Home | Author | Publisher | Editorial | Snaps | Press Release | Other Books | Email  

 
 
   Remarque Sur Les Sources
   Introduction
   Prologue 
   Les Debuts 
   Les Moudjahidins
   Les Infideles
   Un autre Viet-nam
   Le role de la CIA
   Le Pipeline
   Entrainement et tactiques
   Querelles et combats
   Kaboul, la clef
   L'ours attaque
 

 Les armes magques

   L'ours harcele
   L'ours recule 
   Deux desastres
   Epilogue
 
 
 Enterainement et tactiques
 

"Mener a' Ia guerre un peupie sans entrainement est Ie conduire sa perte"
Confucius, Analectes XIII (- 500 avt. J-C)

A u debut du mois davril 1989, Ic Times publia un court article décrivant Ia tentative de deux prétendus espions pakistanais a Kaboul. On y disait que ‘un étair un sergent des Renseigne ments de FarmS, I’autre un caporal dune Section spéciale. Ifs avaient été captures tous deux a Kandahar. us avaient prCtendument avoué leurs activités despionnage et de sabotage sous Ia torture, mais le rapport mdi quait que leurs aveux étaienr peu convainquants et contradictoires. Néanmoins, its furent condamnés respectivement a un emprisonnement de 18 et i6 ans. tJne tette peine passée a I’thflme prison de Pot -.i-Charkr, aux environs de Kaboul, équivalait a un cauchemar vivant pour beau coup, une execution cut été preferable. L’ambassade du Pakistan tes désa voua inevitablement, tandis que notre ministre des affaires Ctrangères décrivait laffaire conime un coup de propagande”.

Je n’ai aucun moyen de savoir si les charges retenues contre eux éraient vraies ou fausses, mais je sais avec certitude que 1151 a envoyé des militaires pakistanais en Afghanistan de 1981 a 1986. f le sais parce que jCtais chargé de sélectionner les individus er de les instruire de leurs mis sions. II est tout-à-fait probable que ces activités secretes furent reprises après que j’eus quittC Iarmée. Je dois expliquer clairement, routefois, que les hommes que nous envoyions en Afghanistan n’Ctaient pas des espions mais des soldats de larmS pakistanaise, servant au Bureau afghan de itS Leur táche consisrait a accompagner les Moudjahidins dans des operations spCciates us agissaient en tan! que conseillers, aidant ic commandant a accomplir sa mission. Leurs attributions pouvaient aller du sabotage dun oléoduc ou dune artaque a Ia roquetre dun terrain d’aviation jusqu’à lorganisation dune enibuscade. A mon époque, ii y avait en gen deux Cquipes pakistanaises en même temps en Afghanistan durant Ia période de mai a octobre. Suivant Ia distance, une équipe pouvait passer de un a trois mois sur le terrain. Aucune équipe ne sQt jamais que !‘autre était en opéra don. Le maximum fin atteint en 1984 lorsqu’il y St jusqu’à onze Cquipes en operations, sept contre Kaboul, deux contre Bagram er deux autour de Jalalabad.

Tous ces Pakistanais étaient des volontaires, faisant partie jie mon équipe de lISI. Des officiers et des sous-officiers appartenant toutes les branches de l’armee pakistanaise étaient affectés a iisi dans les differenrs services par le général Akhtar, qui réservait ‘Cs meilleurs au Bureau Afghan. us venaient avec moi pour une période de 2 ou 3 ans et je déci dais de leur affectation a lentrainement, aux operations ou a ‘a togis tique. Je demandais toujours si! y avait des volontaires pour alter en Afghanistan et je choisissais avec soin parmi ceux-ci ceux qui me parais saient le mieux adaptes aux missions speciales.

Léquipe Se composait en general dun ofilcier supérieur (habituelle ment un commandant), dun officier subalterne et dun sous-officier, jun dentre eux devant parler le pashtou. Je devais clairement expliquer a cha cun les risques qu’il pouvait count. us ne devaient en aucun cas Se laisser capturer car cela compromettrait le sourien clandestin du gouvernement pakistanais au Ojihad. En pareil cas, nous ne pourrions que tout flier et les desavouer mais ils seraient certainement soumis a Ia plus cruelle et Ia plus longue des tortures. Comme tout homme arrive a un certain moment au bout de sa résistance, on pourrait tui extorquer finalement des informa dons préjudiciables a nos operations, sans oublier Ia probabilité dun pro cès retentissant avec beaucoup de publicité et de propagande. On n’encou rageait personne a se suicider pour éviter !a capture, on ne distribuait aucune tablette homicide car le suicide est interdit aux Musulmans. On lear répétait constamment quils devaient se titer absolument de tout mauvais pas, ou en dernier ressort, mount en combattant. Dans Ce dernier cas, les Moudjahidins qui étaient sun les lieux devaient faire limpossible pour récupérer le corps. D Ia même façon, si un Pakistanais était blessé, ii fallait le soustraire a lennemi — dune manière ou dune autre.

Tous mes gens qui a!laient en Afghanistan avaient largement le temps de s’y preparer et dentratner les Moudjahidins quits allaient accompagner. Une fois décidée Ia mission, et choisi I commandant, l’équipe devenait responsable de l’entramnement de ce commandant et de ses Moudjahidins, bien que ceux-ci ignorent, jusqu’à La fin de leur forma tion, que leurs instructeurs allaienr venir avec eux. Pendant ce temps, ces derniers so laissaient pousser ‘a barbe et s’habi comme des Moudjahidins, de sorte qu’on ne pouvait plus les distinguer de leurs compagnons.

Ces militaires denient vivre et combarcre comme des Moudjahi dins, et endurer ‘Cs m épreuves et les mêmes privations. I ny avait aucun soutien miJ.itaire pour les aciurrir ou tes évacuer sits étaient bLes sés. 115 devenaient des conseillers des forces spéciales. us devaienr guider I commandant sot tons Its aspects des operations et des fonctions mili taires, entratner les Moudjahidins dans louts bases opérationnelles, les aider dans toutes les mesures de defense do ces bases, aider le comman dant a preparer et a mener a bien ses missions spéciales er, si nCcessaire, so batrre. Au surplus, je comptais sur eux pour me fournir des informa tions sur cc qui Se passait sur le terrain. ‘is étaint une partie vitale de mon organisation de renseigriement, non seulement sur los activités de l’ennemi mais aussi sur le comportement des Moudjahidins et de lows commandants. Je pouvais comprer sur ces hommes pour ne pas tomber dams texagération, pour no pas ignorer Les faib des Moudjahidins cu les défauts do leur entraInement. L’informarion quits me rapporraient était inappreciable pour organiser les nouvefles operations, choisir les commandants les plus capables ou mettre en place les futurs programmes d’entra?nement. Mais ii me fallait attendre Icur retour au Pakistan avant do les interroger, car aucune de ces équipes nemportait avec elk déqui pemcnt radio a longue distance par crainte de linrerception par lennemi.

Je dais reconnaltre ui mon arrivée, je n’Etais pas favorable a cc quon melt des Pakistanais a des operations effectives en Afghanistan. Jo pensais que le risque de capture était trap grand et, si cela devait arriver, que Its dommages qui en resntteraient pour le Pakistan, et par consé quent pour le Ojihad, primeraient sur les avanrages tacriques. Je me sou viens de chaudes discussions a ce sujet avec le gen Akhtar, mais je dus ceder. Je dus accepter que lorganisation de ces Cquipes fit partic de ma mission, aussi, résolus-je dy consacrer I meilleur de mon habilete en fair, je me mis a augmenter Jour nombre. Duranr ces six annCes, de 1981 a 1986, lAs agirent admirablement, non no fut sénieusemenc compromis et personne ne fut capture ou rue. Ces homrnes sont on grand honneur pour iarmée pakistanaise. then quils aient reçu une decoration, équiva lant i pen près a 6 Sliver Star am&icaine, o, a 6 Military Cross britan nique, pour leur professionnafisme et leur audace, cest La premiere Ibis aujourdhui quo leur action est rendue publique.

Je dois maintenant detruire un mythe édifié par Ia propagande soviétique et par beaucoup de journalistes. Jusquau retrait soviétique dAfghanistan, au debut de 1989, aucun instructeur américain ou chinois ne fiat jamais employé pour lentratnement des Moudjahidins ‘a aucune sorte darme ou déquipement. Méme sagissant des systèmes d’armes les plus lourds et les plus sophistiqués, comme ‘Cs canons antiaériens Qerlikon, Ct plus tard le Stinger, Ce furent toujours nos équipes pakista- naises qui formerent les Moudjahidins. Cetait une politique délibéree soigneusement refléchie que nous refusâmes fermement de changer en dépit de Ia pression croissante de la CIA, et plus tard du Département de Ia defense américain, pour nous inciter a leur en donner le controle. Depuis IC debut, les Américains voulaient participer directement ‘a Ia dis- tribution des armes, a l’organisation des operations et a lentratnement des partisans. Depuis le debut, jusqu’à Ce que Ic dernier soldat russe ait quitté le pays, nous avons résisté avec succès.

Nous agimes de Ia sorte parce que les partis étaienr fermement opposes a traiter avec tes Américains. Xis savaient que leurs activitCs seraient largement publiees, renforçant ainsi Ia propagande soviétique, comme celle du KHAD, qui prétendait que cette guerre nétait pas un Djihad mais faisaic simplement panic de Ia lutte globale capitalo-com- muniste. Nous avions egalement route confiance en nos instructeurs pakistanais, ce qui Sait tout-à—fait justifle par les résuirars sur IC terrain.

Je me souviens fort bien dune visite que M. Casey rendit a / quelques-uns de nos camps dentrainement en 1986. Trois camps furent visites en tout et la délégation de Ia CIA Se montra très curieuse en questionnant les stagiaircs. Un haut fonctionnaire américain qui parlait le pashtou ne cessait d’interpeller au hasard les Moudjahidins pour leur demander depuis combien de cemps ils Ctaient en stage. Avaient-ils servi déjà clans l’armée afhgane ? Avaient-ils déjà utilise ces armes aupa- ravant en Afghanistan ? En réalité, ils avaient tous suivi un stage de huit jours et Se montralent deja capables de servir des mitrailleuses lourdes, des mortiers, des RPG-7 et des canons sans recul avec l’assurance et Ia
precision de soldats aguerris. Casey fiat très impressionné. Durant le diner avec te Président Zia, Ic soir même, ii exprima son admiration pour le niveau atteint par ces hommes en si peu de temps. Dans le mois qui suivit, Zia vint Se rendre compte par Iui-meme. 11 fur egalement étonné par cc quil vit, et m’accusa pratiquement d’avoir choisi les meilleurs tireurs pour Ia demonstration des armes. Je lui répondis quil pouvaic choisir nimporte qui comme tireur et que Ce qu’il avait vu cot- respondait au résultat moyen. Xl déclina mon offre, mais I soir, il Lit Ia remarque suivante Jaimerais que none armée soit seulement Capable de La moitlC de ces resultars au tir.” Nous navions pas besoin dinstruc- teurs américains.

Les Etats-Unis jouaienr toutefois un rUe dans l’entraInement de nos instructeurs miliraires. Dans It cas d’armes nouvelles, particuIière meat darmes antiaériennes, qul nétalent pas en dotation dans 1armée pakistanaise, les instructeurs américains organisaient des cours pour nos instructeuiE entraililient éEi Leg Moudjahidins.

Tres vire après ma prise de foncrions, le gen Akhrar et moi même discut de limportance a organiser lentralnement sur une grande echelle. Vers Ia fin de 1983, 3000 Moudjahidins seulement avaienr reçu un entrainement soutenu dans les deux camps érabIis au Pakistan. Nous convinmes que cétait totalement insuffisant et nous fixârnes un objectif de 1000 stagiaires entrainés par mois, Cérait U but que beaucoup pensaient impossible a arteindre.

En tant que soldats aguerris, I généra! et mol comprenions que sans entralnement appropriC, nous ne (erions que gaspiller les Moudjabi dins. Au fur et a mesure qu Ia varleté et Ia quantité des armes, La demande dentrainement s’acctht, mais dans La guCriila d’Afgha nistan, it sagissait de bien plus que ceta Dans une guerre sur laquelle nous n’avions aucun contrôte direct et sourenu, lentrainement, comme [ fourniture des armes, était un maltre-moyen pour influencer les opéra dons sur I terrain. Si nous livrions des armes comme les lance-roquettes a tubes multiples (LItTM), ou des charges de demolition, qui éraient allouCes par Icur parti a certains commandants pour un type bien particu her doperations dans leur zone, I sensuivair que ces commandants, et leurs bommes, devaient ëtre prioritaires pour recrvoir lentramnement. Nous avions mis au point forte strategic generate, nous avions choisi tes objectifs a atraquer, nous avions fourni Jes armes, nous devions également procurer l’entralnernent adCquar pour mener a bien Ia mission.

Les commandants, en bons Afghans, ne laissaienr jamais passer m chance d’accroIrre Ieur propre prestige, d’une manière ou d’une autre. Nous exploitions cetre tendance en offrant lentralnement er les arrnes a ceu, qui s’engageaienr a metier des operations spécifiques dans lent zone. Si re réussissaienr, us obtenaieat davantage deatrainement et des arrues meilleures et plus lourdes, ce qui renforçaic du méme coup leur statut de commandant. Notre polirique était aussi simple que cela. Comme nous ne pümes jamais donner directemenc d’ordres a nos thrces sur Ic terrain, cetre manipulation dans I fourniture des armes et l’entralriement pour les utili set êtair Ic seul moyen efficace dobtenir que notre strategic soft appliquée.

Il Ctait fondamentat pour notre système que l’entratnement soft orientC vers les missions. Je veux dire par là que si nous désirions détruire un oléoduc, I stage devait être entièrement consacré aux explosifs propres a cet objectiL Le commandant devair être entrainé pour savoir étaienr les meilleurs endroits pour placer les charges, comment approcher de lob jectif comment distraire ou se dissimuler du poste ennemi tout proche, oü poser des mines pour piéger un évenruel groupe venant en ren- fort, et queues seraient les reactions soviCtk probables. Ses hommes consacraient davantage a l’emploi effectif des explosifs et aux mérhodes de destruction. A Ia fin du stage, après avoir mis au point en details leur mis- sion avec lofficier chargé du cours, ils parraient en emportant ‘Cs explosifs préts a l’emploi, mais sans les déronateurs en place.

Afin daugmenrer norre efficacité, nos cours comportaient tous beaucoup de pratique, peu de théorie ou d’exercices comme en temps de paix. Des le premier jour, I stagiaire maniait larme et apprenair rapide- ment a sen servir. Nous raccourcimes Ia duree des cours mais augmen- tames Ic temps dentratnement journalier. Les cours ne s’arrêtaienr janiais durant les jours feries et avalent lieu pendant les 365 jours de lannée. Ce nérait pas une grande gene pour les sragiaires, mais cela représenrait une tension immense pour les instructeurs, aussi devions-nous prévoir avec soin leurs periodes dc repos. Nous organisâmes également des cours pour former des instrucreurs Moudjahidins, qui avaienr ete sClectionnés durant les autres entratnements quils avaient suivis. Ces hommes devaient rerourner dans leurs bases en Afghanistan pour y organiser lentralnement. Nous envoyions souvent une équipe mobile d’instructeurs pakistanais sur place pour ‘Cs aider a sorganiser, aux endroits que nous avions choisis avec les partis. Nous fournissions aussi les programmes et les moyens de forma- tion. Une fois ces instructeurs Moudjahidins locaux expérimenrCs l’equi- pe mobile navait plus qua les visiter periodiquement pour les conseiller.

A Ia fin de 1983, deux camps existaienr au Pakistan, avec une capacité de 200 stagiaires chacuri. Vets la mi-1984, nous en faisions pas- ser plus de 1000 mensuellement dans Ic système, et en 1987, nous avions sept camps travaillant simu — quatre près de Peshawar et trois aux alentours de Querra. Ce programme fracassant nécessitair davantage de personnel et d’argent, Ce que I général Akhtar nous accorda rapide- ment en sorre que les résuirars furent vite surprenants. En 1984, 20.000 Moudjahidins bénéficierent de notre effort, 17.700 suivirent un cours en 1985, et 19.400 en 1986. On peur dire, sans exagCrer, que Iorsque je quirrai lisi a Ia fin de 1987, 80.000 Moudjahidins, au moms, avaient éte enrraInés au Pakistan sur une période de quatre ans, et plusieurs milliers d’autres avaienr ete formés en Afghanistan. Je rends hommage ames col- laborateurs us navaienr jamais travaillé aussi dur jusqualors et n’ont sans doute jamais retrouvé de telles conditions depuis.

Merrre sur pied un camp dentrainement nétait jamais une chose simple, comme de réquisitionner un camp militaire ou utiliser Un champ de tir. La rêg!e du jeu était le secret absolu, comme pour toutes nos acti vités. Personne, en dehors du Bureau afhgan, ne devait savoir cc que nous faisions. Le public, les politiciens, les agents ennemis, FarmS palcistanai Se et les satellites espions soviétiques devaient rester dans l’ignorance complete de Ia localisation de chaque camp. Cela impliquait que nous devions choisir nos propres sites a lécart absolu des regards indiscrets. Cétait plus facile a dire qua faire.

Les camps devaient Se trouver tout au plus a une nuit de voiture de Peshawar ou de Quetra, car les sragiaires étaient amenés par camion dans lobscuriré afin quils ne sachent pas oü ils Se trouvaient. Ils devaient offrir des facilites dadministration et posseder leur propre approvisionne ment en eau. Nous ne pouvions pas les placer près dune base militaire ou dune zone dexercice, pas plus que nous ne pouvions utiliser des lieux daccés facile pour le public. Quelle que soft leur localisacion, cUe devair étre dissimulée aux regards cerrestres ou aériens. Ces derniers nous cau saient Ic plus de difficultés nous les evitions par Ic camouflage et une discipline stricte dans les trajets. Je veux dire par là que nous n’utilisions que les routes ou les chemins existants menant au camp, ou dans ses abords. Rien n’apparait plus clairement sur une photo aérienne quune piste fraiche.

Notre plus grand problème était probablement de trouver un endroit oü Ion puisse faire feu avec nos armes. Ce nétaient pas que des armes légères. Nous devions journellement faire des tirs intensifs avec des mortiers, des mitrailleuses, des lance-roquettes, des canons antiaériens et des missiles SAM. Nimporte qui, a port de voix, Se serait cru au c dune grande bataille, tous les jours, et souvent Ia nuit, avec roquettes et balles traçantes zebrant le ciel.

Theoriquemenc, nous étions tenus de suivre les règles de sécurité du temps de paix, mais si nous lavions fait, 90 pour cent de nos exercices de tir auraient eté interdits. Nous tirions et nous priions pour que personne ne sen aperçoive, et quil ny air pas daccident. Allah, et le g Akhcar furent boos pour nous, en nous laissant faire — mais tout juste. Une this, alors que le g Akhtar Se trouvait avec nous pour un exerci Ce de tir de Blowpipe et de SA-7 SAM contre des obus de mortier éclai rants qui descendaient accrochés a leur parachute je dus ordonner de ces ser I feu car des avions de I’armée de lair ronronnaient au-dessus de nos tétes. Le général voulut savoir pourquoi laviation survolait Ia base. Ne lavair-on pas prévenue ? Il fur encore plus choqué lorsque je jul expliquai La situation a Ce nest quavec repugnance quil autorisa Ia poursuite des tirs. Quelques minutes plus tard, dautres avions nous survolerent et nous dumes abandonner Lexercice. Je mis longtemps a convaincre le g quo nous navions pas dautre solution. Par miracle, nous n’eQmes jamais daccident.

Toutefois, nous fumes amenés fréquemment a déménager un camp parce que nous pensions que ie secret do son emplacement était compro mis. Lorsque des civils passaienc par Ia zone, nous inventions quelque histoire dexercice de l’arniee avec des soldats habillés en Moudjahidins. Le lendemain matin nous étions partis Ces transferts a La hate nous per turbaient beaucoup car nous devions réserver a tavance un endroit de repli. Par bonheur, dCmonter les entes ne demandait pas de grand effort physique et nous pouvions donc quitter le site rapidement.

A titre de precaution supplémentaire, jusqu’â ‘a linde 1985, aucun de nos camps ne possédait de moyens de communicjuer avec nous. L’utili sation du téléphone ne présentait évidemment aucune sécuriré, de plus, jecraignais quo les services dinrerception radio soviétiques tie soient capables de saisir nos transmissions et de localiser les sites. Vers I fin de cette annee-là, j’obtins de Ia CIA des appareils de radio tres sflrs flui furent installés dans les camps. L’histoire de ces appareils me donne id loccasion dune lègere, mais intéressante digression.

T des aspects les plus contrariants du contrôle des nos forces do guérilleros Ctait limpossibilité de communiquer, rapidement c sure ment, avec les commandants eparpillés sur I terrain. Je savais parfaite ment, par lutilisation que nous faisions des messages radio ennemis interceptés, quo des communications peu sOres étaient pire que lout absence totale. Les messages par esrafetres étaient excessivement lents, mais en gen ils nous parvenaient finalement sans avoir été interceptés.

Je discutai longuement de ce probleme avec les specialistes de Ia CIA a, en fin de compte, nous nous fixâmes sur deux types d’appareils. Un appareil a longue portée, connu sous Io nom dappareil de communi cation par rafales’ avait une portéc de plus de 1000 kilomerres un appa reil a courte portS, appel cueilleur do fréquences’ avait une portée do 30 a 50 kilometres. La technologie du “Rafale’ était impressionnante. II ne fallait que quelques secondos pour transmettre un message de 1000 mots, cc qui I rendait pratiquement impossible a decoder. Sur le plan opCrationnel, mon intention était do placer les appareils “Rafale” a Parwan (Hekmatyar), Paghman (Sayaf), Mazar-i-Sharif (Rabbani) et Kandahar (Khalis), et de fournir une dizaine dappareils ‘cueilleurs de fréquences” aux principaux commandants de chaque parti. Ccci devair nous permetrre de rester en contact avec rous les groupes dans un rayon de 30 a 50 Icilomètres des appareils a longue portS. Dautres appareils a courte portCe seralent installés clans les camps dentramnement. Les chefs des partis acceptèrent, aussi fis-je diligence. Lorsque les appareils arrive— rent, lis avalent change davis. us refusaienr désormais de transmertre un message quelconque par l’intermediaire dun autre parti. On ne put les faire changer d’idCe, Je fus force de créer un système special pour chaque parti, cc qui était peu satisfaisant sur Ic plan opérarionnel.

Nous organisâmes pour les opérateurs des partis, des cours de radio de longi durCe, sur 20 semaines, quA incluaient un apprentissage de Ia langue anglaise. A la fin de 1985, Ia premiere série dopérateurs forms arriva sur Ic terrain, par groupe de quatre, avec leurs appareils. Malheu reusement, Ic seul appareil a league portS qui foncrionna fut ce d’Hekmatyar, dans Ia province de Parwan. Durant pies de trois ans, cette radio demeura en contact journalier avec nous. Mais pas les aurres, qui restalent muets pendant des semaines, et même des mois a un certain moment. C nétair pas a cause des appareils mais par La faute des opéra- teurs et de leurs commandants.

Il ny avait simplement aucun contrôle, ni aucune discipline. Les deux opérateurs en service sabsentalent en méme temps, ou étaient trop paresseux pour respecter les horaires prévus. Nous avions exigé que ces hommes demeurent en Afghanistan pendant une année d’affilee, resrant a I’écoute journellement a un horaire prévu davance, mais comme nous savions que certe mesure serait impopulaire, nous versions 1500 rou par mois a chaque opératern, a titre dincitation. Ce flit en vain seuls, les commandants d’Hekmatyar uirent fonctionner leurs transmissions radio. Une ibis de plus, Un patti fermement fondamentaliste Se rCvélait plus efficace, en sorte qu’il cur prioritC sur les nouveaux appareits qui nous parvenaient, pour Ia plus grande contrariéré de Ia CIA.

II semble que nous ayons réussi dans Ia dissimulation de nos camps car nous n’eOmes aucun incident de sécurité a déplorer. Lorsque l’ambassa deur soviétique au Pakistan se risqua I publier leurs emplacements présu mCs, aucun de ceux-ci ne Se trouvait a moms de 100 km des emplace ments reels. Us firent partie du jeu dip de dCnonciations et de dénegations at. cours duquel, durant des annCes, les Soviériques accusèrent le Pakistan d sourenir e Ojihad et none gouvernement persista I le nier.

Chaque camp comprenait 2 a 3 officiers supCrieurs, 6 a 8 officiers subalternes, er 10 a 12 sous-officiers assistés dune dizaine de soldats charges de Ia garde et des tâches administratives. Dans Ia plupart des cas, linstruction so faisait en pashtou, quelques instructeurs apprenant I da (perse). Le probleme de la langue devint pius grave iorsque nous accueil-
limes des Ouzbeks, qui ne parlaient ni lune, ni lautre. En pareil cas, l’instructeur enseignait en pashtou, qui était traduit en dan, qu’un sta- giaire ouzbek retraduisait alors dans sa propre langue. Uric methode encombrante mais qui avait lair de fonctionner.

Au fur et a mesure quo los mois passèrent, notre programme Se développa jusqu’a englober une grande variété de cours sur les armes et les sujets tacriques. Nous mimes sur pied un stage de deux semaines sur les armes lourdes pour ies canons antichars et antiaériens et ies mortiers de 82 mm un cours de pose de mines et de déminage ; un cours de demolition qui couvrait Ia destruction de ponts, de pyiones éiectniques, de pipelines de gaz ou de petroie et de coupure de routes ; guerre urbai- ne, qui enseignait les techniques de sabotage destinées être utilisées a Kaboul et dans les autres villes ; cours de communication a distance stages dinstructeuns pour les Moudjahidins et cours de commandement pour lencadrement. La piupart d’entre eux Se tenalent a lextérieun, dans des camps de toile. Lorsque nous reçUmes dAngleterre les Blowpipe et plus raid los Stinger des Etats-Unis, nous utilisâmes des installations couvertes, avec des simulateurs, a mon quantier-generai du camp Ojhri. Au debut, le general Akhtar interdisait mute visite dans un camp; toute- fois, les reclamations de Ia CIA et des Americains flirent si persistantes quil Lrnit par conceder que des fonctionnaires de Ia CIA pourraient être admis. Cette autorisation ne fur jamais accordée aux visiteurs chinois ou saoudiens, pas plus quaux membres du Congres américain. La seuie entorse a cette regle fut Ia visite du sCnateur Humphrey a l’école des Stinger en 1987.

Comme tous nos rapports avec les partis et los commandants, lentrainement était loin d’être simple. Deux obstacles majeurs se présen- talent. En premier lieu, aucun parti nacceptait les entrainements coilec- tifs dans un même camp. Its refusaient de permettre que ion forme ensemble des stagiaires de différents partis, exigeant que teurs Moud- jahidins solent formS apart. On imagine deco fait les probiemes do pro- gramme, d’administration et Ic gaspillage des ressources. Aucun appel a Ia raison ne put les ebranler. Cent situation dura jusqu’à Ia Linde 1986.

La seconde difficulte ne fut jarnais apianie. Elle concernait Ic choix des commandants pour l’entratnement. La plupant des chefs de patti you- laient absolument decider d choix des candidats, alors que je savais que Ce choix coincidait rarement avec les impératif operationnels. Le général Akhtar, en l’occurrence, avait tendance a soutenir les chefs, lorsqu’ils s’adressaient directement a Iui au sujet du choix de leurs candidats. Pour conclure leur argumentation, us jouaienc un atout maître en disant “Je dégage toute responsabilité dans Ic cas oü I commandant que vous avez choisi revendrair ses armes ou echouerait dans les missions que vous lui confieriez.” J’essayais de les persuader que nous ne ferions aucune selection sans l’approbarion du parti. Fréquemment, cc compromis ne réussissair pas ‘a leur donner satisfaction car us subissajent Ia pression continue de commandants influents sur ic plan polirique, qui réclamaient un entraîne ment qui allaic leur permettre de recevoir davantage d’armes lourdes, une plus grande audience, et par consequent davantage de pouvoir. Mes res sources étaient limirées, Ic temps me manquait er je desirais entramner des hommes de confiance, vigoureux, donc les zones dopération contenaient des objectifs valables. 11 aurait etC pire qu’inutiie dentrainer un comman dant aux techniques dattaques a Ia roquette des terrains daviation cc de lui fournir des LRTM si sa base était située au centre du Hazarajat oü ne Se trouvait aucune base aérienne — mais cest bien ce que certains chefs de patti souhaitaient que nous fissions. La fourniture darmes et Ia fbrmation ‘a leur emploi ne faisalent quun. Cela faisait penser a’ et Ia poule”. Devions-nous fournir les armes puis former les récipiendaires, ou entralner ies commandants sClectionnCs avant de leur fournir ‘Cs armes ? A vrai dire, Ic procCdC importait peu, pourvu qu’il s’intègre dans Ia stratCgie gCnérale. En fin de compte, je ne pouvais pas rCellement refuser dentrainer un commandant, méme sil avait ete choisi par son parti sans mon consente ment. En cc cas, it terminait sa formation mais je ne lui fournissais pas forcCment les armes speciales, ou ‘a longue portS, car je me réservais I controle personnel de leur allocation. Vers le milieu de 1985, javais par experience acquis la manière de repérer un bon commandant des notre premiere rencontre. J’avais compris quon pouvait rarement compter sur le maIm, Ic type soigné, le beau parleur, alors que Ic type débraillC, dont les vétements empesraient, faisait en general un chef admirable. Ce nérait sans doute pas une méthode de selection infaillible, mais c’était celle qui, mon avis, marchait neuf fois sur dix.

En 1984, nous montâmes une série dattaques réussies contre Ia base aCrienne de Bagram, au cours desquelles une vingtaine davions furent dCtruits au sol. L’histoire de june dentre elles ill bien la manière dont fonctionnaient en pratique notre tactique et notre méthode entrainement.

Bagram était une base bien protégée, avec une garnison importance (voir carte n° 10). C’Ctait avant tout une base soviétique abritant au moms deux regiments daviation de combat venant dunion soviCtique, avec des MIG-21, des MIG-23, des Su-25 er plusieurs avions de transport An-26. En outre, l’armée de lair afghane y déployait trois escadrons de chasse de M1G-2 1, plus trois escadrons de chasseurs-bombardiers avec des Su-7 or des Su-22. Los rangées d’avions alignés sur I tarmac consti tuaient des cibles tentantes pour essayer les LRTM chinois do 107 mm qui commençaient a nous parvenir depuis peu. Leur puissance do feu (ils possedaienr neuf tubes) or leur portS de 9 kilometres signiflait quon pouvair los placer très en-dehors du périmètre do defense du terrain, avec de bonnes chances datteindre les avions garés a proximité ou quel qu’autre installation vitale. Nous avions déjà atraqué le terrain précédem merit au cours de cette méme année, dans I but de détourner les Sovietiques de leur septième offensive sur Panjshir, mais cétair Ia pre mière fois que nous étions capables de monter a distance une artaque a longue portée.

Notre conference opCrationnelle décida que Bagram méritait une pression soutenue et que ion devait dans Ce but sélecrionner et entratner des commandants. Entre ies divers chefs de parti et fonctionnaires, je madressai aux reprCsentants du comité militaire du parti de Nahi, qui poss une base de Moudjahidins près de Koh-i-Safi, a environ 15 kilométres au sud-est de Bagram. Nous tomb daccord sur I choix dun commandant digne de confiance qui viendrait sentralner avec une trentaine d’hommes. On depêcha une estafette a Koh-i-Safi. Suivit alors un délai de cinq semaines environ, qui correspondait au temps mis par I messager pour atteindre sa destination et par le commandant pour réunir ses hommes er rejoindre Peshawar avec eux. Je fus alors informé et envoyai comme a l’accoutumée Un officier de mon état-major operation n pour mener les enquêtes et evaluations preliminaires.

Cet officier voulait en apprendre I plus possible sur Ihomme et partisans. Le commandant fin photographiC, on enquêta sur son affiliation au parti, lemplacement exact de sa base, létendue de Ia zone oü ii opCrait, limportance de ses forces, les details sur les armes lourdes quil avait déjà reçues, son entrainement passé et ses operations récentes. Nous desirions Cgalemenr avoir des informations sur les autres commandants agissant dans un rayon de 50 km de sa base et lul demandâmes si était prêt a coopérer avec eux. Nous dress Un tableau complet de Ihomme, avec une evaluation de son potentiel. Dans I cas present, nous discutâmes avec lui de son ob jectif probable — Bagram — et obtInmes une réponse favorable de sa part. Au cours des années, nous avions mis au point un fichier d’informations sur les individus et, dans Ia plupart des cas, nous en savions beaucoup plus sur les commandants que les chefs de leur propre parti.

Ce commandant particulier avait pres de 400 hommes sa disposi don, bases autour de Koh-i-Safi oh Ion utilisait au maximum les norn breuses grottes existant dans certe region pour se mettre a couvert et sabriter des bombardements. La base Ctait hors de vue de Bagram, mas quée par une crete abrupte qui arteignait par endroits près de 2000 m. Cette fois-li, le commandant avait suivi nos instructions et nétait venu qu’avec une trentaine dhommes. 11 arrivait frequemment qu’on cherche a nous impressionner en amenant le double du nombre prescrit, Ce qui nous posait d difficultés car nous ne pouvions pas former tout I monde. La nuit du rendez-vous, les Moudjahidins étaient rassembles en un lieu donné a Peshawar, oti ils embarquaient dans des camions fermes qui les emmenaient au camp d’entraInement. A leur arrivée, ils navaient aucune idee de lendroit oh us Se trouvaient. us y restaient en stage pen dant deux ou trois semaines, avant d’être reconduits a Peshawar de la même manière.

Les trente Moudjahidins reçurent un entralnement intense sur le maniement et le tir du LRTM (lance-ro tubes multiples). Le cours était entièrement pratique, dCbutant par montage et demonrage, preparation des roquetres, estimation de Ia portée, réglage en site et en gisement, chargement et mise a feu. us apprirent que le principal défaut du LRTM était son poids, car it nécessitait trois hommes pour transpor ter et mettre en ruvre ses trois éléments (roues, affOt et tubes), et que cela n’était faisable que sur de courtes distances. Pour l’opération de Bagram, ii fut nécessaire de prévoir des mulets. Its apprirent a constituer des équipes de tir de trois hommes, Pun braquant et réglant, les deux autres chargeant, manoeuvrant ( mise a feu se faisair avec une crémaille re) et riranr (en pressant sur un bouton). Bien que possCdant douze tubes, les roquertes étaienr tirées isolément et non pas en salve. us leur fallut apprendre a situer limpact et a estimer s’il était trop long, trop court, a gauche ou a droite de Ia cible. us utilisaient pour cela des lunertes bino culaires. 11 leur fallair alors donner les corrections de tir — “plus court 100”, ‘plus long 300”, ou gauche 200”, a l’armement de Ia pièce pour faire les ajusrements. Ils devenaient des artilleurs.

On leur apprit également a improviser. On pouvait tirer les roquettes électriquement, en Se servant dun support bipode de fortune. Sur le terrain, il fallait en gCnéral les appuyer alors sur un tas de pierres et les chances datteindre une cible définie étaient amenuisCes, mais cecte méthode pouvait être employee contre une caserne, un terrain daviation ou un depot de carburant, par exemple.

Pendant que ses hommes apprenaient a maitriser l’arme cIte même, I commandant passa pas mat de temps a discuter des tactiques possibles avec son officier instructeur. B Iui fallait connaitre Jes caracté ristiques du LRTM, comment diviser ses hommes en équipes de tir et section opCrationnelle, comment les placer pour les dissimuler, l’affüt devant se trouver clans un angle mort. On Iui enseigna que sa tactique devait être normalement de se dCplacer de nuit jusqu’a une position de tir, de faire feu dans l’obscurite et de Se retirer sous le couvert de Ia nuir dans une cachette prévue a lavance, sit n’avait pas assez de remps pour battre en retraite franchement. Cette procedure faisait largement fi de Ia maitrise aérienne des Soviétiques. Car, non seulement ceux-ci hésitaient a voler de nuir, mais lorsqu’ils le faisaient, en utilisant des fusées éclai rantes, ils tiraient généralement au hasard. Le seul probleme était limpossibilité pratique de determiner les impacts, surtout en les obser vant au niveau du sol. II étair parfois possible de tirer quetques roquettes pendant Ia nuir, d’essayer au cours de La journée suivante d’observer si Ia cible avait éré arteinte, er si cc n’était pas le cas, de faire les corrections et de tirer a nouveau durant ‘a nuit suivante. La precision du tir nétait pas essentielle sur des objectifs tels que Ia base aérienne de Bagram.

Les commandants étaient souvent étonnés de leffort de logistique et de transport requis pour met en place ces armes avec leurs muni tions. Le LRTM, avec ses roues et son affüt, pouvait être transportC par trois mules, en comptant une mule supplémentaire par quatre roquetres. Pour une mission comportant I tir de trente-six roquettes (cc qui n’était pas un nombre excessif) par pièce, ‘a simple arithmétique rCvélait guil fallait douze mules. En comptant léquipe de tir, Ia section opérationnel I ‘a section de protection et les muletiers, rien que pour mettre un seul LRTM en action, it fallait compter entre vingt en vingr-cinq hommes.

Dans I cas gui nous occupe, lofficier instructeur et I commandant passèrent pas mal d’heures a etudier les photos aériennes et les canes de Ia zone de Bagram pour y repérer les emplacements de fir possibles et les bonnes approches pour les atteindre. La carte n 10 montre bien les diffi cultCs tactiques. Koh-i-Safi Se trouve a 15 km en droite ligne de Ia piste de Bagram, avec Ia cr escarpée de Zin Ghar, qui domine Ia plaine de Bagram, 2 km seulement au nord-ouest. Bien que celle-ci permette de balayer du regard tout le pays jusqu’au terrain daviation, on ne pouvait ‘a traverser, en uti des mulets, que par un ou deux sentiers tortueux et abrupts vers louest de Koh-i-Safi. Le commandant assura quil connaissait bien cc chemin et que lautre solution, une route plus courte contournant l’extrémité nord de Ia crete, obligerait a traverser une zone plus peuplee.

Ils devaient transporter le LRTM jusqu’à 9 km environ du terrain daviation on traça donc sur Ia carte un cerc correspondant, peu près comme sur notre carte n’ 10. L’emplacement de tir devait Se trouver a l’intérieur de ce cerc D’autres cerc de 7, 5 et 3 km de rayon firent egalement traces. II s’agissait de choisir deux ou trois positions de tir possibles, de mesurer les distances et lorientation par rapport a lobjecrif et de fournir cette information au commandant. Pour mon officier, ni les photographies, ni Ia carte ne présentafent de positions satisfaisantes. Le chemin par Ia cr de Zin Ghar menait Ia portion méridionale de ‘a plaine decouverte de Bagram, qui paraissait dépourvue de couverts et descendait doucement au nord-ouest vers Ic terrain et les defenses sovié tiques. Une confusion de sentiers et de chemins sy enrremêlait en outre, rendant I’orientation de nuit problémarique. Le terrain plat et I manque dabris sur Ia zone posaient un sérieux probleme de sécurité encore plus important. Laube ou le crépuscule seraient les moments les mieux appro priés pour atteindre Ic maximum davions au sol. Toutefois, si on ouvrait le feu juste avant les premieres Iueurs du jour, ‘a difFiculte serair de retirer en pleine lumiere. II fallait trouver un abri diurne qui permette d’avoir Ia nuit entière pour lapproche finale, le tir et Ia retraite. Mon officier soulignait qu’une fois Bagram sous le feu, ce serair comme un coup de pied dans un nid de frelons. Les SoviEtiques riposteraient avec leur artillerie et leurs hélicopteres en I’espace de quelques minutes. Si cela Se passait en plein jour, Jes chances, pour les Moudjahidins d’atteindre indemnes le couvert de Zin Ghar, a près de six kilomètres de là, seraient fort reduires. II valait micux prendre le risque d’être décou vert en plein jour dans tine cachette par tin gardien de troupeaux ou un passant. Le commandant flit de cet avis.

Sa connaissance du terrain I conduisit a penser qu’une position de tir offrant un couvert pour une trentaine dhommes avec leurs mulers pourrait en réalité se trouver dans lune des petites ravines qui couraient au nord vers Ia rivière séparant Ia plaine des villages et des vergers, a lest de Ia base aérienne. II apparaissait nettement que Ce devrait être une opé ration de deux nuits, avec probablement deux jours dans tine cachette, un pour Ia sortie, et Un pour ie retour.

Ainsi furent discutés et mis au point par le Commandant et son instructeur I programme et les problemes tactiques. Je ne voulus pas exiger un horaire précis pour Ia mission, mais I laissai plutôt a Ia discré tion du commandant, lui donnant largement I temps de faire une recon naissanCe soigneuse. Juste avant Ia fin du stage, je rendis visite au camp pour bavarder avec Ic commandant afin de me confirmer dans ie senti ment quil était prêt pour sa mission. On lui avait donne Ia base aérienne de Bagram comme premier ob jectif prioritaire mais cC nétait pas sa seule tâche. On avait aussi prévu dautres missions de moindre importance, qui Comprenaienr des attaques a Ia roquetre sur le périmètre de defense du terrain daviation, Ia garnison de Kalakan (voir carte n 4), et Mir Bach Kot, sur I route Salang. J’avais a l’origine prévu de lui fournir un LRTM avec 200 roquettes, dont 50 incendiaires. Je l’assurai que j’augmenterais cette allocation sit réussissait son attaque stir Bagram.

Le commandant et ses hommes devaienr partir pour ‘a frontiere sur Ic champ, mais on tratna encore deux semaines, le temps pour Nabi de debtoquer les fonds pour le transporteur contractuel. On avait besoin de près de soixante-quinze animaux pour transporter le système darme, les roquetres er les autres munitions. Je ne connus pas le coUt précis mais ii düt dépasser les 30.000 dollars.

Au moment o ces hommes étaient de retour a Koh-i-Safi, douze semaines s’étaient écoulées depuis que j’avais envoyC une estafette les chercher. TraM semaines supplémenraires allaienr passer avant A’artaque. A cause de Ia distance entre le terrain et I Pakistan, quatre mois étaient un délai moyen entre Ia conception dun plan et son execution. Nous navions pas Cu dennuis majeurs entre-temps comme ie retard dune car gaison darmes, une offensive soviétique, Ia venue de Ihiver on simple ment (e manque dargent pour faire Ionctionner I système.

La force dans son ensemble navait pas gagné Ia base operationnelle en une seule lois Elk avair suivi Ia procedure tacrique normale qui pré voyair une avant-garde deux heures en avance sur I corps principal, qui voyageait avec tes ariimaux, Iui-rneme précedant une petite arrière-garde. Nous avions reromniande an commandant de rester aver l’arrière-garde, pour sassurer que les mules n’avaient pas tratné Ct que toutes les armes étaient parvenues a La base.

L’op&ation Se déroula comme prévu sans incident, ainsi qu’on peut I volt sur La carte if 10. Les résuirats ne furenr peut-êrre pas aussi spec taculaires que nous l’espérions, car quatre avions seulement furent détruits de façon certaine, mais ce riétait qu’une petite partie de mes efforts conjugués contre Bagram. Le point fort de ]‘année se produisit lorsque le commandant Niazi (du parri d’Hekmatyar), qui fut plus tard Chahid (martyr), atteigni Je principal d€pot de munitions de Bagram. Ceiui-ci vola en éclats avec une spectaculaire s&ie d’explosions. A Ce guil paralt, plus de 30.000 tonnes de munitions furent détruites. Je pus me rendre compte du désastre et compter ‘Cs b incendiCs s les photos satellites.

Bien que Jes artaques Ha roquetre de 107 mm fussenr Ia racrique Ia plus courante des Moudjahidins en Afghanistan, ‘a lIST, nous atra chions une grande importance aux destructions. Lutilisation clandestine d’explosifs est une tactique éprouvée des partisans, aussi faisions-nous beaucoup de stages d’entraInement stir cc sujet. Les objectifs principaux, en dehors r Kaboul, étaient Zes Iignes de py)ônes électriques, l’oléoduc 1 long de Ia route Salang et I gazoduc allant de Shibarghan ‘ala frontiere soviétique. L’entraInement des Moudjahidins Se faisait exc sur un r ces objectifs. Les commandants se specialisaienr sur Ia destruction dun équipement parricuher, en partie parce que cela écourtait d’autant ía formation, en partie parce que La plupart des commandants ne se trou vait ‘a bonne distance d’attaque que dune de ces trois cibles.

Les pylones €lectriques &aient manifesrernent vulnCrables. Les lignes aériennes formaient un vaste triangle vets le nord et lest de Kaboul, parrant de Ia yule vets le barrage de Sarubi a lest, puis au nord ouest vers Jabal Saraj, enfin de retour vers Kaboul (voir carte n 13). Nous enseignions aux Moudjahidins a renverser les pylones. Les Soviétiques avaienr coutume de placer des mines antipersonnel a leurs pieds, aussi apprenions-nous aux Moudjahidins a lancer de grosses
pierres pour faire exploser les mines avant de placer leurs charges une méthode simple mais efficace. Notre pius grand succès Sc produisit en 1984 lorsque nous réussImes a détruire quatre-vingt pylônes en une seule nuit dans I secteur de Sarubi-Kaboul. Kaboul hit plongée dans lobscurite. Lopération fut uilmée par quelques journalisres américains et projetée plus tard sur les chaines de television sous I norn dOpération Blackout.

Jai explique dans Ic chapitre IT pourquoi les sabotages de cc genre n’étaient pas toujours populaires parmi les Moudjahidins. Avec l’oléoduc, cette repugnance fiat renforcée du fait que les Sovietiques fournissaienr gratuitement du pétrole aux villageois dans certaines zones, en installant sur le tuyau des robinets auxquels ceux-ci pouvaient Se servir. II nest pas surprenant que des operations ayant pour but de détruire cet Cquipement aient Cté impopulaires et aucun commandant ne desirait éveitler l’hostili te de ses propres partisans. Méme sils devaient opérer dans une autre zone, ils ne pouvaienr le faire sans laccord du commandant local, qui leur était fréquemmenr refuse. Malgré ce l’otéoduc fut soumis a de nom breuses attaques réussies. Lexplosion provoquait un incendie qui pouvait durer une demi-heure. Ma les controles a Ia station de pompage voisine coupaient automatiquement l’arrivée, limitant ainsi les dommages et I feu.

Pour Ic gazoduc, nous entrainâmes les Moudjahidins a une tech nique différente. Le tuyau, a Ia difference de l’oléoduc, Ctait enterré sur toute sa longueur a un metre de profondeur environ. 11 passait méme sous Ia rivière Amu, plutôt qu’au-dessus. Néanmoins, il était facile a repérer par Ia petite trace a ‘a surface qui marquait son rajet. On utili sait une perceuse qui faisait un trou net dans Ic tuyau. On y plaçait ‘a charge magnétique qui faisait exploser le tuyau. 11 y avait a nouveau un incendie mais ii était genéralement de courte durée car Ia chute de pres sion fermait automatiquement Ia section endommagée. Au debut de 1985, j’organisai une série dattaques qui detruisirent Ic gazoduc a diff rents endroits. O’apres Ce que jen sus, routes les unites industrielles uti lisant le gaz furent para!ysCes durant cleux semaines. Nous fimes égale ment des attaques a Ia roquette contre quelques équipements au gaz naturel dont deux furent ravages par ie feu au cours de lune dentre dies. Its brfilerent violemment duranr des jours et ne purent jamais plus ëtre utitises.

On voit, je !‘espère, apparattre Ia portS et l’étendue de Ce que nous tendons de réaliser. Il fallait decider de Ia strategic a adopter pour une guerre de partisans, obtenir les moyens, largent et les armes et entralner sans compter des milliers de Moudjahidins aux tactiques et aux techniques de Ia guérilla sur le terrain. La t&he &ait gargantuesque er rendue encore plus onéreuse par I sujet du chapitre suivant — les querelles intestines.