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"Il faut mettre Ie fèu a Kaboul"
Lieutenant-general Aichtar Abdul Rehman Khan,
Directeur des Services de Renseignements du Pakistan, 1980-1987
Pendant vingt mois, davril 1978 jusqu’à décembre 1979, date de
l’invasion soviétique de l’Afghanistan, Kaboul fut certainement
La capitale des coups d’etat du monde enrier. Dans cette courre
pério de, H ny eut pas moms de trois coups d’etat sanglants dans
cette cite. Durant ces moM, des dizaines de m d’Afghans
moururent dans les purges les plus meurtrières depuis l’époque
de Staline. Comme toujours, ICaboul flu I centre de Ce bath de
sang, sa nouvefle prison modèle de Pul-i-Charki, a dix
kilomètres a lest de Ia yule, devenant le lieu princi pal des
executions et des tortures. Qul contrô Kaboul, tient l’AIgha
nistan, autant aux yeux du peuple qua ceux du monde.
Pendant des siecles, le palais et le trône des rois afghans ont
été a Kaboul, jusqu’ Ce que lautorité royale soit abruptement
renversCe par Daoud Khan, le cousin du roi Zahir Chab, en 1973.
Mais, en molt-is de cinq ans, Daoud montra des signes
inquiétants d’indépeudance vis-à-vis de ses maltres soviétiques
de Moscou. Les choses atteignirent un point critique en 1977
lorsque, durant une visite au Kremlin, Daoud eut une violente
dispute avec Brejnev, frappant littéralement du p0mg sur Ia
table, et hurlant quen Afghanistan, cétait les Afghans qui
décidaient, La flireur monta ala face du président du Soviet.
Daoud venait designer son arrét de mort. Le 27 avril 1978, 9
heures du ma un groupe de jeunes officiers marxisres lanrerent
une double arraque, par air et avec des blmndés, contre le
Palais Arg au Centre de La vile, oji vivalent Daoud et sa fami
lie enrourés par les 1.800 hommes de Ia garde présidenrielie. Le
debut du coup détar a l’aeroport de Kaboul fut lent et incertain.
Dans l’apres-midi I palais fur mitraillé par des MiG-21 et des
Su-7 mais ii résisra le soir méme, Radio Kaboul tomba mais Ce
nest qua quarre heures du matin, Ic 28, que Daoud mourut aver sa
famille dans les décombres du palais.
Il fa que les Sovietiques choisissent Ic pantin le plus docile
quits allaient installer. Le choix Se compliquait du fait que I
parti corn muniste afghan étair divise. Comme ‘Cs Moudjahidins,
ces marxistes êtaient avant tout des Afghans, sujets a Ia même
propension pour les querelles, Ia violence et les rivalités
tribales. Les communisres afghans éraient, er sonr roujours,
partagés en deux factions. En 1978, Ia faction Parcham étair
dirigee par Babrak Karmal, et I groupe Khalq par Nur Mohammad
Taraki. Brejnev choisit Taraki, quit avait rencontré une Lois,
parce qu’il étair ‘certain quil ferait du bon travail”. Le
premier soin de Taraki fut de se débarrasser de son rival Karmal
en I nommant ambassa deur a Prague. Puis ii entreprit de
supprimer les partisans de Karmal, donr beaucoup étaient des
agents du KGB. L’Afghanistan érait desormais officiellement un
état communiste.
En mojris dun mois démarra un mouvement de résistance armée. A
Kaboul, I rouge avair remplacé Ic vert st les couleurs
nationales. On organisa une énorme manifestation pour assister a
l’envoi du pavilIon rouge et au lkher dune multitude de pigeons
décorés de rubans rouges. Les bâriments publics furent peints en
rouge, tandis que les commerçants et les habitants de Kaboul
rivalisaienc pour exposer le plus grand portrait de Taraki, ou
pour colorier leurs portes et fenetres du rouge le plus écla
tant. Au printemps de 1979 les stocks de peinture rouge étaient
épuisés. Mais Ia plupart des gens de Kaboul, et certainement Ia
plupart des Afghans qui Se proclamaient partisans de Ia nouvelle
ideologie, étaient des radis” communistes, rouges au dehors et
blancs au dedans. Leur fièvre de decoration était davanrage
inspirée par Ia peur que par Ia con viction politique.
Les bulldozers travaillérent durement dans les Champs autour de
Ia prison de Pul-i-Charki, pour creuser d’immenses fosses
communes tandis que les pelorons dexecution fusillalent avec
ardeur. Des témoins afflrme rent plus tard que trente énormes
trous avaienr eté creusés. Chacun deux servait de tombe a une
centaine de prisonniers quA étaient poussés dans les
excavations, de nuir, les mains liées, puis enrerrés vivants par
les bull dozers qui comblaient les fosses.
En février 1979, l’ambassadeur des Etars-Unis, Dubs, fur tue dun
coup de feu dans un hotel de Kaboul, ainsi que nous l’avons
relate plus haut. Le mois suivant vit Ia mutinerie massive de Ia
l Division de FarmS afghane I Herat, conjoinrement au massacre
de citoyens sovié tiques dans cerre même yule. Cest alors que
même Brejnev eUt des doutes sur La sagesse de sa decision de
porter Taraki au pouvoir. 11 dépê cha a Kaboul Ia tête
idéologique de I’armee rouge, le général Alexei Yepichev, avec
six autres généraux, pour une mission d’enquête. Celui-ci fut
sévèrement secoué par Ce quil vit. Les meurtres sans
discrimination conduisaienr le peuple vets un mouvemenr de
résistance qui grandissait rapidemenr, Iarmée afghane était au
bord de leffondrement et Taraki ne voulait pas écouter ses
mentors soviétiques. On intriguait au Kremlin pour que Arnin, le
premier ministre, s’empare de Ia présidence tenue par Taraki.
D’après certaines sources du KGB, celui-ci naurait pas approuvé
un tel plan car 11 Se méflait du temps o Amin Ctait étudiant aux
Etats Unis, a luniversité de Columbia, le soupçonnant même
davoir des liens avec Ia CIA. Une lois de plus, Brejnev passa
par-dessus l’avis du KGB. Taraki flit convoqué pour un entretien
Moscou, tandis qua Kaboul, Amin Se préparair a sauter sur
“occasion. Peu de temps après le retour de Taraki, Amin Se
saisit de lui, lattacha a un lit et l’étouffa avec un cous sin.
Cela se passait en septembre 1979.
Au bout de quelques semaines, i devint evident que Brejnev avait
fait encore une nouvelle gaffe. Amin commença a revenir sur les
pro- messes qu’il avair faites a Moscou. 11 demandait que les
conseillers sovie tiques solent rappelés, protestait contre les
activités du KGB cc ne faisait lien pour combatrre Ia résistance
au communisme qui s’installait dans toutes les provinces. Le
KGB, qui s’étaic oppose a sa designation, fur chargé de
leliminer. Un agent, qui figurait a lepoque parmi les chefs de
lentourage dAmin, reçut La cache de Lempoisonner. Mais, comme
Amin changeait constamment sa nourrirure et sa boisson, cette
méthode pré senta certaines difuicuirés. Le Politburo perdic
patience et opta pour une invasion de grande envergure, précédée
par un coup d’etat organisé par Ic KGB, qui supprimerait Amin.
Fin décembre 1979 eut lieu Ic coup détar de Noel qui entraina Ia
mort dAmin dans I palais Darulaman, sous les balles des
commandos du KGB gui avaienr pris dassaut le bâtiment. Ils
avalent pour ordie de ne laisser personne survivre et
pourchasserent fero cement, piece par piece, les gardes d’Amin.
Comme leur commandant, Ic colonel Bayerenov, qui était en
uniforme afghan, quittait I palais, sans doute pour demander des
renforts, les troupes qui se trouvaient a lexté rieur, un peu
crispées, labattirent aussi par dessus le marchC. Des divi sions
soviétiques se ruèrent pour franchir Ia rivière Amu et atterrir
a I’aéroport de Kaboul. Linvasion érait en marche, Ic Djihad
était sur Ic point de commencer, et finalement Babrak Karmal
obtint sa place
palais du président.
C’est déliberement que j’ai décrit en
details les evènements de Kaboul précédant immediatement
loccupation de Ia yule par les Soviétiques, car cela est
important pour comprendre Ia signification de Kaboul pour
lAfghanistan et pour I Djihad. Kaboul, en tant que capita Ic est
le centre de lactivité politique, educative, économique, diploma
tique et militaire. Sy trouvent les ministères, luniversité et
les colleges techniques, les ambassades étrangeres et l’état-major
de FarmS ainsi que son corps d’armée central. Au moyen de Radio
Kaboul et des studios de télévision, le régime en place peut
manipuler les informations, difkser sa propagande et publier ses
décrets.
Comme pour Rome au temps de lempire romain, tous les chemins
d’Afghanistan mènent finalement a Kaboul. La yule se trouve au
centre dun cercie dont les rayons sont les routes et ‘Cs vallées
qui se déploient dans toures les directions. Vers le nord, Ia
route de Salang conduit Ic tra Lic vets l’Amu et Ia vallée du
Panjshir partage I’Hindou Kouch. Dans lest, Ia route n° I emmène
IC voyageur le long de Ia rivière Kaboul, par Jalalabad, et vers
Peshawar, par Ic col de Khyber. Plusieurs routes de moindre
importance vers le sud-est gagnent les cols montagnards dans Ia
p Parachinar, et, via Gardez et Khost, vers Miram Shah au
Pakistan. La longue ‘route de ceinture”, construite par les
Américains, mène vers Ic sud a Ghazni, Kandahar et finalement a
i-lent, a 650 km environ a I’ouest de Kaboul, Et même a
limmédiat ouest de Ia cite, de nombreuses petites vallees et
sentiers tracent leur chemin sinucux dans Ic massif montagneux
qui forme le Hazarajat. Kaboul a une grande impor tance
seratégique. Nous nous rendions compte, a VlSI, quaussi long
temps quun gouvernement communiste controlerait Kaboul, ii
controle raft aussi le centre nerveux du pays. Pour gagner Ia
guerre, iI ne nous suffisait pas de repousser les Soviétiques
hors dAfghanistan, nous devions aussi éjecter les communistes
afghans de Kaboul. Le monde ne reconnal trait notre victoire
qu’une fois Ies Moudjahidins installS dans Ia capitale. TelIe
était Ia conviction du général Akhar, tel était notre objeccif.
Pour larteindre, ii f mettre Ie feu a Kaboul.
La population de Kaboul avant Ia guerre était de 750.000 habi
tants, mais par suite des ravages cornmis par les Soviétiques
dans la cam pagne, les réfiigies affluèrent. En 1985, près de
deux millions de per sonnes s’entassaient dans ses environs, Cu
campaient sous des tentes dans ses faubourgs. Si Ion ajoute a
cela I’affiux de dizaines de milliers de sol dats soviétiques et
afghans, on peut imaginer a peu près Ic r sur les contraintes
qui en découlaient pour routes les fonctions citadines. On
trouvait communCment quinze personnes dans une pièce de dix
metres cart l’eau et l’électricité fonctionnalent
irrégulierement les égouts empestalent les gens vivaient dans Ia
peur constante dentendre frapper ala porte au milieu de Ia nuit,
car les agents du KHAD étaient partout Ia prison de Pul-i-Charki,
contruite pour 5.000 personnes, en abrirait plus de 20.000 entre
ses murs.
II fallait toujours porter sur soi sa carte d identité, chaque
rue pos sédant ses points de contrtle oü I personnel de sécurité
examinait les papiers. Bien quil y alt très peu de gens tiehors
après huit heures du soir, ii y avait un couvre-feu, de 22 ha 4
h du matin, sauf pour Ia police ci les patrouilles militaires.
Les déplacements pour entrer nu sortir de Kaboul étaient
sévèrement limités. On donnait même aux diplomates une carte des
environs avec Un grand cerc rouge de 10 kilomètres de rayon par
tant du centre de Ia ville. II reprCsentait Ia zone dont les
limites ne devaient pas étre franchies.
Les militaires afghans, en uniforme sable et casquette rigide,
et les soldats soviétiques, en vert olive et coiffure molle a
larges bords, mon talent Ia garde devant tous les bâtiments
officiels civils et militaires. Certaines installations étaient
protégées par des sacs de sable et lambas sade indienne avait
mis du papier sur ses vitres contre I souffle des explosions. Le
téléphone Cult sur écoure, et tout le monde était fouillC dans
les bureaux de poste avant de pouvoir acheter un timbre.
D’Cnormes affiches révolurionnaires placardaient les murs,
tandis que des hauts-parleurs dans Ia rue obligeaient les
passants a entendre ‘a der nière proclamation politique. La
nourriture Crait toujours rare, surtout les fruits et les
legumes. Les produits de base, comme ‘a farine, le pain, le
sucre et Ihuile vCgCtale étaient vendus a prix subventionnés
mais en quantirCs limitCes. Les 100 tonnes de farine que ion
distribuair journel lement, moitlC aux boulangers et moitié au
public, ne pouvaient guère
nourrir plus de deux millions de bouches. Le prix de lessence
augmen tait chaque semaine, mais les fonctionnaires du parti
communiste étaient prémunis centre l’envolée du coüt de Ia vie
car ils pouvaient acheter des tarifs reduits.
Curieusement, les boutiques Ctaient encore pleines de produits
occidentaux de luxe sur lesquels sautalent les soldats
soviétiques !orsqu’ils pouvaient Se les offrir. Pour lhabitant
de Kaboul moyen, qui gagnait a peu près 3.000 afghanis par mois,
Se payer ces produits restait du domaine du rêve. Un petit
refrigCrateur valait une année de salaire, un appareil de
television couleur, deux ans, et une voiture Toyota, 27 aDs.
Certains cherchaienr a noyer leurs ennuis dans Ia boisson. On
avait construit une nouvelle distillerie pour produire de Ia
vodka, du cognac et du yin. On trouvait désormais de l’alcool
dans les bazars de Kaboul. Cela faisait panic de La campagne
communiste anti-islam, qui allait jusquà forcer les conscrits de
l’armee afghane a boire de l’alcool.
Plus de La moirié de Ia population de Kaboul soutenait I Djihad,
sinon en pratique, du moms par sa haine des Soviétiques et son
indiffé rence pour leurs alli afghans. Bien que Ia peur aft
envahi Ia cite, beau coup de ses habitants étaient des
Moudjahidins qui risquaient quotidien nement leur vie et celle
de leur famille en faisant des acres de sabotage, passant des
informations ou donnant abri a ceux qui étaient pourchassés.
Malgré les mesures de sécurité renforcees, malgré l’emploi de Ia
terreur et de ‘a torture, nous cOmes toujours des partisans
actifs a Kaboul tout au long de La guerre. Le problème était
pour nous de savoir comment provo quer l’eflbndremenr du
communisme sans avoir recours a une attaque miliraire direcre,
que les Moudjahidins ne pouvaient espérer réussir rant que
l’armee soviétique occuperait Ia ville.
Notre srratégie érait triple. En premier lieu, mes efforts se
concen rraient sur Ia coordination dattaques destinées a couper
Kaboul de ses sources dapprovisionnement ou d’equipement venant
de lextérieur. Cela consistair en embuscades sur les convois qui
emprunraienr les routes menant vets Kaboul, en pose de mines sur
les barrages qui fournissaient son eau ou en coupures des lignes
électriques.
Venaient ensuite Les sabotages et les atrentats a lintérieur
même de Ia cite. J’insistais toujours sur le fair que nos
objectifs éraient Les Sovié tiques, les agents du KHAD, les
fonctionnaires du gouvernement et leurs installations a Kaboul.
Ces attaques pouvaient alter du couteau entre les epaules du
soldat soviétique faisant des emplettes dans un bazar, jusqu’à
Ia serviette piégée avec une bombe dans le bureau dun haut
fonctionnaire. Le succès du premier flit suffisant pour obliger
toures les troupes sovié tiques a ne Se deplacer quen groupes
armés, et les civils soviériques a ne sortir quavec une escorte
miliraire. En fin de compte, les marches devin rent des lieux
interdits aux Soviétiques et a leurs families. La seconde alLa
jusqu’â une bombe placée sous une table de restaurant a
L’université de Kaboul, en fin 1983. Lexpiosion ma, au milieu de
leur repas, neuf Soviétiques, donr une femme professeur. Les
institutions pédagogiques étaient considérees comme une cible
rêvée, car les enseignants &aient tous des communistes qui
endoctrinaient leurs étudiants avec les dogmes du marxisme. Pour
les Moudjahidins, cela signiflait que ion corrompait Ia jeunesse
du pays, Ia détournant de La vraie foi de l’Islam. Je voudrais
souli gner qu’en 1982, Il y avait au moms 140 specialisres
soviétiques et 105 professeurs de russe a luniversité de Kaboul
et dans les colleges tech niques. Parmi les autres vicrimes Se
trouvaient le recteur de l’universite et le general Abdul Wadood,
commandant it corps darm€e du centre, qul flit rue dans son
bureau. En 1983, on dEnombra sept officiers supérieurs
soviétiques rues a ICaboul. Deux tie res officiers furenr
assassinés par tin garçon de 17 ans dent les parents avaient éré
tués par ‘Cs Soviétft 11 dissimula un pistolet sous son manteau
et sapprocha d’eux lorsqu’ils quit taient Ic Centre culturel
soviétique (un cinema), ou ion projetait des films pour les
officiers supérieurs. Sept coups d feu rapides et Ic gamin
s’enfliit précipitammenr par les rues voisines. Nous lui
fourntmes plus tard tic fausses pièces didentité.
Nous ftmes de nombreuses tentatives pour assassiner NajibuiIah
autant lorsqu’il dirigeait le KHAD qu’après quil devint
Président. A ‘a fin de 1985, par exemple, Un commandant, aide
par Un officier d KI- de ICaboul, qui Ccaic un sympathisanc des
Moudjahidins, faillir rCussir. On fir envier en fraude des
explosifs clans Ia yu on achera une voiture sous Un faux nom et
Ion piaça une bombe dans ie vChicule. Le commandant obtint des
informations sur une visite prévue par Najibul lah a lambassade
des Indes, qul Se trouvait presque en face du quartier général
du KHAD, au ministère de I’lntérieur, boulevard Shari Nu. 11
gara Ia voiture entre les deux b&iments. Comme I declencheur a
distan ce urilisé en géoêral Salt patfois sujet a des pannes au
moment crucia on utilisa a cetre occasion un dispositif
d’horlogerie. Maiheureusement, Najibullah fur en retard de 40
minutes, et La bombe explosa donc avant l’arriv& de I victime
designee. Le commandant prit ‘a fuite dans une voiture prévue a
cette intention, tout cela pour se wet quelques mois plus tard
dans texplosion dune autre bombe quit Ctait en train de pré
parer — tin sort qui nest pas rare pour beaucoup de fabricanrs
tie bombes amateurs.
La troisième manière de frapper Kaboul Ctait lattaque a distance
par des roquettes a longue portS. Cétait de loin Ia méthode Ia
plus utili see. Des dizaines tie milliers de roquettes tomberent
sur Ia cite et ses environs duranc Ia guerre. Ce nest que
pendant de brêves périodes, durant ihiver, que reTrains jours
s’Ecoulaient sans attaques. Icaboul est trés vaste et donc
pratiquement impossible a rater, mais je dois prCciser que nous
ne tirions jamais an hasard. Nos cibles Ctaient toujours miii
taires, ou en relation avec le gouvernement communiste dune
façon ou dune autre. Je ne veux pas dire par là que des citts
innocents ou des par tisans des Moudjahidins nont jamais &é rues
par des roquetces us Ic fureor mais Ce nCrair pas inrenrionnel.
Aucune guerre moderne, er rest trés regrettable, ne peut être
menée sans faire souffrir des innocents. Si nous avions cessé
dattaquer Kaboul a cause du risque datteindre des civils, nous
aurions tire Ic rideau sur notre stratégie fondamentale.
Abdul Haq, un commandant qui opCrait contre Kaboul, fit un
jour a Mark Urban, lauteur de War in Afghanistan, un commenraire
révéla teur sur Ia tuerie involontaire de civils. II lui dit Not
object-if (celui des Moudjahidins) n ‘en pas de tuer des civils..
mais si je dois le faire, ce m tsr égaL.. Si ma familie habitait
a co cit i’ambassade soviEtique, je n ‘hisiterais pas I firer st
rile. Je ne me prdoccuperais pas de son sort. Si je suis prêt I
donner ma vie, moo I cc ma femme doi vent l aussi.
Ma liste dobjectifs possibles a Kaboul pour une attaque a Ia
roquette en comportait plus de soixanre-dix. Jal signalé les
plus impor tants sur ‘a carte n° 12. Les installations
militaires sovietiques et afghanes, jes casernes et i dépôts
Ctaient prioritaires. Le palais Daru laman er le camp de Tad
Tajbeg, qui abritaient les quartiers-généraux de Ia 4o arméc
soviétique et du corps d’armée afghan du centre, I’aéroport de
Kaboul avec sa garnison, La caserne Chihilasatoon, les camps en
face de Ia prison de Pul-i-Charki, le fort de Bala Hissar avec
son regiment des transmissions soviétique, it camp de Khair
Khana qui contenait un important dépôt de materiel de transport
ainsi que La lO Division mororisée, ‘a garnison de Rishkoor,
quartier-général cit Ia 7 Division afghane et de Ia 3 Brigade de
commandos, ainsi que Ia 88 Brigade d’artii}erie, et Ia garnison
de Kargha avec son énorme dépôt de muni Lions, le
quartier-géneral de Ia 8 Division, sont des exemples dobjecrift
purement militaires.
Sur Ia liste des erabltssements civils sovietiques, I premier
était
lambassade. Ii était rare qu’une semaine Se passe sans une
tentative pour
atteindre ce bãtiment. Le deuxieme objectif prioritaire était le
quartier
Microrayan. C’Ctait une zone d’aménagement tentaculaire faite
d’apparte-
ments prefabriqués, réservés aux conseillers soviétiques, a
leurs families et
aux Ionctionnaires du patti communiste afghan. Le quarcier—général
du
KHAD, tous les ministères, le palais du Président, Radio Kaboul
(qui
était un objectifdifficile, car i était voisin de lambassade des
Etats-Unis),
les studios de t les exploitations de transport, les stations
d’éiec-tricité, et les reservoirs de pétrole, tout cela mCritait notre
attention.
Notre capacité a infliger des dommages ou des pertes dépendait
des armes utilisées et de leur maniement par les Moudjahidins.
Pour Its armes, Ce nétait qu’une question de portée. A queue
distance dans Kaboul Ia bombe ou Ia roquette pouvair-elle tomber,
et par consequent a queue proximité de lob jectif devait se
trouver Ic lieu du tir ? Nous ne
possédames its LRTM de 107 mm, dune portée de 8 a 10 kilomètres,
qu au debut de 1984. Avant cetre date notre artilierie Se
composait du
mortier de 82 mm, de sorte que nous devions nous trouver a 3.000
metres de i’objectif, Ce qui signifiait, comme le montre 1anneau
trace sur I carte n 13, que le lieu du n devair souvent se
trouver I l’inrérieur m de Ia yule. Avec le temps, comme les
defenses de Kaboul flirent repoussees progressivement de plus en
plus loin du centre, ce type dattaques a courte portS devint
impossible a lancer. L’arrivée du LRTM chinois nous procura le
moyen de percer dont nous avions besoin. Bien que Ce flu une
arme lourde et encombrante, elle possédait Ia portée, Ia
precision er Ia puissance de feu. Avec ses douze tubes nous
étions capables d’arroser littéralement l’objectif avec nos
roquettes, dans Ia mesure oi nous pouvions nous co suffisamment
de munitions jusqu’h l’endroit du rir. Cela nous permit de
réaliser de vraies atraques a longue portS durant tout le reste
de Ia guerre. Nous obrInmes 500 de ces armes durant mon passage
a lISI, dont 75 pour cent furent utilisées contre Kaboul.

La portee des armes nétait pas le seul élément critique pour la
réussite dune attaque, II fallait aussi que les munitions
fussent appro priées. II était inutile d’atteindre un objectif
si on ne le détruisait pas, si on ne jul infligeait aucun
dommage ou si aucune perte ne s’ensuivait. Pour cela, il était
souvent nécessaire que le coup porte entratne une explosion
secondaire ou un incendie. Nous eames un certain nombre de
deceptions. Le plus grand depot de pétrole de Kaboul est situC
dans un renfoncement sur I cOté nord du quartier de Koh-i-Azamai
(volt carte12). CCtaft un objectifévident. Nous ftmes une premiere
tentative avec une attaque au mortier qul obtint un coup au but,
mais le pétrole ne prit pas feu. Peut-&re que les reservoirs
n’étaient pas pleins, ou quil ny avait pas assez de gaz pour
senflammer. Lobus explosif de mortier pouvait crever l’enveloppe
du reservoir mais sans y meltre Ic feu. On aurait pu utiliser un
obus au phosphore blanc, I Cause de son excellent pouvoir
incendlaire, mais il naurait pas percé ie reservoir.
L’essai suivant für fait de nuit par trois Moudjahidins qui
rampè rent jusquà une centaine de metres, puis tirèrent deux
roquettes dans les reservoirs avec un RPG-2 anrichar avant de
sechapper en voiture. Encore un coup au but, mais toujours pas
dincendie. Je discutai longuement de ce probleme avec les
techniciens de Ia CIA mais us ne pouvalent pas Se rendre sur
place avec une arme pour voir I résultat. Pendant Ce temps, les
defenses locales fiarent renforcees, rendant impossible une
approche de près. Bien que ce dépôt soit demeuré un objectif
pour ‘Cs attaques a longue portS, II survécut ala guerre.
En avril 1985, les Soviétiques avaient etabli une ceinture
defensive autour de Kaboul, qui sétendait jusqu’I 10 ou 12
kilomerres du centre de Ia ville. Cela nous créa de grandes
difflcultes pour organiser nos attaques a Ia roquette, même avec
les LRTM. Cétait une question de poids et de portée. Le LRTM
était trop lourd pour être transporté a dos dhomme sur de
longues distances et sa portée de 9 kilom’etres rendait
impossible l’atteinte de Ia plupart des objectifs situes au c de
Ia cite. Comme a cette époque aucune arme a plus longue portée
nétait envisa gee, j eus recours aux moyens du bord pour me
procurer Un lanceur plus léger. II nous fallait un lance-roquette
1 tube unique (LR) qu’un homme seul puisse manier, de nuit,
contre les defenses ennemies.
Nous récupérâmes un des tubes d’un LRTM partiellement détruit,
que l’armée pakistanaise transforma en arme fonctionnelle — un
LR. Nous en limes une demonstration a Ia CIA a qui je demandai
de me procurer une telle arme en grandes quantités. Entre-temps,
je rencontrai lattaché miliraire chinois cc lui demandai sil
pouvait faire fabriquer cette arme. A ma surprise, ii me cit
quelle avait Cté en dotation dans FarmS chinoise mais qu’elle
était désormais périmée. La remettre en production pren drait
sans doute un certain temps mais cétait chose faisable. La CIA
cc les Chinois coopérèrent pleinement sUt Ce projet. Jen
commandai 500 en 1985 et les premieres livraisons fluent
expédiées par avion a Rawalpindi au debut de l’année suivanre.
Nous en avions reçu 1000 vers Ia fin de 1987. Cette arme accrQt
considérablemenr notre capacité a atteindre Kaboul.
La question de Ia portS f partiellement résolue lorsque nous
reçQmes Ic lance-roquette égyptien de 122 mm, qui pouvait tirer
a plus de 11 kilomCtres. Ce n’était pas encore tout-a-fair Ia
solution car, bien que ne possédant qu’un seul tube, ii était
long et encombranc, cc qui le rendait difficile a charger sur un
cheval ou Un mulct. Comme I LRTM, i Sit beaucoup trop lourd pour
Ic transport a dos d’homme. Nous nen reçflmes qu’une centaine
environ, que je réservai aux commandants capables de s’attac a
Kaboul ou aux principaux terrains daviation.
Pendant deux heures, a partir de 21 h, I ciel de Kaboul servait
génCralement de toile de fond a un spectaculaire feu dartifice
de dou zaines de roquettes rugissant clans lobscuritC, avec en
réponse, des fusees éclairantes cc des projecteurs, des
roquetres et des rirs darrillerie soviC tiques. Comme Ia plus
grande partie des eclairages publics de la yule était en panne
depuis Iongtemps, cc duel Ctait La seule illumination dune
mCtropole sans cela dans I black-out. Vets onze heures, ‘a
plupart des tireurs moudjahidins ayant épuisé leurs munitions,
leurs tirs sétei gnaient, mais pas ceux des Soviétiques. Leurs
tirs et leurs fusées se pour suivaient jusqu’à laube. Vers 5 h
30, les hélicoptères et les chasseurs— bombardiers decollaient
pour des Coups de main sur les positions présumées des
Moudjahidins. Tout cela devint une routine pour les gens de
Kaboul, ‘Cs Soviétiques, et nous-mêmcs.
Notre succès le plus spectaculaire, qui fut fume par camera
video
du toit de lambassade britannique, fut peur-être lattaque du
depot de
munitions de Ia garnison de Kharga, clans Ia banlieue ouest de
Ia yule,Nous supposions que Ce dépôt avait Ia plus grande capacité de
stockage
dAfghanistan, avec près de 40.000 tonnes de tous types de
munitions,
comprenant pratiquement mute Ia reserve de missiles sol-air.
Javais
recommandé a un certain nombre de Commandants de le considérer
comme un objectif prioritaire et le 27 aoüt, i se transforma en
une spec taculaire boule de feu qui atteignit trois cents metres
de hauteur dans le
de Les missiles fusaient clans mutes les directions, clans
Kaboul les
fenêtres vibraient a chaque explosion, et le feu fit rage
jusquau jour sui-
vant. D nombreux soldats afghans furent tués ou blesses.
Plusieurs
commandants revendiquerent cette action, si bien que je fis une
enquête
pour determiner lauteur de cc triomphe. Jexaminai tolls les
rapports
des prCtendants, leurs horaires, leurs emplacements et leurs
capacités
pour attaquer de objectif particulier, avant d’établir que cc ne
pouvait
être qu’un Commandant du parti de Khali on un commandant du
parti
de Sayaf.
Comme nous navions pas de riposte efficace aux hélicoptères
dassaun, nous étions toujours contraints de monter nos attaques
a Ia
roquette durant Ia nuit. Cela impliquait que Ion Se déplace Cr
que ion
tire dans lobscurité, puis que Ion Se retire avant l’aube, pour
échapper
aux inévitables reprCsaiiles venant des airs. Avec un nombre de
plus en
plus grand de postes de defense, et Ic diametre de leur ceinture
sClargis-
sant autour de Kaboul, cétait toujours une operation risquée que
de
s’infilrrer entre leurs mailles pour sapprocher a bonne portée,
surtout Si
Ion considère le nombre dhommes et de mulets nécessaires a une
attaque denvergure. Je souhaitais pouvoir également attaquer Ia
yule
durant La journée, mais nous ne fumes capables de le faire qua
partir de
1986.
Nous eftmes lidS dutiliser des roquettes a auto-déclenchement.
Un groupe de six hommes, chacun transportant une roquette, se
glissait
dans l’obscurité jusquà un emplacement de rir, y plaçait les
roquetres en
Se servant de bi-pieds improvises avec des pierres et connectait
Un déclen- heur a retardement a misc a feu électrique. Le groupe Se
retirait ensuite, oujours de nuit, et six ou huit heures plus tard les rosuettes
s’activaient.
Si ion pouvait multiplier le nombre des groupes venant de diff
directions, on pouvait donc bombarder Kaboul a n’importe queue
heure,
de jour comme de nuir. Nous utilisâmes cette méthode avec succès
mais cela prit un certain temps car, au debut, Ia CIA ne pouvait pas
nous four-nit les appareils spCciaux de mise a feu que nous reclamions.
Kaboul était lobsession du général Akhtar. IL exigealt que
les attaques sur Kaboul solent prioritaires sur mutes les autres.
Lorsqu’un commandant faisait savoir au general qull voulait des
armes lourdes pour atraquer Ia yule, sa demande était sUrement
en bonne vole, même si j’y Ctais oppose. La base fondamentale de
none strategic était de maintenir La pression sur Ia capitale.
Pour nous, faire tomber Kaboul, cétair gagner La guerre — aussi
simple que cela.
La majorité de l’équipe des conseillers pakistanais était
utilisée contre Kaboul, a cause de limportance de cette dernière.
Au debut, ainsi que je lai dit precedemment, je n’étais pas très
enthousiaste pour enga get nos ressortissants pakistanais en
Afghanistan. Toutefois, lorsqu’en 1984 le general Akhtar me
chargea d’inrensifier Ia pression sur Ia yule, je décidai de les
utiliser au maximum. Sur les onze équipes envoyées au cours de
cette annee-la, sept furent employees contre Kaboul. Les
attaques quelles conduisirent sétalèrent sur Ia période davril a
novembre.
Je selectionnai les objectifs avec soin. II devait sagir en
premier lieu des installations soviétiques, sur lesquelles des
artaques réussies seraient bientot connues hors dAfghanistan
grace aux ambassades étran gères et aux medias. Javais choisi
huit objectifs initialemenr, mais le der flier ne put être
attaqué a cause de larrivee du mauvais temps de Ihiver. Les
cibles étaient laeroport de Kaboul, le palais Darulaman, Ia
garnison de Kharga, lambassade soviétique, Microrayan Ia
garnison de Rishkoor et Chihilasaroon, qui était une zone de
casernements soviétiques et abri taft quelques haurs
fonctionnaires (voir carte n 12). Chaque équipe avait plusieurs
objectifs possibles.
Léquipe qui s’occupair de Rishkoor vécut une experience intéres
sante avec Fun des postes de Ia garnison ennemie qui se trouvait
sur sa route, experience qui nétait pas exceprionnelle. Le
commandant avait éé convoqué au mois de juin pour s’enrratner
pendant trois semaines sur le LRTM. Le major pakistanais, ainsi
que les deux sous-officiers qui devaient l’accompagner,
figuraient parmi les instructeurs. Le comman dant er ses hommes
ne surent qu’ils al être accompagnés de conseillers qu’au moment
de franchir Ia frontiere pour retourner en Afghanistan. Ils
devaienr Se rendre a Chakri, a près de 35 kilom au sud-est de
Kaboul, oü Se trouvair Ia base opérationnelle du commandant.
Le voyage jusquà Chakri (carte n 13), via Ali Khel, prit sept
jours, de sorte quon se rrouva au debut d’aoür au moment oü le
major er le commandant purent entamer Ia reconnaissance
detaillee nécessaire pour repérer La route menant a un
emplacement de tir convenable. La recon naissance, menée par ics
trois Pakistanais, I commandant, plus une escor— re de six
Moudjahidins, dura deux jours a une nuit. Le commandant, qui
connaissait bien Ia region, explic quil &llait contourner deux
postes de leffectif dune section, qui faisaient partie de Ia
ceinture extCrieure de defense, si Ion voulair arteindre un
endroit a boone portée de tir.

D retour I Ia base, on mit au point les details du plan. Le
com mandant était revenu de linstruction avec cinquante hommes,
tous entrainés sur le LRTM, qui allaient fournir I groupe
d’attaque, son groupe de protection et mener les mulets. Un
autre groupe de cinquante hommes al constituer lescorte et
servir les deux mortiers de 82 mm et trois mitrailleuses — au
total, une force assez importante de 100 Moudjahidins avec 25
mules, us voulaient lancer une attaque gui en vaille Ia peine,
Ce qui les avait décidé a prendre soixante roquettes ils ne
pouvaient donc pas être moms nombreux.
Mon major sentait que Ia sécurité serait diffIcile I maintenir,
car ils devaient traverser la vallée du Logar, qui était une
zone très peuplée, mais Ic commandant connaissait bien les gens
et était certain quils pas seraient sans encombre. I ne semblait
y avoir aucun moyen déviter de passer tout près dun des postes
ennemis au moms, autrement qu’en fai sant un detour long,
difficile et probablement bruyant. La solution du commandant
était d’envoyer directement un messager an poste ennemi pour lui
demander le libre passage, sous peine de dCtruire sa position.
Mon équipe pensait avec scepticisme que c’était une façon d’agir
peu orthodoxe, lorsque le messager revint en disant qu’on lui
demandait de revenir chercher Ia réponse trois nuits plus tard,
car Ic commandant de Ia section afghane devait consulter
auparavant son conseiller soviétique.
Lors de Ia visite suivante, lofficier afghan dit au messager
gull avait persuade avec beaucoup de difficultés son conseiller
de permettre aux Moudjahidins de passer, mais seulement a
condition que le poste puisse faire feu dans une mauvaise
direction pendant que Se deroulerait l’attaque a Ia roquette.
Puis, après le depart du groupe de tireurs moudja hidins, Ia
garnison sen prendrait a Ia zone des emplacements de tir. Le
commandant moudjahid était très satisfait de cet arrangement
mais, naturellement, mon équipe Crait loin d’être contente. La
decision appar tenait au commandant de sorte que les Pakistanais
durent sincliner ; tou tefois, le major avait lmntention de
mettre en position les mortiers er les mitrailleuses pointées
contre le poste, en cas de traitrise,
Parrant de Chakri dans lapres-midi, et en se deplaçant
rapidement pendant ‘a nuir, ‘a cachette fut atteinte deux heures
avant l’aube. Le jour suivant fut passé accroupi sous des
couvertures parmi les rochers donnant sur Ia vallée du Logar.
Juste après Je crépuscule, ils entamèrent Ia marche de 9
kilomètres menant I Ia position de tir. Le passage de la
passerelle sur ‘a rivière et Ia traversée des villages ne furent
troubles que par quelques aboiements de chiens. Puis, vers 22 h
30, le groupe approcha de lespace entre les postes afghans A 600
metres de distance, le major mit en batterie les mortiers et les
mitrailleuses sur un étroit eperon d’oü Ion pouvait atteindre le
poste. 11 laissa un sergent pakistanais avec Ce groupe.
Le groupe principal partit en avant avec les muiets, en file
indienne vets le poste. Cétait le moment de vérité, car quelles
que soient les pré cautions prises, ii était impossible déviter
quelque bruit leger, comme celui dune mule butant sur un caillou
branlant ou celui dune arme cognant contre un rocher ou une
pièce du LRTM. La colonne passa a vingt metres des Afghans, une
de leurs senrinelle Se détachant clairement dans Ia nuit debout
dans sa tranchee. Aucune interpellation, aucun chuchote m les
Moudjahidins passèrent a côté comme autant de fantomes.
Vets minuir I groupe de soutien fut déployé en avant de Ia posi
tion de tir et le LRTM fut armé. Al o Akbar. Mordabad Shuravi
(Thou est grand. Mort aux Sovietiques) le feu dématra sur cc
cr1. En moms dune demi-heure les soixante roquettes avaient été
lancées et lincendie faisait rage dans le complexe Rishicoor.
Tandis que le LRTM était en action, l’ennemi ouvrit Ic feu avec
une débauche impressionnante de munitions, très loin des
Moudjahidins.
Le déctochage fiat h&tif, sans precautions pour garder le
silence car Ia vitesse était plus importante, afin de couvrir le
plus possible de distan Ce durant ‘Cs cinq heures d’obscurité
testantes. Beaucoup moms chargée, maintenant que les roquettes
avaient été tirCes, Ia colonne passa le poste a vive allure. Les
Afghans avaient cessé le feu, mais une fois les Moudjahi dins
engloutis par les ténèbres, ils l’ouvrirent a nouveau, avec des
series de balles ttaçantes illuminant Ia piste menant a
l’emplacement du tir. Ils avaient tenu parole a Ia lettre. Plus
tard, lorsquils furent do retour Chakri, Radio Kaboul confitma
quo Rishkoor avait été touché et que Ion avait mis plusieurs
heures avant de maItriser les incendies. Comme les autres
équipes pakistanaises, le major et ses deux sous-officiers
flirent plus tard félicités et decorés par le Président.
Kaboul était bien defendue par une vaste concentration do
troupes, de canons et davions. Au debut de 1985, trois ceintures
défensives entoutaient I ville, avec des positions Se couvrant
mutuellement (voir carte & 13). Jusqu’en 1986 nous navons pas pa
lancer d’attaques a dis tance durant Ia journée. La maittise
aérienne absolue des Soviériques nous empécha jusquà l’artivée
du Stinger, fin 1986 et debut 1987, de maintenir Ia pression
soutenue nécessaire pour isoler Ia cite. Non seule ment nos
attaques étaient limitées a Ia nut mais elles étaient teduites a
presque rien durant l’hiver. Ce répit, de jour et durant Ihiver,
flu suffn sant pour permettte a lennemi de Se tessaisir, duset
de represailles et de récupérer ie terrain perdu. Cest au cours
des mois de janvier a mars que ies Soviétiques agrandissaient
leurs defenses, repoussaient ieur périmètre vers i’extérieur et
Se saisissaient des bases et des dépôts darmes moudja hidins
dans les coliines entourant Kaboul.
Ils pouvalent le faire, année après année, car Ia plupart des
Moud jahidins retournaient chez eux pendant ihiver. Les
principales bases opé rationnelles de Ia guéril!a se trouvant a
portée de Kaboul sont indiquées sur La carte n 13. En temps
passé, cela signifie que les Moudjahidins pouvaient atteindre
les positions de tir en deux nuirs de marche, davanta ge cut éÉé
trop risque. A lexception de Koh-i-Safi, chaque base possédait
plusieurs commandants, issus des divers partis, dont les groupes
allaient de 100 a 1000 Moudjahidins. Le probième qui semblait
insurmontable était qu’en hiver les colonnes de ravitaillement
ne pouvaient franchir les cots enneigés. I fallait user de
beaucoup de prevoyance, de programma don et de logistique pour
stocker les fournitures suffisamment a I’avance pour pouvoir
tenir jusquen avril. Nous faisions beaucoup d’efforts concertés
pour y parvenir, mais les difficuités imprévisibles qui surgis
saient dans I pipeline, sur lesquelles nous navions pas daction,
ies contrecarraient souvent. Ce nérait hélas pas le seul
obstacle.
Ainsi que je iai exp!iqué précédemment, on ne sattendait pas a
Ce que les Moudjahidins resrent sur Ic terrain indéfiniment sans
répit. La norme était de passer que!ques mois pour Ic Djihad,
puis de rentrer chez soi pour retrouver sa famille ou pour
gagner un peu dargent. Si Ion asso cie cela aux dures conditions
de vie dans des cavernes ou sous ‘a tenre, ma’ chauffé, ma!
nourri et ma’ vétu, on comprend limpopularité de ‘a guerre
durant Ihiver. La plupart des Afghans hivernent pendant ‘a mau
vaise saison, quils soient civils ou miliraires. 11 est pénible
de saventurer hors de chez soi, même pour quelques heures. Le
Moudjahid est un être humain cest trop ju demander que de
trainer dans ‘a neige en sandales, ou de dormir a !a dure,
emmiroufle dans une couverture usCe jusquà Ia trame. Pour dormir
au chaud sous une couverture, il faur lenrouler autour de son
corps, ies bras a iinrérieur ; il est peu engageant de faire feu
avec un fusii, de servir un mortier, ou de garder ‘a liberté de
mouve ments nécessaire pour combattre. Nous aurions du leur
fournir des vête ments et un équipement appropriCs I Ihiver. Je
veux dire des vestes four rées, des bottes de combat et des
tentes de montagne. Ce fut un Cchec regrettable de notre part
que de navoir pas été capab de Jeur fournir ces articles de 1979
jusquen 1985.
Au cours de 1984, jeus de nombreuses discussions avec mes colla
borateurs, comme avec les commandants, pour envisager la manière
de continuer les attaques sur ICaboul durant l’hiver de
1984-1985. En défi nitive, cela Se résumait a une question
dargent. En avions-nous assez pour payer les coUts de transport
supplémentaires pour constituer des stocks davance ou pour nous
procurer des vêtements d’hivet ? Malheu reusement cc nétait pas
le cas. Nous décid de proposer divers sec teurs a plusieurs
commandants pour des periodes de deux mois. Leur mission serait
de lancer régulierement de nuit des attaques a Ia roquette tout
au long de Ihiver. Nous pensions que Ce scrait possible si les
com mandants conservaient un minimum de 100 a 200 hommes sur le
ter rain. Une trentaine de commandants prirent part a cette
operation et pour lès y inciter nous leur offrimes des LRTM
supplementaires.
Tout alla bien durant les premieres semaines, mais avec les
chutes de neige abondantes du mois de janvier, les mouvements
vers Kaboul devinrent de plus en plus difficiles et coüteux.
Quelques commandants commençèrent a se retirer a cause du manque
dabris, de nourriture, de v&emcnts et déquipements nécessaires
pour lutrer contre les conditions dues au gel. Cela créa un vide
autour de Kaboul, dont les Soviétiques eutent tot fair de tirer
parti. lls lancerent des attaques contre Chakri et Paghman, oü
la résistance était faible. Au bout du compte, nous per- dimes
le terrain que nous avions conquis en éé, lennemi construisit
une nouvelle sCrie de postes pour consolider le terrain gagnC et
les protégea avec des mines et des barbelés. Nous avions été
repoussés, nos objectifs en yUle Se trouvaient reportS a plus
grande portCe et notre emprise était plus faible. En 1985, nous
perdimes completement Chakri. En 1986, Paghman fut pris, seul
Koh-i-Safi flit épargné. Ce nest qu’au debut de 1987, avec
l’arrivée des Stinger, que nous ffimes capables de regagner une
partie du terrain perdu dans Ia zone de Paghman. Jusque la, le
méme inevitable schema se répCta annuellement une campagne
dattaques avec succès jusqu’en decembre, une retraite hivernale
permettant aux Soviériques de desserrer leurs defenses, le tout
conduisant a Ia nécessitC pour nous de posséder des armes a plus
longue portCe. Ainsi Ctait grigno tee none capacité d’étrangler
Kaboul.
Je crois que si nous avions consacré suffisamment dargent depuis
le debut pour nous procurer des v&ements appropriés, nous
aurions Pu poursuivre le combat tout au long de l’année. Au
cours de 1985, je F tous mon possible pour ne pas répéter les
erreurs des années précCdentes, soumettant en prioritC au
general Akhtar des requêtes urgentes pour une sCrie de 5.000
pièces dhabillement dhiver. Ii navait pas l’argent. Le mieux
quil put faire fin de nous fournir une sCrie de 1000 qui fut,
par Cconomie, achetCe a des fabricants pakistanais. En depit de
tous les efforts de V ceux-ci nhonorerent pas leurs commandes.
Quelques commandants essayaient de conserver une force symbo
lique de 30 ou 40 hommes opérationnels durant Ihiver, le
personnel changeant tous les deux mois environ, mais cétait
rarement efficace. Cétait trop leur demander que de vivre sous
une tente dressée sur les murs dune maison en fumes, avec une
temperature de -15 ou - 20 degrés, complètement isoles, en Se
contentant dune maigre ration de pain rassis car, Ia plupart du
temps, aucun civil ne Sc rouvait a moms de 15 kilomètres. II
fallait que ces hommes demeurent alertes, monrent Ia garde et
sortent en expedition pour lancer des roquettes, comme pour
ramasser du bois de chauffage. Quand ils avaient de la chance,
us obte nalent Un peu de farine on de the mais pas de sucre. Ils
buvalent souvent I the en mangeant qucique sucrerie pour Ic
rendre legeremenr plus edul core. Sans vêtements chauds ni
grosses chaussures, Ia bataille contre le froid était inlassable
et vaine. Dans ces conditions, les Moudjahidins per daient 10 on
15 kilos et revenaient abattus, les traits tires, vieillis et
noircis par Ia fij.mée. L’hiver était un adversaire inuiniment
plus dur que les Soviétiques. Au cours de 1985, les operations se deroulant ailleurs
montrèrent, je pense, que les Moudjahidins pouvaient prendre le
dessus. Si seulement HOUS avions eu les Stinger, je suis certain
que Ia guerre aurait pu être gagnée beaucoup plus tot. Nous nous
efforcions pour ainsi dire de tenir le coup er autour de Kaboul,
qui Ctait notre objectif principal, nous per dions de Ia vitesse.
La CIA mavait fourni une série dexcellentes photos par satellite
de douzaines de postes ennemis dans un rayon de 20 kilo metres
autour de Kaboul. Grace a cette aide, je mis au point un program
me nouveau. Cest a ce moment que Ic general Akhtar survint, ayant imagine
une attaque concertCc destinCe a occuper une partie de Kaboul
que Ion tiendrait durant 36 heures. Si ion pouvait y parvenir,
cela produirait un effet rerriblement &vorable sur I moral des
Moudjahidins. je demandai du temps pour étudier la proposition
mais le general en avait déjà parlC a Hekmatyar et a SayaC
chacun d’eux s’étant rnontrC enthousiaste a condi tion quon lui
procure davantage darmes lourdes, de sorte que je reçus I’ordre
de discuter en detail des plans immediatement. Il ressortit de mes discussions qu’une telle operation He pouvait
être que combinee, utilisant Ia cooperation de deux partis au
moms. En l’absence darme antiaCrienne efficace, latcaque He
pouvait rCussir de jour. 11 nous fallait lancer simultanément
des attaques de diversion sur les aerodromes de Kaboul, Bagram
er Jalalabad. Enfin, ie secret seraft dune supreme importance
diftIcile a garder, si nous voulions regrouper 5000 Moudjahidins
auwur de Kaboul. Or cétait le nombre minimum que les chefs de
partis considéraient comme nécessaire. Notre point de vue était quau lieu doccuper Kaboul pendant 36
heures, Ce qui signifiait quil faudrait combattre au moms un
jour entier, nous devrions restreindre lopération au lancement
de nombreuses petites attaques venant de multiples directions.
Cela pouvait Se faire durant une seule nuit, avec un complet
décrochage avant laube. Mais, dune part les chefs de patti
n’étaient pas préts a accepter une operation combinée, et de
lautre notre plan c rechange ne rencontra pas leur approbation
car, a leur point de vue, il n’impliquait pas une allocation
suffisamment géné reuse darmes lourdes. Je ne pus jamais parvenir a coordonner de veritable attaque
combi née sur Kaboul mais je crois que je parvins a le faire
Croire a lennemi, en donnant pour instruction a de nombreux
commandants dengager au
même moment des operations venant de directions differentes sur
cer-tains objectifs. Kaboul était La clef de l’Afghanistan je na aucun doute la-dessus.
Elle aurait dft tomber dans les semaines qui suivirent Ia
retraite sovié-
tique de 1989 mais les raisons pour lesquelles cela ne Se
produisit pas
appartlennent a un autre chapitre. |