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 Kaboul, la clef
 

"Il faut mettre Ie fèu a Kaboul"
Lieutenant-general Aichtar Abdul Rehman Khan,
Directeur des Services de Renseignements du Pakistan, 1980-1987

Pendant vingt mois, davril 1978 jusqu’à décembre 1979, date de l’invasion soviétique de l’Afghanistan, Kaboul fut certainement La capitale des coups d’etat du monde enrier. Dans cette courre pério de, H ny eut pas moms de trois coups d’etat sanglants dans cette cite. Durant ces moM, des dizaines de m d’Afghans moururent dans les purges les plus meurtrières depuis l’époque de Staline. Comme toujours, ICaboul flu I centre de Ce bath de sang, sa nouvefle prison modèle de Pul-i-Charki, a dix kilomètres a lest de Ia yule, devenant le lieu princi pal des executions et des tortures. Qul contrô Kaboul, tient l’AIgha nistan, autant aux yeux du peuple qua ceux du monde.

Pendant des siecles, le palais et le trône des rois afghans ont été a Kaboul, jusqu’ Ce que lautorité royale soit abruptement renversCe par Daoud Khan, le cousin du roi Zahir Chab, en 1973. Mais, en molt-is de cinq ans, Daoud montra des signes inquiétants d’indépeudance vis-à-vis de ses maltres soviétiques de Moscou. Les choses atteignirent un point critique en 1977 lorsque, durant une visite au Kremlin, Daoud eut une violente dispute avec Brejnev, frappant littéralement du p0mg sur Ia table, et hurlant quen Afghanistan, cétait les Afghans qui décidaient, La flireur monta ala face du président du Soviet. Daoud venait designer son arrét de mort. Le 27 avril 1978, 9 heures du ma un groupe de jeunes officiers marxisres lanrerent une double arraque, par air et avec des blmndés, contre le Palais Arg au Centre de La vile, oji vivalent Daoud et sa fami lie enrourés par les 1.800 hommes de Ia garde présidenrielie. Le debut du coup détar a l’aeroport de Kaboul fut lent et incertain. Dans l’apres-midi I palais fur mitraillé par des MiG-21 et des Su-7 mais ii résisra le soir méme, Radio Kaboul tomba mais Ce nest qua quarre heures du matin, Ic 28, que Daoud mourut aver sa famille dans les décombres du palais.

Il fa que les Sovietiques choisissent Ic pantin le plus docile quits allaient installer. Le choix Se compliquait du fait que I parti corn muniste afghan étair divise. Comme ‘Cs Moudjahidins, ces marxistes êtaient avant tout des Afghans, sujets a Ia même propension pour les querelles, Ia violence et les rivalités tribales. Les communisres afghans éraient, er sonr roujours, partagés en deux factions. En 1978, Ia faction Parcham étair dirigee par Babrak Karmal, et I groupe Khalq par Nur Mohammad Taraki. Brejnev choisit Taraki, quit avait rencontré une Lois, parce qu’il étair ‘certain quil ferait du bon travail”. Le premier soin de Taraki fut de se débarrasser de son rival Karmal en I nommant ambassa deur a Prague. Puis ii entreprit de supprimer les partisans de Karmal, donr beaucoup étaient des agents du KGB. L’Afghanistan érait desormais officiellement un état communiste.

En mojris dun mois démarra un mouvement de résistance armée. A Kaboul, I rouge avair remplacé Ic vert st les couleurs nationales. On organisa une énorme manifestation pour assister a l’envoi du pavilIon rouge et au lkher dune multitude de pigeons décorés de rubans rouges. Les bâriments publics furent peints en rouge, tandis que les commerçants et les habitants de Kaboul rivalisaienc pour exposer le plus grand portrait de Taraki, ou pour colorier leurs portes et fenetres du rouge le plus écla tant. Au printemps de 1979 les stocks de peinture rouge étaient épuisés. Mais Ia plupart des gens de Kaboul, et certainement Ia plupart des Afghans qui Se proclamaient partisans de Ia nouvelle ideologie, étaient des radis” communistes, rouges au dehors et blancs au dedans. Leur fièvre de decoration était davanrage inspirée par Ia peur que par Ia con viction politique.

Les bulldozers travaillérent durement dans les Champs autour de Ia prison de Pul-i-Charki, pour creuser d’immenses fosses communes tandis que les pelorons dexecution fusillalent avec ardeur. Des témoins afflrme rent plus tard que trente énormes trous avaienr eté creusés. Chacun deux servait de tombe a une centaine de prisonniers quA étaient poussés dans les excavations, de nuir, les mains liées, puis enrerrés vivants par les bull dozers qui comblaient les fosses.

En février 1979, l’ambassadeur des Etars-Unis, Dubs, fur tue dun coup de feu dans un hotel de Kaboul, ainsi que nous l’avons relate plus haut. Le mois suivant vit Ia mutinerie massive de Ia l Division de FarmS afghane I Herat, conjoinrement au massacre de citoyens sovié tiques dans cerre même yule. Cest alors que même Brejnev eUt des doutes sur La sagesse de sa decision de porter Taraki au pouvoir. 11 dépê cha a Kaboul Ia tête idéologique de I’armee rouge, le général Alexei Yepichev, avec six autres généraux, pour une mission d’enquête. Celui-ci fut sévèrement secoué par Ce quil vit. Les meurtres sans discrimination conduisaienr le peuple vets un mouvemenr de résistance qui grandissait rapidemenr, Iarmée afghane était au bord de leffondrement et Taraki ne voulait pas écouter ses mentors soviétiques. On intriguait au Kremlin pour que Arnin, le premier ministre, s’empare de Ia présidence tenue par Taraki. D’après certaines sources du KGB, celui-ci naurait pas approuvé un tel plan car 11 Se méflait du temps o Amin Ctait étudiant aux Etats Unis, a luniversité de Columbia, le soupçonnant même davoir des liens avec Ia CIA. Une lois de plus, Brejnev passa par-dessus l’avis du KGB. Taraki flit convoqué pour un entretien Moscou, tandis qua Kaboul, Amin Se préparair a sauter sur “occasion. Peu de temps après le retour de Taraki, Amin Se saisit de lui, lattacha a un lit et l’étouffa avec un cous sin. Cela se passait en septembre 1979.

Au bout de quelques semaines, i devint evident que Brejnev avait fait encore une nouvelle gaffe. Amin commença a revenir sur les pro- messes qu’il avair faites a Moscou. 11 demandait que les conseillers sovie tiques solent rappelés, protestait contre les activités du KGB cc ne faisait lien pour combatrre Ia résistance au communisme qui s’installait dans toutes les provinces. Le KGB, qui s’étaic oppose a sa designation, fur chargé de leliminer. Un agent, qui figurait a lepoque parmi les chefs de lentourage dAmin, reçut La cache de Lempoisonner. Mais, comme Amin changeait constamment sa nourrirure et sa boisson, cette méthode pré senta certaines difuicuirés. Le Politburo perdic patience et opta pour une invasion de grande envergure, précédée par un coup d’etat organisé par Ic KGB, qui supprimerait Amin. Fin décembre 1979 eut lieu Ic coup détar de Noel qui entraina Ia mort dAmin dans I palais Darulaman, sous les balles des commandos du KGB gui avaienr pris dassaut le bâtiment. Ils avalent pour ordie de ne laisser personne survivre et pourchasserent fero cement, piece par piece, les gardes d’Amin. Comme leur commandant, Ic colonel Bayerenov, qui était en uniforme afghan, quittait I palais, sans doute pour demander des renforts, les troupes qui se trouvaient a lexté rieur, un peu crispées, labattirent aussi par dessus le marchC. Des divi sions soviétiques se ruèrent pour franchir Ia rivière Amu et atterrir a I’aéroport de Kaboul. Linvasion érait en marche, Ic Djihad était sur Ic point de commencer, et finalement Babrak Karmal obtint sa place palais du président.

C’est déliberement que j’ai décrit en details les evènements de Kaboul précédant immediatement loccupation de Ia yule par les Soviétiques, car cela est important pour comprendre Ia signification de Kaboul pour lAfghanistan et pour I Djihad. Kaboul, en tant que capita Ic est le centre de lactivité politique, educative, économique, diploma tique et militaire. Sy trouvent les ministères, luniversité et les colleges techniques, les ambassades étrangeres et l’état-major de FarmS ainsi que son corps d’armée central. Au moyen de Radio Kaboul et des studios de télévision, le régime en place peut manipuler les informations, difkser sa propagande et publier ses décrets.

Comme pour Rome au temps de lempire romain, tous les chemins d’Afghanistan mènent finalement a Kaboul. La yule se trouve au centre dun cercie dont les rayons sont les routes et ‘Cs vallées qui se déploient dans toures les directions. Vers le nord, Ia route de Salang conduit Ic tra Lic vets l’Amu et Ia vallée du Panjshir partage I’Hindou Kouch. Dans lest, Ia route n° I emmène IC voyageur le long de Ia rivière Kaboul, par Jalalabad, et vers Peshawar, par Ic col de Khyber. Plusieurs routes de moindre importance vers le sud-est gagnent les cols montagnards dans Ia p Parachinar, et, via Gardez et Khost, vers Miram Shah au Pakistan. La longue ‘route de ceinture”, construite par les Américains, mène vers Ic sud a Ghazni, Kandahar et finalement a i-lent, a 650 km environ a I’ouest de Kaboul, Et même a limmédiat ouest de Ia cite, de nombreuses petites vallees et sentiers tracent leur chemin sinucux dans Ic massif montagneux qui forme le Hazarajat. Kaboul a une grande impor tance seratégique. Nous nous rendions compte, a VlSI, quaussi long temps quun gouvernement communiste controlerait Kaboul, ii controle raft aussi le centre nerveux du pays. Pour gagner Ia guerre, iI ne nous suffisait pas de repousser les Soviétiques hors dAfghanistan, nous devions aussi éjecter les communistes afghans de Kaboul. Le monde ne reconnal trait notre victoire qu’une fois Ies Moudjahidins installS dans Ia capitale. TelIe était Ia conviction du général Akhar, tel était notre objeccif. Pour larteindre, ii f mettre Ie feu a Kaboul.

La population de Kaboul avant Ia guerre était de 750.000 habi tants, mais par suite des ravages cornmis par les Soviétiques dans la cam pagne, les réfiigies affluèrent. En 1985, près de deux millions de per sonnes s’entassaient dans ses environs, Cu campaient sous des tentes dans ses faubourgs. Si Ion ajoute a cela I’affiux de dizaines de milliers de sol dats soviétiques et afghans, on peut imaginer a peu près Ic r sur les contraintes qui en découlaient pour routes les fonctions citadines. On trouvait communCment quinze personnes dans une pièce de dix metres cart l’eau et l’électricité fonctionnalent irrégulierement les égouts empestalent les gens vivaient dans Ia peur constante dentendre frapper ala porte au milieu de Ia nuit, car les agents du KHAD étaient partout Ia prison de Pul-i-Charki, contruite pour 5.000 personnes, en abrirait plus de 20.000 entre ses murs.

II fallait toujours porter sur soi sa carte d identité, chaque rue pos sédant ses points de contrtle oü I personnel de sécurité examinait les papiers. Bien quil y alt très peu de gens tiehors après huit heures du soir, ii y avait un couvre-feu, de 22 ha 4 h du matin, sauf pour Ia police ci les patrouilles militaires. Les déplacements pour entrer nu sortir de Kaboul étaient sévèrement limités. On donnait même aux diplomates une carte des environs avec Un grand cerc rouge de 10 kilomètres de rayon par tant du centre de Ia ville. II reprCsentait Ia zone dont les limites ne devaient pas étre franchies.

Les militaires afghans, en uniforme sable et casquette rigide, et les soldats soviétiques, en vert olive et coiffure molle a larges bords, mon talent Ia garde devant tous les bâtiments officiels civils et militaires. Certaines installations étaient protégées par des sacs de sable et lambas sade indienne avait mis du papier sur ses vitres contre I souffle des explosions. Le téléphone Cult sur écoure, et tout le monde était fouillC dans les bureaux de poste avant de pouvoir acheter un timbre. D’Cnormes affiches révolurionnaires placardaient les murs, tandis que des hauts-parleurs dans Ia rue obligeaient les passants a entendre ‘a der nière proclamation politique. La nourriture Crait toujours rare, surtout les fruits et les legumes. Les produits de base, comme ‘a farine, le pain, le sucre et Ihuile vCgCtale étaient vendus a prix subventionnés mais en quantirCs limitCes. Les 100 tonnes de farine que ion distribuair journel lement, moitlC aux boulangers et moitié au public, ne pouvaient guère nourrir plus de deux millions de bouches. Le prix de lessence augmen tait chaque semaine, mais les fonctionnaires du parti communiste étaient prémunis centre l’envolée du coüt de Ia vie car ils pouvaient acheter des tarifs reduits.

Curieusement, les boutiques Ctaient encore pleines de produits occidentaux de luxe sur lesquels sautalent les soldats soviétiques !orsqu’ils pouvaient Se les offrir. Pour lhabitant de Kaboul moyen, qui gagnait a peu près 3.000 afghanis par mois, Se payer ces produits restait du domaine du rêve. Un petit refrigCrateur valait une année de salaire, un appareil de television couleur, deux ans, et une voiture Toyota, 27 aDs. Certains cherchaienr a noyer leurs ennuis dans Ia boisson. On avait construit une nouvelle distillerie pour produire de Ia vodka, du cognac et du yin. On trouvait désormais de l’alcool dans les bazars de Kaboul. Cela faisait panic de La campagne communiste anti-islam, qui allait jusquà forcer les conscrits de l’armee afghane a boire de l’alcool.

Plus de La moirié de Ia population de Kaboul soutenait I Djihad, sinon en pratique, du moms par sa haine des Soviétiques et son indiffé rence pour leurs alli afghans. Bien que Ia peur aft envahi Ia cite, beau coup de ses habitants étaient des Moudjahidins qui risquaient quotidien nement leur vie et celle de leur famille en faisant des acres de sabotage, passant des informations ou donnant abri a ceux qui étaient pourchassés. Malgré les mesures de sécurité renforcees, malgré l’emploi de Ia terreur et de ‘a torture, nous cOmes toujours des partisans actifs a Kaboul tout au long de La guerre. Le problème était pour nous de savoir comment provo quer l’eflbndremenr du communisme sans avoir recours a une attaque miliraire direcre, que les Moudjahidins ne pouvaient espérer réussir rant que l’armee soviétique occuperait Ia ville.

Notre srratégie érait triple. En premier lieu, mes efforts se concen rraient sur Ia coordination dattaques destinées a couper Kaboul de ses sources dapprovisionnement ou d’equipement venant de lextérieur. Cela consistair en embuscades sur les convois qui emprunraienr les routes menant vets Kaboul, en pose de mines sur les barrages qui fournissaient son eau ou en coupures des lignes électriques.

Venaient ensuite Les sabotages et les atrentats a lintérieur même de Ia cite. J’insistais toujours sur le fair que nos objectifs éraient Les Sovié tiques, les agents du KHAD, les fonctionnaires du gouvernement et leurs installations a Kaboul. Ces attaques pouvaient alter du couteau entre les epaules du soldat soviétique faisant des emplettes dans un bazar, jusqu’à Ia serviette piégée avec une bombe dans le bureau dun haut fonctionnaire. Le succès du premier flit suffisant pour obliger toures les troupes sovié tiques a ne Se deplacer quen groupes armés, et les civils soviériques a ne sortir quavec une escorte miliraire. En fin de compte, les marches devin rent des lieux interdits aux Soviétiques et a leurs families. La seconde alLa jusqu’â une bombe placée sous une table de restaurant a L’université de Kaboul, en fin 1983. Lexpiosion ma, au milieu de leur repas, neuf Soviétiques, donr une femme professeur. Les institutions pédagogiques étaient considérees comme une cible rêvée, car les enseignants &aient tous des communistes qui endoctrinaient leurs étudiants avec les dogmes du marxisme. Pour les Moudjahidins, cela signiflait que ion corrompait Ia jeunesse du pays, Ia détournant de La vraie foi de l’Islam. Je voudrais souli gner qu’en 1982, Il y avait au moms 140 specialisres soviétiques et 105 professeurs de russe a luniversité de Kaboul et dans les colleges tech niques. Parmi les autres vicrimes Se trouvaient le recteur de l’universite et le general Abdul Wadood, commandant it corps darm€e du centre, qul flit rue dans son bureau. En 1983, on dEnombra sept officiers supérieurs soviétiques rues a ICaboul. Deux tie res officiers furenr assassinés par tin garçon de 17 ans dent les parents avaient éré tués par ‘Cs Soviétft 11 dissimula un pistolet sous son manteau et sapprocha d’eux lorsqu’ils quit taient Ic Centre culturel soviétique (un cinema), ou ion projetait des films pour les officiers supérieurs. Sept coups d feu rapides et Ic gamin s’enfliit précipitammenr par les rues voisines. Nous lui fourntmes plus tard tic fausses pièces didentité.

Nous ftmes de nombreuses tentatives pour assassiner NajibuiIah autant lorsqu’il dirigeait le KHAD qu’après quil devint Président. A ‘a fin de 1985, par exemple, Un commandant, aide par Un officier d KI- de ICaboul, qui Ccaic un sympathisanc des Moudjahidins, faillir rCussir. On fir envier en fraude des explosifs clans Ia yu on achera une voiture sous Un faux nom et Ion piaça une bombe dans ie vChicule. Le commandant obtint des informations sur une visite prévue par Najibul lah a lambassade des Indes, qul Se trouvait presque en face du quartier général du KHAD, au ministère de I’lntérieur, boulevard Shari Nu. 11 gara Ia voiture entre les deux b&iments. Comme I declencheur a distan ce urilisé en géoêral Salt patfois sujet a des pannes au moment crucia on utilisa a cetre occasion un dispositif d’horlogerie. Maiheureusement, Najibullah fur en retard de 40 minutes, et La bombe explosa donc avant l’arriv& de I victime designee. Le commandant prit ‘a fuite dans une voiture prévue a cette intention, tout cela pour se wet quelques mois plus tard dans texplosion dune autre bombe quit Ctait en train de pré parer — tin sort qui nest pas rare pour beaucoup de fabricanrs tie bombes amateurs.

La troisième manière de frapper Kaboul Ctait lattaque a distance par des roquettes a longue portS. Cétait de loin Ia méthode Ia plus utili see. Des dizaines tie milliers de roquettes tomberent sur Ia cite et ses environs duranc Ia guerre. Ce nest que pendant de brêves périodes, durant ihiver, que reTrains jours s’Ecoulaient sans attaques. Icaboul est trés vaste et donc pratiquement impossible a rater, mais je dois prCciser que nous ne tirions jamais an hasard. Nos cibles Ctaient toujours miii taires, ou en relation avec le gouvernement communiste dune façon ou dune autre. Je ne veux pas dire par là que des citts innocents ou des par tisans des Moudjahidins nont jamais &é rues par des roquetces us Ic fureor mais Ce nCrair pas inrenrionnel. Aucune guerre moderne, er rest trés regrettable, ne peut être menée sans faire souffrir des innocents. Si nous avions cessé dattaquer Kaboul a cause du risque datteindre des civils, nous aurions tire Ic rideau sur notre stratégie fondamentale.

Abdul Haq, un commandant qui opCrait contre Kaboul, fit un jour a Mark Urban, lauteur de War in Afghanistan, un commenraire révéla teur sur Ia tuerie involontaire de civils. II lui dit Not object-if (celui des Moudjahidins) n ‘en pas de tuer des civils.. mais si je dois le faire, ce m tsr égaL.. Si ma familie habitait a co cit i’ambassade soviEtique, je n ‘hisiterais pas I firer st rile. Je ne me prdoccuperais pas de son sort. Si je suis prêt I donner ma vie, moo I cc ma femme doi vent l aussi.

Ma liste dobjectifs possibles a Kaboul pour une attaque a Ia roquette en comportait plus de soixanre-dix. Jal signalé les plus impor tants sur ‘a carte n° 12. Les installations militaires sovietiques et afghanes, jes casernes et i dépôts Ctaient prioritaires. Le palais Daru laman er le camp de Tad Tajbeg, qui abritaient les quartiers-généraux de Ia 4o arméc soviétique et du corps d’armée afghan du centre, I’aéroport de Kaboul avec sa garnison, La caserne Chihilasatoon, les camps en face de Ia prison de Pul-i-Charki, le fort de Bala Hissar avec son regiment des transmissions soviétique, it camp de Khair Khana qui contenait un important dépôt de materiel de transport ainsi que La lO Division mororisée, ‘a garnison de Rishkoor, quartier-général cit Ia 7 Division afghane et de Ia 3 Brigade de commandos, ainsi que Ia 88 Brigade d’artii}erie, et Ia garnison de Kargha avec son énorme dépôt de muni Lions, le quartier-géneral de Ia 8 Division, sont des exemples dobjecrift purement militaires.

Sur Ia liste des erabltssements civils sovietiques, I premier était lambassade. Ii était rare qu’une semaine Se passe sans une tentative pour atteindre ce bãtiment. Le deuxieme objectif prioritaire était le quartier Microrayan. C’Ctait une zone d’aménagement tentaculaire faite d’apparte- ments prefabriqués, réservés aux conseillers soviétiques, a leurs families et
aux Ionctionnaires du patti communiste afghan. Le quarcier—général du KHAD, tous les ministères, le palais du Président, Radio Kaboul (qui était un objectifdifficile, car i était voisin de lambassade des Etats-Unis), les studios de t les exploitations de transport, les stations d’éiec-tricité, et les reservoirs de pétrole, tout cela mCritait notre attention.

Notre capacité a infliger des dommages ou des pertes dépendait des armes utilisées et de leur maniement par les Moudjahidins. Pour Its armes, Ce nétait qu’une question de portée. A queue distance dans Kaboul Ia bombe ou Ia roquette pouvair-elle tomber, et par consequent a queue proximité de lob jectif devait se trouver Ic lieu du tir ? Nous ne possédames its LRTM de 107 mm, dune portée de 8 a 10 kilomètres, qu au debut de 1984. Avant cetre date notre artilierie Se composait du mortier de 82 mm, de sorte que nous devions nous trouver a 3.000 metres de i’objectif, Ce qui signifiait, comme le montre 1anneau trace sur I carte n 13, que le lieu du n devair souvent se trouver I l’inrérieur m de Ia yule. Avec le temps, comme les defenses de Kaboul flirent repoussees progressivement de plus en plus loin du centre, ce type dattaques a courte portS devint impossible a lancer. L’arrivée du LRTM chinois nous procura le moyen de percer dont nous avions besoin. Bien que Ce flu une arme lourde et encombrante, elle possédait Ia portée, Ia precision er Ia puissance de feu. Avec ses douze tubes nous étions capables d’arroser littéralement l’objectif avec nos roquettes, dans Ia mesure oi nous pouvions nous co suffisamment de munitions jusqu’h l’endroit du rir. Cela nous permit de réaliser de vraies atraques a longue portS durant tout le reste de Ia guerre. Nous obrInmes 500 de ces armes durant mon passage a lISI, dont 75 pour cent furent utilisées contre Kaboul.

La portee des armes nétait pas le seul élément critique pour la réussite dune attaque, II fallait aussi que les munitions fussent appro priées. II était inutile d’atteindre un objectif si on ne le détruisait pas, si on ne jul infligeait aucun dommage ou si aucune perte ne s’ensuivait. Pour cela, il était souvent nécessaire que le coup porte entratne une explosion secondaire ou un incendie. Nous eames un certain nombre de deceptions. Le plus grand depot de pétrole de Kaboul est situC dans un renfoncement sur I cOté nord du quartier de Koh-i-Azamai (volt carte12). CCtaft un objectifévident. Nous ftmes une premiere tentative avec une attaque au mortier qul obtint un coup au but, mais le pétrole ne prit pas feu. Peut-&re que les reservoirs n’étaient pas pleins, ou quil ny avait pas assez de gaz pour senflammer. Lobus explosif de mortier pouvait crever l’enveloppe du reservoir mais sans y meltre Ic feu. On aurait pu utiliser un obus au phosphore blanc, I Cause de son excellent pouvoir incendlaire, mais il naurait pas percé ie reservoir.

L’essai suivant für fait de nuit par trois Moudjahidins qui rampè rent jusquà une centaine de metres, puis tirèrent deux roquettes dans les reservoirs avec un RPG-2 anrichar avant de sechapper en voiture. Encore un coup au but, mais toujours pas dincendie. Je discutai longuement de ce probleme avec les techniciens de Ia CIA mais us ne pouvalent pas Se rendre sur place avec une arme pour voir I résultat. Pendant Ce temps, les defenses locales fiarent renforcees, rendant impossible une approche de près. Bien que ce dépôt soit demeuré un objectif pour ‘Cs attaques a longue portS, II survécut ala guerre.

En avril 1985, les Soviétiques avaient etabli une ceinture defensive autour de Kaboul, qui sétendait jusqu’I 10 ou 12 kilomerres du centre de Ia ville. Cela nous créa de grandes difflcultes pour organiser nos attaques a Ia roquette, même avec les LRTM. Cétait une question de poids et de portée. Le LRTM était trop lourd pour être transporté a dos dhomme sur de longues distances et sa portée de 9 kilom’etres rendait impossible l’atteinte de Ia plupart des objectifs situes au c de Ia cite. Comme a cette époque aucune arme a plus longue portée nétait envisa gee, j eus recours aux moyens du bord pour me procurer Un lanceur plus léger. II nous fallait un lance-roquette 1 tube unique (LR) qu’un homme seul puisse manier, de nuit, contre les defenses ennemies.

Nous récupérâmes un des tubes d’un LRTM partiellement détruit, que l’armée pakistanaise transforma en arme fonctionnelle — un LR. Nous en limes une demonstration a Ia CIA a qui je demandai de me procurer une telle arme en grandes quantités. Entre-temps, je rencontrai lattaché miliraire chinois cc lui demandai sil pouvait faire fabriquer cette arme. A ma surprise, ii me cit quelle avait Cté en dotation dans FarmS chinoise mais qu’elle était désormais périmée. La remettre en production pren drait sans doute un certain temps mais cétait chose faisable. La CIA cc les Chinois coopérèrent pleinement sUt Ce projet. Jen commandai 500 en 1985 et les premieres livraisons fluent expédiées par avion a Rawalpindi au debut de l’année suivanre. Nous en avions reçu 1000 vers Ia fin de 1987. Cette arme accrQt considérablemenr notre capacité a atteindre Kaboul.

La question de Ia portS f partiellement résolue lorsque nous reçQmes Ic lance-roquette égyptien de 122 mm, qui pouvait tirer a plus de 11 kilomCtres. Ce n’était pas encore tout-a-fair Ia solution car, bien que ne possédant qu’un seul tube, ii était long et encombranc, cc qui le rendait difficile a charger sur un cheval ou Un mulct. Comme I LRTM, i Sit beaucoup trop lourd pour Ic transport a dos d’homme. Nous nen reçflmes qu’une centaine environ, que je réservai aux commandants capables de s’attac a Kaboul ou aux principaux terrains daviation.

Pendant deux heures, a partir de 21 h, I ciel de Kaboul servait génCralement de toile de fond a un spectaculaire feu dartifice de dou zaines de roquettes rugissant clans lobscuritC, avec en réponse, des fusees éclairantes cc des projecteurs, des roquetres et des rirs darrillerie soviC tiques. Comme Ia plus grande partie des eclairages publics de la yule était en panne depuis Iongtemps, cc duel Ctait La seule illumination dune mCtropole sans cela dans I black-out. Vets onze heures, ‘a plupart des tireurs moudjahidins ayant épuisé leurs munitions, leurs tirs sétei gnaient, mais pas ceux des Soviétiques. Leurs tirs et leurs fusées se pour suivaient jusqu’à laube. Vers 5 h 30, les hélicoptères et les chasseurs— bombardiers decollaient pour des Coups de main sur les positions présumées des Moudjahidins. Tout cela devint une routine pour les gens de Kaboul, ‘Cs Soviétiques, et nous-mêmcs.

Notre succès le plus spectaculaire, qui fut fume par camera video du toit de lambassade britannique, fut peur-être lattaque du depot de munitions de Ia garnison de Kharga, clans Ia banlieue ouest de Ia yule,Nous supposions que Ce dépôt avait Ia plus grande capacité de stockage dAfghanistan, avec près de 40.000 tonnes de tous types de munitions,
comprenant pratiquement mute Ia reserve de missiles sol-air. Javais recommandé a un certain nombre de Commandants de le considérer comme un objectif prioritaire et le 27 aoüt, i se transforma en une spec taculaire boule de feu qui atteignit trois cents metres de hauteur dans le de Les missiles fusaient clans mutes les directions, clans Kaboul les fenêtres vibraient a chaque explosion, et le feu fit rage jusquau jour sui- vant. D nombreux soldats afghans furent tués ou blesses. Plusieurs commandants revendiquerent cette action, si bien que je fis une enquête pour determiner lauteur de cc triomphe. Jexaminai tolls les rapports des prCtendants, leurs horaires, leurs emplacements et leurs capacités pour attaquer de objectif particulier, avant d’établir que cc ne pouvait être qu’un Commandant du parti de Khali on un commandant du parti de Sayaf.

Comme nous navions pas de riposte efficace aux hélicoptères dassaun, nous étions toujours contraints de monter nos attaques a Ia roquette durant Ia nuit. Cela impliquait que Ion Se déplace Cr que ion tire dans lobscurité, puis que Ion Se retire avant l’aube, pour échapper aux inévitables reprCsaiiles venant des airs. Avec un nombre de plus en plus grand de postes de defense, et Ic diametre de leur ceinture sClargis- sant autour de Kaboul, cétait toujours une operation risquée que de s’infilrrer entre leurs mailles pour sapprocher a bonne portée, surtout Si Ion considère le nombre dhommes et de mulets nécessaires a une attaque denvergure. Je souhaitais pouvoir également attaquer Ia yule durant La journée, mais nous ne fumes capables de le faire qua partir de 1986.

Nous eftmes lidS dutiliser des roquettes a auto-déclenchement. Un groupe de six hommes, chacun transportant une roquette, se glissait dans l’obscurité jusquà un emplacement de rir, y plaçait les roquetres en Se servant de bi-pieds improvises avec des pierres et connectait Un déclen- heur a retardement a misc a feu électrique. Le groupe Se retirait ensuite, oujours de nuit, et six ou huit heures plus tard les rosuettes s’activaient. Si ion pouvait multiplier le nombre des groupes venant de diff directions, on pouvait donc bombarder Kaboul a n’importe queue heure, de jour comme de nuir. Nous utilisâmes cette méthode avec succès mais cela prit un certain temps car, au debut, Ia CIA ne pouvait pas nous four-nit les appareils spCciaux de mise a feu que nous reclamions.

Kaboul était lobsession du général Akhtar. IL exigealt que les attaques sur Kaboul solent prioritaires sur mutes les autres. Lorsqu’un commandant faisait savoir au general qull voulait des armes lourdes pour atraquer Ia yule, sa demande était sUrement en bonne vole, même si j’y Ctais oppose. La base fondamentale de none strategic était de maintenir La pression sur Ia capitale. Pour nous, faire tomber Kaboul, cétair gagner La guerre — aussi simple que cela.

La majorité de l’équipe des conseillers pakistanais était utilisée contre Kaboul, a cause de limportance de cette dernière. Au debut, ainsi que je lai dit precedemment, je n’étais pas très enthousiaste pour enga get nos ressortissants pakistanais en Afghanistan. Toutefois, lorsqu’en 1984 le general Akhtar me chargea d’inrensifier Ia pression sur Ia yule, je décidai de les utiliser au maximum. Sur les onze équipes envoyées au cours de cette annee-la, sept furent employees contre Kaboul. Les attaques quelles conduisirent sétalèrent sur Ia période davril a novembre.

Je selectionnai les objectifs avec soin. II devait sagir en premier lieu des installations soviétiques, sur lesquelles des artaques réussies seraient bientot connues hors dAfghanistan grace aux ambassades étran gères et aux medias. Javais choisi huit objectifs initialemenr, mais le der flier ne put être attaqué a cause de larrivee du mauvais temps de Ihiver. Les cibles étaient laeroport de Kaboul, le palais Darulaman, Ia garnison de Kharga, lambassade soviétique, Microrayan Ia garnison de Rishkoor et Chihilasaroon, qui était une zone de casernements soviétiques et abri taft quelques haurs fonctionnaires (voir carte n 12). Chaque équipe avait plusieurs objectifs possibles.

Léquipe qui s’occupair de Rishkoor vécut une experience intéres sante avec Fun des postes de Ia garnison ennemie qui se trouvait sur sa route, experience qui nétait pas exceprionnelle. Le commandant avait éé convoqué au mois de juin pour s’enrratner pendant trois semaines sur le LRTM. Le major pakistanais, ainsi que les deux sous-officiers qui devaient l’accompagner, figuraient parmi les instructeurs. Le comman dant er ses hommes ne surent qu’ils al être accompagnés de conseillers qu’au moment de franchir Ia frontiere pour retourner en Afghanistan. Ils devaienr Se rendre a Chakri, a près de 35 kilom au sud-est de Kaboul, oü Se trouvair Ia base opérationnelle du commandant.

Le voyage jusquà Chakri (carte n 13), via Ali Khel, prit sept jours, de sorte quon se rrouva au debut d’aoür au moment oü le major er le commandant purent entamer Ia reconnaissance detaillee nécessaire pour repérer La route menant a un emplacement de tir convenable. La recon naissance, menée par ics trois Pakistanais, I commandant, plus une escor— re de six Moudjahidins, dura deux jours a une nuit. Le commandant, qui connaissait bien Ia region, explic quil &llait contourner deux postes de leffectif dune section, qui faisaient partie de Ia ceinture extCrieure de defense, si Ion voulair arteindre un endroit a boone portée de tir.

D retour I Ia base, on mit au point les details du plan. Le com mandant était revenu de linstruction avec cinquante hommes, tous entrainés sur le LRTM, qui allaient fournir I groupe d’attaque, son groupe de protection et mener les mulets. Un autre groupe de cinquante hommes al constituer lescorte et servir les deux mortiers de 82 mm et trois mitrailleuses — au total, une force assez importante de 100 Moudjahidins avec 25 mules, us voulaient lancer une attaque gui en vaille Ia peine, Ce qui les avait décidé a prendre soixante roquettes ils ne pouvaient donc pas être moms nombreux.

Mon major sentait que Ia sécurité serait diffIcile I maintenir, car ils devaient traverser la vallée du Logar, qui était une zone très peuplée, mais Ic commandant connaissait bien les gens et était certain quils pas seraient sans encombre. I ne semblait y avoir aucun moyen déviter de passer tout près dun des postes ennemis au moms, autrement qu’en fai sant un detour long, difficile et probablement bruyant. La solution du commandant était d’envoyer directement un messager an poste ennemi pour lui demander le libre passage, sous peine de dCtruire sa position. Mon équipe pensait avec scepticisme que c’était une façon d’agir peu orthodoxe, lorsque le messager revint en disant qu’on lui demandait de revenir chercher Ia réponse trois nuits plus tard, car Ic commandant de Ia section afghane devait consulter auparavant son conseiller soviétique.

Lors de Ia visite suivante, lofficier afghan dit au messager gull avait persuade avec beaucoup de difficultés son conseiller de permettre aux Moudjahidins de passer, mais seulement a condition que le poste puisse faire feu dans une mauvaise direction pendant que Se deroulerait l’attaque a Ia roquette. Puis, après le depart du groupe de tireurs moudja hidins, Ia garnison sen prendrait a Ia zone des emplacements de tir. Le commandant moudjahid était très satisfait de cet arrangement mais, naturellement, mon équipe Crait loin d’être contente. La decision appar tenait au commandant de sorte que les Pakistanais durent sincliner ; tou tefois, le major avait lmntention de mettre en position les mortiers er les mitrailleuses pointées contre le poste, en cas de traitrise,

Parrant de Chakri dans lapres-midi, et en se deplaçant rapidement pendant ‘a nuir, ‘a cachette fut atteinte deux heures avant l’aube. Le jour suivant fut passé accroupi sous des couvertures parmi les rochers donnant sur Ia vallée du Logar. Juste après Je crépuscule, ils entamèrent Ia marche de 9 kilomètres menant I Ia position de tir. Le passage de la passerelle sur ‘a rivière et Ia traversée des villages ne furent troubles que par quelques aboiements de chiens. Puis, vers 22 h 30, le groupe approcha de lespace entre les postes afghans A 600 metres de distance, le major mit en batterie les mortiers et les mitrailleuses sur un étroit eperon d’oü Ion pouvait atteindre le poste. 11 laissa un sergent pakistanais avec Ce groupe.

Le groupe principal partit en avant avec les muiets, en file indienne vets le poste. Cétait le moment de vérité, car quelles que soient les pré cautions prises, ii était impossible déviter quelque bruit leger, comme celui dune mule butant sur un caillou branlant ou celui dune arme cognant contre un rocher ou une pièce du LRTM. La colonne passa a vingt metres des Afghans, une de leurs senrinelle Se détachant clairement dans Ia nuit debout dans sa tranchee. Aucune interpellation, aucun chuchote m les Moudjahidins passèrent a côté comme autant de fantomes.

Vets minuir I groupe de soutien fut déployé en avant de Ia posi tion de tir et le LRTM fut armé. Al o Akbar. Mordabad Shuravi (Thou est grand. Mort aux Sovietiques) le feu dématra sur cc cr1. En moms dune demi-heure les soixante roquettes avaient été lancées et lincendie faisait rage dans le complexe Rishicoor. Tandis que le LRTM était en action, l’ennemi ouvrit Ic feu avec une débauche impressionnante de munitions, très loin des Moudjahidins.

Le déctochage fiat h&tif, sans precautions pour garder le silence car Ia vitesse était plus importante, afin de couvrir le plus possible de distan Ce durant ‘Cs cinq heures d’obscurité testantes. Beaucoup moms chargée, maintenant que les roquettes avaient été tirCes, Ia colonne passa le poste a vive allure. Les Afghans avaient cessé le feu, mais une fois les Moudjahi dins engloutis par les ténèbres, ils l’ouvrirent a nouveau, avec des series de balles ttaçantes illuminant Ia piste menant a l’emplacement du tir. Ils avaient tenu parole a Ia lettre. Plus tard, lorsquils furent do retour Chakri, Radio Kaboul confitma quo Rishkoor avait été touché et que Ion avait mis plusieurs heures avant de maItriser les incendies. Comme les autres équipes pakistanaises, le major et ses deux sous-officiers flirent plus tard félicités et decorés par le Président.

Kaboul était bien defendue par une vaste concentration do troupes, de canons et davions. Au debut de 1985, trois ceintures défensives entoutaient I ville, avec des positions Se couvrant mutuellement (voir carte & 13). Jusqu’en 1986 nous navons pas pa lancer d’attaques a dis tance durant Ia journée. La maittise aérienne absolue des Soviériques nous empécha jusquà l’artivée du Stinger, fin 1986 et debut 1987, de maintenir Ia pression soutenue nécessaire pour isoler Ia cite. Non seule ment nos attaques étaient limitées a Ia nut mais elles étaient teduites a presque rien durant l’hiver. Ce répit, de jour et durant Ihiver, flu suffn sant pour permettte a lennemi de Se tessaisir, duset de represailles et de récupérer ie terrain perdu. Cest au cours des mois de janvier a mars que ies Soviétiques agrandissaient leurs defenses, repoussaient ieur périmètre vers i’extérieur et Se saisissaient des bases et des dépôts darmes moudja hidins dans les coliines entourant Kaboul.

Ils pouvalent le faire, année après année, car Ia plupart des Moud jahidins retournaient chez eux pendant ihiver. Les principales bases opé rationnelles de Ia guéril!a se trouvant a portée de Kaboul sont indiquées sur La carte n 13. En temps passé, cela signifie que les Moudjahidins pouvaient atteindre les positions de tir en deux nuirs de marche, davanta ge cut éÉé trop risque. A lexception de Koh-i-Safi, chaque base possédait plusieurs commandants, issus des divers partis, dont les groupes allaient de 100 a 1000 Moudjahidins. Le probième qui semblait insurmontable était qu’en hiver les colonnes de ravitaillement ne pouvaient franchir les cots enneigés. I fallait user de beaucoup de prevoyance, de programma don et de logistique pour stocker les fournitures suffisamment a I’avance pour pouvoir tenir jusquen avril. Nous faisions beaucoup d’efforts concertés pour y parvenir, mais les difficuités imprévisibles qui surgis saient dans I pipeline, sur lesquelles nous navions pas daction, ies contrecarraient souvent. Ce nérait hélas pas le seul obstacle.

Ainsi que je iai exp!iqué précédemment, on ne sattendait pas a Ce que les Moudjahidins resrent sur Ic terrain indéfiniment sans répit. La norme était de passer que!ques mois pour Ic Djihad, puis de rentrer chez soi pour retrouver sa famille ou pour gagner un peu dargent. Si Ion asso cie cela aux dures conditions de vie dans des cavernes ou sous ‘a tenre, ma’ chauffé, ma! nourri et ma’ vétu, on comprend limpopularité de ‘a guerre durant Ihiver. La plupart des Afghans hivernent pendant ‘a mau vaise saison, quils soient civils ou miliraires. 11 est pénible de saventurer hors de chez soi, même pour quelques heures. Le Moudjahid est un être humain cest trop ju demander que de trainer dans ‘a neige en sandales, ou de dormir a !a dure, emmiroufle dans une couverture usCe jusquà Ia trame. Pour dormir au chaud sous une couverture, il faur lenrouler autour de son corps, ies bras a iinrérieur ; il est peu engageant de faire feu avec un fusii, de servir un mortier, ou de garder ‘a liberté de mouve ments nécessaire pour combattre. Nous aurions du leur fournir des vête ments et un équipement appropriCs I Ihiver. Je veux dire des vestes four rées, des bottes de combat et des tentes de montagne. Ce fut un Cchec regrettable de notre part que de navoir pas été capab de Jeur fournir ces articles de 1979 jusquen 1985.

Au cours de 1984, jeus de nombreuses discussions avec mes colla borateurs, comme avec les commandants, pour envisager la manière de continuer les attaques sur ICaboul durant l’hiver de 1984-1985. En défi nitive, cela Se résumait a une question dargent. En avions-nous assez pour payer les coUts de transport supplémentaires pour constituer des stocks davance ou pour nous procurer des vêtements d’hivet ? Malheu reusement cc nétait pas le cas. Nous décid de proposer divers sec teurs a plusieurs commandants pour des periodes de deux mois. Leur mission serait de lancer régulierement de nuit des attaques a Ia roquette tout au long de Ihiver. Nous pensions que Ce scrait possible si les com mandants conservaient un minimum de 100 a 200 hommes sur le ter rain. Une trentaine de commandants prirent part a cette operation et pour lès y inciter nous leur offrimes des LRTM supplementaires.

Tout alla bien durant les premieres semaines, mais avec les chutes de neige abondantes du mois de janvier, les mouvements vers Kaboul devinrent de plus en plus difficiles et coüteux. Quelques commandants commençèrent a se retirer a cause du manque dabris, de nourriture, de v&emcnts et déquipements nécessaires pour lutrer contre les conditions dues au gel. Cela créa un vide autour de Kaboul, dont les Soviétiques eutent tot fair de tirer parti. lls lancerent des attaques contre Chakri et Paghman, oü la résistance était faible. Au bout du compte, nous per- dimes le terrain que nous avions conquis en éé, lennemi construisit une nouvelle sCrie de postes pour consolider le terrain gagnC et les protégea avec des mines et des barbelés. Nous avions été repoussés, nos objectifs en yUle Se trouvaient reportS a plus grande portCe et notre emprise était plus faible. En 1985, nous perdimes completement Chakri. En 1986, Paghman fut pris, seul Koh-i-Safi flit épargné. Ce nest qu’au debut de 1987, avec l’arrivée des Stinger, que nous ffimes capables de regagner une partie du terrain perdu dans Ia zone de Paghman. Jusque la, le méme inevitable schema se répCta annuellement une campagne dattaques avec succès jusqu’en decembre, une retraite hivernale permettant aux Soviériques de desserrer leurs defenses, le tout conduisant a Ia nécessitC pour nous de posséder des armes a plus longue portCe. Ainsi Ctait grigno tee none capacité d’étrangler Kaboul.

Je crois que si nous avions consacré suffisamment dargent depuis le debut pour nous procurer des v&ements appropriés, nous aurions Pu poursuivre le combat tout au long de l’année. Au cours de 1985, je F tous mon possible pour ne pas répéter les erreurs des années précCdentes, soumettant en prioritC au general Akhtar des requêtes urgentes pour une sCrie de 5.000 pièces dhabillement dhiver. Ii navait pas l’argent. Le mieux quil put faire fin de nous fournir une sCrie de 1000 qui fut, par Cconomie, achetCe a des fabricants pakistanais. En depit de tous les efforts de V ceux-ci nhonorerent pas leurs commandes.

Quelques commandants essayaient de conserver une force symbo lique de 30 ou 40 hommes opérationnels durant Ihiver, le personnel changeant tous les deux mois environ, mais cétait rarement efficace. Cétait trop leur demander que de vivre sous une tente dressée sur les murs dune maison en fumes, avec une temperature de -15 ou - 20 degrés, complètement isoles, en Se contentant dune maigre ration de pain rassis car, Ia plupart du temps, aucun civil ne Sc rouvait a moms de 15 kilomètres. II fallait que ces hommes demeurent alertes, monrent Ia garde et sortent en expedition pour lancer des roquettes, comme pour ramasser du bois de chauffage. Quand ils avaient de la chance, us obte nalent Un peu de farine on de the mais pas de sucre. Ils buvalent souvent I the en mangeant qucique sucrerie pour Ic rendre legeremenr plus edul core. Sans vêtements chauds ni grosses chaussures, Ia bataille contre le froid était inlassable et vaine. Dans ces conditions, les Moudjahidins per daient 10 on 15 kilos et revenaient abattus, les traits tires, vieillis et noircis par Ia fij.mée. L’hiver était un adversaire inuiniment plus dur que les Soviétiques.

Au cours de 1985, les operations se deroulant ailleurs montrèrent, je pense, que les Moudjahidins pouvaient prendre le dessus. Si seulement HOUS avions eu les Stinger, je suis certain que Ia guerre aurait pu être gagnée beaucoup plus tot. Nous nous efforcions pour ainsi dire de tenir le coup er autour de Kaboul, qui Ctait notre objectif principal, nous per dions de Ia vitesse. La CIA mavait fourni une série dexcellentes photos par satellite de douzaines de postes ennemis dans un rayon de 20 kilo metres autour de Kaboul. Grace a cette aide, je mis au point un program me nouveau.

Cest a ce moment que Ic general Akhtar survint, ayant imagine une attaque concertCc destinCe a occuper une partie de Kaboul que Ion tiendrait durant 36 heures. Si ion pouvait y parvenir, cela produirait un effet rerriblement &vorable sur I moral des Moudjahidins. je demandai du temps pour étudier la proposition mais le general en avait déjà parlC a Hekmatyar et a SayaC chacun d’eux s’étant rnontrC enthousiaste a condi tion quon lui procure davantage darmes lourdes, de sorte que je reçus I’ordre de discuter en detail des plans immediatement.

Il ressortit de mes discussions qu’une telle operation He pouvait être que combinee, utilisant Ia cooperation de deux partis au moms. En l’absence darme antiaCrienne efficace, latcaque He pouvait rCussir de jour. 11 nous fallait lancer simultanément des attaques de diversion sur les aerodromes de Kaboul, Bagram er Jalalabad. Enfin, ie secret seraft dune supreme importance diftIcile a garder, si nous voulions regrouper 5000 Moudjahidins auwur de Kaboul. Or cétait le nombre minimum que les chefs de partis considéraient comme nécessaire.

Notre point de vue était quau lieu doccuper Kaboul pendant 36 heures, Ce qui signifiait quil faudrait combattre au moms un jour entier, nous devrions restreindre lopération au lancement de nombreuses petites attaques venant de multiples directions. Cela pouvait Se faire durant une seule nuit, avec un complet décrochage avant laube. Mais, dune part les chefs de patti n’étaient pas préts a accepter une operation combinée, et de lautre notre plan c rechange ne rencontra pas leur approbation car, a leur point de vue, il n’impliquait pas une allocation suffisamment géné reuse darmes lourdes.

Je ne pus jamais parvenir a coordonner de veritable attaque combi née sur Kaboul mais je crois que je parvins a le faire Croire a lennemi, en donnant pour instruction a de nombreux commandants dengager au même moment des operations venant de directions differentes sur cer-tains objectifs.

Kaboul était La clef de l’Afghanistan je na aucun doute la-dessus. Elle aurait dft tomber dans les semaines qui suivirent Ia retraite sovié- tique de 1989 mais les raisons pour lesquelles cela ne Se produisit pas appartlennent a un autre chapitre.