne pouvaient faire face qua un des deux impEratifs en mEme
temps. Personne rnieux que lui ne percevair l’effer debilitant
dun pou volt pohitique s’emparant prématurEment du Djihad.
Au cours tIe l’année 1986, il avait vu its SoviCtiques Se
rEsoudre au dEbut de heffondrernerit. C’est cette annEe-Ià que
he Président Gorbatchev déclara au 27 Congres du parti
communiste que ia contre revolution er !‘imperialisme avalent
transformC J’Afghanistan en tine plait sanglanre”. En mai de ha
même année, a Geriève, ala conference sur Ia paix, patronnée par
lONU, les SoviEtiques avaient proposE un retrait de heurs
troupes EchelonnE sur quatre ans. En juillet, jig avaient
effective ment retire une force symbohique de 6.000 hommes, qui
comprenait de façon significative deux regiments motorisCs et un
regiment de chars, en même temps que trois regiments dartilierie
antiaérienne, de toute manière superfius. 1986 avait été
également l’annee du Stinger.
Le génCral Akhtar a prendre un poste qui lui donnerait peu
dautoritC ou d’influence. D Ia position Ia plus puissante dans
FarmS palcistanaise, dun poste dont lob jet avait ete de
combattre, durant toutes Ces longues anné Ia super-puissance
soviCtique sur le terrain, ii Se trou vait “propulsé tout en
haut” vers une sinCcure. Pendant deux semaines, ii ne transmit
pas ses responsabilit afgbanes a son successeur, I major general
Hamid Gui. On jasa sur cette façon de conserver ces anciennes
fonctions dans sa nouveiie position. Cétait Ce quit espérait,
car, pour des raisons personnelles et professionnetles, it
tenait mener le Djihad jusqu’à ‘a victoire finale. Mais cela Re
devait pas arriver. Le Président Zia ne se laissa pas fl aussi,
a contre-c Akhtar passa-t-ii ses responsabili tés a Gui. Ce fut
I premier des fevers majeurs, au cours de cette guerre, autant
avant qu’après I retrait des SoviCtiques, qui conduisirent en
fin de compte a frustrer ‘Cs Moudjahidins dune victoire a leur
portée. Le g Akhtar fut, je crois, victime des pressions
américaines. Celles-ci Se fai saient sentir depuis des annécs,
mais en avriI dies avaient fini par comnci der avec les desirs
du Président. Bien que lambassadeur des Etats-Unis ait insisté
auprès de cc dernier pour que le general Akhtar soit maintenu
dans ses fonctions afghanes, ses propos manquaient de convicrion.
Les Américains n’avaient jamais vu dun bon ctil Akhtar a Ia tête
de ISI.
Pendant plusieurs annCes les Etats-Unis n’avaient Pu saccorder
sur un certain nombre de questions avec I general Akhtar. Au
debut de Ia guerre, I’objectif semblaic net — chasser les
SoviCtiques dAfghanisran c ics faire payer pour l’humi!iacion
amCricaine au Viêt-nam. C’était en pre mier lieu une affaire
militaire, impliquant Ic soutien massif dune guerre de
partisans. Mais a mesure que Ia tendance des combats tournait
deuce- merit en faveur des Moudjahidins, que les SoviCtiques
commençaient
montrer quils n’étaient pas absolument decides a rester en
Afghanistan, et cju’en fair un retrait militaire Ctait possible,
alors, les Américains corn mencèrent a imaginer un Afghanistan
sans l’Armée Rouge. Ce qu’ils virent ne fit que les effrayer. us
ne croyaient pas que I régime afghan communiste pourrait
davantage survivre a un retrait soviétique que Ic régime
viêt-namien du sud avait survécu au depart des Américains. us
voyaient un gouvernement islamique fondamentaliste ‘a Kaboul. X
voyaient les leaders comme Khalis, Sayaf Rabbani et surtout
Helcmatyar etablissant une dictature reiigieuse de type iranien,
qui rendrait Kaboul aussi anti-américaine que Teheran. A cause
de cela les Etats-Unis cher cherent avec uric vigueur croissante
a briser thegémonie des chefs de pa Us voulalent exploiter les
differends entre leg partis et leurs com mandants. Le gen&at
Akhtar comprit leur objectif et leurs méthodes er para chacun de
feurs coups.
La CIA avait toujours préconisé que iisr fournisse des armes aux
commandants sans passer par les partis. File prétendair que
cérair logique dun point de vue mil La CIA aurait souhait de
tout son cu décidet de i’attribution des armes. Then que nous
jul ayons expliqué que notre méthode était entiêrement basS sur
des facceurs opErationnets, cite ne lacceptait pas et devint de
pius en plus frustrée a chaque refus de lIST de changer I
syStème. Si nous avions directement distribué les armes aux
commandants, nous aurions incroduit Ia corruption, I chaos er La
contkision en Afghanistan. I csr inrCressant de rioter que cesc
cc qul se passe aujourd’hui. En 1990 les Américains obcinrenr cc
quils voulaient. On fixirnir desormais largemenc des armes aux
commandants, avec Ics querelles a le manque de contrôle qui
s’ensuivenc. I en couranr aujourdhui de voir des commandants
arraquer des convois de Moudjahi thus pour va des armes rce
qu’iIs estiment quon aurait clu les leur dormer. CeJa convient
aux Etacs-Unis et aux Soviériques, qui craignent egalemenr
lecablissement dun régime fondamenralisre a Kaboul, qui
aggraverair leurs propres problemes I linrCrieur de leurs
républiques musulmanes voisines.
Le général Akhrac êcait egalement fortemenc oppose a lidCe lumi
neuse des Américains consiseant I ramener Zahir Chah de son long
exil pour Ic mettre a Ia tête dun gouvernement de reconciliation
a Kaboul. Ils I suggérèrent & Ia fin de 1986, mais c’&ait
seulenienr tine ruse not vetle pour metcre tin peu plus de
discorde enrre les modérCs er les Fonda mentalisces. Ces
derniers consideraienr lancien r comme, rn mieux on incompetent
hesitant qui avaic use cinq premiers miniscres en di ans, ou ati
pire, on pancin è Ia solde des Américains. Gailani, chef dun des
partis modCrés, avair éré a one époque conseiller officicux du
roi en remetrant Zahir Chah en avant on Craft donc certain
dentretenir les ressenriments et les rivalirés.
Il y avair en outre I résistance do gCnéral aux demancles des
AmCricains et du minisrère des Affaires étrangères do Pakistan
pour que les chefs de patti rCunissenr one choura (Un conseil)
aim de se mecrre daccord sur le fu gouvernement de lAfghanistan
st Ia base dune representation des pai en foncrion de leo raille.
Cela aurair signifit que tel pa nuinériquernent fort mais dont
les efforts a lefficacité dans
Ic Djihad éraienr faibles, au,air cii one plus grande influence
stir Ia poli nique que te aurre plus petit qui &air davanrage
borne vets Ia lotte. Le général Akhtar et moi nous élevions
contre linjustice de cette proposi-
don. Nous nous opposions egalemenr rous deux a Ia formation dun
gou-
verriement provisoire des partis jusqul cc que Ia guerre aft ete
gagnée de
façon decisive, c qui impliquait que les Sovietiques auraient
quinC
l’Afghanisran et que les Moudjahidins auraienr pris Kaboul.
Le gCnéral Akhtar comprenait bien que cette proposition des
Etats-
Unis er des Affaires &rang res pakistanaises étair desdnée a
arcroIrre Ies
antagonismes etitre les partis et a encourager les dissensions
entre les lea-
ders et les commandants au detriment de leurs efforts stir le
terrain. Lui,
comme mci, navons jamais va dans norre croyance que Jes Moudjahi-
dins devaient sassurer une victoire militaire avatit que Ion
puisse envisa-
get un avenir politique pour IAfghanistan. Si les commandants
sinteres-
saienr davancage 1 Ia policique I Peshawar qua Ia poursuice du
combat,
its en arriveraient bientot, litteralement, a abandonner leurs
operations
pour se rassembler au Pakistan. Après tout, pourquoi continuer a
pour-
suivre Ia guerre avec enthousiasme, aver un grand risque
personnel,
lorsque les premieres places de Ia scene politique Ctaient a
prendre a
Peshawar ? Personne ne pourrait sassurer une position
intCressante sil ne
se trouvait sur place, physiquement, pour intriguer et faire
pression — ce
gui correspondait autant au carauère afghan que de Se battre.
Le génCral Akhtar avait conscience que si Ion s’engageait dans
des
activitCs politiques avant Ia prise de Kaboul, cela affaiblirair
tellement I
Djihad qu’une victoire militaire serait alors inaccessible.
Comme ii avait
raison Malbeureusement Ic général Akhtat avait peu damis. Parmi
les
miliraires, tous les généraux It ronsidCraient avec un mélange
tie suspi-
cion et d’envie. II était en désaccord avec le Premier
miriistre,etles
AmCricains Ic considCraient comme te champion des fondamentaIis
5iiYiffavaientorreurThinale
pflBrp Ic Président Zia. Si I President avait voulu I
maintenir, personne naurait Pu I faire partir mais, au debut de
1987,
Zia souhaitait ega un nhangement ala tête de lSI.
Le gCnéral Akhtar avait accompli un miracle — ou presque. La
pos-
sibilirê pour les Moudjahidins de barire Ia super-puissance
communisre
commençait a ressernbler a une probabilité. Les Soviétiques
parlaient de
rerraits de troupes et le Stinger était désormais en place
contre eux. Si! y
avaic un rriomphe militaire, Akhear en strait Ic hCros cest liii
gui I
premier avait précoflisC Ia lutte et c’est lui qui avait conçu
et supervise Ia
strategic de Ia guerre. Ce serait sa victoire. Je crois que I
Président Zia
donna une promotion au géuérat Aklnar ai quon ju artribue lui,
Zia,
le benefice de Ia victoire. Cela ne pouvait que renforcer
Cnorménienr son aurorité et son prestige. 1! aurait etC
considerC comme le vainqucur du plus grand Djihad depuis des
siècles, cc qui aurait rendu sa position de président
inattaquable. A partir du moment oü ces intentions comnci daient
avec les pressions, amCricaines et pakistanaises, pour retirer I
général Akhtar, Ia decision devenait irreversible. Akhtar nCtait
pas le premier ofFicier ‘a être écartC des quit semblait
constituer Ia plus petite menace, directe ou indirecte, pour ‘Cs
intCréts personnels du Président.
Je fus consternC d’apprendre que le général Akhtar quittait V
Comme soldat, ma premiere prioritC était de rechercher une
vicroire sur le champ de bataille. Mes vues en cela coincidaient
avec celles du géné cal. D’abord gagner Ia guerre, ensuite
transmettre lautorité aux politi dens. Je me rendais compte que
cétait peut-étre un peu trop simplisre, voire naiL Néanmoins,
‘Cs Cvènements devaient prouver que les querelles poliriques
prCmaturées allaient contribuer a provoquer Ic chaos militaire
qui règne aujourd’hui en Afghanistan.
Je consacrais mes efforts aux operations mais lintrusion de Ia
poll tique sur I terrain faisait partie de ma vie quotidienne.
II semblait inva riablement que Ia politique gênait plus les
Moudjahidins quelle ne les aidait. Le ministre des Affaires
étrangères du Pakistan, Sahibzada Yaquoob, Ctait profondCment
engage sous l’égide de IONU dans les pourparlers de Genève entre
le Pakistan et lUnion soviCtique. Ii tenait au courant ‘Cs chefs
de parti des progrès de ces discussions mais je trou vais un peu
frustrant de constater qu’il ne révClait que Ce qui Ctait déjà
connu du public, que Ce qui avait etC publié par Ia presse. 11
ne les mit jamais dans ses confidences ni ne leur dCvoila ses
intentions. Il nétair pas prêt non plus a accepter leur avis.
Notre ministère des Affaires Ctrangeres était determine a passer
un accord sans jamais permettre aux leaders Moudjahidins un
guelconque droit de veto, quelles que soient les cir constances.
A Ia fin de 1986 ii ny avait plus guère de conflance ni de res
pect entre ‘Cs leaders et Ic ministère. Une Lois pourtant, le
ministre demanda l’avis des leaders sur Ic calendrier de rerrait
des Soviétiques. Hekmatyar repondit C’cst rrès simpie. On dolt
donner autant de rcmps aux SoviEtiques pour Sc retirer quits en
ont pris pour entrer en Afghanistan, cest-a -dire p3.5 pius c
trois fours.
Les chefs de parti pensaient quon aurait dft demander aux Sovie
tiques de négocier direcrement avec eux. Les SoviCtiques
auraient-ils accepté cela en 1986. je ne sais, mais le ministère
des Affaires Ctrangères nécair pas prêt a perdre son importance,
ni le controle des discussions de notre côtC. Les leaders
exigeaient Cgalement de ne jamais parrager un quelconque
gouvernement provisoire avec Najibullab ou un autre comparse
soviétic ne serait-ce que pour un seul jour. Us Ctaient catC
goriques. us luttaient au nom d’AIIah pour établir un
gouvernement isla mique a Kaboul. us considéralent un tel
partage du pouvoir comme une trahison des sacrifices accomplis
par des millions d’Afghans. Le Président Zia essaya lui-aussi de
les persuader de montrer un peu plus de sagesse politicjue en
partageant le pouvoir dans un gouvernement provisoire pen dant
une période symbolique mais us ne pouvaient fléchir. Cétait
lAfghan, dans son coté le plus inflexible. A Ia fIn, je renonçai
méme
assister aux conferences de Sahibzada cétait trop deprimant.
Le major general Hamid Gu remplaça le general Akhtar a l’lSl en
avril 1987. II devair y rester deux ans. Son poste precedent
érait Ia direc tion du renseignement militaire a l’Etar-major
general javais entendu parler de sa competence professionnelle
et de sa force de caractère. Aujourdhui, avec le recul du temps,
je peux I plaindre. I devait prCsi der a une série de désastres
qui, malgré le retrait des SoviCtiques dAfghanistan, abourirent
au chaos actuel. Durant son passage a 1151, Ia vicroire
militaire !ui fut retiree des mains Ct en Cchange il Se retrouva
dans une impasse.
Comme ii avait pris Ic balai, il voulut en donner un grand coup
immédiarement. Mais Il avait aussi besoin de temps pour
s’adaprer, ren contrer les chefs de parri, se mettre a
comprendre les manières afghanes er êrre capable de discerner Ce
qui était possible et cc qui ne lCtair pas. Au debut GuI trouva
parfois cela difficile. Avec son passe de cavalier (arme blindée),
cétair un partisan convaincu dune armS possédanr en reserve une
force de frappe mobile — une formation qui pouvair Se porter
rapidement au point critique, influencer Ia bataille au moment
propice et avec laquelle on pouvait exploiter Ic succès. Une
bonne idée, essentielle pour rCussir dans une guerre
conventionnelle, souhairable peut-être dans Ia guérilla, mais
impossible pour les Moudjahidins en Afghanistan. Le général GuI
realisair mal an debut les querelles enrre les partis et les
commandants, ii navait aucune idCe de leur influence sur ‘a
pratique des operations, il mi restait a apprendre que ía
plupart des commandants ne roléraient pas que d’aurres groupes
de Moudjahidins passenc par leur zone, encore moms qu’une force
imporrante y vienne et prenne le contrô I des operations sur
leur territoire.
Je Iui signalai ces problèmes mais il me reprimanda, disant que
jétais un dCfairisre oppose aux idees nouvelles. Par !oyauré
envers mon supérieur je us des efforts acharnés pour convoquer
des Moudjahidins de tons les partis a l’entraInement pour sa
Force de frappe. Pendant un mois, nous Iuttâmes pour surmonter
les difficultés fmnancieres, logisriques, de commandement mais
les progrès flirent bien maigres. A cette tpoque, le gen Gui,
commençant a saisir ‘Cs bizarreries d caract&e afghan, romba
d’accord avec moi pour abandonner l’idee momenranément.
A Ce moment-là je savai que jallais prendre ma retraite de
I’Armée, A Ia fin d’avrii 1987, on minforma que a commission ne
mavait pas inscrit au tableau davancement pour le grade de major
geae rai. Je fus dCçu mais point surpris. En réaiite, aucun des
génCraux de I commission ne me connaissair je flaVais pas servi
sous leurs ordres c un paste d’offlcier supérieur rout c quils
savaienr de moi Crair que janis travaille 1 I durant quatre ans.
fls donnaienr des promotions aux gens quils connaissaienc, pluc&
qu’l un brigadier inconnu qui étair
resré si longremps en dehors de larmée proprement dire, er dans
me
organisarion quits considéralent avec que doutes. Je cr que I
Président park en ma faveur mais i n’érait pas d€cidé a
s’engager a fond pour moi. Pour lul, Ce nCrair pas une question
cruciale a c moment-là. Jaurais pu tester a iisi comme brigadier
mais je refusal cette solution. I y avait longremps que j’avais
décidé de prendre ma retraite si je nétais pas promu, c’était
donc Ce que je me disposais a faire. LinconvCnient était que je
ne pouvais prérendre a uric pension rant que je naurais pas
lautorisation de 1Armée. En tant que brigadier, on pouvair
exiger que je continue a servir. Cest Ce que leg génCraux Akhtar
et Gui rentèrent de me convaincre de faire jusqu’au PrCsident
qul insista pour quon ne rn’autorise pas a prendre ma retraite
car on avait encore besoin de mol.
Jétais déridé rester quelques mois, mais pas davanrage, pour
mettre en place mon Successeur. Ayant dirigé Ia guerre durant si
long temps (avec assez t succès, pensais-je), ma ficrté
professionnefle trait blesste. Mais Ce qul érair beaucoup plus
important étair que je pouvais décder une atmosphere gCnérale c
changement en faveur dune polirique qui aijair a mon avis af&ib!ir
le Djihad au moment précis o& Ion auraic dü maintenir Ia
pression militaire. Je commençai I metrre en cloure qu’une
vicroire absolue soft le but de Ia partie. Lodeur de
lopportunisme et des compromissions politiques flottait dans
lair. Le Président Zia par lair même aux leaders tie partager Ic
pouvoir aveC Naj am s dun gouvernement provisoire. Pour moi,
cétait Ianatheme. Avec Ia vicroire en poche, je pouvais volt que
ICS Américains commençaient a presumer que Ia guerre était
gagnée et a concentrer leurs reflexions sur Ia manike dempecher
leg parris fondamentalistes de prendre le pouvoir a Kaboul.
Je ne peux resister a La tentarion de citer une Iettre écrire I
1 juin
1989 am New York Times par un commandant bien Connu, Abdul Haq.
Bien queUe air etC écrite près de deux ans après mon depart en
rerraite, les sentiments queue exprime étaient exactement ceux
de Ia masse des Moudjahidins durant La guerre. 11 écrivait, en
parlant du gouvernement des Etats-Unis:
Votre gouvernement a toujours prEtendu go’] sourenait Ia résis
tance con tre it régime thntoche des SoviEtiques. Ce régime
thntoche est too fours a Kaboul. Le Président Najibullah n ‘Eta
it pas ministre de ‘a Sante ou de lEducation ii trait ministre
de ia torture et do meurrre (en tant gut chef do KHAD). Depuis g
est devenu Président nous avons to encore des mufflers de
victimes Pius dun million et demi de per sonnes ont été tuées,
it pays a EtE détruit a 70 pour cent, et cinq a six millions de
gens sont devenus des réfugies.
On dir que nous devrions participer a on gouvernement Elargi
avec Ic Président Najibufiab et ses acolytes. Aujourd’hui
encore, les Ame ricains ne veu lent pas donner on visa a Kurt
Waldheim parce que ion prEtend go ‘ii a joué un role dans ies
crimes de guerre i y a plus de 45 ,ns. Mais i’ous voulez gut
nous transigions avec l’Hi tier de notre pays.
Pendant queique temps, it fur incertain qu’on allait me laisser
par tir. Jeus une discussion animée avec le général Akhtar dans
son bureau. ii insista pour que je reste, m’offrant piusieurs
autres postes en guise de persuasion mais je his inflexible. A
Ia fin de lentretien, Iorsque je Iui eus affirme que rien ne
pourrait me faire changer davis, le gEneral Akhtar Se mit en
colère et me dit qu’on ne me laisserait partir sous aucun
prétexte. Je dis alors au gEn Gui que jEtais prêt a renoncer a
ma pension et ‘a donner ma dEmission si! le fallait mais que
jirais jusquau bout. Par Ia suite Gui fit tout son possible pour
convaincre les autorités de me libErer et finalement ii réussit.
Je lui dois pour cela une grande reconnaissance.
Avant de quitter ISI et l’ArmEe, le 8 aoüt 1987, javais promis
au
Comite miliraire de revenir comme clvii offrir mes services au
Djihad
titre privE. Après metre installé avec ma familie dans Ia vie
civile
Karachi, je rEservai une place sur un vol pour Rawalpindi pour
le 4 avril 1988 Je retournais I Ia guerre. Au dernier moment je
téléphonai a mon successeur a ISI pour l’informer de mes
intentions mais i me conseilla de retarder mon voyage car les
partis n’avaient pas reçu suffisamment darmes er de munitions
pour monter une quelconque operation intEres
sante. CEtair mauvais signe, car I système exigeait un
approvisionne ment régulier de larriere vers le front. Je
décidai d’attendre un peu.
Mo dune semaine apr je reçus une épouvantable nouvelle tout I stock de munitions de mon ancien quartier-gEneral du camp
dOjhri venait d’être detruit dans une terrible explosion.
Janvier 1989 flit un des mois ‘Cs plus froids depuis longtemps
en Afghanistan. Vets le milieu du mois, le plus gros des troupes
soviCtiques était parri ; nombre dentre elles étaient retournees
en Union soviétique laissant seulement en arrière quelques
echelons pour sassurer que Ic retrait soit achevé vers Ic 15
février. Lopérateur radio Vasily Savenok attendair son depart
avec impatience, pensant aux reunions futures avec ses camarades
a Moscou. 1! venait de passer une année dans un petit poste
forrifie donnant sur le reservoir Kharga et La route de Ghazni
au nord ouest de Kaboul. Celui-ci était note sur Ia carte
soviétique comme Cote 31. 11 avait été b autour dun ancien
reservoir d’eau circulaire en béton, avec des tunnels menant aux
bunkers enterrés de commandernent et de transmissions. Dans
labri-dortoir central brUlait un feu de bois entouré de quelques
soldats étendus, essayant de se rechauffer avant leur prochaine
faction de deux heures a l’extérieur, sans gants. Sur un mur une
affiche proclamair “Parachutistes, faites votre service en
Afghanistan, dans Ihonneur.” Dehors le monde était noir et
blanc, et gele. EnterrCs dans les flancs de Ia colline er
proteges par des sacs de sable, Se trouvaient deux obusiers de
122 mm et un char T-62, entourés de tas de caisses cle douil!es
vides a moitié recouvertes par Ia neige. Ce poste faisair partie
de Ia ceinture de defense intérieure de Kaboul qui avait pour
but dempé cher Ia ville de tomber aux mains des Moudjahidins
après le depart des Sovietiques. La garnison attendair avec
impatience d’etre relevee par les Vms’, du nom donné par les
Soviétiques a l’armCe afghane.
Au nord-est de Kaboul, a Ia base aérienne, Ic colonel Alexander
Golovanov avait une responsabilitC écrasante. II devait
nlaintenir laCro port en service 24 h sur 24 jusqu’à Ce que Ia
derniere unite soviétique soft panic. Bien que Ia grande
majorité des troupes Sen soit allée en emprun tant Ia route de
Salang, laéroport de Kaboul navait jamais éte aussi animé, les
appareils militaires de transport Iiiouchine en provenance de
Tachicent atterrissant a chaque instant. Des bombardiers
vrombissants venaienr dUnion soviétique, deversant 6000 ronnes
de boinbes pour assurer la sCcuriré de La route de retraite,
tandis que le colonel Golovanov organisait des patrouilles
continues d’he!icoptères d’assaut autour du pen metre du terrain
pour d des avions de transport ics attaques even tuelies de
missiles, Son commentaire au cotrespondant du Sunday Times fiat
le suivant us (les Moudjahidins) sont tour-ã-Thitprêts et
enriainEs au combat en terrain montagneux... 115 nen restent pas
moms des bandits. On ne ‘Cs ren con tie jamais face è face sur i
terrain. ‘Is vous Ci rent dessus toujours par derriere, bien
caches. Joli compliment pour les partisans.
A Kaboul, les partisans de Ia résistance exultaient. Les
Soviétiques Sen allaient. AprCs leur depart les communistes
afghans ne pourraient pas tenir longtemps. Cetait également,
semble-t-il, le point de vue do Ia communauté diplomatique.
Américains en tête, Ia plupart des embas sades fermaient leurs
portes. Les diplomates et louts families donnaient franchement
limpression de Se précipiter a labri, hors dun navire qu’iis
imaginaient sur I point de couler. Peut-être reviendraient-ils
aussitot qu’un nouveau gouvernement apparattrait a Kaboul mais
pour ic moment Ia yule paraissait en Sat do siege depuis des
semaines. Je trou vais un peu bizzarre quo les Americains Se
retirent Ce moment-là. On aurait dit que cétait les Soviétiques
qul les avaient protégés durant toutes ces annCes et que
desormais us craignaient pour leur sécuritC, juste au moment c
les Moudjahidins semblaient prCs de gagner La guerre Nous étions
Censés être leurs allies. Onze personnes, dont quatre marines,
cinglees par ie vent, regardèrent dun air sombre le pavilion
national amené lentement, avant de so précipiter laéroport. Là,
ce fiat Ia dCcep tion. Les bourrasques de neige avaient retardC
leur vol de 24 heures. Ce furent ensuite les Britanniques qui
abandonnerent lout CiCgant bâcimenr colonial. La semaine
suivante, Ce furent les Français et les Autrichiens
— tous promettant de revenir iorsque los choses so seraient
caimees.
Los Sovietiques tinrent exactement leur calendrier de retrait.
Le der flier soldat soviétique traversa a Hairatan le Pont
menant a Termez ie 15 fCvrier 1989. Au cours des semaines
precedentes des milliers d’hommes avaient emprunté Ia route de
Salang avec des chars, des camions et des vehicules blindés,
comme dernière Cpreuve a endurer avant de regagner le sancuaaire
de leur mère-patrie. Ifs avaient quitté Kaboul par batailions,
generalement de nuit, surchargés de postes de télévision
Panasonic er dautres appareils électriques dOccident,
introuvables che’z eux. Ils por talent leurs decorations,
certains suivis de ieur chien favori. CCtait un depart pius ou
moms plein de dignité. Leurs dipiomares navaient pas eu besoin
de grimper desespérement du toit de leur ambassade dans ieur der
nier hélicoptere, comme Les Américains a Saigon 14 ans plus tot.
Le jour suivant, au bazar do la rue des Poulets, un marchand
disait Les soldats rouges 17 ‘avalent ni argenr, ni manières.
Javais pas de remps perdre pour eux — on aurait dit des paysans.
Je crois quA va y avoir pas mal do bagarre avant gu’on volt
revenir Jes hippies.
Le tout dernier hornme a passer en Union soviétique fut un
veufde 45 ans, ie lieutenant-general Boris Gromoy. Ii traversa
sans Un coup d’riI en arrière pour venir embrasser son i Maxime,
âgé dune dizaine d’annees, quon lui avait amené. Gromov était un
vétCran qui avair fair trois séjours en Afghanistan. 11 avait eu
Ia tache diffIcile dassurer le repli de i’armCe soviétique vers
Ia frontiere en évitant un bain de sang. Bien quo les
Moudjahidins aient fait tout ieur possible pour gêner Ia
retraite, ie temps et les precautions minutieuses de sCcurité
évitèrent tout désastre sovMrique majeur. Selon Gromov, un scul
soldac mourut Ic 15 février. II avait été atteint par Ia balle
dun sniper a une vingtaine de kilomètres au nord de Kaboul.
Moscou fut impressionné par t’exploit de Gromov on iui donna Ic
commandement du district militaire de Kiev, poste extrê mement
prestigieux, et on Ic fit 1-léros de lUnion soviétique.
Le même jour, a des mUllets de kuiometres de là, au
quartier-gCné nil de Ia CIA de Langley en Virginie, William
Webster, Ihomme qui avait remplacé Casey comme directeur,
offrait I champagne. On porta des toasts a Ia victoire Ia
debacle du Viet-nam avait etC conjurCe main- tenant cétait les
SoviCtiques qui battaient en retraite en faisant les comptes
dune guerre de neuf ans en vies humaines et en argent. Les So
viCriques n’étaienr pius en Afghanistan. Apris I rude rrairement
quavaient subi les forces américaines au Viêt-narn, dft en panic
ala four niture darmes par lUnion soviétique aux ennemis de
lAmCrique, Ia revanche était complete. Je crois quétant
satisfaits de l’accord de Genève, signé a ‘a mi-avril 1988, ies
Etats-Unis avaient perdu tout intCrêt pour terminer Ia guerre A
partir de Ce moment mes doutes furent confirmCs et ii mapparut
clairement que leur but avait bifurqué, dune victoire militaire
vets unc paix de compromis, vets une impasse. Ainsi que je
l’explique plus loin, lob jectif des Etats-Unis devint de
sassurer qu’aucun gouvernement Iondamentaiiste isiamique tie s’&ablirait
I Kaboul. Pour ies Américains, Si cela arrivait, on aurait
seulement remplacC un adversal I re par un autre. Par une ironic
du sort, us avaient en cela le soutien des
SoviCti qul craignaient tout autant de volt l’Islam provoquer
des sen timents religieux ou nationalistes dans leurs
républiques situées au nord de 1Amu. A parrir c moment oü les
Soviériques avaienr accepré de quitter I’Afghanisran, ii était
de l’interêt des deux super-puissances de s’opposer a une
victoire militaire totale des Moudjahidins.
Les SoviCtiques entreprirent dy parvenir en fournissant
d’immenses cjuantirés de materiel militaire a i’armCe afghane.
En fair, et je sais fort bien de quoi je pane, le génCral Gromov
ne hit certainement
pas I dernier soldar sovi&ique en Afghanistan. Plusicurs
cenraines rescè rent comme conseillers, et pour armer et
utiliser ies Scud de moyenne portS, missiles sol-sol qui
figurérent au premier plan durant ía bataille pour Jaiaiabad a
la mi-1989. Laventure afghane avait coütC aux SoviC tiques plus
de 13.000 morts, 35.000 blesses et 311 disparus. Ace quil parait,
Ia guerre cofltair un million de roubles par jour. En terme de
dCpenses les prix grimpèrent en flèche a partir du retrait. Seul
un effort logiscique massifpouvaic permetere aux hommes Je
Najibullah de pour suivre Ic combat, et les Soviétiques I
fournirent. Certains fonctionnaires amCricains estiment que
I’Afghanistan reçut une aide militaire attain jusqu’à 300
millions de dollars par mois après février 1989. Au cours des
six mois qui suivirent le retrait, 3.800 avions au moms
apportèrent de Ia nourriture, du carburant, des armes et des
munitions. Si ton compare cela a l’aide américaine pour 1988,
évaluée a 600 millions de dollars, I dCséquilibre est timpide.
Cerrains prétendent que les Soviétiques n’ont pas subi une
défaite militaire en Afghanistan. En tant que soldat qui les a
combattus pendant quatre ans, je ne suis pas daccord. Sans les
efforts des Moudjahidins sur I terrain, aucun expedient
polirique naurair permis de chasser les SoviCtiques. A aucun
moment durant Ia guerre, les communistes ne furent capabtes de
faire autre chose que de tenir les villes et les bases, dessayer
de protéger leurs tignes de communications et de monter une
série d’operations de recherche et de destruction de porrées
variables. Dans l’ensemble le soldat soviétique ne sest pas très
bien battu et i a manqué denthousiasme. I avait peur des
operations de nuit, il a rare ment poussé ses attaques, it
craignait les pertes et se tenait planque der rière le blindage
des véhicules sur Ia route au lieu de Se deployer dans tes
cottines. Avec lintroduction du Stinger, qui porn brusquement
les pertes aériennes Ia moyenne d’un appareil par jour, I haut
commande ment soviétique reconnut tacitement qu’il ne pouvait
plus gagner Ia guerre chaude. Lorsqu’on ne peut éradiquer une
armée de partisans, cest que Ion a perdu. Les Soviétiques ont
admis cela en se rerirant d’Afgha nistan. Une victoire sur le
terrain aurait exigé d’intensifier énormément I volume des
effectifs, de largent et des Cquipements. Gorbatchev ne pouvait
en aucune façon imaginer un seul instant de payer un tel prix.
Gorbatchev, qui nétait pas directement responsable de tinvasion
de t’Afghaniscan, a du fottement Se réjouir du prestige quil
rerira en sen d L’invasion avait entamé énormément Ia
bienveiltance inrerna tionale vis-à-vis du Kremlin. Elte avait
soutevé Ihostilité des musulmans, amoindri linfluence soviétique
auprès des nations non-alignées et remis ‘a plus tard Ia
reconciliation sino-soviétique. Lorsque Ic commandement supreme
soviétique a annoncé Gorbarchev le coOt dune victoire rnilitai
re et je suis certain quil la fait, celui-ci a dü decider
rapidement de faire tout son possible pour Se rerirer dignement.
Sa seule idée était de renftrcer sa publicité internationate.
Les nations occidentales ne songeaient qua voir en Gorbatchev Ic
grand réformateur, er t’invasion tie I’Afghanistan allair être
vite pardonnCe, et rapidement oubtiee. Au moment oà j’écris ces
tignes (septembre 1990), c’est exactement I cas, avec un
ministre des Affaires Ctrangères soviétique a lONU punissant
link pour son invasion du Koweit, rant il est vrai que son pays
n’aurait jamais pu envisager une telle agression, et encore moms
lexecuter. Les politiciens ont tine façon commode de perdre Ia
mésnoire quand cela leur convient.
Avec [ signature des accords de Genève, mute ía stratégie en vue
de gagner Ia guerre commença a s’effilocher. Bien que cela
paraisse incroyabie, bisque its Sovieriques se rerirèrent
d’Afghanistan et que Ia viccoire mitiraire des Moudjahidins fur
cerraine poar rout ic monde, y compris pour les Soviétiques
autant que pour les Afghans, les Etats-Unis chansèrent
delibérément de politique en vue de l’empêcher. Les deux super-puissances
désiraient aboutir a une impasse sur I terrain. Les Soviétiques
cherdQrenr a y parvenir par ie renforcement massif de l’armée et
de [ afghane, par I des missiles Scud, par l’emptoi continu de
conseillers et en faisant en sorte que les Afghans concentrent
leurs forces dans quelques villes et bases strarégiques, en par
ticu Icabout, avec ordre tie ‘Cs tenir a tout prix. Avant mute
autre chose, its devaient tent Kaboul. Pour ceta us navaicnt
qu’à senterrer, I rester sur Ia defensive, a utiliser au maximum
Ia puissance aérienne et les missiles er a sassurer dun pont
aérien et rerrestre aver I’Union sovié tique. Les stratèges
soviétiques avaient des doutes sur La survie de l’armée afghane
après le retrait de leurs troupes. Si Najibuulah parvenait a se
cramponner cc quit tenait déjà, ii y avait de bonnes chance
darriver a one solution politique de compromis. Sur I champ de
bataille be vain queur petit tout prendre. Ni tes Soviétiques,
ni les Américains ne souhai talent voir les Moudjahidiris dans
une relic position.
Les Eracs-Unis avaienr dCsormais Ic m&ne objecrif que les Sovié
tiques. Us faisaient en sorte dy parvenir autant sur I plan
militaire que par des moyens politiques.
Sue Ic plan milicaire bien quil ti’eiciscc dans l’accord aver
les Soviftiques aucune clause imptiquant que les super-puissances
réduisent leurs fournitures darmes a leurs allies respectif cest
prCcisément Ce que firent bes Erats_Linis. Afin tie gêner les
Moudjahidins, qui éraienr deter mines i harceler FarmS qui Se
repliaic, its expeditions darmes subirent une diminution
substantiette. On me raconta que c’&ait pour sassurer que les
Soviétiques ne pourraient pas trouver de prétexte a retarder
leur depart mais je crois que c’Crair en fair pour camoufler t
reel changement tic politique, car Zes reductions continuèrenr
après I retrait soviétique.
Au Congres, les partisans des Moudjahidmns exprimèrent leur
inquietude. Deux sénareurs demanderent quane commission enquêre
sot les raisons tie La reduction des envois darmes. Scion I
Washi Times tin debut avril 1989, Ic sCnateur Orrin Hatch,
membre du comité dinformation du sénat, écrivit au Président
pour demander que Ion enqu&e pour savoir Ce que fàbriquait Ia
CIA en Afghanistan. M. Hatch Ctait préoccupé par le volume des
armes fournies par les Soviétiques, alors que par contraste les
envois américains étaient pratiquement réduits a néant”. Quatre
mois plus tard, le Times de Londres relata que I prési dent du
comité d’information confirmait et soutenait Ia reduction.
M. Anthony Beilenson déclara poursuivre I’aide miiitaire aux
rebelles afghans nest pius clans no intErêt maintenanr que des
Soviériques se sont retirEs. On ne pouvait faire de declaration
plus claire sur Ia nouvelle politique américaine.
Je compris que méme mon ami Charles Wilson avait perdu son
ancien enthousiasme pour une victoire militaire. Je le sais par
experience, Ia plupart des fonctionnaires américains garda
toujours un ressentiment contre VlSI, et contre Ia façon dont
mon bureau sopposait toute interfé rence dans I’a!location des
armes et dans les operations. Les AmCricains ont toujours voulu
diriger Ia guerre. Le génCral Akhtar parti, et moi même a Ia
retraite, ils purent concentrer leurs efforts sur les nouveaux
venus a l’ISI, moms experimentS. Un membre de Ia Chambre des
Représentants, Bill McCollum, de Floride, lexprima nettement
dans un article du mois d’avril du magazine Insight en disant
que lassistance miliraire amCricaine au Pakistan, troisième des
plus grands récipiendaires de l’aide a létranger, devait être
reévaluée, voire supprimée, si Ion n’avait pas I conrrôle de
lSI.
Deuxièmement, tactique politique amCricaine pour aboutir a une
impasse là, ils jouèrent sur Ia tendance bien connue des Afghans
pour les querelles politiques er les rivalités entre partis.
Avec le retrait des Soviétiques, les Moudjahidins avaient acquis
une vicroire notable, le Djihad avait réussi, IInfIdele avait
eté chassé vers sa panic. 11 avait &llu parcourir un long chemmn
pour que cet ennemi commun, cette mission commune unissent des
groupes de Moudjahidins normalement rCfractaires et irr Sans les
SoviCtiques, ne pouvait manquer demerger une tendance des partis
et des commandants a penser davantage en rermes de positions
politiques futures et dautorité. Les vieilles jalousies et les
ambitions qul avaienr été temporairement éteintes dans Ia
croisade anti soviCtique revenaient a Ia surface. Les Etats-Unis
entreprirent dencoura ger dClibCrément ces dissensions. Ils
voulaient désormais détourner latrention des Moudjahidins des
questions militaires au profit des affaires politiques. Plus les
Moudjahidins Se querelleraient, plus leurs chefs et leurs
commandants se mêleraient de cc qui se passait a Peshawar plut&
quen Afghanistan, moms ils auraienr de chance de gagner sur I
terrain. Les Etats-Unis lancèrent I’idée de ramener Zahir Chah,
soutinrent ‘la convocation dune choura (assemblée) avec un
nombre égal de reprCsen
tants pour chaque parti sans tenir compte de sa taille et
encouragèrent
letablissement dun gouvernement afghan provisoire an Pakistan,
sachant
que personne ne Ic reconnaitrait, en commençant par eux-mêmes.
Je suis
persuade que toures ces choses étaient destinées a entretenir I rupture de
Uunion des Moudjahidins pour poursuivre Ia guerre.
Ils furent assistés dans cette entreprise, sans quit sen doute,
par ‘Cs
actions du général Gui. On attendait de lul quit fasse Ia preuve
de sa
valeur professionnelle, quit transforme le système existant en
vue de
poursuivre Ia guerre plus efficacement. It avait lair tie
vouloir donner
forces moudjahidins un aSpct plus conventionne! et, de toute
evidence,
U souhaiter traiter plus directement avec ‘Cs chefs militaires
du Djihad,
plutôr que de passer par leurs leaders politiques. C’est pour y
parvenir
quil prit Ia direction du comité militaire. Gu pensait, et en
cela ii avait
1 soutien du Président, que certains chefs de patti devenaient
trop puis
sants. Pour réduire leur autorité et du même coup, espérait-il,
amCliorer
l’efficacité au combat des Moudjahidins, I général Gui reprit le
système
d’ailocation directe des armes aux commandants. Cela combta de
joie tes
Erats-Unis et Ia CIA qui préconisaient cette méthode depuis Ic
debut.
A i’Cpoque oü jCtais en fonctions a i’i ‘Cs Américains croyaient
s,ncèrement que I fait de fournir tes armes directement a ceux
qui von
laienr les utitiser conduirait a de meilieurs rCsultars sur te
terrain. Bien
que cela soit vrai court terme, ou pout des operations spCciales,
nous
savions par experience qu’au bout du compte cette methode menait
a ta
corruption et a l’anarchie. II est certain que cela privait ‘Cs
chefs de parti
du système dapprovisionnement et que cela éveitlair leur
hostiiité, mais
cela provoquair également des quereltes entre les commandants,
car ceux
qui n’obtenaient pas de V les armes auxquelles ils croyaient
avoir droit,
n’hCsiraient pas piller ieuts camarades. Comment lISI aurait-il
pu trai
ter directement avec des centaines de commandants ? C’est c
système
qui avair conduit a l”incident de Quetta en 1983, qui avait
contribue a
ma nomination a ISI.
Une autre facette de cc nouveau système de distribution des
armes,
qui cut un diet catastrophique sur lapprovisionnement des
Moudjahidins durant I retrait soviCtique proprement dit, fut
quit nCces
sitait Ia constitution de stocks au camp d’Ojhri. Ce dépôt
darmes et de
munitions de 1151 devait supporter toute La charge des armes
destinCes
aux commandants. Les “coliC individuels devaienr &re
conditionnés a
Ojhri, car ii ny avait plus lieu de transferer rapidement ies
stocks ve ‘Cs
entrepôts des parris. Au debut d’avril 1988, quelques jours
avant ‘la signature tie I’accord par les Sovieciques, nous
pertitmes lintegralité du stock darmes et de munitions d’Ojhri
La suite dune explosion devasta trice. Si Ion ajoute a cela Ia
reduction des fournitures par les Etats-Unis er I désasrreuse
erreur srratégic consista,n I arraquer Jalalabad quelques
semaines après le depart dAfghanistan des Sovietiques, les ye
tables raisons pour lesquelles les Moudjahidins furent frustrés
dune vic toire dont ils étaienr tout proches apparaissent plus
clairernent. |