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 Les armes magques

   L'ours harcele
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   Deux desastres
   Epilogue
 
 
 Les armes magiques
 

.“Les avions sont surtout dangereux pour le  moral. lls font peur;ils Epuisent;
ils usent Ies nerfs. En realite,ils ne tuent generalement pas grand monde."
Captain Tom Wintringham,
Instructeur britannique spécialiste dela guérilla, 1939

Le 25 septembre 1986, près de trente-cinq Moudjahidins excites Se tapissaient dans les broussailles dune petite colline, un kilom et demi seulemenc de Ia piste du terrain daviation de Jalalabad. On était au milieu de l’aprês-midi et ils Se cachalent dans cet endroit depuis plus de trois heures. us s’étaient remarquablement faufilés pour arriver si prés de Ia piste d’envo sans avoir ét détectés, car us Se trouvaient alors a linterieur des defenses afghanes. Le commandant, le technicien Ghaffar, pouvait voir clairement les soldats dans les postes du périmetre de defen se autour de la piste, l’intérieur de la cloture. A chaque extrémité de Ia p Se trouvaient p chars et véhicules blindés. Ghaffar avait outrepassé ses ordres en sapprochant aussi près mais II connaissait inti— mément Ia zone et sa reconnaissance lui avait conuirmé que Ion pouvait Sen approcher a couvert, méme durant La journée.

Javais choisi personnellement Ghaffar pour cette operation, ainsi qu’un autre commandant nommé Darwesh a qui Ion avait conflé une mission similaire près de ICaboul. Nous attendions ce moment depuis quatre ans, loccasion de nous mesurer I égalité avec l’adversaire que nous détestions le plus. On avait conflé a ces deux commandants lattaque des h d’assaut, ou bien entendu de tout autre avion, avec le missile antiaérieu américain Stinger. Pour cent premiere occasion, ces deux com mandants s’étaient lance un veritable défi. A Rawalpindi, oü ils avaient té entrainés avec leur groupe, us avaient pane I qUi obtiendrair La pre mière victoire. Pour encourager leur enthousiasme, jétais entré dans leur eu jusqul donner 1 Darwesh deux jours d’avance sur son rival car il avait un chemin plus long a parcourir pour atteindre Kaboul. Cétait l’un des moments cruciaux de Ia guerre. Apres des années d’incapacite a lutter efficacement contre I’ennemi aérien, les Moudjahidins étaient enfin en possession d’une arme digne de leur courage.

La tongue attente pour obrenir une cibie inréressante fut récom pensée a 15 heures. Tous les yeux Se rournèrenr vets le del pour y decou vrir une vue magnifique ii y avait au moms huit helicopreres, rien que des Mi-24 Hind, leur pire ennemi, Se préparant a atterrir. Dans le groupe de Ghaffar Se trouvaient trois Stinger dont ‘Cs tireurs hissaient mainte nant sur leurs épautes le tanceur déjà chargé, puis Se dressaient. Un autre Moudjahid, équipé dune camera video, sagitait frenétiquemenr en essayant de mettre au point sur les appareits qui descendaient rapide ment. Les équipes de tir Se trouvaient a portée de voix, déployées en tri angle dans les buissons car on tie pouvait savoir a l’avance Ia direction dapproche des objecrifs. Nos équipes étaient composées de trois hommes — ie tireur er deux assistants tenant chacun un tube de missile pour pou voir recharger rapidement.

Bien que le Stinger possedâr une portée efficace en altitude au-des sus de 5000 metres, Ghaffar anendir que les hélicoptères de tête amor cent leur approche. Les Hind allaient tomber dans une embuscade tendue par te système d’arme antiaérienne individuelle le plus perfectionné de lOccident. Cérait Ia premiere fois dans le monde quon utilisait te Stinger centre un ennemi reel. étair entrC en fonction en Allemagne en 1981, Cr l’annee suivante aux Etats-Unis oti il équipait la S Division aéroporrée. On avait emporté des Stingerâ Grenade en octobre 1983, lors de iinvasion de cette lie par les Americains, mais aucun n’avait été tire, II iançait un missile a mnfra-rouge, guide sur Ia chaleur, capable datteindre a basse altitude des avions a reaction rapides, méme lorsqu’ils Se dirigeaient vers le tireur. Le missile portait une ogive dun explosif puissant et Ctait muni de dispositifs de sécurité anti-leurres. Une fois I missile accroché a sa cibie aucune autre source de chaleur, comme des fi par exemple, ne pouvait le faire d La seule manière tie lui echapper étair de garder une altitude hors de sa portS, ou de lancer telie ment de fusees quil ny alt pratiquement aucun intervalle entre chacune d’elles. Cela impliquait que Ion sache a quel moment ii fallait firer les fusees et que Ion en dispose en quantité illimitée. Ce jour-là aucune fusée tie fut lancéc durant lapproche des huit hélicopteres. Lattaque avait lavantage supplémentaire de Ia surprise totale.

Les trois rireurs attendirent 1ordre de Ghaffar. us allaient alors tirer presque simultanément, chacun ayant choisi son objectif. Viser et tirer Se faisaient simplement. Le tireur place le conteneur de lancement sur son épaule. Le tube part en arrière lorsque le missile est tire I tireur détache alors Ia crosse de tir du tube vide pour ladapter a un aurre Ian ceur ; normalement, on jette le tube mais javais insiste pour qu’on les rapporte, par mesure de sécurité. Cétait Cgalement une preuve que le commandant avait vraiment utilisé son arme et ne mettait pas de côté des missiles quil pourrair revendre. Sans tube vide, je ne fournissais pas de munition de rechange. Le Moudjahid alignait un helicoptère avec le viseur du lanceur, le système 1FF (identification ami ou ennemi) signalait Ia cAble comme ennemie par un bip sonore, et le Stinger était alors accro ché a Ia source de chaleur de lappareil ennemi. Si lobjectif Se trouvait hors de portCe on ne pouvait pas l’accrocher et it ny avait aucun bip sonore. On pressair Ia détente, Ic missile Ctait tire et le tireur pouvait immédiatement recharger, Se meure a labri ou partir. Cest une arme on tire et C est £ini••, sans aucun besoin de rester exposé pour guider I missile vers sa cible. Seul Ufl miracle, pouvait detourner Ic missile, volant a plus de 2000 km a Iheure, de sa course vers son objecrif.

Lorsque les hélicoptères de tête se trouvèrent a 200 metres environ au-dessus du sol, Ghaffar hurla Ecu et les cris d’Allah o Akbar” des Moudjahidins s’envolerent en méme temps que les missiles. Sur les trois, un ne fonctionna pas et retomba, sans exploser, a quelques metres du cireur. Les deux autres percutCrent leur cAble. Les deox hélicoptCres torn berent comme des pierres sur Ia piste et prirent feu sous I choc. 11 y cut une folle bousculade dans les équipes de tAr pour recharger et changer de titeur, car chacun voulait tenter sa chance. Deux autres missiles furent tires, aver Un autre succès et Un rate sur un helicoptere qui venai datter rir. Je crois qu’un ou deux autres appareils furent endommagés par des atterrissages en catastrophe, leurs pilotes cherchant a se poser frCnetique ment en mute hate. Cinq missiles, trois Coups au but — les Moudjahidins jubilaient.

Leur cameraman fin tellement transportC de joie qu’il filma en courant dans tous les sens, de sorte que son enregistrement de !‘évCne met consista dans une large mesure en images du del, des buissons et du SD rocailleux. II ne se calma suflisamment que pour filmer Ia fumee noire sCchappant des épaves. Cette video f plus tard montrée au ?tesident Reagan, tandis que Ion remettait I tube du premier missile a I CIA comme pièce de collection. Ce fut on jour memorable. Ghaffar avait gagné son pan ii devint célCbre immCdiatement. Au cours des mois Suivants il abattit encore dix hé!icoptCres ou avions aver des Stinger. Je le fis venir par Ia suite a Islamabad pour rencontrer le général Akhtar qui le féiicita pour ses suc cès au cours d’une cCrémonie spéciale.

Son rival, Darwesh, ne se débrouilla pas aussi bien a Kaboul. On lui avait recommande de Re pas Se tenir trop près du terrain mais de mettre plutot ses hommes en position sur Ia trajectoire habituelle dapproche des appareils, a queique distance de Ia piste datterrissage. De la, il devait attaquer Kaboul a la roquette pour inciter les ennemis a decoller en represailles contre les firs. Je lui suggérai également dessayer de s’approcher encore plus près de Iaéroport durant Ia nuit pour renter de derruire les avions de transport soviétiques. Après queiques jours d’atten te en vain dans i’espoir dun objectif intCressant, son impatience fut Ia pius forte er ii nra a Ia limite de portée contre un avion a reaction rapide qui séloignait de son tireur. Un premier missile rata son objectif, ainsi que les deux suivants. Ii avait enfreint les règles de combat que nous lui avions inculquées durant son entratnement nous I fImes revenir pour quil nous fasse un rapport circonstancié et quil reprenne Jes cours. Cette mesure Ctait toujours considérée comme une offense personnelle mais Darwesh revint d’assez bonne grace pour son supplement d’entratne ment. Moms de deux semaines après son retour en Afghanistan, 11 Se racheta par deux succès conf’irmés.

Apres avoir tire, les hommes de Ghaffar ramassèrent a Ia hate les tubes ayant servi et detruisirent le missile qui n’avair pas expiose en Je martelant avec des cailloux ils navaient pas de moyen de Ic detruire autrement et ne voulaienn pas le laisser tomber aux mains de lennemi. Leur retraite précipitée jusquà leur base Se déroula sans hisroire, quoi quils entendissent pendant près d’une heure au cours de leur marche des bruits de réacteurs dans Ic lointain ainsi que des explosions de bombes.

Il ny eut pas de reaction immediate a Jalalabad, seulement une incroyable stupefaction. Par precaution I terrain fut fermé durant un mois. Lorsque les vols reprirent, les règles d’approche avaient Cté radica lement changées. Les héiicoptères narrivaient plus sur Ic terrain en longue finale reguliere mais en spiraie serrCe rapide, engagée de très haut, tout en tirant des leurres pyrotechniques a quelques secondes dintervalle.

Ces deux commandants appartenant au parti d’Flekmatyar, I’entrai nement suivant fun atrribué aux commandants de Khalis, Mahmood de J alalabad et Arsala de Kaboui. Tous deux étaient des vétérans, très respec tCs pour ieurs succès operationnels et chaudement recommandes par les officiers qui les avaienn accompagnés pr en Afghanistan Norre confiance hit bientot confirmee par leurs succès avec les Stinger.

Toutefois, Ia réussire tie Mahmood fut sérieusement gâchée plus rard par son irresponsabiliré. Son indiscretion érait telle que cérair comme 5 00 avait annoncé par radio au monde entier que nous utilisions désormais les Stinger contre les Sovietiques. Après son premier apparel! abattu près du barrage de Sarubi, ii Se livra auprès dun journaliste a une interview approfondie et revelatrice. 11 donna des informations haute ment confidentielles, incluant !‘emplacement general de lecole dentra? nement ainsi que des details sur ma politique de recompense, qui consis tait a livrer aux commandants deux missiles supplémentaires pour chaque succès confirmé. Mahmood alla méme jusqu’à laisser photogra phier un Moudjahid transportant un Stinger.

Cerait une violation exaspCrante des regles de sécurité mais cela ne put ternir notre plaisir de posséder enfin une arme qui pouvait decider du sort de Ia guerre. Lorsque la nouvelle fut connue, et Se répandit auprès des Moudjahidins, ce fin une explosion de joie. Le moral remonta en flèche et je fus presque submerge par les reclamations de chaque parti qui voulair recevoir sa part. PossCder un Stinger devint le symbole du niveau ultime de ‘a hierarchic. Ce f aussi, je pense, le rournant de Ia cam pagne, en tout cas en cc qui concerne les quatre années que je venais de passer a lISI. II est dommage que son arrivée aft etC inutilement retardée — non par 1 miliraires, mais par 1 politiciens américains et pakisranais.

Nous sentions quil était opportun que Ia premiere victime des Stinger fut le Hind fl helicoptere dassaur (MIL Mi-24). Ii Ctait particu !ièrement détesré pour tous les mefaits qu’il avait commis au cours des années pas tellement pour les pertes qu’il avait causées aux Moudjahi dins, qui Ctaient relarivement légères, mais pour les innombrables civils, femmes et enfants qu’il avait assassinés.

Cétait un formidable hélicoptere conçu par les Soviétiques pour lassaut sur 1 terrain — il était non seulement capable dune énorme puis sance de feu mais pouvait transporter également jusqu’à huit hommes CquipCs pout le combat. C’etait, comme son homologue le Black Hawk pour Ies Américains, Ic cheval de bataille des Soviériques et des Afghans. Sous ses ailes auxiliaires Se trouvaient quatre nacelles pouvant porter des roquettes ou des bombes. A pleine charge, il pouvait emporter 128 roquerres, plus quatre bombes au napalm ou a forte charge explosive, tan dis que son canon pouvait tirer a Ia viresse de 1000 coups par minute. Dans l’annee qui suivit i’invasion soviétique, les Hind type D (avec leur ventre et leur cockpit blindés pour protéger Ic pilote et le copilore) appa rurenr en grand nombre. Leur blindage les rendait pratiquement invulné rabies a nos mitrailleuses moyennes ou lourdes. En demeurant en altitude,au-dessus de 1.700 metres, us pouvaient arroser le sot impunément, car none SA-7 ne pouvait les atteindre. Même a portée de notre SAM démo dé, quelques füsées suftisaient a dévier nos missiLes. Les caractéristiques techniques de cc magnifique appareil étaient gardées jalousement secretes. Un magazine américain offrit un jour un million de dollars de recompense pour le premier Mi-24 capture intact. Jai déjà raconté dans le Chapitre V comment nous en avions livré deux aux autorités arnéricaines, après que leurs pilotes flissent passes dans notre camp. Autant que je sache, personne n’obtint Ia recompense — en tout cas, pas nous.

Nous nous étions débrouillés, néanmoins, pour abattre quelques uns de ces hélicopteres au cours des années precédant l’arrivée du Stinger. Nos succès furent toujours I resultat dune tactique supérieure, dune surprise totate, qui nous permirent un coup au but a courte portéc, avant que le pilote ne se soit rendu compte du danger. 11 nous arriva de placer des tireurs au sommet de pentes flanquant une vallee, espérant quils pourraienc titer den haut sur un bClicoptere survenant dans IC fond. Cela marcha pendant un certain temps nous en avons même abattus de cette manière avec notre lance-roquette anti-chars, le RPG-7, mais les pilotes aprennent vite lorsque leur vie est en jeu, aussi restaient-ils le plus sou vent en hauteur.

Une de nos réussites les plus surprenantes contre les avions, avant larrivée des Stinger, fut en 1985 de descendre un MJG-21 pi par un Major general de l’armée de lair soviétique. 11 se rendait de Kandahar I Shindand lorsque son avion fut abattu par un missile SA-7. Le générai sCjecta sans difticultCs mais il fut capture par les Moudjahidins, bien que ceux-ci n’aient pas a Ce moment-là realise son importance. La disparition du general dCclencha cc qui fin sans doute Ia plus Cnorme recherche aCrienne de Ia guerre. On deploya une foule d’avions pour rechercher I MIG disparu. Les ravisseurs, craignant l’escalade des reprCsailles, exécutè rent leur prisonnier, sans savoir, pendant plusleurs jours encore, qu’il s’agissait dun génCra!. Plus tard, les Moudjahidins rapportèrent son parachute au Pakistan oü on Ic conserve dCsormais en souvenir du succès.

Le Mi-24 avait un équipage de trois membres. Le pilote et le Ca pilote, qui est aussi I tireur, sont assis en tandem l’un au—dessus de lautre dans le cockpit avant, tandis que I mécanicien-navigant est assis dans Ia cabine principa!e avec les soldats. Les Soviétiques avaient des cen nines d’hélicoptires en Afghanistan, y compris des appareils de recon naissance ou de transport. Les principales bases des Hind D étaient Bagram, Shindand, Jalalabad et Kunduz. L’armCe de lair afghar’e en p0 sédair un grand nombre a l’aéroport tie Kaboul, comprenant un escadron de Hind, alas qu’un deuxième a Jalalabad. Dans ces helicopteres mis en uvre par des Afghans, un des membres dequipage était en général un Soviétique ou un membre du KHAD. On avait etC oblige d’en arriver là pour sassurer que les missions Ctaient bien exCcutees selon les ordres. Au fur et a mesure que Ia guerre Se poursuivait, et surtout après que nous eussions commence a utiliser les Stinger, les pilotes dhClicopteres corn mencèrent a manifester une repugnance certaine a participer a des aflaques sur le terrain. Les SoviCtiques avaient tendance a envoyer des unites afghanes pour les missions difficiles, tandis que les pilotes afghans dCversaient plutôt leurs munitions sur une cible quelconque prCsentant peu de risques rendant ensuite compte de Ia rCussite de leur raid, alors quits navaient même pas survolé lobjectif qui leur avait etC assignC. Ceta provoqua pas ma de meflance, Ce qui fht confirme par l’interception des conversations radio.

Les SoviCtiques, comme les Afghans, volaient gCn par paire durant les missions, chaque fois que cétait possible. Depuis le debut de Ia guerre tes convois terrestres avaient une couverture aérienne, les hélicopteres survolant ‘a colonne Ctirée le long de Ia route, ou pour les convois de moindre importance, pr&s a décoller sur demande. Le Hind érait de mutes les operations de représailles, ou dans Ia protection et I soutien des operations terrestres. II Ctait parfois utilisé comme artillerie aCroportCe, ou bien en combinant les mitraillages et en deposant des cDmmandos stir des positions isolees, mais cest surtour en tant qu’instru ment de recherche et de destruction que cet hélicoptère dassaut gagna sa sinistre reputation.

Lartaque du village de Rugyan en 1982 est un exemple typique des méthodes soviétiques. Rugyan, 1 8 kilomètres au nord-ouest dAli Khel, possCdait une population de près de 800 habitants. Cétait un villa ge agricole situC dans Ia vallée Ctroite de Ia rivière Rugyan, abritant une communaurC prospère qui soutenair a cette épo les Moudjahidins. Ses maisons en torchis étaienr groupCes sur ‘Cs pentes de Ia montagne, de part et dautre de La vallee, et en haut dune vallée plus petite dont I ruisseau Se jetair dans le Rugyan par lest. La plupart des maisons ainsi que de nombreux puits Se trouvaient au centre du village. On avait tire parci au rnieux de Ia place par des cultures en terrasses qui donnaient le maximum de terre et despace au ble flu au mals.

Ce jour-là les villageois vaquaienr a leurs occupations habituelles lorsqu’ils aperçurent, vers 9 heures du matin, six hElicopteres au-dessus de Ia vallée. La premiere paire descendit, droit sur I village. Les pre miCres roquettes furent tirCes de 700 metres environ, suivies dune autre salve, puis dune autre, dont lexplosif fit voter en éclats les Iégères habi tations, tuant ou estropiant les occupants. Durant deux heures au moms, I bombardement se poursuivit interminablement, entrecoupe de bréves pauses durant lesquelles une paire d’helicoptère séloignait pour faire place a Ia paire suivante. Quand un apparel! était a court de ro ii décrivait des cerc en arrosant 1 champs et les demeures du feu de ses mitrailleuses. Au sol, quelques jeunes gens s’enfuirent dans les collines, tandis que les autres, les plus vieux, les femmes et les enfants, s’abritaient dans les decombres ou derriere les rochers. Beaucoup périrent sur IC coup, davanrage moururent plus tard sous le choc et les blessures. Lorsquune accalmie semblait Se produire, les gens valides sortaient au secours des blesses. En vain, car chaque mouvement au sol servait de signal d’attaque a une nouvelle paire d’hElicoprères. II ny cut aucune riposte. A cette Cpoque le nombre de Moudjahidins dans le village était négligeable. 11 ny avait aucune arme antiaCrienne, ni aucune grotte pour sabriter.

L’arrivée de troupes venant dAli Khel annonça Ia phase suivante. Deux cents fantassins, avec plusieurs chars, vehicules blindS et mortiers, fluent hake a quelques centaines de metres du village. Us se déployerent avant douvrir I feu. Pendant une demi-heure, a nouveau, les balles de fusil, de mitrailleuse lourde et les obus de mottler arrosèrent les decombres et toutes les cachettes possibles. Enfin, vers midi, le comman dant soviétique fit cesser Ic feu. Aucun de ses hommes navait reçu une simple égratignure. C’était une operation de recherche et destruction au cours de laquelle ‘a destruction précédait Ia recherche. Un officier afghan cria par un porte-voix aux survivants de sorrir. Les femmes er les enfants, en état de choc, pCtrifies, gémissant, furent séparés de Ia poignCe dhommes encore en Ctat de marcher. Le recherche commença dans les ruines, les soldats mettant le feu a tout batiment encore intact. On ne préta aucune attention aux blesses dont personne ne soccupa jusqu’au depart des troupes, qui emmenèrent avec dIes quelques hommes pout les interroger.

Ce fur Ia fin du village de Rugyan. Les quelques 200 survivants Se trainèrenr jusqu’au Pakistan, emmenant leurs blesses attaches sur des che vaux ou des mulets, ou portS sur des lit II leur fallut dix heures pour atteindre I’hopital de Parachinar. Cetre fois-là, les femmes survivantes eurent Ia chance de sen tirer avec quelques coups et quelques injures. Ii ny cut pas de viol, ni de massacre de sang-froid, car ce nétait pas une operation purement soviétique. Lorsque ies troupes afghanes étaient pré sentes, les Soviétiques sabstenaient généralement de commettre leurs plus horribles atrocités. Ailleurs, au cours dune mission similaire, trois jeunes filles fiarent emmenées par les Soviétiques dans un helicoptere, violCes puis jetées du hauc du ciel encore vivantes. Si Ion multiplie l’exemp de Rugyan par quelques centaines, on Se fera une idee de Ce que signiuiait Ia strategic soviétique de Ia terre brulCe. 1 ne faisaient aucune tentative pour Se gagner les cc ou les esprits, mais preféraient detruire en masse, tuer des civils ou les emmener en cxii. Cetait leur manière de déraciner lopposition, de priver les Moudjahidins de soutien et de faire pression sur le Pakistan au moyen des refugiCs. Je dois reconnaltre que cela réussit en partie. Je cro que si nous avions possede le Stinger en 1982 ou 1983 dinnombrables civils auraient été epargnés.

Ce furenr des raisons politiques qui, pendant près de six ans, nous empêchèrent d’obtenir Ic Stinger. Peu de temps après mon entrée en fonctions a tisi, et avant que je ne me rende compte des imp politiques, javais plaidé pour leur utilisation par les Moudjahidins. Au debut de 1984, une délCgation de fonctionnaires américains, qui devaient faire au Congrès un rapport sur Ia guerre, me rendit visite a Rawalpindi. Un de ses membres me demanda quel système darme je préconisais pour faire face a Ia menace aérienne soviétique grandissante. Sans hesiter, je répondis “Le Stinger”. I retour a leur ambassade mes visiteurs deman dèrenr au chef de station de Ia CIA pourquoi les Moudjahidins ne rece vaient pas cette arme, qui Ctait fortement recommandCe par le général Yousaf. La CIA repondit que c’était I gouvernement pakistanais qui s’opposait a son introduction. Ce n’était que Ia moitié de Ia vérité, car !administration amCricaine s’y opposait également, mais j’avais par mad vertance mis le doigr sur un point très sensible.

Le patron de Ia CIA prit immédiatement contact avec moi pour protester, disant que Ia délégation semblait convaincue que cétait Ia CIA qui sopposait a l’introduction du Stinger, alors que je savais fort bien que c’était mon propre gouvernement. f nétais pas au courant de ce I cette époque mais javais de toute evidence créC des difflcultes par mon ignorance. Je dus dans Ia soirée expliquer au gen Akhtar cc que javais fait. Je soulignai que je nétais au courant daucune raison politique pour refuser cette arme et que ma recommandation avait éré faite sur un plan purement militaire et professionnel. Le gen organisa une reunion avec Iadélégation pour clarifier notre position. Mon absence y fut remarquee.

Bien que Ion reconnftt que le Stinger était larme idéale avec laquelle un fantassin pouvair tout seul abattre un avion en plein ciel, Ic point de vue pakistanais était que cétait une ar trop parfaite. Cétait a cette époque Ia meilleure au monde de sa catégorie, cUe venait d’entrer en doracion dans l’armee amCricaine, de sorte que sa technologie était encore un secret absolu. L’avis du Président Zia, dont H changea en 1986,/erait que fournir aux Moudjahidins cette arme américaine perfectionnée contredirait la politique qui prétendait que toutes les armes reçues par les Moudjahidins étaienr d’origine communiste. Son introduction ne pour- rait pas être gardee longtemps secrete des missiles, ou larme elie-méme, pourraient être saisis ou vus par des agents ennemis. En cette occurrence, comment le Pakistan pourrait-il continuer a pretendre quit ne permet tait pas aux Etats-Unis de soutenir directement I Djihad ? En outre, bien que Ce ne fur jamais ouvertement admis, le Président craignait qu’un Stinger ne tombât entre les mains dune organisation terroriste qui pourrait lutiliser contre son avion personnel. Ii avait beaucoup denne mis, qui avaient déjà tenté d’abattre son avion. Ironie du sort, le Pré sident Zia avait raison en Ce quil trouva plus tard Ia mon dans Ic sabota ge de son avion, mais Ce ne fut pas a cause dun missile Stinger.

Ce que Ia CIA n’expliqua pas a mes visiteurs, cest que les vues du gouvernement pakistanais comncidaient avec celles de son propre gouver nemenL Ladministration américaine était également terrifiée a 1idee que sa nouvelle arme magique ne tombe entre de mauvaises mains. Si on Ia fournissait alors aux Moudjahidins, ine-vitablement tot ou tard die pour rait tomber aux mains de lennemi, soit au cours dune action, suit par un agent du KHAD, salt même lul être vendue par un Moud jahid sans scru pules. La vente dun Stinger ferait Ia fortune du vendeur pour toute sa vie. Les Américains étaient effrayés a juste titre a lidS que leur techno logie put être connue des Soviétiques. Ils craignaient aussi que cette arme puisse parvenir a un groupe terroriste qui pourrait lutiliser contre Un avion civil. A cc propos ils étaient épouvantés a l’idee quelle tombe aux mains de liran, Ce qui, vu les circonstances de I guerre en Afghanistan, était tout-à-fait probable. Dans I cas particulier leurs craintes Se révélè rent fondées car les Sovietiques, comme les Iraniens, Se procurèrent les Stinger en 1987 mais, contrairement a leurs apprehensions, ne les uti!isè rent pas Contre eux.

A Ia fin de 1985, je considCrais que Ia fourniture du Stinger Ctait Ia seule question importante non encore résolue pour battre les Soviétiques sur I terrain. Je devins de plus en plus pressant dans mes demandes pour obtenir une arme antiaCrienne efficace. Ainsi que je l’ai raconté prCcédem ment, je m’étais déjà fait refiler d’abord les canons Oerlikon, puis les Blowpipe. La rCponse sempiternelle des autorités civiles palcisranaises, comme américaines, étair Imaginez quelle tombe entre les mains des Sovieriques supposez qu’un terroriste lutilise contre Ic Président pou vez-vous garantir que cela narrivera jamais ?‘ Bien entendu, je ne pouvais offrir une telle garantie, mais comme un Stinger avait semble—t—il déjà été vole dans une base américaine en Allemagne fédérale, Ia force de ces arguments devenait discutable*. Tout ce que je savais, c’est que sans cette arme le moral des Moudjahidins ne pourrait pas resister indefiniment.

Par une surprenante ironie du sort, cc fur Ia perte temporaire de Zhawar et les succès soviéro-afghans autour dA KheI qui firent en fin de compre revirer ‘Cs opinions en faveur de mon point de vue. Bien que je fiasse sCvèremenr critique pour avoir developpé des points fortifies et les avoir d dans une bataille conventionnelle, ii Se trouva que cette erreur, si erreur ii y avair, me procura les Stinger. II fallait quits fIs— sent pencher Ia balance en notre faveur sur le terrain. Ce furent tes durs combats proches de Ia fronti du Pakistan en avril 1986 qui effrayerenr tout ie monde au point d’oublier les risques et de nous donner cc que nous rCciamions. Je profirai amplement de loccasion pour faire des demandes pressantes aussi bien au génCral Akhtar qua Ia CIA. Celles-ci éraient renforcCes par i’opinion des experts amCricains qui disaient alors que les Moudjahidins ne pouvaient continuer Ia guerre avec un tel taux dusure, que l’insuffisance des combattants se faisait de plus en plus sen tir, que les hommes sur I terrain Ctaienr fatigues er que Ia générarion plus jeune hesitait a rejoindre I Djihad. Je n’&ais pas entièrement daccord avec ces theories mais elles me procuraient des arguments sup plementaires. Vers ie milieu de cette annCe-Ia Ic Président finit par accepter. Nous allions soudain obtenir te Stinger.

Le premier probième Crair tentrainement. Même pour ces armes là, nous insistâmes pour que les Moudjahidins fussent entrainés par des Pakistanais et non par des Américains. Ccci impliquait que nos propres instructeurs seraient eux-mémes entrainCs aux Etats-Unis. us s’y rendi rent en juin. Pendant cc temps I centre dentralnement au Stinger fur instailé sur mes installations du camp d’Ojhiri a Rawalpindi, muni dun simulateur. En pratique rout l’entratnement érait menC Sur ce simula teur, sans même de tirs reels avant que les équipes n’utilisenr réeilement les Stinger en Afghanistan.

La principale conrainte résidair en ce que nous ne pouvions pas entramner plus de douze hommes a Ia fois a cause de I’équipement limite. Notre accord avec Its Américains Ctait base sur une allocation annuette de 250 affftts, Cr de 1.000 a 1.200 missiles, de sorte quil allait falloir beau- coup de temps avanr que nous puissions mettre en place sur le retrain suffisamment déquipes pour tous ces missiles. I était impensabte que nous puissions inonder brusquement lAfghanistan avec ces arrnes. L’accroissement Se ferait plutôt graduellement.

Je mentre personnellement avec Ia majorité des commandants afin de les sélectionner pour l’entrainement. Je recherchais des hommes ayant fait leurs preuves sur I terrain, en particulier ceux qui avaient obtenu des succès avec le vieux SA-7. En l’occurrence, la moitié des sta- giaires sur le Stinger avaient déjà une experience du SA-7, avec au moms une victoire a leur actif.

 Les fonctionnaires américains insistaient pour que les Moudjahi- dins reçoivenr un entratnement de quatre semaines. Nos dix instructeurs pakistanais, qui avaient suivi un cours de huit semaines aux Etats-Unis, pensaient que trois semaines suffiraient. Nos premiers stages durèrent aussi longtemps quit fut jugé nécessaire pour former des gens compé- tents. Pour cela, trois semaines étaient normalement suffisantes, quelques stages ne durant que quinze jours. Les Américains nous envoyèrent un officier pour surveiller les premiers entralnements ; j’appris par lui que le pourcentage de coups au but avec I Stinger était de 60 a 65 pour cent pour les troupes amCricaines entramnées, clans une situation de temps de paix. Us considéralent cela comme satisfaisant. Nous nous aperçQmes plus tard, d’aprês nos statistiques, que I taux de succès des Moudjahi- dins, au cours dopérations réelles, était de 70 a 75 pour cent, tandis que nos instructeurs pakistanais atteignaient 95 pour cent.

Je pense que ces excellents résultats fiarent this a Ia grande qualité de I’entratnement, a la determination des stagiaires a réussir, aux affinites naturelles des Moudjahidins avec les armes et aux tactiques antiaériennes agressives que nous employâmes avec les Stinger. Par contraste, les e&rts de l’armCe pakistanaise avec cette arme furent lamentables. Un certain nombre de Stinger thrent fournis aux unites frontalieres pour riposter aux innombrables incursions soviéto-afghanes dans l’espace aérien pakistanais. A ma connaissance Iarmée pakistanaise lança vingt-huit Stinger sur des avions ennemis sans un seul coup au but. Au debut de 1987 l’armée pakis- tanaise pretendit avoir abattu un avion avec un Stinger. 11 y eut une grande excitation. Le gen Aslam Beg, commandant du corps darmée de Peshawar, (aujourd’hui a Ia tête de l’armee pakistanaise, et Ic seul génCra! a ne pas avoir embarqué dans l’avion du président a Bahawalpur en aoüt 1988) voulut interrompre une reunion pour informer personnellement le Premier minjstre. Je me trouvais a Peshawar a cc moment-là aussi demandai-je Hekmatyar, dans ‘a zone duquel lavion avait dQ sabattre, de verifier pour moi. Il Ctait en laison radio avec sa base, de sorte que quelques minutes plus tard il m’informa qu’auCun avion navait etC abattu.

De retour a Islamabad, I soir même, je reçus un appel telepho nique du général Akhtar qui désirait que je m’arrange pour récupérer !‘épave. 1! lien revint pas Iorsque je lui expliquai quil ny avait aucun avion abattu et insista pour que jenvoie un officier v personnelle ment. Ce que je fis, puis confIrmai notre version des fairs, pour I plus grand embarras de larmee pakistanaise. Its avalent méme essayé d’authentifier teur prétention en envoyant un officier chez les Moudjahi dins pour récupérer quelques debris dun aurre avion, que ceux-ci avaient abattu bien Cvidemment. Le hon sens lemporta heuseusement.

Les Etats-Unis dCpéchèrent par avion une équipe spéciale pour découvrir pourquoi notre armée n’obtenait pas de résultats avec Ic Stinger. Les officiers supérieurs de t’ArmCe re&saient de reconnairre les avions descendus par les Moudjahidins aurrement que comme de Ia pro pagande. Lorsque I Président et Ic gCnéral Akhtar confirmèrenr le fait, us declarerent quon leur avait refilé une version démodCe et inutilisable du Stinger. Je crois qu’une partie de l’exp!ication reside dans le fair que les soldats pakistanais n’utilisaient pas ces armes de manière offensive its ne dressaient pas dembuscade a ces avions, ne les attiraient pas sur des positions vuln pour les abattre alors par surprise. Us Se conten talent de demeurer sur uric position defensive starique, attendant que l’objectif vienne a eux, mais i faut reconnaitre que c’était pour eux Ia seule alternative Ctanr donnC les circonstances de leur position fronta!iere.

Au debut de 1987 je fus informe qu’un P16 de Ia Force aérienne pakistanaise (PAP) avait Cté abattu près de Miram Shah, et que les debris Ctaient tombé en Afghanistan. Le rapport affirmait quit avait Se victime dun Stinger tire par les Moudjahidins. 11 y eut un chahut monumental. Tout le monde Se tournait vers lISI en criant je vous lavais bien dir. On naurait jamais dQ donner cette arme aux Moudjahidins. us n’ont pas été entratnés convenablement. us ne peuvent même pas faire Ia difference entre un avion soviétique et un avion pakistanais.” Depuis I debut jCtais sceptique, car ii ny avait pas dCquipe de Stinger déployCe, ou faisant mouvement dans cette zone. J’informai Ic general Akhtar en consequence mais les rumeurs abondaient, tune d’elles disant méme que Ic missile aurait éte tire du Pakistan. Ce fut Ia panique durant 24 heures jusqu’à Ce qu’une veritable enquête révèle que lavion avait etC abatru par un autre chasseur pakistanais. On Se trouva dans un sérieux embarras lorsqu’il fut evident que cérait Ia PAF, plus que les Moudjahidins, qui devait revoir son entratnement ‘a lidentification des avions.

Le sujer de maintes discussions passionnées Ctait de savoir comment deployer norre arme miracle. Comme nous ne pouvions pas submerger soudainement l’Afghanisran avec des centaines de Stinger, ic choix stracé gique Se ramenait soft a concentrer dabord notre force autour des aéro dromes ennemis, soit a Ia conserver proche de la frontière pakistario-afgha ne, et donc garder un controie étroit sur les équipes de missiles, ci peur-&re reduire Ia probabilite que l’un d’eux soft capture. Je militai for tement pour Ia premiere solution. Je pensais que les équipes devajent être utilisées hardiment pour frapper ‘Cs terrains importants. C’était là quétaienr concentrés nos objectifs. Si nous pouvions obtenir leffet de sur prise et frapper durement des Ic debut, nous gagnerions un avantage moral énorme. Les positionner pour protéger nos bases frontalières ferait repasser ‘initiative a lennemi. Tous nos amis amCricains furent daccord, a I’exception de leur ambassadeur. 1! aimait a porter des jugements sur les questions militaires, sur lesquelles ii Ctait imparfaitemenr qualiulé cc fix Ic cas cette fois-Ià. I désirait que Ia premiere misc en place se fasse autour de Barikot et de Khost.

Le bon sens militaire l’emporta (voir carte n’ 18). Comme ii a été dit plus haut, les premiers Stinger remportèrent un succès spectaculaire Iaerodrome de Jalalabad. Nous ajoutimes Kaboul-Bagram dans Ia pre miCre phase de deploiement. Nous les envoyâmes ensuite au-deià de l’Hindou Kouch, sur les terrains de Mazar-i-Sharif, Faisabad, Kunduz, Maimana, et près de Ia rivière Amu. La troisième phase tenait compte dun role plus defensif dans les provinces bordant Ic Pakistan, avec une ultime phase autour des aCrodromes de Kandahar et de Lashkargah. Cette zone venait en dernière prioriré car le terrain était si plar et si aride quil favorisait lennemi, qui pouvair detecter tour mouvement de Moudjahi din avec une relative facilité grace a sa mairrise de lair.

Lemploi des Stinger fit pencher Ia balance tactique en notre faveur. Comme les succès succedaient aux succès, I moral des Moudja hidins augmenta randis que celui de lennemi déclinait. Nous avions obtenu désormais que ‘Cs pilotes soviétiques et afghans volent dans linsé curité ils étaient sur Ia defensive. l rechignèrent a voler a basse altitu de pour attaquer de près, tandis que tout avion de transport sur le terrain de Kaboul, ou dailleurs, ne pouvait atterrir ou decoller que sous la pro tection dhélicoptCres rirant des fusCes dans tous les sens. Même les avions civils, que nous natraquions pas, adoptCrent une approche rendue, tire-bouchonnante jusqu’à Ia piste, cc qui rendait les passagers malades et nerveux. Nous avions donné des ordres aux commandants pour quiis donnent Ia chasse autant aux Cquipages qu’aux apparcils. Nous voulions davantage de pilotes morts que dappareils abattus, car ‘Cs premiers Ctaient beaucoup plus difiuciles a remplacer que les derniers. Nous entre primes de tuer ou de capturer davantage de pilotes en entrainant I certe fin des groupes spéciaux ‘pour faire mouche’, gui accompagnalent chaque équipe de Stinger chaque fois que c’était possible. Nous allâmes jusqu’à prendre pour objectif les mess des pilotes a Kaboul et Bagram dans nos attaques a distance a Ia roquette.

Bien gui nait jamais été dans notre politique de tuer délibere ment les équipages faits prisonniers, Ia propagande sovietique en avait convaincu beaucoup que Ia capture était bien pire que Ia mo Telle était La situation bien avant que nous utilisions les Stinger. Déjà en 1984, le courageux photographe britannique John Gunston avait fixé cette crainte terrible stir une photographie du cadavre dun pilote sovié tique de MIG-21 publiée par ihebdomadaire français L’Express. FIle montrait I pilote gisant dans Ic linceul de son parachute etendu sur IC soi, encore assis dans son siege ejectable, sa main dressée contre sa tête. II s’4tait éjecté, mais sa jambe avait été arrachée au moment o le siege s’étair dégagé du cockpit. En atterrissant, dans son atroce agonie, ii sétait tire une balle dans Ia tête pour éviter la capture. Les Moudjahidins jul avaient plus tard enleve son pistolet. Dans son livre Soldiers of God, Robert Kaplan cite Gunston Le pilore érair restE là pendant plusicurs semaines, ie corps noirci par it sole] mais protégé de Ia putrEfaction par I neige. Les vers avaienr [ tin trou dans 53 figure. ft trouvai ses codes radio et it manuel d MiG-2 1. Mais hon dieu, Its Moudj ne me permirent pas de Its emporter.

En 1987, dans Ia vallée du Logar, un missile Stinger abattit un hélicoptère qui flamba comme une rorche en percutant le sol. Les Moud jahidins fouillèrent les debris et filmèrent un partisan soulevant le corps ratatiné et noirci du pilote avec it bout de son manche a balai. Cétait comme une grotesque poupée de charbon.

Durant une période de dix mois, depuis le debut des Stinger jus aoüt 1987, moment oü je quittai VlSI, 187 Stinger finent utilisés en Afghanistan. 75 pour cent d’entre eux abattirent un aeronef. A cette époque toutes ‘Cs provinces sauf trois éraient pourvues de missiles. Nous recommandions toujours aux commandants de prEparer leur action et dagir de manière offensive. ils harcelaient un poste isolé en escomptant que celui-ci demanderait de l’aide par radio. Si les hélicopteres arrivaient, us tombaient dans une embuscade. De même, les attaques a Ia roquetce Se dCroulaient en p jour pour atrirer les Hind dans le del. Ils venaient parfois, restaient en altitude, lançaient quelques roquettes, puis disparais saient. Lorsqu’ul y a des helicoprères au-dessus d’eux, les Moudjahi dins exposaient souvent dElibérément un ou deux véhicules, sarmngeant pour qu’ils fassent un nuage de poussière, espérant de cette façon entral ner une victime a basse altitude. Celui qui le faisait Etait génEralement abatru. Le plus souvent, 1 restaient en hauteur.

Il est certain que l’introduction des Stinger alarma considerable ment les Cquipages ennemis. Une fois, deux hélicopteres d’assauc mitraillalent un village lorsque Fun deux fut abattu par un Stinger voyant cela le pilote du second, pris de panique, sauta en parachute. L’hiver de 1986-87 vit pour la premiere fois ies commandants et les chefs de partis prêts a poursuivre tes operations en grand nombre malgré les rigueurs du mauvais temps, a condition quon leur fournisse sufuisam ment de Stinger. Nous exploitámes leur enthousiasme au maximum. Ce fut Ic premier hiver durant lequel nous ne reculâmes pas devant Kaboul en fait quelques postes isolCs ftirent repris par les Moudjahidins car les pilotes des hélicoptères ennemis étaient trop effrayCs pour intervenir effi cacement comme auparavant.

Malgré notre insistance sur Ia sécurité, pour éviter que des Stingerou des missiles ne rombent aux mains de l’ennemi, linévitable Se produisir en fin de compte. Par deux fois, au debut de 1987, nous perdimes des Stinger, qui furent rCcupérés, d’abord par les Soviétiques, ensuite par ‘Cs iraniens.

Nous avions entramné une équipe pour opérer dans Ia region de Kandahar sous Ia conduite de linfâme Mulla Malang, dit k boucher”. Alors quil retournait a sa base dopérations avec trois Stinger, it tomba dans une embuscade dressée par unc unite de Spctsnaz. Malgré mes ins tructions sur Ia manière tactique de Se déplacer er de demeurer en alerte, ii Se débrouilla pour enfreindre toutes les regles de sécurité. Ii confia deux affQts et quatre missiles a son avant-garde, tandis quil suivait a quelque distance avec sa force principale, avec les Stinger restants. Lavant-garde fit halte et fut surprise par les Spetsnaz fondant sur les Moudjahidins en helicoptère. Au lieu d’être descendus, les hClicoptères atterrirent et déversèrenr les commandos qui se mirent a uer ou a captu ret tous les hommes du groupe, a l’exceprion dun seul qui put s’Cchap per. Ces Soviétiques ont dü recevoir une fameuse recompense lorsqu’ils revinrent avec un burin aussi précieux.

Durant des mois, jhesitai a mettre en place des Stinger dans les provinces bordant liran. II y avait un veritable risque qu’ils soienr reven dus ou donnés aux Iraniens. Toutefois, lorsque j’appris que les Sovié tiques en a-vaient saisis quelques-uns, je dCcidai de prendre Ce risque. J’introduisis larme nouvelle dans les zones sensibles près d’Herat, de Shindand et dautres zones intéressantes proches de Ia frontiere iranienne. Tooran Ismait, de Herat, fut le premier commandant de cetre region a obtenir les Stinger de son depute, lancien colonel Alauddin, qui vint au Pakistan pour recevoir l’entratnement et escorta personnellement les mis siles un peu plus tard. Après quoi, nous choisImes un commandant moms important du parti de Khalis. Apres son entrainement celui-ci perçut deux nouveaux v er fut escorté jusquà Ia frontiere, o ii reçut des instructions detaillées sur Ia route quil devait prendre pour tra verser Ia province de Helmand. En aucun cas il ne devait passer par l’lran. Sans aucune excuse cc commandant revint a Quetta, après un court passage en Afghanistan sous le prétexte de venir chercher dautres armes, laissant son groupe continuer sans lui. Ils rencontrèrenr des difficulcCs pour traverser Ia rivière Helmand er dévièrent de Ieur route préviae. Que Ce soit accidentellement ou deliberément, us finirent par Se faire arrêter en cerritoire iranien par les Passadars (Eclaireurs de frontiere iraniens). I efnportaient avec eux quatre lanceurs de Stinger er seize missiles. Les efforts répCtés de Khalis et de Rabbani, qui avaient dexcellentes relations en Iran, ne parvinrent pas les faire restituer. Les autorirés iraniennes ne refusèrent jamais vraiment de les rendre mais elles retard simple ment leur restitution sous un prétexte ou sous un autre. A cc jour, nous n’avons toujours pas revu ces missiles. je ne sais pas sil est généra!ement reconnu que l’lran est en possession de ces armes depuis 1987. Je ne peux que prier pour queues naboutissent pas entre tes mains dune organisa tion terroriste. II va sans dire que cc fut Ia dernière fois que Khalis reçut des Stinger tant que je demeurai en fonctions.