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"Alexandre macha ensuite vers l'oxus [Amu]
en face de Kilif, ou la riviere etait large d'un kilometre
environ. On Ia traversa au moyen
de peaux bourrées de paille...
...cella prit Cinq jours en tout.” Major-général J.F.C.
Fuller, La strategie d’Alexandre le Grand, 1958
Près de 2.300 axis après quAlexandre eur traverse l’Amu, un ham
fonctionnaire amériCain examinait cette rivière sur uric de mes
ca Son intérêt était attire par sa partie formant frontiere
entre l’Union soviétique et lAfghanistan, en particulier là oti
elle serpentait pendant prés de 500 kilomèrres a travers Ia
plaine, de Badakshan a lest, jusqu’au-deia de Kilif justement, a
l’ouest. Puis, paraphrasant Winston Churchill dans son mot
fameux, prononcé durant Ia Seconde guerre mon diale au sujet de
l’Italie*, ii declara Vol là It ventre mov de I’Unlon soviérique.
William Casey füt ainsi Ia premiere personne a prôner sérieu
sement ies operations contre les Soviétiques a l’intérieur de
leur propre territoire. Dans cette perspective, ies liens
ethniques, tribaux er religieux entre les peupies qui vi-vent
des deux côtés de Ia rivière pouvaient être exploirés. II Ctait
convaincu que fomenter des troubles dans cetre region allait
certainemenr donner des Coliques I l’ours russe. Ii suggéra au
génC ral Akhtar quon pourrait commencer par faire passer en
fraude du maté- del de propagande de lautre côté, suivi par des
armes pour encourager des soulèvements locaux. Akhtar fut
d’accord pour envisager Ia question du materiel de propagande,
mais délibérément ne répondit pas sur Ia question explosive des
armes.
Ce threnr ainsi ies Erats-Unis qui mirent en marche une escalade
majeure dans Ia guerre qui, durant les trois années suivanres
aboutit a de nombreux raids a travers Ia frontiere et a des
missions de sabotage au nord de l’Amu. Durant cette période,
nous dQmes entratner specialement ec envoyer des cenraines de
Moudjahidins jusqu’à 25 kilometres a l’interieur de lUniori
soviétique. Ce furent probablement les plus sensibles et les
plus secretes des operations de Ia guerre. Elks neurent lieu que
pendant que J&*IS en fonctions a lISJ, car, en 1987, une
audacieuse attaque thus sic sur un site industriel au nord de Ia
rivière provoqua une dangereuse Clévation de Ia temperature de
leau proche de lebullition, ce qui obligea le Premier ministre
Junejo a les faire cesser. Pendant un court moment les
politiciens craignirenc verirablemenc levencualité d’un conflit
encre le Pakistan et l’tjnion soviétique. C’était un jeu
dangereux. Casey avait cu raison — nous étions en train de
toucher une partie exrrêmenr tendre.
Au moment oü jécris ces lignes, Ic monde vienc dassiscer a
leffon drement de lempire communiste sur touces ses bases, y
compris ses bases m Le Kremlin s’est roujours efforcé de garder
sous lCtouffoit ses minorités ethniques, en particulier celles
ui étaient dévouées a l’Is lam. La froncière afghane bordait
trois républiques soviétiques — Turkme nisran, Ouzbekistan et
Tadjikistan die divisait deux pays, mais c ne divisaic pas les
populations (voir cane n 19). Les Turkmènes, les Ouzbeks cc les
Tadjiks d’Afghanistan partagent ‘a même culture, I’histoire, La
langue, lapparence et Ia religion avec leurs voisins a quelques
centaines de metres par delà la fronriere. Moscou craignait en
particulier Ia propagation du fondamentalisme et de son
influence sur les musulmans d’Asie centrale soviétique. Cétair
une des raisons premieres de linvasion, pour prévenir Ja
possibilicC dun régime de style Khomeiny qui aurait balayC Ic
gouverne ment communiste adolescent de Kaboul. tile dissipait
une menace sur La frontière méridionale de l’Union soviétique.
Cette crainte du fondamenta lisme Ctait partagée par les
Eracs-Unis, et cest Ce qui, scIon moi, emp&ha finalement une
victoire totale des Moudjahidins en 1989.
Lorsque Casey regardait Ia carte, que voyait-iL ? Une region
dune importance politique cc économique aucant que militaire. Le
Kremlin ne souhaitait pas voir se développer une instabilité
politique dans cette zone, ou une survivance religieuse qul
aurait non seulement entravé leffort de guerre mais aurait Pu
faire émerger un mouvement nationaliste visant a une plus grande
autonomie, voire a lindépendance. La presence militaire
soviétique dans ces répubiiques, comme en Afghanistan, prot&
geait aussi un investissement. Ces regions méridionales Ctaient
une riche source de gaz naturel, de pétrole cc de minerals pour
Moscou. Un efibtr considerable avait été faic pour développer
ces ressources naturelies, pour construire une infrastructure
industrielle et étendre les communications
routières, ferroviaires et aériennes.

Durant les trois
dernières dCcennies, les Sovietiques avaient utilisé A masque de
laide internationale pour explorer, identifier et répertorier
les ressources narurelles de lAfghanistan. La nécessité de Sen
emparer étair le mobile essentiel de leur invasion. us avaient
en effet dérobé en quciques mois dans les stocks du gouvernement
des millions de dollars de pierres précieuses, y compris 2,2
kilos démeraudes brutes. Quatre vingt pour cent de tout ie gaz
naturel des gisements autour de Shibar ghan étair acheminé vets
I nord, au-delà de lAmu. Levaluation de cette quantité était
même faite en Union soviétique et cétaient les fonction naires
russes qui decidaient du prix quils allaient payer, on plutôt du
credit a porter sur Ia derre” afghane. Autant que je sache,
cerre exploita tion de léconomie afghane continue encore
aujourd’hui.
L’Asie centrale du sud nappartient aux SoviCtiques que depuis
une centaine d’années. Cest une partie de leur empire acquise
par La force, qui requiert toujours ‘a force pour être conservée.
Termez, Ia moderne, base centrale soviétique des fournitures de
guerre, était a io gine Un fort russe en 1897, mais pendant les
2.000 ans précCdents peu de Busses sCtaient aventurés aussi loin
dans Ic sud. Cette region, qui Se vante d’être lune des plus
chaudes de I’Union soviétique, avec 50 degrés centigrades, a vu
larmée d’Alexandre a son retour de Samarcande terra verser lAmu
tout près, en marche vers l La vieille cite de Termez,
florissante au premier siècle avant j.C., convertie a Ilsiam par
les Arabes, mise a sac par Ia Horde dorée de Gengis Khan, fit
partie de l’empire de Tamerlan, pour être a nouveau détruite a
Ia fin du XVI? siècle.
Dans cc creuset de peuples, de langues, de cultures et dislam,
Ms Soviétiques avaient rCcemment verse I communisme, en
refermant rapi dement le couvercie. Larmée s’assurait quil
restait bien fermé. Casey avait raison. Cette region offrait de
grandes possibilités pour infliger de sérieux dommages a notre
ennemi.
Wall Beg Ctair Pun des hommes ayant participé depuis le debut
nos incursions au-delà de lAmu ; il fut plus tard I commandant
du raid qui provo leur inerdiction. Wali Beg nest pas son vrai
nom, car pour des raisons évidentes, ii est essentiel pour mol
de ne pas dévoiler sa veri table identité. Wali était un Ouzbek,
gé de 53 ans mais en paraissant davanrage, avec une barbe plus
blanche que grise. 11 avait etC fenmier, avait une femme, deux
fits et une file. Il était alors sans nouvelles c sa proche
famille, et avait La vie dun infirme tissant des tapis dans un
camp de rCfugiés au Pakistan. Son foyer d’origine Ctait Pun des
minuscules vi! lages depuis Longremps dCtruit, sur Ia rive
méridioriale de La rivière dans Ia province de Kunduz. Sa maison
était 1 quelques minutes de I’eau, I pied. Elle était également
proche du vieux port fluvial afghan de Sherkhan, oü les
Sovietiques avalent récemment installe un dépôt de pétrole. tin
pont enjambe désormais Ia rivière a Sherkhan. C’est une nou
veauté, car les gens et les marchandises ont traverse lAmu
pendant des siecles sur des bateawc ou des barges servant de
bacs. Wall Se rappelait, enfant, avoir traverse avec son père
pour aller retrouver des parents ou des amis. Ces gens rendaient
parfois visite a sa famille. us traversaient sur des bateaux a
fond plat, remorqués par deux chevaux nageant, attaches de
chaque côté en porte-I-faux. Les chevaux, supportS partiellement
dans l’eau par les plats-bords, étaient guides par I passeur. De
cette façon, de lourdes charges, d’hommes ou de marchandises,
pouvaient être transpor tees lentement dun côté a lautre.
Le passé de Wall est représentatif de celui de millions dautres
Afghans. Lislam dominait Ia vie de son village, avec Ia mosquée
au centre de toute lorganisation sociale. Seuls les garçons
recevaient quelque instruction, et cela Se passait a lécole de
La mosquée, dans laquelle Wali avait appris un peu a lire ainsi
que quelques versets et prières tirCes du Coran. A l’âge de dix
ans, Il devint gardien de troupeaux, nourrissant les bêres. Dans
l’Afghanistan rural, chaque famille, excepté les très pauvres,
possede quelques animaux un âne, ou mieux un cheval, pour Ic
trans port, une vache pour I lait et les veaux, un bceuf que ion
met au joug avec celui des voisins, et quelques chèvres ou
quelques moutons. A quin ze arts, il apprit a labourer.
Wali me raconta que sa femme lui avait été destinée lorsquil
nétaic encore qu’un enfant. Lorsquil cut quatorze ans, on les
maria, alors quil ne lavait encore jamais vue, bien que des
parents lui aient dit quelle était jolie. On Sc mariait pour
avoir des enfants. La plupart des tunes femmes I cette époque
attendaient Un bébé tous les deux ans, dont beaucoup mouraient
dans lenfance. On connait des exemples de femmes ayant eu seize
enfants, dont cinq ou six seulement atreignirent lige adul te.
Allah bCnit Wali en lui donnant quatre enfants, dont trois
survécu rent, deux fils et une fille.
Wali grandit au bord de lAmu, de sorte qu’au £1 des ans, il
acquit une connaissance parfaite de cette region. 11 connaissait
‘a rivière, les pistes y conduisant, les marais de roseaux qui
obstruaient ses rives, tous ses mCandres et ses petits affluents.
Ii connaissait Ia force du courant, ii avait vu Ia rivière en
crue et Ia rivière en hiver, lorsqu’elle était aux plus basses
eaux. Il connaissait les perirs bancs de sable qui partageaient
son courant nonchalant.
Avec l’invasion soviétique, Ia vie de Wall fut dCrruite. Ses
flis avaient rejoint les Moudjahidins, mais le plus jeune, un
garçon cle dix- sept ans, h bientôt chahid (martyr), tue clans
un combat le long de Ia route Kunduz-Baghlan. Le plus age
disparut tout simplement. Pour Wali, cela voulait dire quil
avait eté arrêté, Ce qui était infmniment p quune mo honorable
pour le Djihad. Quand j’en parlais a Wall, 11 étair convaincu
que son fils était mort mais c’étaient les circonstances pro-
babies de cette mo qui le desespéralent. Les tortures que son
fits avait d endurer avant d’&re délivré par Ia mort, avalent
provoqué chez lui une haine sans merci pour les Soviéciques. Sa
fille avait été tuée darn le bombardement de son village, alors
qu’ll Se trouvait a Kunduz alors, sa femme et lui avaient füi au
Pakistan, via Chitral. Au bout de quelques mois, elle avait
succombé ala malaria. Pour notre dessein, Ia connaissance de sa
region, alli a son sermen de Se venger des Soviétiques,
faisaienc de Wall un Moudjahid ideal pour porter ‘a guerre au-dela
de lAmu.
Javais plusieurs possibilités dattaquer les Soviétiques sur leur
propre sol. Je pouvais commencer par quelques tentatives
dincursions pour distribuer de Ia propagande et me f une idCe de
‘a manière door les gens seralent disposes a apporter de laide
aux sabotages ou aux diverses autres missions. Ou Hen je pouvais
rescreindre nos activités I bombarder le territoire soviétique,
en faisant feu dAfghanistan, et couler des barges ou des vapeurs
sur Ia rivière. Je pouvais enfin envoyer des eq ulpes de lautre
côté de Ia rivière pour attaquer a Ia roquette, poser des mines,
faire dérailler les trains ou monter des embuscades. Nous d&i
dames de commencer par renouer des contacts tout en faisant de
‘a propa gande, pour tãter l’eau avant de lancer quelque chose
de plus aventuré.
Casey avait préconisé que Ion envoie des Iivres, auss en
parlal-je I lexpert en action psychologique de ‘a CIA qul
recommandait plusieurs
ouvrages décrivant les atrocités soviétiques commises contre les
Ouzbeks.
Cétait lui-même un Ouzbek qui travaillait pour Ia CIA depuis
1948, Bien que nous fussions daccord pour utiliser Ces Iivres,
notre préférence
al a lexpédition dexemplaires du Coran qui avait etC traduit en
ouz• bek soviétique. Nous persuadames Ia CIA de nous en fournir
10.000 exemplaires.
Pendant que ceux-ci étaient a limpression, nous ftmes venir des
provinces du nord U Certain nombre de commandants et dautres per
sonnes pouvant faire l’affaire, dont Wall. On veilla
soigneusement leur clandestinité et on leur donna des
instructions pour qu’ils prennent des contacts de I’autre cSté
de lAmu et quil reviennent rendre compte de Iaccueii fait au
Coran et de Ia possibiliré de recruter des volontaires pour les
operations futures, qui fourniraient des informations sur les
mouve ments de troupes soviétiques, les installations
industrielles ou qui servi raient de guides. Wali mexpliqua plus
tard comment s’était passé son premier voyage, Ia fin du
printemps de 1984.
11 décida daller dans un village oft ii sCtait rendu une dizaine
d’années auparavant, pensant quil Ctait bien possible quune ou
deux families qu’il connaissait sy trouvent encore. Comme 11
Ctait assez risque de traverser près de Sherkhan a cause de
lanimation du port soviétique de Nozhniy Pyandzh qui se trouvait
sur lautre rive, Ii choisit une zone plus tranquille oft La
rivière faisait pLusieurs boucles et oft ion trouvait de vastes
étendues de jungle et de roseaux avant datteindre Ia rive. U
devait traverser de nuit car ii savait quil y avait des pastes
de garde et peut-être des patrouilles durant Ia journée. Ii ne
pouvait pas utiliser un bateau sur cette distance, de sorte quil
lui fallait nager sur 6 metres au moms, peut-être davantage,
dans une eau verglacée par Ia neige fondue. Wall avait tue une
chèvre dont 11 sécha Ia peau quiI gonula. II avait lintention de
traverser a Ia manière des soldats d’Alexandre.
II Se mit en route au cr portant sa peau de bique. Au bout de
deux heures, il atteignit les marais emplis de roseaux de ‘a
rive sud qui ralentirent sa progression et firent du bruit.
LorsquiI arriva enfin a La rivière, il put distinguer vaguement
La ny opposée, a 300 metres envi ron. I avait de Ia chance —
rien quun petit passage a Ia nage. En fait il franchit seulement
‘a moitié de cette distance a peu près, le corps soutenu
aisément par sa peau de chCvre. Le fond était plat et sablonneux,
mais après quelques pas, il Se trouva a nouveau dans La riviCre.
Perplexe, pen dant un moment, Wali pensa quil n’avait
certainement pas marche en rond. Le chenal devant lui avait a
peine 100 metres de large. I comprit alors quil sétait trouvé
sur une lie. Bien quit ne I sache pas, Ia irontière encre
l’Afghaniscan et lUnion soviétique passait par cette lie ii Se
trau vait désarmais en territoire ennemi. Un nouveau bref
passage a Ia nage, suivi dune marche le deux heures, le menèrent
aux maisons du village quil cherchait. Les premieres Iueurs
grisâtres de laurore eclairaient thorizon larsque Wall, tombant
lentement a genoux, Se caurba en avant pour toucher le sable du
front, offrant ses louanges a Allah pour l’avoir protégé jusque
là.
Wali passa deux jours dans le village, ‘a plupart du temps dans
Ia campagne comme un berger, avec ses amis et leurs moutons. Son
rapport f entièrement favorable. Ses amis accueillirent fart
bien les exemplaires du Coran et s’engagèrent a les transmettre
a dautres. Deux hommes demanderent des fusils, mais Wail nétait
pas, a Ce stade, en mesure dacceprer. Peut-être plus tard, si
les choses tournaient bien, des armes parviendraient-elles pour
Ic moment, tout Ce que Ion désirait était des renseignements
pour les operations et Ia possibilite dobtenir des guides ou des
abris.
Les deux journées de Wall sur Ic terrain furent rrès riches
dinfor mations. Ii existait une route de 25 kilometres, très
animée, Se dirigeant au nord-est entre Nizhniy Pyandzh et Ia
ville de Dusti. Près de Dusci se trouvait un aérodrome. Une l
électrique aérienne suivait Ia mute sur laquelle passait un
trafic considerable, comportant de nombreux véhicules militaires.
Dusti possedait une garnison soviétique et les amis de Wall
étaient certains gue des avions militaires utilisaient le
terrain. us lui pane rent dune ligne de chemin de fer reliant
Dusti a Ia yule de Pyandzh, sur Ia rivière, a 40 kilometres a
peu près en amont de l’endroit o Wall avait traverse. Cette
ligne ferroviaire était hordée tout au long par une route et
protégée par des postes frontières a intervalles réguliers, Car
d passait tout près de ‘a rivière star une grancle partie de sa
longueur.
Wall Salt Fun, parmi des douzaines, des Moudjahidins qul saven-
turèrent de lautre côté de Ia rivière sur une période de
plusieurs mois, en
1984. La plupart dentre eux napporta des renseignements aussi
encoura-
geants que les siens. Nous reçflmes comme prévu les exemplaires
du
Coran ainsi que les autres ouvrages et nous commençâmes a les
distri buen, par paquets de 100 a 300 a ‘a fois, au moyen de
petits bateaux
Zodiac (embarcations pneumatiques polyvalentes pour 6 a 10
hommes
Cquipés) avec des moteurs hors-bord. Ces derniers nCtaient pas
trCs
populaires car its éraient trop bruyants. La CIA nous avait
fourni les
bateaux mais ne put nous rendre Ic service de nous procurer les
moteurs
spéciaux silencieux que nous lui avions demandés. On disrribua
environ
5.000 Corans, mais les ouvrages sur les atrocités neurent pas
beaucoup
de succès. ft fus impressionné par I nombre de rapponts
signalant des
gens desireux de nous aider. Certains demandaient des armes,
d’autres
voulaient rejoindre les Moudjahidins en Afghanistan, d’autres
encore,
participer a des operations en Union sovietique.
Nous étions désormais prêts t faire chauffer l’eau.
En 1985, ii devint evident que les Etats-Unis avaient attrappé
un
refroidissement. Javais demandé des Corans supplémentaires et
des cartes
a grande échelle de lUnion soviétique jusqu’à 30 kilometres au
nord de Ia
frontiere, pour preparer nos incursions, mais, alors que les
Corans ne
voquaient aucune difficulté, on me fit savoir quon ne pouvait
pas me
fournir les cartes. Ce n’Ctait pas parce que les satellites
n’arrivaient pas a
prendre de photos, au contraire, rnais quelqu’un était en train
de prendre peur au sommet de l’administration américaine. A
parrir de Ce moment, Ia CIA ne nous procura plus aucune
information sur Ce qui Se passait au nord de lAmu. Elle nous
offrait des cartes detaillées de n’importe quel endroit en
Afghanistan, mais lorsque La feuil couvrait une partie de lUnion
soviétique, celle-ci étair généralement blanche (voir carte n
20). La CIA, et les autres, nous avaient prodigué tous les
encouragements officieux pos sibles pour porter Ia guerre en
Union soviétique, mais us prenaient grand soin de ne rien nous
fournir qui put révéler une provenance des Etats Unis. Its
invoquaient un certain article, dont je ne me souviens plus,
pour expliquer leur incapaciré soudaine a nous aider a cet égard.

La frontiere de l’Afghaniscan avec I’Union soviêtique a plus
de 2.000 kilometres de long. La rivière Amu court sur plus de Ia
rnoitié de cette distance mais a l’ouest Ia frontiere nest
qu’une ligne irrégulière tra versant le desert et les rochers
stériles, clu Turkmenistan meridional jusqu’à “Iran. Selon moi,
pour choisir des objectifs intéressants, on pou vair adroitement
diviser Ia frontière en trois parties. A lest de Ia provin ce de
Takhar jusqu’à lextremité orientale de Ia péninsule de Wakhan,
oà l’Afghanistan touche Ia Chine sur une petite distance, Ia
frontière serpen te a travers les gorges profondes des montagnes.
Le Wakhan fair partie du toit du monde avec ses hauts sommets
alders aux neiges éternelles, hauts de plus de 7.000 metres. La
population y est rare, mutes les vallées étant isolées durant
des mois tout au long de l’hiver, et méme plus a l’ouest, dans
le Badakshan moms inhospitalier, ii ny avait que peu d’objectifs
proches de Ia frontière.
La moitlé occidentale de Ia fronriere traverse pareillement un
pays aride. II ny a qua Kushka (voir carte n 9), base
dapprovisionnement des forces soviétiques dans l’extrême ouest
de l’Afghanistan, quon pouvait trouver des installations dignes
d’être atraquées.
C’est dans Ia partie centrale de 500 kilomètres, de Kilif a
l’ouest, jusqu’au nord de Faizabad a lest, que Se trouvait I
“ventre’ decrit par Casey. Tout au long de 1984, javais dépensé
beaucoup de temps er d’efforts pour accroitre les activités des
Moudjahidins dans les provinces du nord. J’avais convaincu le
général Akhtar de leur importance et j’étais arrivé a augmenter
les allocations d’armes lourdes pour les commandants les plus
efficaces de cette zone. Les diffIcultés les plus importantes
avaient trait a Ia distance et Ia duree. Notre route principale
dapprovisionne ment partant de Chitral était fermée durant
Ihiver, ce qui impliquaic que Ion programme les fournitures
longtemps a lavance pour obtenir que des convois importants
parviennent aux bases operationnelles des Moudjahidins situées
en face de lAmu. Bâtir Ct executer une operation mineure prenait
jusqu’à six mois, qui pouvaient aller jusqu’à neuf pour une
operation importante. C’est pour cette raison que notre campagne
ne commença a produire ses effets qua partir tie 1986.
Comme nous recevions des rapports optimistes assurant que nos
contacts sur place étaient impatients de nous venir en aide,
j’eus de nom breuses discussions avec mon équipe pour savoir
comment nous devions demarrer pour de bon I harcelement de lours.
Nous nous décidâmes pour une campagne dincursions prudentes et
graduelles mais etendues une large zone. Suivant notre raux de
succès, nous pourrions augmenter Ia frequence et Ia profondeur
des pénérrations, bien que je dusse évaluer avec grand soin Ia
reaction soviétique car je ne tenais pas a provoquer une
confrontation ditecte.
On trouvait en premier lieu Ia rivière eIle-même, Ii y avait mu
jours eu de vastes echanges commerciaux Ic long et de part et
d’autre du cours d’eau. Désotmais, lAmu écant devenu le point le
plus avancé des approvisionnements soviétiques, le trafic avait
quintuple. Tout le fret soviétique, pat camions ou par trains,
aboutissait a Ia rivière, Les gonlots détranglement étaient les
points t passage, principalement les ponts, a Shetkhan et a
1-lairatan (Termez). Ce dernier était un ouvtage metallique
recent, long de 1.000 metres, traversant lAmu a 12 kilometres
environ de Termez. Ouvert en juin 1982, on lavait appelé le
“Pont de l’Amitié’ cétait Ia premiere liaison routière et
ferroviaire entre les deux pays. On attendait de Ce pont, qui
avait coüté 34 millions de roubles, quil accelere fortement les
échanges de produits i avair gran dement renforce Ia position
stratégique soviétique. I avait permis aux
Soviétiques d’etablir, pour Ia premiere fois, une tête de ligne
ferroviaire sur Ia rive sud de lAmu. Hairatan Se dCveloppa en
tant que port pour faire face au volume du commerce fluvial. Le
pont marquait le debut du long parcours de Ia route de Salang
vets Kaboul. En plus de Ia route et du rail, il supportait
Ioleoduc, cc qui faisait de lui, juste après Ic tunnel de Salang,
un point dencombrement critique de Ia principale ligne de
communication soviétique.
Au debut de 1985, je dCmarrai Ic long processus de programma
tion qui avait pour but de faire sauter cc pont. Je demandai a
Ia CIA de me fournir une assistance technique. lis m’aidèrent
jusquà un certain point, me recommandant le type et Ic volume
des explosifs nécessaires, les points ott les charges devaient
être placées, ainsi que des details sur le courant, le debit et
Ia meilleure époque de l’année pour loperation. L’expert
penchait pout une attaque en été, en détruisant au minimum deux
arches, trois si possible. Lopération proprement dite devrait
corn- porter une mission de demolition sous l’eau, Se deroulant
de nuit. Toutefois, ‘a CIA ne nous fournit pas de bonnes photos
du pont ; nous dUmes pour cela nous fier aux talents d’amateur
des commandants locaux. Ce sont eux également qui rendirent
compte des mesures de sCcu titC. On placerait des sentinelles,
plus une compagnie postée sur Ia nyc afghane, ainsi quun
véhicule blindé en alerte permanente. Nous pQmes identifier les
postes de garde du côté soviCtique. Je mis laffaire en route en
commandant tons les équipements a Ia CIA. Je convoquai un com
mandant avec une équipe pour quils sentrainent a une mission de
demolition sons l’eau, sur un barrage en Afghanistan, mais a Ia
fin de 1985 loperation fut annulée. Le général Akhtar avait
expliqué au Président Ce qui allait se passer mais celui-ci
avait immédiatement mis son veto. II Craignair qu’un succès ne
declenche une série de sabotages sur des ponts stratégiques au
Pakistan. Je considérais que cétait improbable mais je ne
pouvais pas le démontrer. Une Lois de plus, je me trouvais
contrecarré dans mes efforts pour atteindre les deux principaux
bouchons de Ia route de Salang — le tunnel et le pont.
Ce fiat plus facile pour les barges et les bateaux, bien que
lactivité intense et les mesures de sécurité mises en place
auprès des zones de tra versée impliquassent que les attaques
Lussent protégées, et menées par consequent durant Ia nuit. 11
nous fallait des mines-ventouses qu’un canoE leger ou un nageur
puisse transporter, et que Ion pouvait applique sur Ia coque
juste au-dessous de la ligne de flottaison. Nous nous adres
sãmes pour cela aux Britanniques, par l’intermediaire du MI-6.
Ils nous rendirent ce service au cours de 1986, Ce fiat Ia
contribution mineure, mais efficace, du Royaume Uni a La
destruction dun certain nombre de barges chargées, sur ‘a nyc
soviétique de lAmu. D’autres furent coulées par des canons sans
recul, en position dans les marais près de Ia berge meridionale.
Du fait que les Americains ne voulaient pas nous fournir de
canes ou de photographies du territoire soviétique, j’étais géné
pour selection- ncr des objectifs, autant pour les attaques a Ia
ro lancees d’Afgha nistan que pour les raids de Moudjahidins sur
Ia nyc ennemie de Ia riviè re. Je ne pouvais compter que sur les
renseignements rapportCs des operations, ainsi que lavait fair
Wali Beg après sa premiere mission. Au cours de 1986, près de
quinze commandants furent entrainés spéciale ment au Pakistan
pour ces operations. Nous nous concentrâmes sur les
déraillements. Une grande quantité de fret empruntair Ia voie
ferree allant de Samarcande a Termez mais ii y avait aussi une
ligne qui ion geait Ia five nord de lAmu et Se trouvait donc a
portée. Nous réussimes plusieurs attaques de Ce genre mais deux
operations i grande échelle echouèrent car les Sovietiques
réagirent rapidement pour couper Ia retrai te des assaillants.
Je suis certain quils avaient été avertis.
Les commandants Ctaient munis du lance-roquette monotube chi
nois de 107 mm (LR) et du lance-roquette égyptien de 122 mm,
ayant des portées respectives de neuf et ooze kilomètres, ce qui
leur permertaic dinstaller leurs positions de tir au sud, a
distance de Ia rivière, tout en pouvant atteindre facilement le
territoire soviétique. Certains groupes passaient sur I’autre ny
pour harceler les postes—frontiere, placer des mines antichars
et antipersonnel sur les voies menant aux postes cc abattre les
lignes Clectriques. Contre ‘avis de ‘a CIA qui craignait qu’ils
ne tombent aux mains des SoviCtiques, nous mimes en place
plusieurs Stinger c I nord, près des rives de I’Amu. tine fois,
en decembre 1986, une trentaine de Moudjahidins traversa la
rivière sur des bateaux pneumatiques près de “enclave de Wakhan
pour attaquer deux stations hydro—élecrriques au Tadjikistan. Au
cours de c raid, deux petits postes de garde soviériques furent
attacjués dix-huir soldats musulmans en fai— sant partie se
rendirent et Se joignirent au Djihad. On apprit plus tard qu’un
certain nombre d’entre eux avalent éré tues (chahid) en
Afghanistan.
Plusicurs operations furent lancées en partant du district de
1-lazrat Imam, dans La province de Kunduz, region dont venait
Wall Beg. tin des objectifs intéressants pour les arraques a I
roquerte Crait Ia petite yule soviCtique de Pyandzh, située
parmi les champs de anon, a quelques cen tames de metres de Ia
rive nord de l’Amu. L’intCrêt venait du terrain daviarion a
1extremité nord de Ia viNe, gal &air fréquemmenc utilise par des
appareils rniIitaires ou des hélicoptères menant des raids de
repré sailles SUE les villages amour de Kunduz.
Juste a l’ouest de l’endroit oü Wall avait traverse pour Ia
premiere fois sur sa peau de bique Se trouve I port fluvial de
Sherkhan, avec son jumeau soviétique de Nizhniy Pyandzh sur Ia
ny opposée (you carte n 21). La grand’route venant de Kundu2
cheniine vets I nord jusquà toucher presque Ia rivière au
village de Sherkhan, avant de bifurquer vers I’ouesr sur 5
kilomètres pour atteindre les installations portuaires. Cetait
auparavant un bac crès frCquencC mals les SoviCriques avajent
construir un pent de bateaux gui conduisait a une double route
partant de Nizhniy Pyandzh. Une branche partait vers Dusti an
nord-est, lautre allait au nord-ouest avant de rebrousser chemin
poor devenir La route de La rivière, gui suivair Ia five nord de
lAmu rout au long du chemin vets Termez et au-del Cette
installation était importante pour les SoviCtiques car cette
route approvisionnait Ia 20 Division motorisée de Kunduz, puis
rellait I route de Salang a limportanc dép& de vehicales er de
pérrole de PuI-i Khurnri.
J’étais très désireux de faire attaquer le compiexe de stockage
tie pétrole de Sherkhan-Nizhniy Pyandzh. Le pCtrole était stocke
dans des reservoirs Cr stir des depots en p1 air des deux c&és
de Ia rivière et Ion trouvait des casernements pour les unites
soviétiques de sécuritC prês de l’extrémiré nord du ponr de
bateaux. Le plan de cette zone, sur Ia carte if 20, Ia montre
telle que je Ia reçus de Ia CIA, cesr-a-dire le territoire an
nerd de Ia rivière cntièrement blanc. II me fallut locajiser les
objectifs possibles airisi que les aunts details d’apres les
sources moudjahidins, puis les placer sur la carte. Les cerc
concentriques furent traces pour aider le commandant a estimer
la portée de lob jectif qu’il avait choisi. En utilisant cette
carte et sa propre connaissance du terrain, II ne Iui êtait pas
diflicile de sétectionner differents emplacements de tir pour
ses lance roquettes. 11 connaissait Ia rivière, les ruisseaux,
les pistes, les maisons, les marais cc Ia route ii pouvait donc
indiquer sur ma carte ies positions probables et les chemins
pour y parvenir. Nous pouvions alors mi fournir les differents
azimuts et portées pour chaque position vers chaque cible.
Cétait rrès important car peu de Moudjahidins savaient lire une
carte mais si nous leurs donnions les éléments techniques du tir
ils étaienc capables dobtenir de boos résutats.
A cer égard, nous privilégiâmes les installations Se trouvant
Nizniy Pyandzh (partie blanche juste au nord du pent, sur Ia
carte), en insistant sur le fair que pour autant que les lance-roquette
soient situés a l’intérieur du cercie de 7 kilom us seraient
certains de Se trouver ‘a bonne portS des objectifs en Union
soviétique. La cible choisie, lempia cement de tir et Ic moment
de lattaque étaient taissés ‘a l’entiere discre tion du
commandant. Nous pouvions, par exemple, lui demander dope ret
une fois par semaine pendant deux mois, mais sans rien lui dire
de pius. Six semaines après que nous eQssions donné nos
instructions au commandant de Peshawar, les roquettes
commençèrent a pleuvoir sur Nizniy Pyandzh.
Ces raids au-delà de Ia frontière culminèrent pendant l’année
1986. De nombreuses attaques partant de Jozjan furent menécs
contre les pro vinces du Badakshan, de lautre côte de lAmu. 11
arriva que des citoyens soviétiques Se joignent ‘a ces operation
flu passent en Afghanistan pour rejoindre les Moudjahidins.
Ainsi que je l’ai relate plus haut, nous enre gistthmes, au moms
une fois, Ia desertion de soldats soviétiques I notre profit. La
preuve que nous couchions juste était conf’irmée par Ia férocite
de Ia reaction soviétique. Chaque incursion provoquair en
pratique des bombardements aériens massifs ou des attaques par
hélicoptères sur torn les villages au sud de Ia rivière, dans I
voisinage de notre raid. Cétait des missions punitives qui
n’avaient d’autre but que de raser les maisons, massacrer les
gens et forcer les survivants a fuir, créant ainsi une ceinture
de terre brQlée’ Ic long de lAmu, doü ii devait être impossible
aux Moudjahidins dopérer. Le but était de démoraliser
suffisamment les populations pour faire cesser nos incursions.

Pour cc qui est de détruire les villages, tuer des femmes et des
enfants cc pousser les survivants vers les camps de refugies au
Pakistan, les Sovi réussirent plemnement. Mais si leur objectif
était de faire cesser nos attaques ou daffaiblir Ia resolution
des Moudjahidins, us échouèrent. Nous continuâmes a harceler
louts jus avril 1987, jusquau moment oü I reaction diplomatique
des Sovietiques, plus que kur reaction militaire, cut
suffisamment effraye les politiciens pakista nais pour quils
nous ordonnent de cesser. 11 est possible que nos attaques do
mois davril aient été juste un pen trop ambitleuses et aient
représenté ane coupure trop profonde dans lanatomie soviétique.
Vers Ia fin de 1986, nous ftmes un certain nombre de pro jets
pour poursuivre les operations en terriroire soviétique au cours
du prinremps suivant. Dans cette perspective, ‘Cs commandants
furent entratnés, its reçurent les instructions et les armes
nécessaires avant !arrivée de Ihiver. En avril, nous espérions
commencer l’offensive avec trois attaques un peu plus
ambitieuses que les précédentes. La premiere consistait en une
attaque sérieuse a la roquette dun terrain d’aviation nommé
Shurob-est, a 25 kilometres environ au nord-ouest de Termez,
près du villahe soviétique de Gilyambor. Ce nétait pas un
aérodrome important mais ii était en activité et nétait qua
trois kilomètres au nord de Ia rivière, de sorte que les
positions de tir pouvaient Se crouver en Afghanistan. Ce
bombardement fut accompli avec succès au debut d’avril, les
pistes ayant etC touchCes a plusieurs reprises sur une pCriode
dune dizaine de jours.
Pour Ia seconde, nous devions envoyer un groupe de vingt hommes
armés de lance-roquettes antichar (RPG) et de mines pout tendre
une embuscade sur Ia route frontaliere a lest de Termez, enrre
cette derniere et Ia frontiete du Tadjikisran. us devaient
placer les mines entre deux postes, artendre que quelque
vehicule ait sauté dessus, ouvrir alors I feu, puis Se retirer.
En loccurrence, sur trois vChicules lCgers soviériques qui
empruntèrent Ia route de nuir, ‘un sauta sur une mine et les
deux aurres furent dCtruits par les projectiles des 119G.
Plusieurs soldats soviCriques furent, semble-t-il, rues ou
blesses, le poste proche ouvrit I feu avec des mortiers et des
mitrailleuses et les Moudjahidins repassèrent I’Amu. Suivit
enfin Ia troisième, et Ia plus ambitieuse des missions, qui
consis raft a pénCrrer a près de 20 kilometres au nord de lAmu
et a porter on coup a un objectif industriel proche du terrain
d’aviation de Vorochilo vabad (voir carte n 21). Cetait
lopCration de Wali Beg.
En 1986, Wali Ctait un veritable commandant, dirigeant en opéra
tions près de trois cents hommes. 11 était allé cinq fois en
territoire sovié tique depuis sa premiere mission de
reconnaissance en 1984. La zone que javais choisie pour lui
Ctair Ia vasre region située entre lAmu, au nord de Sherkhan, et
Ia yule soviérique de Kurgan Tyube. CCtait une zone très
developpee, avec neufs aCrodromes au moAns, des installations
indus trielles, des d ferroviaires et des centrales Clectriques
(voir carte n 21). Elle était pleine de cibles possibles et
j’espérais quo Wali pourrait y pCnétrer plus profondément quo
nous ne lavions fair auparavant. Non pas que je puisse le
renseigner exactement sur cc qui lattendait, ni sur lendroit o
il pourrait trouver un objectif valable les seules directives
que je pouvais lui donner étaient de faire une longue
reconnaissance, de prendre contact avec ses amis et ensuire de
trouver une cible inréressante, des emplacements de tir et des
routes de pénétration et de repli. Je Iaissai les details de
I’action a Wali, que jen étais venu a considérer comme un fin
tacticien.
Au debut davril, ii emmena avec lui deux Moudjahidins. Tons
trois traversèrenr lAmu sur une petit bateau de reconnaissance,
pas très loin de lendroir oü ii était passé pour Ia premiere
Lois prCs de trois ans plus c AprCs une nuir dans Ia maison de
son ami, ils allètent sur les collines derriere I village pour
faire paItre les mourons. Laissant un homme pour garder Ic
troupeau, Wali et son camarade parrirent vers I nord avec leur
guide. II avait une boussole et des jumelles et voulait
gagner une bonne position doti ii pourrait observer Ia plaine
s’étendant a ses pieds vers l’ouest. Cétait une claire matinée
de printemps. Ils pon vajent voir Ia route de Pyandzh Kurgan
Tyube, a environ 5 lcilometres des collines oct ils Se
trouvaient. II y avait un certain trafic militaire, méme a cefle
heure matinale. Its marcherent a vive allure durant plu sicurs
heures, Se tenant dans les senders de chèvres ou de moutons,
usqu’à ce qu’ayant parcouru près de 12 kilomèrres, ils se
trouvent a un endroit donnant sut le centre de Ia plaine, a lest
de Kolkhozabad. us n’avaient rencontré que quelques berge a qui
leur guide avait crié
Salut au passage.
Wali et ses compagnons n’avaienr pas de carte, pas plus quits ne
connaissaient les noms des zones industrielles soviétiques,
usines ou aéro dromes, eparpilles sur les champs de coton au-dessous
d’eux. Ii fallait que Wali trouve un oh jectif qui se trouve a
moms de 9 kilometres, pour pou voir latteindre de nuit, et dont
ii pourrait s’enfuir en toute hate tant que durerair lobscurité.
I scruta lentement ‘a zone avec ses jumelles. II dis— tingua les
vehicules sur Ia route, a 7 kilomCtres environ de sa position,
et tout près de là, cc qui devait être une petite piste sur
Jaquelle venait juste d’acterrir un avion léger. Au mais tout
proche de l’aérodrome, Se Erouvait un groupe de haures cheminCes
crachant une fumee noire. En face du terrain daviation, au bord
de la route sur son côté I plus éloignC, étaient plusieurs longs
Mtiments grisâtres surmontCs d’autres cheminees plus petites
fumant égalemenr — une sorte dusine. Wali prit un releve ment. D
l’éperon sur lequel it se trouvait, lusine, l’aerodrome et les
hautes cheminées Se trouvaient approximativement au gisement
283. PortS de l’usine ? Difficile a dire, mais 9 kilomètres au
plus et 7
moms. Toutefois, dIe séralait sur une vaste zone, couverre
semblait-il dune foule de batiments de type industriel au
voisinage de lusine. Sit tatait celle-ci, ii aurait du moms de
fortes chances d’atteindre quelque those de valable. Cétait
sufflsant. La position de fir était simple a eta blir elk
pouvait se trouver nimporte oü sur l’éperon sur lequel it Se
tenait. Wali et ses compagnons rentrèrent rapidement chez eux,
verifiant Ia route par laquelle Us étaient Venus, relevant les
points notables et controlant leur temps sur La distance. us
éraient de retour bien avant le crépuscule — une virée de huit
heures.
Comme pour Ia plupart des commandants militaites, Ia difficulte
consistait pour Wali a sapprocher puis a se retirer de lob
jectif. Faire feu Salt Ia partie Ia plus facile. Les seuls vrais
problemes étaient Ic temps et l’espace. II fallait Se déplacer
legerement armé, en emportant uniquement des armes personnelles
et deux lance-roquettes monotubes (LB de fabri cation chinoise.
Avec une portS pratique de 9 kilomètres, ces armes pou vaient
être transportées par deux hommes, Fun portant le bipied, lautre
I tube. Wall avait envisage de n’en emporter qu’une seule, mais
ii pensa quau cas ou cite tomberait en panne au moment crucial,
U valait micux jouer Ia sécurité. II voulait lancer près de
trente roquettes, c qui repré sentait, raison dune par personne,
une force totale dau moms trente quatre hommes.
Avec quatre bateaux de reconnaissance, il lui faudrait une nuit
pour faire passer ses hommes et ses armes de lautre côté de lAmu
et les mettre en sCreté dans une ravine couverte de broussailles,
dans les co! lines au-delà du village de son contact. II
devraient tester caches dans Ia ravine ie jour suivant, puis
partir d Ia tombS de Ia nuit vers 19 h. Cela Iui donnait onze
heures pour accomplir sa mission et revenir, marchant de nuit en
portant les LB., les roquettes et les fusils. II avait mis huit
heures en plein jour, c’était donc un peu juste, mais en
comptant qu’il leur faudrait une heure darret avant laube pour
trouver une cachette convenabie cela serait suffisant. II Ctait
certain quil leur faudrait attendre encore une journCe caches
dans les collines avant de retraverser Ia rivière durant la
troisième nuit.
L’opération cut lieu a Ia mi-avril. AprCs avoir cache a l’avance
les bateaux dans los roseaux près de Ia berge au cours de Ia
nuit prCcedente, Wall or ses hommes traversèrent et retrouvèrent
leur guide. Celui-ci les mena sans encombre a travers les postes
soviétiques de Ia frontiere jusqu’à leur abri dans les collines.
1! passèrent une journée etouffanre dans un petit ravin, caches
sous des couverrures et des rochers, essayanr de dor mir,
grigotant parfois un peu de pain bis ou buvant un peu deau de
leur chugal (gourde).
Ils mirent cinq heures a marche Low pour arteindre leur position
de tir. Le ciel nocturne brillait de milliers d’étoiles, tandis
que des ce tames do lumières électriques scintillaient au—dessous
dans Ia plaine. Les deux Lit furent installés, avec quinze
roquettes chacun. Wali prit son relèvement, puis alla controler
lemplacement de chaque pièce. I régla Ia hausse pour une portée
de 8 kilometres sur l’un, et de 7,5 kilometres s lautre, afin
d’augmenter les chances datteindre au moms l’usine avec quelqueS
projectiles.
Allah o Akbar — Feu Avec leur hurlement caractéristique, deux
roquettes prirent leur voi en une courbe gracieuse. Tous les
regards les suivirent jusquà Ce quelles disparaissent dans les
tenèbres, léclair blanc de leur explosion déchirant Ia nuit
juste pendant une seconde. Wali avait inclus dix roquettes
incendiaires dans le lot, espérant mettre I feu a quelque
bailment. Maintenant, les armes faisaient feu indépendamment
jusqu’à épuisement des munitions tandis que Wali scrutait dans
ses jumelles Ia zone dimpact. Quelque chose brfllait au loin
mais Wall n’attendit que quelques minutes, juste assez pour
sassurer que le coup avait porte.
Le voyage de retour I Ia cachette Se passa sans histoire. Comme
lavait prévu Wail, Il ne leur restait pas assez de temps
d’obscurité pour traverser Ia rivière ils passèrent donc une
seconde journée accroupis parmi les rochers et les broussailles.
D là, ils virent Ic debut de Ia reaction sovi&ique. Dans l’heure
qul suivit l’aube, les hélicoptères dassaut et les
chasseurs-bombardiers, bourdonnant comme un essaim, décollèrent
vers le sud pour marteler Ia zone autour dImam Sahib et les
hauteurs avoisi nantes. Toute Ia journée les appareils ne firent
qualler et venir, pilonnant chaque village, chaque vallée qui
pouvait dissimuler des Moudjahidins
— bien que La plupart des bâtiments déjà en ruines n’abritassent
plus qu’une poignCe de gens. En 1987, il y avait longtemps que
les autres étaient partis pour Ic Pakistan, Kunduz ou Kaboul. Le
manége dura pen dant une semaine. I.e coup de Wall avait
entaillé profondement le “venue mou, et les hurlements de rage
de Fours étaient forts et persistants.
C’est au cours de Ia nuit suivante, lorsque le groupe cheminait
aux alentours dimam Sahib après avoir traverse Ia rivière, que
survint le drame. A linsu des Moudjahidins, les hélicoptères
soviétiques avaient jeté des centaines de mines antipersonnel,
pour Ia plupart du type papillon’. On les nommait ainsi Cause de
deux ailettes qui leur per roettaient de descendre en douceur
vers le sol, sans heurts. D couleur brune ou verte, ces mines
vicieuses Se confondaient avec Ia terre Ou les rochers et
pouvaient facilement arracher un pied limprudent. Cest Ce qul
arriva a Wall. Un éclair, une detonation et Wall s’effbndra, Ic
pied puche ne tenant plus que par un morceau de tendon et de
peau. Un tourniquet a La hate avec un bout de corde, Un rapide
coup de couteau bien aiguisé pour dCtacher le pied avant que Ia
blessure engourdie ne Se reveille, Ce fut tout Ce que purenc
faire ses compagnons puis, une cou verture entre deux fusils en
guise de rivière, suivie dune atroce randon née interminable
dans les collines. Its fhrent pourchassés du haut des airs
durant six jours au cours desquels quarre homme encore furent
blesses. Wall aurait préférC mourir. II aurait Se un chahid, on
martyr II aurait rejoint sa famille ; Allah, le misericordleux,
laurait sOrement accueilli. I! nérait plus dCsormais quon
infirme, a Ia vie sans objet. II ne pouvait méme plus tuer de
Sovietiques.
Inexplicab bien que sen soit allée sa volonté de vivre, bien que
fussent passées p!usieurs semaines avant qoil ne put être
transporté sur un cheval afin d’être soigné, Wali survCcut. Cest
plusieurs semaines après que j’eusse quitrC l’armée que
j’entendis Ihistoire complete du raid en Union soviétique de Ia
bouche même de Wali, alors quit était assis en train d’apprendre
a faire des tapis dans un camp proche de Peshawar. Si! avait eté
soldar dune armée régulière, i aurait reçu one haute decoration
pour son role de chef ce jour-là. Mais 11 érait déjà heureux de
savoir que sa mission avait crop bien réussi, quetle avait fait
trop de dégãts et queue avait été trop audacieuse.
Par un de ces étranges caprices du desrin, te 25 avril 1987,
date de Ia visire de lambassadeur soviécique a Islarnabad a
notre ministre des Affaires étrangères, f aussi le jour oü I
comité des promotions tie l’armee reflisa de me nornmer
major-general.
Le coup de main de Wall avair cause un dommage considerable et
infligC on bon nombre de victimes aux Soviétiques, bien que C He
fusse jamais capable den etablir exacternent Ic compte. Les
roquettes incen diaires avaient mis te feu a plusieurs bâtiments
mais c’étair Ia soudaineté Ia férocirC et Ia pénétrarion (près
de 20 kilomètres) a l’intérieur du tern wire soviétique qui
étaient si humiliantes pour lennemi. CCtair Ia troi sième
operation rCussie en trois semaines et l’ambassadeur soviétique
avait reçu de Moscou des instructions pour faire cesser
imrnediatement ces arraques, quet que soit le langage utilisC
pour y parvenir.
On ne laissa aucun doute a notre ministre des Affaires
érrangères, Sahibzada Yaqoob, que, si une autre operation était
menCe en Union soviétique, les consequences sur ta sCcuriré er
lintégrité du Pakistan en seraienr funestes. CCtair Ia menace
dune attaque totale par I’armee sovié rique. Le fait quils
uritisent cette menace était en-soi une confirmation que nos
raids avaient porte. Us étaient inquiets, non point tettement
par les dommages effeccivement causes, mais par leffet quits
avaient sur Ia population musulmane locale. Si ces attaques Se
poursuivaient impuné ment, us pourraient bien Se retrouver avec
un soulèvement génCral sur les bras. C’était Ia panique a notre
ministère des Affaires étrangères. Le Premier ministre, informé
que le Pakistan pourrait se trouver au bord du conflit, ordonna
au general Gui, qui rempiaçait depuis peu I gen Akhtar ha
direction de I de faire cesser ces operations sur-le-champ.
Gui mappela tard clans Ia nuit a Peshawar, oü je métais rendu
pour programmer des operations avec I comité militaire, me
disant d’arr&er immédiatement ces incursions. Je rCpondis que
c’Ctait impos sible. Je nCtais pas en communication avec tous
‘Cs commandants en cause et Ia transmission de cet ordre
prendrait du temps. Cela mit en rage Gui, dont Ia tête allait
tomber si les ordres du Premier ministre n’étaient pas exCcutCs,
de sorte qu’il insista pour que je lui confIrme la cessation de
ces operations des Ic lendemain matin. Je ne pus que 1 répCter
que
cérait impossible mais j’ajoutai que Si Ufl raid quelconque
avait lieu, aucun commandant, ni aucun patti nen revendiquerait
Ia paternitC. Je lui affirmai que je mefforcerais de transmettre
Ic message par les voies les plus rapides. Je pensais que se
hater dannuler toutes les operations sine die nous ferait perdre
none Clan. Lorsque je rentrai a islamabad, j’essayai de
convaincre I general Gui des énormes avantages de Ce genre de
mis sions. Je ne voulais pas abandonner nos contacts et tout
annuier juste au moment oà, a lCvidence, nous touchions les
Sovieriques au vif. Je parlais bien entendu comme un soldat et
non comme un politicien et je savais que larmée palcistanaise
n’avait aucun moyen dafironter une attaque ter restre soviétique
torale, mais jCtais persuade quils bluffajent.
Même Ia CIA étair secouée. Le patron local me dit J vous en prie,
ne declenchez pas une troisiCme guerre mondiale avec vos opéra
tions en rerritoire soviCtique.’ Celles—ci cessèrent. En y
repensant, je crois que javais raison les Sovietiques ne Se
seraienc jamais lances dans une invasion du Pakistan. Quelques
mois après, peine, jig avaient acceptC de Se retirer
dAfghanistan je ne vois donc pas Comment Gorbarchev aurait pu Se
lancer dans lescalade et ptécipiter I monde au bord dune guerre
rnondiale. Cétait certainement la dernière chose quil voulait.
Je veux bien reconnaitre les limites de ma sagesse en cette
matière mais je pense que si I general Akhtar sCtait encore
trouvé a Ia tête de VlSI ii aurait autorisC Ia poursuite de
telles operations, mais un ton au-dessous.
Quoiquil en soit, ces opétations demeurent pour moi I point cul
minant de ma cartière a lISI. Mon bureau fur le seui Ctat—major
militaire qui, en plus de 40 ans, cut programme er coordonné des
operations miii taires sur Ic territoire dune super-puissance
communiste. Plies rCussirent pour La plupart dies bless Fours et
prouvèrent lefficacité dattaques de partisans bien menées, hors
de proportion aver ieur taille. Que des raids a petite échelle,
menés par des commandants comme Wall Beg, alent Pu peser sur les
decisions du Kremlin était en soi une singulière recompense.
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