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 Les armes magques

   L'ours harcele
   L'ours recule 
   Deux desastres
   Epilogue
 
 
 Querelles et combats
 

"Bien plus qu’une religion commune, Isiam, seuls les envahisseurs étrangers
— d'Alexandre le Grand aux Britanniques au XIX siecle, et aux Soviétiques au XX —
ont uni les Afghans.
Insight Magazine, 9 avril 1990

M a premiere année complete passée a mon poste, 1984, vit escalade dramatique du conflit pour les deux adversaires. Les Soviétiques !ancèrent leur septième offensive sur Ia vallée du Panjshir avec un corps darmee er des operations combinees soviéto afghanes de Ia taille dune division furent menées dans Ia zone de Herat, Paktia et Ia vallée du Kunar, tout près de Ia frontière pakistanaise. On put remarquer lutilisation er l’efflcacité croissante des troupes afghanes, de même que laugmentation des actions soviétiques hCliportées. Lernploi de troupes sp Spersnaz hit plus répandu et leurs tactiques plus hardies. Néanmoins, en dépit des commenraires de Ia presse affirmant I contraire, je crois que cette annCe Se termina en faveur des Moudjahidins.

Bien qu’ils aient perdu I moitié de Ia vallée du Panjshir, ailleurs, en g les Moudjahidins étaienr plus forts, mieux organisés, entral nes cc Cquipés qu’au cours des années précédentes. Ceux qui prétendaient le contraire ne comprenaient pas Ia situation militaire dans son ensemble, a cause de Ia pCnurie d’informations dignes de foi. La couverrure de Ia guerre par les media était imparfaire. A ‘a difference des AmCricains au Viêt-nam, les Soviétiques er les Afghans ne dévoilaient pas leurs perres a Ia presse. Pareillement, I gouvernement pakistanais refusair les repor tages officiels sur Ia campagne, proclamant fermement que le Pakistan ny prenait pas part. Seule, Ia poignée de journalistes aventureux qui accompagnaient parfois les Moudjahidins au combat pouvait fournir une information authentique, et même alors, ainsi que je l’ai montré dans I’lntroduction, ils pouvaienr Se tromper. Mes sources, qui prenaient en compte Jes transmissions ennemies interceptCes, indiqualent en 1984 des perres soviCriques de iordre de 4000 a 5000 tuCs ou blesses, ainsi que
20.000 homnies perdus par leurs allies afghans, incluant les desertions, Bien que nous manquions dune arme antiaCrienne adequate, les SoviC— tiques et les Afghans avaienr perdu plus de 200 hélicoptères ou avions (Ia
piupart au so!), ainsi que 2000 véhicules de tous types, incluant des chats et des vChicujes blindS.

Je senrais que nous possédions dCsormais Ia base dune strategic densemble pour La poursuite de Ia guerre. t Alliance politique des sept partis était en place. Je travaillais avec un cornitC militaire. La quan- tité de fournitures charriee par I pipeline Ctait en augmentation, lentratnement Se rCpandait rapidement et nous avions obtenu quek succès notables sur le terrain. Jétais sQr que nous avions fair mieux qu’égaler l’agressivité croissanre de nos ennemis. Mais le combat ne me
préoccupair pas autant que les querelles intestines. Javais saisi mainte- nant l’Ctendue de c problème apparemment insoluble et avais résolu de consacret tous mes efforts a me un frein a ses aspects destructeurs. En merrant les choses au pire, les querelles entretenaient une guerre civile entre les Moudjahidins. Pendant les sept années du Djihad, des centaines de Moudjahidins avaient Cté rues des propres mains de leurs camarades de combat d’autres partis, ou de commandants rivaux. Je suis persuade que I fait d’être parvenu, en 1986-87, a contrôler une certaine façon les querefles intestines, même si nous navons jamais eté sur le point de les supprimer complètement, a etC un facteut determinant pour que les Moudjahidins parviennent au bord de Ia vicroire miliraire au moment oü Se retirèrent les SoviCtiques, en 1988-89. A ce moment-La, hélas, ‘Cs sue- relies internes semblent avoir a nouveau prime sur Ia lurre contre lenne- mi. tin exemple recent, mecrant en scene deux commandants secondaires apparrenant a deux partis fondamentalistes, et montrant jusqu’à quels extremes les querelies peuvent diviser et détruire ‘Cs Moudjahidins en tant que force effective, illustrera moo propos.

Par un froid matin gris, une petite brume dissimulant les men- tagnes environnantes, une foule dun millier de personnes érait rassem- hiS pour assister a une execution, Cétait Ic 24 décembre 1989, dans petit jardin de Ia yule de Taloqan, capirale de Ia province de Takhar, en Afghanistan du nord. Quatre hommes devaient être pendus. Chacun deux avait Se Moudjahid chacun d’eux avait SC reconnu coupable par Un tribunal islamique du meurtre de camarades moudjahidins apparte- nant a un parti different du leur chacun d’eux avait Cté condamné spé- cialement a Ia pendaison piutôt qua être fusillé, comme i est dusage pour un soldat. Leur chef Ctait Sayad Jamal, un commandant supCrieur d parti dHekmatyar. Son fr était a ses côtés, ainsi que deux officiers importants. us allerent a Ia mort tranquillement. us ne trouvèrent rien a dire a lultime moment, sauf que c’était pour eux une manière particuliè rement honteuse de mount. Les families de leurs victimes avaient été iflvitées spécialement a assister a l’exécution.

Les executions n’étaient quune autre phase dune vendetta de longue dunée entre commandants rivaux. A Ia mi-1989, Ahmed Chah Massoud, surnommé Je “Lion du Panjshin”, fut victime dune embuscade sanglanre tendue par les partisans de Jamal qui tuèrerit trente-six de ses honimes, dont ses meilleurs chefs et amis. Lannée précedente, les deux groupes avaient attaqué et nettoyé Taloqan, mais avaient ensuite partagé la yule en deux camps opposes. Vets le milieu de 1989, une trêve avait été passée entre eux, scellée par Ia lecture ‘a haute voix de passages du Coran par les commandants. La tréve fiat temporaire. On ne sut jamais si Jamal avait agi en vertu d’ordres directs donnCs par l-Iekmatyar. Jamal conduisit ses homrnes a Tangi Fakhar oü H les mit en position dans une gorge dont H savait que devait être empruntée sous peu par de nom breux hommes de Massoud. L’embuscade fut pleinement réussie. Trente six hommes pCrirent sous un deluge de feu des armes automatiques. Ce furent les plus chanceux. Les autres, flirent captures Cr horriblement tor turés avant d’être massacres.

Massoud ne ménagea pas ses efforts pour chercher a se venger. Ce fut une traque ‘a grande échelle. Des milliers de ses Moudjahidins ratissè rent les environs rassemblant des suspects, mais ii fallut loffre dune recompense dun million dafghanis pour trouver Jamal et son frere. Une denonciatiori mena a une trappe dans I plancher dune maison de Ta!o Dans le sous-sol, au-dessous, Se trouvaient les deux chefs.

Une de mes premieres experiences sérieuses de querelles internes et de double-jeu cut lieu au debut de 1984, du fait d’un commandant qu opérair dans Ia zone entre Chamar et Kandahar, traversée par ‘a principale route venant de Quetta. Le commandant en question était un ancien capi tame de I’armCe afghane appel Asmat, qui avait déserté avec son unite en 1981. II appartenait la tribu Achakazai, qui occupe les deux côtés de Ia fronrière pakistanaise, aussi jouissait-il dun soutien populaire considé rable dans cette region. I s’Ctait battu durement contre les SoviCtiques durant un an, ou presque, mais ii se consacrait depuis a Ia vente d’armes, !‘extorsion de fonds et le vol pour son profit personnel. A lépoque o jarrivai a VlSI, nous avions cessC de lui fournir des armes, bien qu’il contrôlât encore une force impontante. En 1984, Il commença ‘a simmis ret dans I passage des caravanes de fournitures pour les Moudjahidins, qui traversaient son domaine. Ses hommes tendaient des embuscades aux perits convois et saisissaient les armes, ou exigeaient des armes comme droit de passage. D’autres Moudjahidins sallierent contre !ui, Ce qul occa- sionna de sérieux combats lorsqu’i!s voulurent attaquer sa base. Asmat Se bartit durement, provoquant pas ma! de pertes de pan et dautre, et ii flU- ‘Ut Ufl certain temps avant quintervienne un cessez-le-feu. Asmat Sen prit alors aux véhicules du gouvernement ou de !‘ambassade du Pakistan qui empmntaient Ia route de Quetta I Kandahar, exigeant qu’on lui fournisse a nouveau des armes, faute de quoi ses hommes enleveraient I personnel de !ambassade. Cela sema Ia panique dans notre ministère des Affaires étrangères qui Se rourna vers l’ISI pour garantir sa protection. Le génCra! Akhtar convoqua Asmat a Is!amabad ; celui-ci Se confondit en excuses, fei- gnant lignorance de ce que faisaient ses hommes et promettant que cela ne se produirait plus. C’était un caractère ruse, qui obtint Ia promesse de fournitures darmes si rejoignait un des partis. Gailani laccepta, Ce qui fur ma!encontreux car je ks des lors oblige de lui fournir pour !e moms des armes !égères.

II vint me trouver avec un plan pour attaquer Ic terrain daviation de Kandahar, a condition quon !ui procure des armes !ourdes. Je lui répondis qu’i! pourrait !es obtenir si son operation réussissait. Elle neut jamais lieu. Peu de temps après, nous commençâmes I recevoir des rap- ports et des messages radio interceptS, indiquant quAsmat érait un agent du KGB/KHAD. Après de longues discussions sur I meilleur parti I prendre, le gCnéral Akhtar fut daccord pour qu’on l’arrête. On prépara !es mandats lorsque soudainement lunité de renseignements de l’armée pakistanaise de Ia zone, qui avait eu vent de Ce qui se préparair, déclara quAsmat appartenait I ses services, jouant double jeu sur son ordre. Cela düt le secouer car ii disparut dans les jours qui suivirent — pour Kaboul.

Ccci Se passair en 1985. Quelque temps plus tard, ii reparut a Kandahar, comme général de brigade charge de protéger !a cite contre les Moudjahidins. Il cou!a des jours heureux car aucune tentative des Muja- hidins pour I titer ne réussit. 115 essayèrent de !e faise sauter dans son vehicu!e aveC une bombe dec a distance et tentèrent de miner laire d’atterrissage de son hClicoptère. Quatre ou cinq plans Cchouerent. Jusquaux Soviériques qui I trouvèrent plus gênant que valable. CCtait un grand buveur, Ce qui Ic conduisit une lois a des voies de lait sur un oflicier supérieur soviCtique a Kandahar. Avec le temps, ses hommes era- blirent un modus vivendi” avec les Moudjahidins. Finalement, il fiat rappele a Kaboul et perdit de son importance. N’ayant jamais CcC homme I renoncer facilement, Asmat se mit a nous envoyer des messages qui disajent que si on I pardonnaic, H reviendrait au Pakistan aptès avoir cause de substanriels dommages aux Soviétiques. Je u’avais aucune conflance dans Jes promesses d’Asmar, bien que jeusse t secrete esdme pour Ic cuJot de Ihomme er que C ne puisse flier son courage physique.

Un an plus tard, cc fur a nouveau Je secreur t Kandahar qui fur ft rhéâtre de nouvelles querelles. A cette époque, le paid d’Hekmatyar dominait les provinces de Kandahar, Zabul, Helmand et Farah, mais maiheureusement de serieux diff&ends surgirent entre certains comman dants a les représentants de leur parti a Quetta au sujet des allocations d’arfl)eS D dCpit, plusieurs rejoignhrent d’autres partis, Ce qui en retour xaspéra 1-lekmatyar ui exigea quits rendent toutes les armes quit leur avait fournies. Les commandants en question, menés par Mohammed Khan, &ablirent ators leur propre base independante sur La frontiete, en partie au Pakistan, arrétant au passage les colonnes de ravirailiement
dHekmatyar. Pour sopposer aces activités, Hekmatyar instaLla une forte base en Afghanistan, sous lautorite du commandant Janbaz, Ct tine série descarmouches opposa les deox adversaires Certains combats se produi sirent au PakIstan, cc qui nous m dans de sérieux embarras.

Mohammed Khan a Janbaz maintenaient chacun une force dun millier de Moudjahidins, c qui affaiblissait considerabiement nos efforts dans cette zone contre I veritable ennemi. Hekmatyar projeta de lancer une vaste attaque contre Mohammed Khan pour le chasser du Pakistan, et nous envisageâmes sérieusement dutiliser FarmCe pakistanaise pour faire de méme. Les deux éventualités étaienr également humiliantes. On nous rapporta alors que tes deux commandants introduisaient en contre bande de La drogue au Pakistan pour améfiorer ies finances de leurs bases, Ce qui &ait tout-à-fait possible Car Ia province de Helmand est June des plus vasces regions a cultures de pavot dAfghanistan.

Tous nos efforts pour abourir a tine solution amiable &houèrenc, surrour en raison du sourien clandesrin des aucres partis è Mohammed Khan. je mis des mois a faire en soree que c soucien cesse, mais alors I dommage était fair. Cette querelle affaiblit beaucoup les capacirés de combat do pat dFlekmatyar dans I secteur de Qoctra. 11 t les rerrou Va jamais plus completement.

La ligne de front des provinces de lest étair Ia vallée do Kunar, longue de 100 kiLom qui courait paralièlement a la frontière pakis tanaise a tine distance de dix a douze kilomètres (voir carte n 11). A sa base se trouvait Jalalabad, quartier génCral de la 66e Brigade dinfanterie mororisée soviétique et de Ia iF Division afghane. A mi-rhemin dans Ia vallée, Se trouvait Asadabaci, avec Ia 90 Division afghane. A son sommet, presque a portée do lus de Ia frontière, écait Earikor, avec sa garnison de Ia 510 Brigade afghane. Les Afghans avaient M des posres défensifs dans tous les villages qui jalonnaietu la vallee Asmar, a près de 25 km au nord-est dAsadabad, abrkak (a 310 Brigade de montagne or mi bataillon de Spetsnaz. Telle étair limportance de Ia vallée pour nos ennemis.

Bien quun grand nombre de troupes ennemies fflt dépioyé dans la vallée, cefles-ci étaient, en inajorité, refoulées dans leurs places fortes. Le Pakistan était pour les Moudjahidins un sancruaire parfait, a courte dis tance de Ia route et de Ia rivière serpentant dans la vallée que leurs bases frontalières dominaieot sur toute sa Iongueur. La plupart des postes afghans étaienc a demi-assiéges, les Moudjahidios contrôlant Ia route, et par consequent les mouvements des camions charges dapprovisionner les garnisons. Toutes les hauteurs dominantes appartenaient u Pakistan, ce qui no donnait des raisons de remercier ladministrateur colonial Durand qui avait, 51 Iongtemps auparavant, trace cette ligne avec autant de perspicacité tactique.

Barikor était un exemple typique de tant dautres garnisons afghanes en face do Ia frontière. Sa ligne do ravitaillement terrestre érait aux mains des Moudjahidins, cite était entourCe par des forces hostiles, personne ne renait compte do sa presence mais elle survivait encore. En thCorie, toutes ces places fortes pouvaient &re ravitaiiiees par air si les communications terrestres &aiertt coupées, Ce qui fut fait parfois pour cer tames, rnais I nornbre de ces posres, joint a leur isolement au fond de val lees étroites, empêchair en fait ce type dapprovisionnement, sauf pour de courtes périodes en cas dur Alors, comment faisaient-elles pour so nourrir ? La réponse se trouve dans une autre des perversités de cette guer re—dies éraient ravitaillees par des tribus locales venant du Pakistan.

Beaucoup de ces Pakistanais étaient heureux davoir un pied dans chaque camp. Des mitliers dentre eux participaient au Djihad et soute najent les Moudjahidins mats ces memos geris pouvaient aussi faciLement secourir lennemi sils en tiraient du profit. us pensaient que Ia guerre leur fournissait une foule do mnyens supplémentaires de Se faire de largent. Lou de ceux Ctait Ia contrebande do nourriture vers lAfghanisran pour Ia vendre aux garnisons des postes frontieres. Ces postes isoles achetajent regulierement des legumes secs, tie Ia &rine, do l’huile alimentaire, du riz, ainsi que du pCtrole, du gazole ou du keros pour les poeles et les lampes. Its en arrivaient a dépendre do ces sources dapprovisionnement pour survivre. Los bunkers de bétons do certains forts furent memo construits avec du ciment et des barres de fer provenant directement du Pakistan. l troquaient fréquemment des armes er des munitions contre ces marchandises. Nous ne pouvions pas y faire grand chose, car i can- vanes d’armes pour its Moudjahidins devalent travener ‘a zone des tribus er si nous nous étions attire l’hostilité des gens du cru, ils auraient fermC ces routes. 1*s ttibus possMaient des moyens de transport a labri des attaques des Moudjahidins, cc qui leur conféraic par consequent une gran de valeur pour l’armee afghane qui pouvair les iouer. Avec le remps, on toléra ces locations par les autorités afghanes, dautobus ou de camions appartenant aux tribus pour livrer quelques fburnitures aux postes gouver nementaux les plus inaccessibles. Ces gens-là faisaient également un com merce fructueux en revendant au Pakistan des armes quils recevaient des agents du KHAD, quils avaient coutume dhéberger contre paiement. Je pourrais dire que ces gens des tribus fiirent ceux qui tirèrent le plus de Ia guerre, Ce qui ne les empêchait pas de reprocher aux réfugies de ruiner leur économie.

C’était une situation extraordinaire dans une guerre extraordinaire. Dun côté, le gouvernement pakistanais soutenait integralemnt les Moudjahidins, tandis que de lautre, des milliers de ses citoyens appor tajent un substantiel soutien logistique a ses ennemis afghans, leur per mettant de poursuivre Ia lutte. Militairement parlant, je suis convaincu que Si CCS gens des tribus pakistanaises n’avaient pas apporté une telle aide a none ennemi, aucun poste afghan naurait Pu exister a moms de 50 kilometres de La frontière.

Nous fumes pris par surprise en janvier 1985, lorsque les Afghans lancerent une actaque en remontant Ia vallée du Kunar pour venir en aide a Barikot (voir Carte if 11). Comme cétair Ihiver, nous avions fausse ment suppose que les Soviétiques ne monreraient pas une operation de grande envergure, cc qui signifiait, en consequence, que les bases moud jahidins le long de Ia vallee, et dans les vallCes adjacentes vets I’ouest, nétaienr pas renforcées. Barikot éraic toujours investie, mais avec des forces beaucoup moms nombreuses et beaucoup moms agressives que si cela s’Crait passé en éé. Nous n’avions reçu aucun message alarmant du satellite.

Le colonel Gholam Hazrat, commandant Ia 9 Division, dirigeait les forces ennemies. Il était a Ia tête de ses propres brigades et de Ia I 1 Division, basée a Jalalabad, complétée par I 46e regiment dArtillerie et I 10 regiment du Genie, dont Ic role principal Ctait I’entrerien et lamé lioration des routes. La contribution soviétique Se bornait a un regiment dassaut aéroportC. Les attaquants avaient amCliore leur tactique depuis Ia vallée du Panjshir. Les blinds progressaient en tête des colonnes, des bombardements aériens martelaient 1 villages pour demoraliser et dis perser les civils, des unites heliportCes prenaient possession des haureurs importantes, en avant de Ia progression terrestre et ces mémes techniques Ctaienr employees dans les valiées adjacentes. Ces mCthodes réussirent car Ia résistance flit faible, un certain nombre de petites bases moudjahidins furent prises et nous ne pOmes rassembler assez vite des renforts en prove nance des camps de rCfugiés pour empécher lennemi d’atteindre Barikot.

On prEsenta cette offensive, avec beaucoup de tintamarre, comme une défaite retentissante des Moudjahidins. Les reportages de Ia presse, de Ia radio et de Ia tElEvision montrèrent le dEgagement de Barikot comme une preuve que ‘Cs partisans étaient en déroute. Le colonel Gho lam Hazrat flit promu general de brigade.

En réalitE, les Afghans ne demeurerent a Barikot que durant douze heures, Nous envoyâmes en hate des renforts pour harceler les lignes de communication de l’ennemi, particulièrement autour des bases dAsmar et d’Asadabad, II y St plusieurs accrochages sévères avec les arriere-gardes, soutenues par des bombardements, des hElicoptères dassaut et de l’artille ne. Nous les press jusqu’à Jalalabad. Néanmoins, j’érais un peu déçu par les efforts des Moudjahidins, aussi dressai-je un bijan d&aillé cie tout c qui navait pas marché, en dehors de leffet de surprise. Mes enquêtes rnontrèrent que les rivalités et les luttes internes avaient partiellement jouE un r6 ne6ste. La vallée du Kunar, entre Asmar et Barikot, érait sous Ia responsabilire de commandants appartenant au patti de Khali, et ceux ci n’avaient pas coopEré dans Ia résistance a cette attaque. 1-laji Mir Zarnan, en paniculier, n’avait pas accompli sa t&he qui était de miner et de dEtériorer les routes, donnant pour excuse, avec no air de digniré offen see, quil fallait absolument laisser I chemin libre a lennemi pour que ses hommes puisse mettre La main sur des rations et des armes ai de com plEter leurs stocks qui Craient au plus bas. Quelques-uns de ses camarades commandants suspectant Mir Zaman d’être un agent du KHAD, je fus contraint dexaminer avec soin ses activitCs. Bien que ion ne puisse prou er ces accusations, U était certain que de tels soupçons n’avaient Pu contribuer a Ia cohesion an coins du combat. Tout cet Episode illustrait bien ‘CS difficu que nous rencontrions dans lorganisation des opéra dons combinees, ainsi que Ic temps et les efforts que nous gaspillions en essayant de résoudre les querelles entre Moudjahidins au lieu de consacrer notre Cnergie ala lutte contre l’ennemi.

Je me rendis compte rapidement que je passais une grande partie de mon temps a voyager en auto on en avion. Je devais me trouver a Peshawar plusieurs ours par semaine pour y rencontrer les chefs des Partis, visiter les entrepôrs, ou discuter avec les membres du ComitC militaire. Cest par le truchement des membres de ce comitC que je pou vais influer sur les évènements du terrain, obtenir une cooperation entre les commandants, résoudre ‘Cs problemes d’approvisionnement, organiser linstruction ou enquêter sur les ventes illCgales darmes.

A propos de cc dernier sujet, i est intéressant de remarquer que lachat et Ia vente darmes constituait probablement le deuxième trafic le plus lucratif dans Ia zone frontière, juste aprés celui de Ia drogue. C’était ainsi depuis 200 ans. La yule de Darra, au sud de Peshawar, possede cer tainement le pius grand marchC public darmes du monde. ii y exisre au moms cent boutiques oü lacheteur pent Se procurer nimporte quoi, de Ia carabine jusqu’au mortier. En 1980, un AK47 coütait 1500 dollars, mais avec les surplus d’armes dus a Ia guerre, son prix avait dégringolé jusqu’à 750 dollars en 1987. Des sommes beaucoup plus importantes chan gealent de mains pour une mirrailieuse moderne o pour Ic dernier R soviCtique AK74. La tentation de revendre les armes fournies par V Ctait donc enorme.

Je devais aussi me rendre a Quetta toutes les six semaines au moms, ainsi que dans les zones frontalieres de l’Afghanistan aussi fré quemment que possible, car je devais conserver une attention constante a tout cc qui se passait. I y avait enfin les innombrables voyages par Ia route a islamabad pout assister a des conferences ou pour discuter des affaires avec le général Alchtar.

C’Ctait le plus souvent a travers le comité militaire ue je m’efforçais de regler les quereUes ou d’organiser Ia lutre. Au debut, les membres du comité étaienr mefiants et silencieux, refüsant de discuter de sujets dune quelconque importance en presence de leurs collegues des autres partis. Graduellement, rrès graduellement, leurs reserves s’effacerent, du moms en Ce qui concerne les sujets d’ordre general, mais, en dépit de nos efforts, aucun deux n’&ait prêt a discuter ses futurs projets au cours de nos reunions. 11 fallait donc que je pane chacun en particulier. J’imagine qu’une patience infmnie est Ia clef pour faire avancer les choses en Afghanistan. Cela signifle que le temps et Ia délicatesse doivent être les ingredients du succès, sans cr sans colere, sans bnimades et sans menaces. Je faisais très attention a traiter chaque représentant comme un egal, bien que je preside g les reunions officielles. A la fin de chaque mois, chaque membre devair donner un résumé des operations conduites par son patti En retour, nous les inkrmions de Ia situation militaire en Afghanistan, en nous basanc sur les rapports de Ia CIA et dautres services de renseignements sympathisants, ainsi que sur les messages radio inter ceptés. Je remarquai que le &it que les représentants dussent rendre camp te des activités de leurs Moudjahidins en presence de leurs collegues des autres partis avait un effet salutaire sur l’exactitude de leurs rapports. Je donnais a chacun l’occasion de juger de Ia valeur de ses coilegues.

Tous les quatre mois, a peu près, je recevais un message me disant qu’une “Grande Bonanza” serait tenue a telle ou idle date. Dans notre langage code, cela signiflait que le Président Zia tiendrait sa conference trimestrielle avec ‘Cs sept chefs de partis. Y assistaient egalement le géne rat Akhtar, le ministre des Affaires étrangères (habitueliement), moi même et un interprète. C’était une reunion absolument secrete au cours de laquelle les plus hams responsables politiques du Pakistan, avec leurs conseillers militaires, rencontraient les hommes responsables de Ia conduite du Djihad. Pour respecter les affirmations réitérées du gouver nement palcistanais quil ne contrtlait, ni ne soutenait Ia guerre, absolu ment personne, en dehors dune poignée dindividus, ne devait avoir connaissance de ces reunions. Des precautions minutieuses étaient prises pour preserver Ia sécurité.

J’organisais le transport en voiture des chefs de partis, escortés par des officiers de lISt, jusqu’à une maison sure de Rawalpindi, oü Ion changeait de véhicuies. Its Ctaient alors conduits a Ia demeure du général Akhtar. Lorsque tout Ic monde était arrivé, Akhtar, conduisanr Iui-même sa propre voiture, allait chercher le President, dont Ia maison se trouvait
600 metres de là. Des hommes armCs, en civil, entouraient la zone, dans des vehicules, car Zia venait a ces reunions seul, sans gardes du corps, sans secrétaire militaire, ni aide de camp. II ne disait jamais oü i ailait a ses assistants les plus proches.

Ces occasions étaient dune importance primordiale, car I Président y sonlignait a nouveau avec force que, bien quil fut engage dans le sontien du Djihad, H ne pouvait réussir sans Ia comprehension et Ia cooperation des parris. Zia ne manquait jamais daffirmer lourdement cette vérité premiere que ie succès du combat impliquair Ia cessation des querelles. Le ministre des Affaires étrangères rendait compte des progrès dans les nCgociations qu’il menait avec l’Union soviétique au s de l’ONU, et demandait le point de vue des assistants. Chaque chef de parti faisait un rapport sur les efforts de guerre de son parti ou les difficultes rencontrées. La reunion se terminait en general par les remerciements du President, snivis dun diner.

La ‘Grande Bonanza” érait consacrée en premier lieu aux affaires politiques, pour reaffirmer le soutien et Ia toyauté des gouvernants du Pakistan, alors que Ia simple ‘Bonanza” se rapportait davantage sujecs militaires, insistant sur limportance de La collaboration tactique sur I terrain. Cétait un forum, tenu toutes les quatre ou six semaines, ob les chefs de pain rencontraient I génCral Akhtar et moi-même, pour mectre au point un agenda particulier. II concernait Ia situation opéra- tionnelle, ies plans en projet et Ia situation logistique. En outre, je m’efforçais de rencontrer chaque leader individuellement toutes les sept semaines. Ces rencontres face-a-face Ctaient essentielies pour etablir entre nous un climat de confiance car us sy sentaienr plus détendus quan cours des reunions genérales.

Au milieu de 1984, le général Akhtar me demanda de lui rendre compre de La situation militaire du moment en Afghanistan, en faisant ressorrir les zones les plus faibles dans ‘Cs activitCs des Moudjahidins. Mon attention fir attiree par ies provinces du nord. I fiat rapidement evident que celles-ci n’avaient pas reçu lattention que métitait leur importance stratégique. Ces provinces bordaient l’Union soviétique elles Ctaient tra versCes par les principales lignes de communication de l’ennemi, ainsi que par I pétrole soviCtique consacré a leffort de guerre. De jozjan, I gaz narurel afghan Craft transporrC par gazoduc en passanc sous Ia rivière Amu je fus en outre alerré par les tentatives des Soviériques pour exploi ter les rivalitCs traditionnelles entre les Pashtounes, les Ouzbeks et les Tadjiks de cette region. Je maperçus que, d’une façon ou dune autre, ces provinces septentrionales ne recevaient pas Ia part des armes et des fonds correspondant a leur importance operationneile.

Je soupçonnais que ‘Cs rivalites ethniques étaient a La base du pro blème, mais un certain nornbre dautres explications venaient s’ajouter a cc fait. Les distances très longues impliquaient un coftt de transport plus ClevC les partis, pas plus que nous-mêmes, ne possCdaient dinformation dCtaillCe sur lefficacirC des commandants sur place, ni sur ía localisation de nombre de leurs bases a certains endroits, Ic terrain Sait défavorable et lCvacuation des blesses vers I Pakistan pratiquement impossible, alors que ‘Cs Moudjahidins DC possédaient pas de soutien medical.

Au cours de Ia reunion trimestrielle suivante de lIST, je demandai au gCnéral Akhtar un quota special darmes pour les provinces du nord, pour combler le vide, inais ii refusa. Ma deception fur de courte durCe, car quelques jours plus tard, il me téléphona pour me donner son accord et je lançai imm un programme inrensif d’entrainement et de fournitures pour I nord. CCrair un plan ambitieux que je tentai dexécu ter avant Ia venue de l’hiver. II fallait brOler ‘Cs Ctapes. Nous Ctions contraints dentrainer, et d’armer avec des armes lourdes, des comman dants que nous connaissions peu. Certains, sur lesquels on pouvait comp ter, ne rejoignirent pas Ic Pakistan a temps pour lentrainement us ne purent suivre I progamme et ne reçurent pas les armes supplCmentaires. Cela crCa de nouveaux malentendus entre les commandants et les partis Its querelles et les chamailleries entravèrent I combat, une fois de plus.

Durant Ia reunion suivante, jinformai le général Akhtar de Ce que jCrais en train de faire, mais il fur mCcontent de me voir consacrer au nord une relic proportion darmes. I considérait que cela empêchait de mainrenir Ia pression sur Kaboul. 11 napprCcia pas non plus que jenfreigne sa polirique qui érait de ne pas faire lentrainement des Mood jahidins sur leurs propres bases. Je l avouai pie je faisais tout cela dans ma hate d’obrenir rapidernent des résultars. Ii mordonna de cesser immêdiaremenr d’utiliser ces emplacements.

Le général Akhtar avait raison. En premier lieu, en me pressant pour avoir des résultats, javais neglig Ia sécurité. Faire lentrainement de Moudjahidins dans des bases a la sécurité incertaine érait count I risque que notne soutien soit connu tie tous, car malgré nos precautions, ces ]ieux éraienr pleins dindicareurs. Cétait particulierement vrai dans its camps de refugiés.

Ces camps abnitaient plus de trois millions de personnes. Plus de 350 dentre eux étaient administrés par des fonctionnaires pakistanais, avec lassistance du haur commissaire des Nations Unies pour les réfugies. Les camps, prévus a lorigine pour héberger 10.000 personnes, en conte naient 100.000, lun d’eux 125.000, Ce qui en faisait Ia plus grande concentration tie refugiCs du monde entier. Cétait des endroits sordides, grouiliant de population. Le surpeuplement cr des difficultCs insur montables pour fournir des installations rudimentaires deau, de sanitaires et de soins médicaux. Les refugies arnivaient faibles et épuisés, beaucoup d’enrre eux malades ou blesses, tous pratiquement indigents. On avait besoin dune aide massive en fonds, en nourriture et en materiel pour secourir cette foule qui représentait Ia moitié des réfugiés du monde.

Pour nous, linterêt des camps Craft quils fournissaient un refuge sUr contre Ia guerre aux families des Moudjahidins, lesquels pouvaient done combattre en Afghanistan avec lassurance que leurs parents étaient a labri de représaiiies. us constituaient galement des endroits oft les Moudjahidins pouvaienr revenir au repos pout voir leurs families, sans se compromettre. On trouvait aussi dans ces camps un vasre reservoir de recrues possibles pour Ic Ojihad. Des mill.iers de jeunes garçons passèrent dans ces camps comme tefugiCs, grandirent, et suivirent ensuite a Ia guerre leurs pères et leurs frères.

Mais les camps avaient aussi leurs dCsavantages. Its constituaient une cibie de choix pour Ia subversion soviétique. Au fur et a mesure quils croissajent en nombre et en raffle, grandissait Cgalement Ia contrainte quils imposaient a ihospitalit des populations locales. Les rCfugies prenaient, en même temps, ‘a terre et le travail aux propniCtaires et marchands locaux. Leur popularitC auprès des Pakistanais fut de coutte duree et l’accroissement de Ihostilite qui s’ensuivit fut exploits par les centarnes d agents du ICHAD qui inuiltraient les camps. Entretenir Ta discorde entre les réfiigies et les Pakistanais devint vite un important objectif des Soviétiques. Plus ii y aurait de violence et de haine, plus grande serait Ia pression sur notre gouvernement pour réduire son soutien au Djihad. Ces camps er ‘Curs occupants furent utilisés par nos ennemis comme un moyen daccroitre ‘Cs querelles intestines au Pakistan. A I’JSl, nous cherchions a les utiliser pour soutenir la lutte.

Nos difficultes étaient aggravées par ‘a corruption qui sévissait dans chaque camp. Je voudrais illustrer ceci par lexemple dun Moudjahid nommé Farid Khan (ce qui nest pas son vrai nom), qui avait fui Kaboul avec sa famille en 1984. Leur premiere difficulte fut dobtenir un document d’immatriculation. Sans c ii ny avait pas de livret d’assistance pour I chef de famille, et donc Farid ne pouvait recevoir d’aide. La possession du livret permetcait a Farid de toucher mensuelle ment uric ration de farine, d’huile, de sucre, de the, de lait en poudre et, quelquefois, une petite allocation de subsistance Se montant a 50 roupies par personne, jusqu’à un maximum de 350 roupies (environ 21 dollars). Cest là que Farid commença ‘a se sentir frustré. Les interminables forma lites bureaucratiques d’immatriculation pouvaient prendre des mois, durant lesquels les réfugiés devaient trainer dans les abords des camps, les plus chanceux dependant de parents quA étaient déjà immatricules. Certains n’étaient jamais immatricules du tout. Le seul moyen pour rac courcir I délai était de payer Ic pot-de-vin requis a Jun des fonction naires pakistanais. Etre employe dans un camp était un métier très popu laire car les occasions étaient innombrables den imposer a des gens reduits ‘a une pauvreté désespérante et d’accroItre son salaire par des pra tiques malhonnetes.

Farid obtint finalement son livret, cc qui lui permit de dresser une tente dans un camp situé sur un terrain vague, mais, comme il Ic décou vrit très vite, ses droits n’étaient nullement garantis. Par exemple, les rations de lait, de sucre ou de the n’étaient pas toujours disponibles. Si FarAd voulait se procurer ces produits, ii devait les acheter au marche noir, Ce dont it se plaignait amèrement. Cétait un des travers des Palcistanais que de mettre de côte des rations pour les revendre. 11 était facile aux ftrnctionnaires de toucher de largent ou de Ia nourriture pour des réfugies qui nexistaient pas.

Farid fit l’experience dun racket’ particulier qui eut des effets néfastes sur notre recrutement de Moudjahidins. Si le chef de famille s’absentait du camp, pour une raison quelconque, Ic livret était annulé, ce qui rarissair i’aide fournie aux personnes a sa charge. CeJa se produisit lorsque Farid rejoignit le Djihad. Durant son absence, Les fonctionnaires firent rune de leurs vErifications périodiques du nombre tie rationnaires. Farid fur port absent et son livret retire. Sa femme dut payer 50 roupies pour I récupérer. Bien entendu, les fonctionnaires continuaient a se ser vir des livrets confisqués pour obtenir des rations quils revendaient.

Une grande part de Ia vie misErable des camps était due aux infec tions IiEes a l’eau et a Ia pollution. La ration journalière d’eau de 25 litres par personne Etait rarement perçue car les conduites Etaient trop rates et les camions citernes souvent en panne, et roujours en retard — a moms de Se mertre bien avec le chauffeur. Les maladies &aient endEmiques, car les installations sanitaires Ctaient inexistantes, tout le monde utilisant les champs environnants comme vaste latrine commune. La malaria, Ia rou geole, Je rétanos, Ia typhoide, I dysenrerie a Ia ruberculose Eraient quel ques-unes des plaies qui rongeaient les camps.

C’etaient les femmes qui soufftaient I plus. Quatre-vingt pour cent des rEfuglEs des camps Etaient des femmes et des enfants. Beaucoup étaient veuves. Pour Ia premiere fois de leur vie, dIes devaient se debrouiller par elles-memes lorsqu’elles Etaient sous le choc, Ia dEpression cu le chagrin. Dans ces foyers de souffrance et de conditions sordides, Ia police secrete afghane, Ic KHAD, envoyait ses agens fEminins pout inti mAc et subvertir. La femme de flarid fit eIIe-même l’expErience tie leurs mEthodes. Elle ne rEalisa pas au debut que Ia jeune femme qui I’avait prise en amitiE étair un agent mais, petit a petit, il Iui vint a lesprit que les injures et les plaintes continuelles de Ia jeune femme contre Ic Djihad Etaient destinEes ala subvertir. Son amie’ protestait sans arrët contte les souffrances causEes par Ia guerre, les conditions de vie miserables dans les camps, faisant remarquer que les Moudjahidins mouraient pendant que leurs chefs poliriques menalent une vie de luxe a Peshawar, conduisant voiture, dEpensant I’argent en sexposant rarement eux-mêmes au danger.Nous tie luttons pas pout Ic Djihad, disait-elle, nous nous combattons entre nous, Afghans contre Afghans. Ce nest pas un Djihad, mais une guerre entre super-puissances. Nos hommes Se font tuer pour lAmErique on ZUnion sovietique.”

Ces agents faisaient aussi tout leur possible pour monter les Pakistanais contre les refugies. II nEtait pas difficile de crEer l’hostilité, et même Ia haine. Ils faisaient un grand geste des bras cit disant Avant h guerre, tour ceci Erait votre terre mainrenant rous ces &ran gets cam pent dessus. us vous prennent votre travail, vos pâturages, Us sont Ia cause de linflation. 1 seront bientot plus nombreux que vous dans votre propre province. Ce sent ces rnaudits réfugles qui sont La cause du manque deau. Pourquoi I Pakistan dCpense-t-il tant pour les soutenir us n’onr qua retourner en Afghanistan.

Au bout de quelques semaines, U fiat evident pour Ia femme de Farid que sa compagne travaillait pour le KHAD elk Ia signala a un fonctionnaire du camp qui, a son tour, La fit arrérer par Ia police. Que lui arriva-r-il alors Pas grand chose, car die érair de rerour dans les 24 heures. Elle avair amplement ‘Cs moyens de payer les 250 roupies qui re présentaient le tarif en vigueur pour que Ia police oublie les accusations.

Vets Ia fin de lannee 1985, qui avait vu certains des plus féroces combats de Ia guerre, je persistais a croire que les Moudjahidins tenaient wujours bon. En dehors des alenrours de Kaboul, e Ia situation avait empire pour des raisons qui sent expliquées dans le chapitre IX, les Moudjahidins navaient essuyé aucun revers majeur. Et Ce, malgré Ia pression fortement croissanre des Soviétiques et l’amélioration des perfo mances de larmCe afghane.

Loffensive Ia mieux coordonnee, et Ia plus dangereuse pour nous, fur I’opération de Paktia en aout-septembre. Elle consistait en un mouve ment en renailles, visan les bases moudjahidins se trouvant juste a l’ouest du Bec de Perroquer, mené par uric colonne blindée venant de Kaboul et remontant Ia vallée du Logar, et une autre colonne avançant de Jalalabad vers le sud-ouest. A Ia fin du mois d’aoQt, ies forces ennemies se trouvanc autour de Khosr attaquèrent nos bases avancCes a A Khed er Zhawar, a quelc kilometres seulement de Ia frontiere pakistanaise. D violents combats eurent lieu avant que ces attaques ne faiblissent. Bien que l’offensive de Paktia nous air coütC des perres en hommes a celles de plusieurs depots de fournitures, nous ne souffrImes pas aussi sévèrement que Ia presse et Ia propagande soviériques eussent aimé I faire croire. D même qu’en 1984, les journalistes étrangers proclamèrent que les Moudjahidins éraient en déroute, que les Sovietiques approchaienr de Ia victoire militaire et que 1 régime de Kaboul était bien établi.

Je ne partageais pas Ce pornt de vue. 1985 avait vu quelques specra culaires succès des Moudjahidins. En juin, Massoud, dans Ia vallée du Panjshir, prit I poste de Peshghor, forrement défendu, qui Salt renu par i bataillon de 500 hommes, sourenus par dix mortiers, quatre mirrail leuses de 76 mm, deux chars T-55 et cinq véhicules blindS BTR-60, le rout protégé par des bunkers de sacs de sable, des mines et des barbelS. Les attaquants firent une bréche dans les champ de mines durant la nuit pour prendre d’assaut Ia place au lever du jour, soutenus par Ic feu de roquetres et de mitraifleuses lourdes. La résistance für rapidenient maIrri see er parmi ks rues se trouvair le brigadier general Ahmaddodin, chef d’etat-major du corps d’arrnCe central af On fir plus de 450 prison niers, parmi lesquels cinq colonels de Kaboul qui éraienr en visite.

En juin egalemenr, nous avions intensifié nos efforts aurour du ter rain daviarion de Kandahar. Les attaques I Ia roquetre sur les avions au sol fürenr reflement couronnées de succès que les Soviériques furent for cCs de déplacer Ia majorité de lcurs appareils sur les bases cit Lashkargah ec de Shindand. Lashkargah avait éte mis en place comme terrain de degagement de Kandahar. Nos embuscades sur Ta route principale menanr a Kandahar devinrent si frequenres er si efficaces qu’on dut ouvrir une aurre route de deviation pour approvionner Ia ville.

Dans [ provinces du nerd, nos artaques prireur de L’arnpteur et Ion coula des barges sur Ia rivière Amu. Même si nos efforts pour Fentrainement, laugmentarion de Ia qualité et de Ia quantité de fourni tures, er pour persuader les chefs moudjahidins Cr les commandants de passer moms de remps a se quereller er davanrage ‘a combattre lennemi, n’avaient pas été pleinement couronnCs de succès, je doutais nCanmoins que 1985 air vu leffondrement du Djihad. En revanche, Les Moudjahi dins résisraicor ‘a tour cc que Its Soviétiques Iançaienr conrre ewe, non obstant une sérieuse disparirC en nombre er en arrnemer,t. Toutefois, je nérais quand méme pas trop sftr de moi. Je craignais les effets sur notre système dapprovisionnement des tactiques de terre brülée employees par Zes Soviériques, qui privaienr les partisans ie leurs sources locales de nourrirure et d’abris nous avions réeliement besoin dun lance-roquetre Ieger a grande distance, pour completer les lourds LRTM ; le manque de communications radios, modernes et sftres, avec les commandants impor tants a (‘intéricur de I’Afghanistan était Un handicap majeur et sans Un SAM efiucace en supplement du SA-7, je désesperais de pouvoir rnetrre en échec Its hélicopteres d’assaur. Mais mon veritable souci Ctair Kaboul.