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"Mener a' Ia guerre un peupie sans entrainement est
Ie conduire sa
perte"
Confucius, Analectes XIII (- 500 avt. J-C)
A u debut du mois davril 1989, Ic Times publia un court article
décrivant Ia tentative de deux prétendus espions pakistanais a
Kaboul. On y disait que ‘un étair un sergent des Renseigne ments
de FarmS, I’autre un caporal dune Section spéciale. Ifs avaient
été captures tous deux a Kandahar. us avaient prCtendument avoué
leurs activités despionnage et de sabotage sous Ia torture, mais
le rapport mdi quait que leurs aveux étaienr peu convainquants
et contradictoires. Néanmoins, its furent condamnés
respectivement a un emprisonnement de 18 et i6 ans. tJne tette
peine passée a I’thflme prison de Pot -.i-Charkr, aux environs
de Kaboul, équivalait a un cauchemar vivant pour beau coup, une
execution cut été preferable. L’ambassade du Pakistan tes désa
voua inevitablement, tandis que notre ministre des affaires
Ctrangères décrivait laffaire conime un coup de propagande”.
Je n’ai aucun moyen de savoir si les charges retenues contre eux
éraient vraies ou fausses, mais je sais avec certitude que 1151
a envoyé des militaires pakistanais en Afghanistan de 1981 a
1986. f le sais parce que jCtais chargé de sélectionner les
individus er de les instruire de leurs mis sions. II est tout-à-fait
probable que ces activités secretes furent reprises après que
j’eus quittC Iarmée. Je dois expliquer clairement, routefois,
que les hommes que nous envoyions en Afghanistan n’Ctaient pas
des espions mais des soldats de larmS pakistanaise, servant au
Bureau afghan de itS Leur táche consisrait a accompagner les
Moudjahidins dans des operations spCciates us agissaient en tan!
que conseillers, aidant ic commandant a accomplir sa mission.
Leurs attributions pouvaient aller du sabotage dun oléoduc ou
dune artaque a Ia roquetre dun terrain d’aviation jusqu’à
lorganisation dune enibuscade. A mon époque, ii y avait en gen
deux Cquipes pakistanaises en même temps en Afghanistan durant
Ia période de mai a octobre. Suivant Ia distance, une équipe
pouvait passer de un a trois mois sur le terrain. Aucune équipe
ne sQt jamais que !‘autre était en opéra don. Le maximum fin
atteint en 1984 lorsqu’il y St jusqu’à onze Cquipes en
operations, sept contre Kaboul, deux contre Bagram er deux
autour de Jalalabad.
Tous ces Pakistanais étaient des volontaires, faisant partie jie
mon équipe de lISI. Des officiers et des sous-officiers
appartenant toutes les branches de l’armee pakistanaise étaient
affectés a iisi dans les differenrs services par le général
Akhtar, qui réservait ‘Cs meilleurs au Bureau Afghan. us
venaient avec moi pour une période de 2 ou 3 ans et je déci dais
de leur affectation a lentrainement, aux operations ou a ‘a
togis tique. Je demandais toujours si! y avait des volontaires
pour alter en Afghanistan et je choisissais avec soin parmi
ceux-ci ceux qui me parais saient le mieux adaptes aux missions
speciales.
Léquipe Se composait en general dun ofilcier supérieur (habituelle
ment un commandant), dun officier subalterne et dun
sous-officier, jun dentre eux devant parler le pashtou. Je
devais clairement expliquer a cha cun les risques qu’il pouvait
count. us ne devaient en aucun cas Se laisser capturer car cela
compromettrait le sourien clandestin du gouvernement pakistanais
au Ojihad. En pareil cas, nous ne pourrions que tout flier et
les desavouer mais ils seraient certainement soumis a Ia plus
cruelle et Ia plus longue des tortures. Comme tout homme arrive
a un certain moment au bout de sa résistance, on pourrait tui
extorquer finalement des informa dons préjudiciables a nos
operations, sans oublier Ia probabilité dun pro cès retentissant
avec beaucoup de publicité et de propagande. On n’encou rageait
personne a se suicider pour éviter !a capture, on ne distribuait
aucune tablette homicide car le suicide est interdit aux
Musulmans. On lear répétait constamment quils devaient se titer
absolument de tout mauvais pas, ou en dernier ressort, mount en
combattant. Dans Ce dernier cas, les Moudjahidins qui étaient
sun les lieux devaient faire limpossible pour récupérer le
corps. D Ia même façon, si un Pakistanais était blessé, ii
fallait le soustraire a lennemi — dune manière ou dune autre.
Tous mes gens qui a!laient en Afghanistan avaient largement le
temps de s’y preparer et dentratner les Moudjahidins quits
allaient accompagner. Une fois décidée Ia mission, et choisi I
commandant, l’équipe devenait responsable de l’entramnement de
ce commandant et de ses Moudjahidins, bien que ceux-ci ignorent,
jusqu’à La fin de leur forma tion, que leurs instructeurs
allaienr venir avec eux. Pendant ce temps, ces derniers so
laissaient pousser ‘a barbe et s’habi comme des Moudjahidins, de
sorte qu’on ne pouvait plus les distinguer de leurs compagnons.
Ces militaires denient vivre et combarcre comme des Moudjahi
dins, et endurer ‘Cs m épreuves et les mêmes privations. I ny
avait aucun soutien miJ.itaire pour les aciurrir ou tes évacuer
sits étaient bLes sés. 115 devenaient des conseillers des forces
spéciales. us devaienr guider
I commandant sot tons Its aspects des operations et des
fonctions mili
taires, entratner les Moudjahidins dans louts bases
opérationnelles, les
aider dans toutes les mesures de defense do ces bases, aider le
comman
dant a preparer et a mener a bien ses missions spéciales er, si
nCcessaire,
so batrre. Au surplus, je comptais sur eux pour me fournir des
informa
tions sur cc qui Se passait sur le terrain. ‘is étaint une
partie vitale de
mon organisation de renseigriement, non seulement sur los
activités de
l’ennemi mais aussi sur le comportement des Moudjahidins et de
lows
commandants. Je pouvais comprer sur ces hommes pour ne pas
tomber
dams texagération, pour no pas ignorer Les faib des Moudjahidins
cu
les défauts do leur entraInement. L’informarion quits me
rapporraient
était inappreciable pour organiser les nouvefles operations,
choisir les
commandants les plus capables ou mettre en place les futurs
programmes
d’entra?nement. Mais ii me fallait attendre Icur retour au
Pakistan avant
do les interroger, car aucune de ces équipes nemportait avec elk
déqui
pemcnt radio a longue distance par crainte de linrerception par
lennemi.
Je dais reconnaltre ui mon arrivée, je n’Etais pas favorable a
cc
quon melt des Pakistanais a des operations effectives en
Afghanistan. Jo pensais que le risque de capture était trap
grand et, si cela devait arriver,
que Its dommages qui en resntteraient pour le Pakistan, et par
consé quent pour le Ojihad, primeraient sur les avanrages tacriques.
Je me sou viens de chaudes discussions a ce sujet avec le gen
Akhtar, mais je dus
ceder. Je dus accepter que lorganisation de ces Cquipes fit
partic de ma mission, aussi, résolus-je dy consacrer I meilleur
de mon habilete en
fair, je me mis a augmenter Jour nombre. Duranr ces six annCes,
de 1981 a 1986, lAs agirent admirablement, non no fut
sénieusemenc compromis
et personne ne fut capture ou rue. Ces homrnes sont on grand
honneur pour iarmée pakistanaise. then quils aient reçu une
decoration, équiva lant i pen près a 6 Sliver Star am&icaine, o,
a 6 Military Cross britan nique, pour leur professionnafisme et
leur audace, cest La premiere Ibis aujourdhui quo leur action
est rendue publique.
Je dois maintenant detruire un mythe édifié par Ia propagande
soviétique et par beaucoup de journalistes. Jusquau retrait
soviétique dAfghanistan, au debut de 1989, aucun instructeur
américain ou chinois
ne fiat jamais employé pour lentratnement des Moudjahidins ‘a
aucune
sorte darme ou déquipement. Méme sagissant des systèmes d’armes
les
plus lourds et les plus sophistiqués, comme ‘Cs canons
antiaériens
Qerlikon, Ct plus tard le Stinger, Ce furent toujours nos
équipes pakista-
naises qui formerent les Moudjahidins. Cetait une politique
délibéree
soigneusement refléchie que nous refusâmes fermement de changer
en
dépit de Ia pression croissante de la CIA, et plus tard du
Département de
Ia defense américain, pour nous inciter a leur en donner le
controle.
Depuis IC debut, les Américains voulaient participer directement
‘a Ia dis-
tribution des armes, a l’organisation des operations et a
lentratnement
des partisans. Depuis le debut, jusqu’à Ce que Ic dernier soldat
russe ait
quitté le pays, nous avons résisté avec succès.
Nous agimes de Ia sorte parce que les partis étaienr fermement
opposes a traiter avec tes Américains. Xis savaient que leurs
activitCs
seraient largement publiees, renforçant ainsi Ia propagande
soviétique,
comme celle du KHAD, qui prétendait que cette guerre nétait pas
un
Djihad mais faisaic simplement panic de Ia lutte globale
capitalo-com-
muniste. Nous avions egalement route confiance en nos
instructeurs
pakistanais, ce qui Sait tout-à—fait justifle par les résuirars
sur IC terrain.
Je me souviens fort bien dune visite que M. Casey rendit a
/ quelques-uns de nos camps dentrainement en 1986. Trois camps
furent
visites en tout et la délégation de Ia CIA Se montra très
curieuse en
questionnant les stagiaircs. Un haut fonctionnaire américain qui
parlait
le pashtou ne cessait d’interpeller au hasard les Moudjahidins
pour leur
demander depuis combien de cemps ils Ctaient en stage.
Avaient-ils
servi déjà clans l’armée afhgane ? Avaient-ils déjà utilise ces
armes aupa-
ravant en Afghanistan ? En réalité, ils avaient tous suivi un
stage de huit
jours et Se montralent deja capables de servir des mitrailleuses
lourdes,
des mortiers, des RPG-7 et des canons sans recul avec
l’assurance et Ia
precision de soldats aguerris. Casey fiat très impressionné.
Durant le
diner avec te Président Zia, Ic soir même, ii exprima son
admiration
pour le niveau atteint par ces hommes en si peu de temps. Dans
le mois
qui suivit, Zia vint Se rendre compte par Iui-meme. 11 fur
egalement
étonné par cc quil vit, et m’accusa pratiquement d’avoir choisi
les
meilleurs tireurs pour Ia demonstration des armes. Je lui
répondis quil
pouvaic choisir nimporte qui comme tireur et que Ce qu’il avait
vu cot-
respondait au résultat moyen. Xl déclina mon offre, mais I soir,
il Lit Ia
remarque suivante Jaimerais que none armée soit seulement
Capable
de La moitlC de ces resultars au tir.” Nous navions pas besoin
dinstruc-
teurs américains.
Les Etats-Unis jouaienr toutefois un rUe dans l’entraInement
de nos instructeurs miliraires. Dans It cas d’armes nouvelles,
particuIière meat darmes antiaériennes, qul nétalent pas en
dotation dans 1armée pakistanaise, les instructeurs américains
organisaient des cours pour nos instructeuiE entraililient éEi
Leg Moudjahidins.
Tres vire après ma prise de foncrions, le gen Akhrar et moi même
discut de limportance a organiser lentralnement sur une grande
echelle. Vers Ia fin de 1983, 3000 Moudjahidins seulement
avaienr reçu un entrainement soutenu dans les deux camps érabIis
au Pakistan. Nous convinmes que cétait totalement insuffisant et
nous fixârnes un objectif de 1000 stagiaires entrainés par mois,
Cérait U but que beaucoup pensaient impossible a arteindre.
En tant que soldats aguerris, I généra! et mol comprenions que
sans entralnement appropriC, nous ne (erions que gaspiller les
Moudjabi dins. Au fur et a mesure qu Ia varleté et Ia quantité
des armes, La demande dentrainement s’acctht, mais dans La
guCriila d’Afgha nistan, it sagissait de bien plus que ceta Dans
une guerre sur laquelle nous n’avions aucun contrôte direct et
sourenu, lentrainement, comme [ fourniture des armes, était un
maltre-moyen pour influencer les opéra dons sur I terrain. Si
nous livrions des armes comme les lance-roquettes a
tubes multiples (LItTM), ou des charges de demolition, qui
éraient allouCes par Icur parti a certains commandants pour un
type bien particu her doperations dans leur zone, I sensuivair
que ces commandants, et leurs bommes, devaient ëtre prioritaires
pour recrvoir lentramnement. Nous avions mis au point forte
strategic generate, nous avions choisi tes objectifs a atraquer,
nous avions fourni Jes armes, nous devions également procurer
l’entralnernent adCquar pour mener a bien Ia mission.
Les commandants, en bons Afghans, ne laissaienr jamais passer m
chance d’accroIrre Ieur propre prestige, d’une manière ou d’une
autre. Nous exploitions cetre tendance en offrant lentralnement
er les arrnes a ceu, qui s’engageaienr a metier des operations
spécifiques dans lent zone. Si re réussissaienr, us obtenaieat
davantage deatrainement et des arrues meilleures et plus lourdes,
ce qui renforçaic du méme coup leur statut de commandant. Notre
polirique était aussi simple que cela. Comme nous ne pümes
jamais donner directemenc d’ordres a nos thrces sur Ic terrain,
cetre manipulation dans I fourniture des armes et
l’entralriement pour les utili set êtair Ic seul moyen efficace
dobtenir que notre strategic soft appliquée.
Il Ctait fondamentat pour notre système que l’entratnement soft
orientC vers les missions. Je veux dire par là que si nous
désirions détruire un oléoduc, I stage devait être entièrement
consacré aux explosifs propres
a cet objectiL Le commandant devair être entrainé pour savoir
étaienr les meilleurs endroits pour placer les charges, comment
approcher
de lob jectif comment distraire ou se dissimuler du poste ennemi
tout
proche, oü poser des mines pour piéger un évenruel groupe venant
en ren-
fort, et queues seraient les reactions soviCtk probables. Ses
hommes
consacraient davantage a l’emploi effectif des explosifs et aux
mérhodes de
destruction. A Ia fin du stage, après avoir mis au point en
details leur mis-
sion avec lofficier chargé du cours, ils parraient en emportant
‘Cs explosifs
préts a l’emploi, mais sans les déronateurs en place.
Afin daugmenrer norre efficacité, nos cours comportaient tous
beaucoup de pratique, peu de théorie ou d’exercices comme en
temps de
paix. Des le premier jour, I stagiaire maniait larme et
apprenair rapide-
ment a sen servir. Nous raccourcimes Ia duree des cours mais
augmen-
tames Ic temps dentratnement journalier. Les cours ne
s’arrêtaienr janiais
durant les jours feries et avalent lieu pendant les 365 jours de
lannée. Ce
nérait pas une grande gene pour les sragiaires, mais cela
représenrait une
tension immense pour les instructeurs, aussi devions-nous
prévoir avec
soin leurs periodes dc repos. Nous organisâmes également des
cours pour
former des instrucreurs Moudjahidins, qui avaienr ete
sClectionnés durant
les autres entratnements quils avaient suivis. Ces hommes
devaient
rerourner dans leurs bases en Afghanistan pour y organiser
lentralnement.
Nous envoyions souvent une équipe mobile d’instructeurs
pakistanais sur
place pour ‘Cs aider a sorganiser, aux endroits que nous avions
choisis avec
les partis. Nous fournissions aussi les programmes et les moyens
de forma-
tion. Une fois ces instructeurs Moudjahidins locaux expérimenrCs
l’equi-
pe mobile navait plus qua les visiter periodiquement pour les
conseiller.
A Ia fin de 1983, deux camps existaienr au Pakistan, avec une
capacité de 200 stagiaires chacuri. Vets la mi-1984, nous en
faisions pas-
ser plus de 1000 mensuellement dans Ic système, et en 1987, nous
avions
sept camps travaillant simu — quatre près de Peshawar et trois
aux alentours de Querra. Ce programme fracassant nécessitair
davantage
de personnel et d’argent, Ce que I général Akhtar nous accorda
rapide-
ment en sorre que les résuirars furent vite surprenants. En
1984, 20.000
Moudjahidins bénéficierent de notre effort, 17.700 suivirent un
cours en
1985, et 19.400 en 1986. On peur dire, sans exagCrer, que
Iorsque je
quirrai lisi a Ia fin de 1987, 80.000 Moudjahidins, au moms,
avaient éte
enrraInés au Pakistan sur une période de quatre ans, et
plusieurs milliers
d’autres avaienr ete formés en Afghanistan. Je rends hommage
ames col-
laborateurs us navaienr jamais travaillé aussi dur jusqualors et
n’ont
sans doute jamais retrouvé de telles conditions depuis.
Merrre sur pied un camp dentrainement nétait jamais une chose
simple, comme de réquisitionner un camp militaire ou utiliser Un
champ
de tir. La rêg!e du jeu était le secret absolu, comme pour
toutes nos acti
vités. Personne, en dehors du Bureau afhgan, ne devait savoir cc
que nous
faisions. Le public, les politiciens, les agents ennemis, FarmS
palcistanai
Se et les satellites espions soviétiques devaient rester dans
l’ignorance
complete de Ia localisation de chaque camp. Cela impliquait que
nous
devions choisir nos propres sites a lécart absolu des regards
indiscrets.
Cétait plus facile a dire qua faire.
Les camps devaient Se trouver tout au plus a une nuit de voiture
de
Peshawar ou de Quetra, car les sragiaires étaient amenés par
camion dans
lobscuriré afin quils ne sachent pas oü ils Se trouvaient. Ils
devaient
offrir des facilites dadministration et posseder leur propre
approvisionne
ment en eau. Nous ne pouvions pas les placer près dune base
militaire ou
dune zone dexercice, pas plus que nous ne pouvions utiliser des
lieux
daccés facile pour le public. Quelle que soft leur localisacion,
cUe devair
étre dissimulée aux regards cerrestres ou aériens. Ces derniers
nous cau
saient Ic plus de difficultés nous les evitions par Ic
camouflage et une
discipline stricte dans les trajets. Je veux dire par là que
nous n’utilisions
que les routes ou les chemins existants menant au camp, ou dans
ses
abords. Rien n’apparait plus clairement sur une photo aérienne
quune
piste fraiche.
Notre plus grand problème était probablement de trouver un
endroit oü Ion puisse faire feu avec nos armes. Ce nétaient pas
que des
armes légères. Nous devions journellement faire des tirs
intensifs avec des
mortiers, des mitrailleuses, des lance-roquettes, des canons
antiaériens et
des missiles SAM. Nimporte qui, a port de voix, Se serait cru au
c
dune grande bataille, tous les jours, et souvent Ia nuit, avec
roquettes et
balles traçantes zebrant le ciel.
Theoriquemenc, nous étions tenus de suivre les règles de
sécurité du
temps de paix, mais si nous lavions fait, 90 pour cent de nos
exercices de
tir auraient eté interdits. Nous tirions et nous priions pour
que personne
ne sen aperçoive, et quil ny air pas daccident. Allah, et le g
Akhcar furent boos pour nous, en nous laissant faire — mais tout
juste.
Une this, alors que le g Akhtar Se trouvait avec nous pour un
exerci
Ce de tir de Blowpipe et de SA-7 SAM contre des obus de mortier
éclai
rants qui descendaient accrochés a leur parachute je dus
ordonner de ces
ser I feu car des avions de I’armée de lair ronronnaient au-dessus
de nos
tétes. Le général voulut savoir pourquoi laviation survolait Ia
base. Ne
lavair-on pas prévenue ? Il fur encore plus choqué lorsque je
jul expliquai La situation a Ce nest quavec repugnance quil
autorisa Ia poursuite des tirs. Quelques minutes plus tard,
dautres avions nous survolerent et nous dumes abandonner
Lexercice. Je mis longtemps a convaincre le g quo nous navions
pas dautre solution. Par miracle, nous n’eQmes jamais daccident.
Toutefois, nous fumes amenés fréquemment a déménager un camp
parce que nous pensions que ie secret do son emplacement était
compro mis. Lorsque des civils passaienc par Ia zone, nous
inventions quelque histoire dexercice de l’arniee avec des
soldats habillés en Moudjahidins. Le lendemain matin nous étions
partis Ces transferts a La hate nous per turbaient beaucoup car
nous devions réserver a tavance un endroit de repli. Par bonheur,
dCmonter les entes ne demandait pas de grand effort physique et
nous pouvions donc quitter le site rapidement.
A titre de precaution supplémentaire, jusqu’â ‘a linde 1985,
aucun de nos camps ne possédait de moyens de communicjuer avec
nous. L’utili sation du téléphone ne présentait évidemment
aucune sécuriré, de plus, jecraignais quo les services
dinrerception radio soviétiques tie soient capables de saisir
nos transmissions et de localiser les sites. Vers I fin de cette
annee-là, j’obtins de Ia CIA des appareils de radio tres sflrs
flui furent installés dans les camps. L’histoire de ces
appareils me donne id loccasion dune lègere, mais intéressante
digression.
T des aspects les plus contrariants du contrôle des nos forces
do guérilleros Ctait limpossibilité de communiquer, rapidement c
sure ment, avec les commandants eparpillés sur I terrain. Je
savais parfaite ment, par lutilisation que nous faisions des
messages radio ennemis interceptés, quo des communications peu
sOres étaient pire que lout absence totale. Les messages par
esrafetres étaient excessivement lents, mais en gen ils nous
parvenaient finalement sans avoir été interceptés.
Je discutai longuement de ce probleme avec les specialistes de
Ia CIA a, en fin de compte, nous nous fixâmes sur deux types
d’appareils. Un appareil a longue portée, connu sous Io nom
dappareil de communi cation par rafales’ avait une portéc de
plus de 1000 kilomerres un appa reil a courte portS, appel
cueilleur do fréquences’ avait une portée do 30 a 50 kilometres.
La technologie du “Rafale’ était impressionnante. II ne fallait
que quelques secondos pour transmettre un message de 1000 mots,
cc qui I rendait pratiquement impossible a decoder. Sur le plan
opCrationnel, mon intention était do placer les appareils
“Rafale” a Parwan (Hekmatyar), Paghman (Sayaf), Mazar-i-Sharif (Rabbani)
et Kandahar (Khalis), et de fournir une dizaine dappareils
‘cueilleurs de fréquences” aux principaux commandants de chaque
parti. Ccci devair nous permetrre de rester en contact avec rous
les groupes dans un rayon de 30 a 50 Icilomètres des appareils a
longue portS. Dautres appareils a courte portCe seralent
installés clans les camps dentramnement. Les chefs des partis
acceptèrent, aussi fis-je diligence. Lorsque les appareils
arrive— rent, lis avalent change davis. us refusaienr désormais
de transmertre un message quelconque par l’intermediaire dun
autre parti. On ne put les faire changer d’idCe, Je fus force de
créer un système special pour chaque parti, cc qui était peu
satisfaisant sur Ic plan opérarionnel.
Nous organisâmes pour les opérateurs des partis, des cours de
radio
de longi durCe, sur 20 semaines, quA incluaient un apprentissage
de Ia langue anglaise. A la fin de 1985, Ia premiere série
dopérateurs forms arriva sur Ic terrain, par groupe de quatre, avec leurs
appareils. Malheu reusement, Ic seul appareil a league portS qui
foncrionna fut ce
d’Hekmatyar, dans Ia province de Parwan. Durant pies de trois
ans, cette radio demeura en contact journalier avec nous. Mais
pas les aurres, qui restalent muets pendant des semaines, et
même des mois a un certain
moment. C nétair pas a cause des appareils mais par La faute des
opéra-
teurs et de leurs commandants.
Il ny avait simplement aucun contrôle, ni aucune discipline. Les
deux opérateurs en service sabsentalent en méme temps, ou
étaient trop paresseux pour respecter les horaires prévus. Nous
avions exigé que ces hommes demeurent en Afghanistan pendant une
année d’affilee, resrant a I’écoute journellement a un horaire
prévu davance, mais comme nous savions que certe mesure serait
impopulaire, nous versions 1500 rou par mois a chaque opératern,
a titre dincitation. Ce flit en vain seuls, les commandants
d’Hekmatyar uirent fonctionner leurs transmissions radio. Une
ibis de plus, Un patti fermement fondamentaliste Se rCvélait
plus efficace, en sorte qu’il cur prioritC sur les nouveaux
appareits qui nous parvenaient, pour Ia plus grande contrariéré
de Ia CIA.
II semble que nous ayons réussi dans Ia dissimulation de nos
camps car nous n’eOmes aucun incident de sécurité a déplorer.
Lorsque l’ambassa deur soviétique au Pakistan se risqua I
publier leurs emplacements présu mCs, aucun de ceux-ci ne Se
trouvait a moms de 100 km des emplace ments reels. Us firent
partie du jeu dip de dCnonciations et de dénegations at. cours
duquel, durant des annCes, les Soviériques accusèrent le
Pakistan d sourenir e Ojihad et none gouvernement persista I le
nier.
Chaque camp comprenait 2 a 3 officiers supCrieurs, 6 a 8
officiers subalternes, er 10 a 12 sous-officiers assistés dune
dizaine de soldats charges de Ia garde et des tâches
administratives. Dans Ia plupart des cas,
linstruction so faisait en pashtou, quelques instructeurs
apprenant I da
(perse). Le probleme de la langue devint pius grave iorsque nous
accueil-
limes des Ouzbeks, qui ne parlaient ni lune, ni lautre. En
pareil cas,
l’instructeur enseignait en pashtou, qui était traduit en dan,
qu’un sta-
giaire ouzbek retraduisait alors dans sa propre langue. Uric
methode
encombrante mais qui avait lair de fonctionner.
Au fur et a mesure quo los mois passèrent, notre programme Se
développa jusqu’a englober une grande variété de cours sur les
armes et
les sujets tacriques. Nous mimes sur pied un stage de deux
semaines sur
les armes lourdes pour ies canons antichars et antiaériens et
ies mortiers
de 82 mm un cours de pose de mines et de déminage ; un cours de
demolition qui couvrait Ia destruction de ponts, de pyiones
éiectniques,
de pipelines de gaz ou de petroie et de coupure de routes ;
guerre urbai-
ne, qui enseignait les techniques de sabotage destinées être
utilisées a
Kaboul et dans les autres villes ; cours de communication a
distance
stages dinstructeuns pour les Moudjahidins et cours de
commandement
pour lencadrement. La piupart d’entre eux Se tenalent a
lextérieun, dans
des camps de toile. Lorsque nous reçUmes dAngleterre les
Blowpipe et
plus raid los Stinger des Etats-Unis, nous utilisâmes des
installations
couvertes, avec des simulateurs, a mon quantier-generai du camp
Ojhri. Au debut, le general Akhtar interdisait mute visite dans un
camp; toute-
fois, les reclamations de Ia CIA et des Americains flirent si
persistantes
quil Lrnit par conceder que des fonctionnaires de Ia CIA
pourraient être
admis. Cette autorisation ne fur jamais accordée aux visiteurs
chinois ou
saoudiens, pas plus quaux membres du Congres américain. La seuie
entorse a cette regle fut Ia visite du sCnateur Humphrey a
l’école des
Stinger en 1987.
Comme tous nos rapports avec les partis et los commandants,
lentrainement était loin d’être simple. Deux obstacles majeurs
se présen-
talent. En premier lieu, aucun parti nacceptait les
entrainements coilec-
tifs dans un même camp. Its refusaient de permettre que ion
forme
ensemble des stagiaires de différents partis, exigeant que teurs
Moud-
jahidins solent formS apart. On imagine deco fait les probiemes
do pro-
gramme, d’administration et Ic gaspillage des ressources. Aucun
appel a
Ia raison ne put les ebranler. Cent situation dura jusqu’à Ia
Linde 1986.
La seconde difficulte ne fut jarnais apianie. Elle concernait Ic
choix
des commandants pour l’entratnement. La plupant des chefs de
patti you-
laient absolument decider d choix des candidats, alors que je
savais que
Ce choix coincidait rarement avec les impératif operationnels.
Le général Akhtar, en l’occurrence, avait tendance a soutenir
les chefs, lorsqu’ils s’adressaient directement a Iui au sujet
du choix de leurs candidats. Pour conclure leur argumentation,
us jouaienc un atout maître en disant “Je dégage toute
responsabilité dans Ic cas oü I commandant que vous avez choisi
revendrair ses armes ou echouerait dans les missions que vous
lui confieriez.” J’essayais de les persuader que nous ne ferions
aucune selection sans l’approbarion du parti. Fréquemment, cc
compromis ne réussissair pas ‘a leur donner satisfaction car us
subissajent Ia pression continue de commandants influents sur ic
plan polirique, qui réclamaient un entraîne ment qui allaic leur
permettre de recevoir davantage d’armes lourdes, une plus grande
audience, et par consequent davantage de pouvoir. Mes res
sources étaient limirées, Ic temps me manquait er je desirais
entramner des hommes de confiance, vigoureux, donc les zones
dopération contenaient des objectifs valables. 11 aurait etC
pire qu’inutiie dentrainer un comman dant aux techniques
dattaques a Ia roquette des terrains daviation cc de lui fournir
des LRTM si sa base était située au centre du Hazarajat oü ne Se
trouvait aucune base aérienne — mais cest bien ce que certains
chefs de patti souhaitaient que nous fissions. La fourniture
darmes et Ia fbrmation ‘a leur emploi ne faisalent quun. Cela
faisait penser a’ et Ia poule”. Devions-nous fournir les armes
puis former les récipiendaires, ou entralner ies commandants
sClectionnCs avant de leur fournir ‘Cs armes ? A vrai dire, Ic
procCdC importait peu, pourvu qu’il s’intègre dans Ia stratCgie
gCnérale. En fin de compte, je ne pouvais pas rCellement refuser
dentrainer un commandant, méme sil avait ete choisi par son
parti sans mon consente ment. En cc cas, it terminait sa
formation mais je ne lui fournissais pas forcCment les armes
speciales, ou ‘a longue portS, car je me réservais I controle
personnel de leur allocation. Vers le milieu de 1985, javais par
experience acquis la manière de repérer un bon commandant des
notre premiere rencontre. J’avais compris quon pouvait rarement
compter sur le maIm, Ic type soigné, le beau parleur, alors que
Ic type débraillC, dont les vétements empesraient, faisait en
general un chef admirable. Ce nérait sans doute pas une méthode
de selection infaillible, mais c’était celle qui, mon avis,
marchait neuf fois sur dix.
En 1984, nous montâmes une série dattaques réussies contre Ia
base aCrienne de Bagram, au cours desquelles une vingtaine
davions furent dCtruits au sol. L’histoire de june dentre elles
ill bien la manière dont fonctionnaient en pratique notre
tactique et notre méthode entrainement.
Bagram était une base bien protégée, avec une garnison
importance
(voir carte n° 10). C’Ctait avant tout une base soviétique
abritant au
moms deux regiments daviation de combat venant dunion soviCtique,
avec des MIG-21, des MIG-23, des Su-25 er plusieurs avions de
transport An-26. En outre, l’armée de lair afghane y déployait
trois escadrons de chasse de M1G-2 1, plus trois escadrons de
chasseurs-bombardiers avec des Su-7 or des Su-22. Los rangées
d’avions alignés sur I tarmac consti tuaient des cibles
tentantes pour essayer les LRTM chinois do 107 mm qui
commençaient a nous parvenir depuis peu. Leur puissance do feu (ils
possedaienr neuf tubes) or leur portS de 9 kilometres signiflait
quon pouvair los placer très en-dehors du périmètre do defense
du terrain, avec de bonnes chances datteindre les avions garés a
proximité ou quel qu’autre installation vitale. Nous avions déjà
atraqué le terrain précédem merit au cours de cette méme année,
dans I but de détourner les Sovietiques de leur septième
offensive sur Panjshir, mais cétair Ia pre mière fois que nous
étions capables de monter a distance une artaque a longue portée.

Notre conference opCrationnelle décida que Bagram méritait
une
pression soutenue et que ion devait dans Ce but sélecrionner et
entratner
des commandants. Entre ies divers chefs de parti et
fonctionnaires, je
madressai aux reprCsentants du comité militaire du parti de Nahi,
qui
poss une base de Moudjahidins près de Koh-i-Safi, a environ 15
kilométres au sud-est de Bagram. Nous tomb daccord sur I choix
dun commandant digne de confiance qui viendrait sentralner avec
une
trentaine d’hommes. On depêcha une estafette a Koh-i-Safi.
Suivit alors
un délai de cinq semaines environ, qui correspondait au temps
mis par I
messager pour atteindre sa destination et par le commandant pour
réunir
ses hommes er rejoindre Peshawar avec eux. Je fus alors informé
et
envoyai comme a l’accoutumée Un officier de mon état-major
operation
n pour mener les enquêtes et evaluations preliminaires.
Cet officier voulait en apprendre I plus possible sur Ihomme et
partisans. Le commandant fin photographiC, on enquêta sur son
affiliation
au parti, lemplacement exact de sa base, létendue de Ia zone oü
ii opCrait, limportance de ses forces, les details sur les armes
lourdes quil avait déjà reçues, son entrainement passé et ses
operations récentes. Nous desirions Cgalemenr avoir des
informations sur les autres commandants agissant dans un rayon
de 50 km de sa base et lul demandâmes si était prêt a coopérer
avec eux. Nous dress Un tableau complet de Ihomme, avec une
evaluation de son potentiel. Dans I cas present, nous discutâmes
avec
lui de son ob jectif probable — Bagram — et obtInmes une réponse
favorable de sa part. Au cours des années, nous avions mis au
point un fichier
d’informations sur les individus et, dans Ia plupart des cas,
nous en savions
beaucoup plus sur les commandants que les chefs de leur propre
parti.
Ce commandant particulier avait pres de 400 hommes sa disposi
don, bases autour de Koh-i-Safi oh Ion utilisait au maximum les
norn
breuses grottes existant dans certe region pour se mettre a
couvert et
sabriter des bombardements. La base Ctait hors de vue de Bagram,
mas
quée par une crete abrupte qui arteignait par endroits près de
2000 m.
Cette fois-li, le commandant avait suivi nos instructions et
nétait venu
qu’avec une trentaine dhommes. 11 arrivait frequemment qu’on
cherche a
nous impressionner en amenant le double du nombre prescrit, Ce
qui
nous posait d difficultés car nous ne pouvions pas former tout I
monde. La nuit du rendez-vous, les Moudjahidins étaient
rassembles en
un lieu donné a Peshawar, oti ils embarquaient dans des camions
fermes
qui les emmenaient au camp d’entraInement. A leur arrivée, ils
navaient
aucune idee de lendroit oh us Se trouvaient. us y restaient en
stage pen
dant deux ou trois semaines, avant d’être reconduits a Peshawar
de la
même manière.
Les trente Moudjahidins reçurent un entralnement intense sur
le maniement et le tir du LRTM (lance-ro tubes multiples). Le
cours était entièrement pratique, dCbutant par montage et
demonrage, preparation des roquetres, estimation de Ia portée,
réglage en site et en gisement, chargement et mise a feu. us
apprirent que le principal défaut du LRTM était son poids, car
it nécessitait trois hommes pour transpor ter et mettre en ruvre
ses trois éléments (roues, affOt et tubes), et que cela n’était
faisable que sur de courtes distances. Pour l’opération de
Bagram, ii fut nécessaire de prévoir des mulets. Its apprirent a
constituer des équipes de tir de trois hommes, Pun braquant et
réglant, les deux autres chargeant, manoeuvrant ( mise a feu se
faisair avec une crémaille re) et riranr (en pressant sur un
bouton). Bien que possCdant douze tubes, les roquertes étaienr
tirées isolément et non pas en salve. us leur fallut apprendre a
situer limpact et a estimer s’il était trop long, trop court, a
gauche ou a droite de Ia cible. us utilisaient pour cela des
lunertes bino culaires. 11 leur fallair alors donner les
corrections de tir — “plus court 100”, ‘plus long 300”, ou
gauche 200”, a l’armement de Ia pièce pour faire les ajusrements.
Ils devenaient des artilleurs. On leur apprit également a improviser. On pouvait tirer les
roquettes électriquement, en Se servant dun support bipode de
fortune. Sur le terrain, il fallait en gCnéral les appuyer alors
sur un tas de pierres et les chances datteindre une cible
définie étaient amenuisCes, mais cecte méthode pouvait être
employee contre une caserne, un terrain daviation ou un depot de
carburant, par exemple. Pendant que ses hommes apprenaient a maitriser l’arme cIte même,
I commandant passa pas mat de temps a discuter des tactiques
possibles avec son officier instructeur. B Iui fallait connaitre
Jes caracté ristiques du LRTM, comment diviser ses hommes en
équipes de tir et section opCrationnelle, comment les placer
pour les dissimuler, l’affüt devant se trouver clans un angle
mort. On Iui enseigna que sa tactique devait être normalement de
se dCplacer de nuit jusqu’a une position de tir, de faire feu
dans l’obscurite et de Se retirer sous le couvert de Ia nuir
dans une cachette prévue a lavance, sit n’avait pas assez de
remps pour battre en retraite franchement. Cette procedure
faisait largement fi de Ia maitrise aérienne des Soviétiques.
Car, non seulement ceux-ci hésitaient a voler de nuir, mais
lorsqu’ils le faisaient, en utilisant des fusées éclai rantes,
ils tiraient généralement au hasard. Le seul probleme était
limpossibilité pratique de determiner les impacts, surtout en
les obser vant au niveau du sol. II étair parfois possible de
tirer quetques roquettes pendant Ia nuir, d’essayer au cours de
La journée suivante d’observer si Ia cible avait éré arteinte,
er si cc n’était pas le cas, de faire les corrections et de
tirer a nouveau durant ‘a nuit suivante. La precision du tir
nétait pas essentielle sur des objectifs tels que Ia base
aérienne de Bagram. Les commandants étaient souvent étonnés de leffort de logistique
et de transport requis pour met en place ces armes avec leurs
muni tions. Le LRTM, avec ses roues et son affüt, pouvait être
transportC par trois mules, en comptant une mule supplémentaire
par quatre roquetres. Pour une mission comportant I tir de
trente-six roquettes (cc qui n’était pas un nombre excessif) par
pièce, ‘a simple arithmétique rCvélait guil fallait douze mules.
En comptant léquipe de tir, Ia section opérationnel I ‘a section
de protection et les muletiers, rien que pour mettre un seul
LRTM en action, it fallait compter entre vingt en vingr-cinq
hommes. Dans I cas gui nous occupe, lofficier instructeur et I
commandant passèrent pas mal d’heures a etudier les photos
aériennes et les canes de Ia zone de Bagram pour y repérer les
emplacements de fir possibles et les bonnes approches pour les
atteindre. La carte n 10 montre bien les diffi cultCs tactiques.
Koh-i-Safi Se trouve a 15 km en droite ligne de Ia piste de
Bagram, avec Ia cr escarpée de Zin Ghar, qui domine Ia plaine de
Bagram, 2 km seulement au nord-ouest. Bien que celle-ci permette
de balayer du regard tout le pays jusqu’au terrain daviation, on
ne pouvait ‘a traverser, en uti des mulets, que par un ou deux
sentiers tortueux et abrupts vers louest de Koh-i-Safi. Le
commandant assura quil connaissait bien cc chemin et que lautre
solution, une route plus courte contournant l’extrémité nord de
Ia crete, obligerait a traverser une zone plus peuplee.
Ils devaient transporter le LRTM jusqu’à 9 km environ du terrain
daviation on traça donc sur Ia carte un cerc correspondant, peu
près comme sur notre carte n’ 10. L’emplacement de tir devait Se
trouver a l’intérieur de ce cerc D’autres cerc de 7, 5 et 3 km
de rayon firent egalement traces. II s’agissait de choisir deux
ou trois positions de tir possibles, de mesurer les distances et
lorientation par rapport a lobjecrif et de fournir cette
information au commandant. Pour mon officier, ni les
photographies, ni Ia carte ne présentafent de positions
satisfaisantes. Le chemin par Ia cr de Zin Ghar menait Ia
portion méridionale de ‘a plaine decouverte de Bagram, qui
paraissait dépourvue de couverts et descendait doucement au
nord-ouest vers Ic terrain et les defenses sovié tiques. Une
confusion de sentiers et de chemins sy enrremêlait en outre,
rendant I’orientation de nuit problémarique. Le terrain plat et
I manque dabris sur Ia zone posaient un sérieux probleme de
sécurité encore plus important. Laube ou le crépuscule seraient
les moments les mieux appro priés pour atteindre Ic maximum
davions au sol. Toutefois, si on ouvrait le feu juste avant les
premieres Iueurs du jour, ‘a difFiculte serair de retirer en
pleine lumiere. II fallait trouver un abri diurne qui permette
d’avoir Ia nuit entière pour lapproche finale, le tir et Ia
retraite. Mon officier soulignait qu’une fois Bagram sous le feu,
ce serair comme un coup de pied dans un nid de frelons. Les
SoviEtiques riposteraient avec leur artillerie et leurs
hélicopteres en I’espace de quelques minutes. Si cela Se passait
en plein jour, Jes chances, pour les Moudjahidins d’atteindre
indemnes le couvert de Zin Ghar, a près de six kilomètres de là,
seraient fort reduires. II valait micux prendre le risque d’être
décou vert en plein jour dans tine cachette par tin gardien de
troupeaux ou un passant. Le commandant flit de cet avis. Sa connaissance du terrain I conduisit a penser qu’une position
de tir offrant un couvert pour une trentaine dhommes avec leurs
mulers pourrait en réalité se trouver dans lune des petites
ravines qui couraient au nord vers Ia rivière séparant Ia plaine
des villages et des vergers, a lest de Ia base aérienne. II
apparaissait nettement que Ce devrait être une opé ration de
deux nuits, avec probablement deux jours dans tine cachette, un
pour Ia sortie, et Un pour ie retour. Ainsi furent discutés et mis au point par le Commandant et son
instructeur I programme et les problemes tactiques. Je ne voulus
pas exiger un horaire précis pour Ia mission, mais I laissai
plutôt a Ia discré tion du commandant, lui donnant largement I
temps de faire une recon naissanCe soigneuse. Juste avant Ia fin
du stage, je rendis visite au camp pour bavarder avec Ic
commandant afin de me confirmer dans ie senti ment quil était
prêt pour sa mission. On lui avait donne Ia base aérienne de
Bagram comme premier ob jectif prioritaire mais cC nétait pas sa
seule tâche. On avait aussi prévu dautres missions de moindre
importance, qui Comprenaienr des attaques a Ia roquetre sur le
périmètre de defense du terrain daviation, Ia garnison de
Kalakan (voir carte n 4), et Mir Bach Kot, sur I route Salang.
J’avais a l’origine prévu de lui fournir un LRTM avec 200
roquettes, dont 50 incendiaires. Je l’assurai que j’augmenterais
cette allocation sit réussissait son attaque stir Bagram. Le commandant et ses hommes devaienr partir pour ‘a frontiere
sur Ic champ, mais on tratna encore deux semaines, le temps pour
Nabi de debtoquer les fonds pour le transporteur contractuel. On
avait besoin de près de soixante-quinze animaux pour transporter
le système darme, les roquetres er les autres munitions. Je ne
connus pas le coUt précis mais ii düt dépasser les 30.000
dollars. Au moment o ces hommes étaient de retour a Koh-i-Safi, douze
semaines s’étaient écoulées depuis que j’avais envoyC une
estafette les chercher. TraM semaines supplémenraires allaienr
passer avant A’artaque. A cause de Ia distance entre le terrain
et I Pakistan, quatre mois étaient un délai moyen entre Ia
conception dun plan et son execution. Nous navions pas Cu
dennuis majeurs entre-temps comme ie retard dune car gaison
darmes, une offensive soviétique, Ia venue de Ihiver on simple
ment (e manque dargent pour faire Ionctionner I système. La force dans son ensemble navait pas gagné Ia base
operationnelle en une seule lois Elk avair suivi Ia procedure
tacrique normale qui pré voyair une avant-garde deux heures en
avance sur I corps principal, qui voyageait avec tes ariimaux,
Iui-rneme précedant une petite arrière-garde. Nous avions
reromniande an commandant de rester aver l’arrière-garde, pour
sassurer que les mules n’avaient pas tratné Ct que toutes les
armes étaient parvenues a La base. L’op&ation Se déroula comme prévu sans incident, ainsi qu’on
peut I volt sur La carte if 10. Les résuirats ne furenr
peut-êrre pas aussi spec taculaires que nous l’espérions, car
quatre avions seulement furent détruits de façon certaine, mais
ce riétait qu’une petite partie de mes efforts conjugués contre
Bagram. Le point fort de ]‘année se produisit lorsque le
commandant Niazi (du parri d’Hekmatyar), qui fut plus tard
Chahid (martyr), atteigni Je principal d€pot de munitions de
Bagram. Ceiui-ci vola en éclats avec une spectaculaire s&ie
d’explosions. A Ce guil paralt, plus de 30.000 tonnes de
munitions furent détruites. Je pus me rendre compte du désastre
et compter ‘Cs b incendiCs s les photos satellites. Bien que Jes artaques Ha roquetre de 107 mm fussenr Ia racrique
Ia plus courante des Moudjahidins en Afghanistan, ‘a lIST, nous
atra chions une grande importance aux destructions. Lutilisation
clandestine d’explosifs est une tactique éprouvée des partisans,
aussi faisions-nous beaucoup de stages d’entraInement stir cc
sujet. Les objectifs principaux, en dehors r Kaboul, étaient Zes
Iignes de py)ônes électriques, l’oléoduc 1 long de Ia route
Salang et I gazoduc allant de Shibarghan ‘ala frontiere
soviétique. L’entraInement des Moudjahidins Se faisait exc sur
un r ces objectifs. Les commandants se specialisaienr sur Ia
destruction dun équipement parricuher, en partie parce que cela
écourtait d’autant ía formation, en partie parce que La plupart
des commandants ne se trou vait ‘a bonne distance d’attaque que
dune de ces trois cibles. Les pylones €lectriques &aient manifesrernent vulnCrables. Les
lignes aériennes formaient un vaste triangle vets le nord et
lest de
Kaboul, parrant de Ia yule vets le barrage de Sarubi a lest,
puis au nord ouest vers Jabal Saraj, enfin de retour vers Kaboul
(voir carte n 13).
Nous enseignions aux Moudjahidins a renverser les pylones. Les
Soviétiques avaienr coutume de placer des mines antipersonnel a
leurs
pieds, aussi apprenions-nous aux Moudjahidins a lancer de
grosses
pierres pour faire exploser les mines avant de placer leurs
charges une
méthode simple mais efficace. Notre pius grand succès Sc
produisit en
1984 lorsque nous réussImes a détruire quatre-vingt pylônes en
une
seule nuit dans I secteur de Sarubi-Kaboul. Kaboul hit plongée
dans lobscurite. Lopération fut uilmée par quelques journalisres
américains et projetée plus tard sur les chaines de television
sous I norn dOpération Blackout. Jai explique dans Ic chapitre IT pourquoi les sabotages de cc
genre n’étaient pas toujours populaires parmi les Moudjahidins.
Avec l’oléoduc, cette repugnance fiat renforcée du fait que les
Sovietiques fournissaienr gratuitement du pétrole aux villageois
dans certaines zones, en installant sur le tuyau des robinets
auxquels ceux-ci pouvaient Se servir. II nest pas surprenant que
des operations ayant pour but de détruire cet Cquipement aient
Cté impopulaires et aucun commandant ne desirait éveitler
l’hostili te de ses propres partisans. Méme sils devaient opérer
dans une autre zone, ils ne pouvaienr le faire sans laccord du
commandant local, qui leur était fréquemmenr refuse. Malgré ce
l’otéoduc fut soumis a de nom breuses attaques réussies.
Lexplosion provoquait un incendie qui pouvait durer une
demi-heure. Ma les controles a Ia station de pompage voisine
coupaient automatiquement l’arrivée, limitant ainsi les dommages
et I feu. Pour Ic gazoduc, nous entrainâmes les Moudjahidins a une tech
nique différente. Le tuyau, a Ia difference de l’oléoduc, Ctait
enterré sur toute sa longueur a un metre de profondeur environ.
11 passait méme sous Ia rivière Amu, plutôt qu’au-dessus.
Néanmoins, il était facile a repérer par Ia petite trace a ‘a
surface qui marquait son rajet. On utili sait une perceuse qui
faisait un trou net dans Ic tuyau. On y plaçait ‘a charge
magnétique qui faisait exploser le tuyau. 11 y avait a nouveau
un incendie mais ii était genéralement de courte durée car Ia
chute de pres sion fermait automatiquement Ia section endommagée.
Au debut de 1985, j’organisai une série dattaques qui
detruisirent Ic gazoduc a diff rents endroits. O’apres Ce que
jen sus, routes les unites industrielles uti lisant le gaz
furent para!ysCes durant cleux semaines. Nous fimes égale ment
des attaques a Ia roquette contre quelques équipements au gaz
naturel dont deux furent ravages par ie feu au cours de lune
dentre dies. Its brfilerent violemment duranr des jours et ne
purent jamais plus ëtre utitises. On voit, je !‘espère,
apparattre Ia portS et l’étendue de Ce que nous
tendons de réaliser. Il fallait decider de Ia strategic a
adopter pour une
guerre de partisans, obtenir les moyens, largent et les armes et
entralner
sans compter des milliers de Moudjahidins aux tactiques et aux
techniques
de Ia guérilla sur le terrain. La t&he &ait gargantuesque er
rendue encore
plus onéreuse par I sujet du chapitre suivant — les querelles
intestines. |