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 Les armes magques

   L'ours harcele
   L'ours recule 
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   Epilogue
 
 
 Le Pipeline
 

"Nous avons decouvert que le pipeline secret de la CIA, qui fournit les armes aux
Moudjahidins, est crible d’occasions de corruption. Les perdants en sont lea partisans
pauvrement équipés qui combattent les Soviêtiques en Afghanistan
er le peuple americain dont les représentants au Congrês ont été trahis par Ia CIA.
Washington Post, 8 mai 1987

La citation ci-dessus est extraite du texte dun article sur La fournitu re d’armes et de munitions aux Moudjahidins écrit par un journalis te qui avait passé quelques semaines au Pakistan, essayant de deme 1cr ‘Cs complexités dun système qui faisait La moitié du tour du monde, mettait en jeu six pays autres que ie Pakistan et 1Afghanistan, et coOtait, vers 1987, plus dun million de dollars par jour. Peut-être, Ce qui nest pas surprenant, que les commentaires de M. ack Anderson &alent gran dement hypothétiques, mats en occurrence ii n’était pas très loin de Ia ver explique dans Ic chapitre precedent, Ia CIA était largement responsable du gaspillage de son système de fournitures. Néanmoins, Ce n&ait pas Ic pipeline de Ia CIA qui proCurait les armes aux Moudjahidins. La responsabilité de Ia CIA cessait d que les armes étaient arrivécs au Pakistan. A partir de là, cétait notre pipeline, notre organisation qui déplaçait, allouait et distribualt chaque carcouche four nie par Ia CIA. Mais en fait, Ce nétait pas V qui distribuait aux Moudjahidins les flisils et les munitions dont us allaient Se servir dans les combats. Le dernier tronçon du tuyau en Afghanistan était aux mains des sept partis et des commandants sur le terrain. Pour comprendre comment les armes parvenaient au champ de bataille, en provenance de lieux aussi eloignes de lAfghanistan que les Etats-Unis ou Ia Grande Bretagne, ii est nécessaire de souligner que le pipeline était divisé en trois parties dis tinctes. La premiere appartenait a Ia CIA, qui achetait les armes et payait leur transport pour le Pakistan Ic second tronçon Se trouvait sous Ia responsabilité de lIST, qui prenait en charge tout ce qul traversait le Pakistan, l’allouait et le remettait aux quartiers-genéraux des partis, pres de Peshawar et de Quetta La troisième et derniere partie du trajet leur appartenait. Les partis allouaient ‘Cs armes a leurs commandants et les distribuaient en Afghanistan.

Quand un Moudjahid chargealt un projectile dans le tube de son mortier, cet obus avait eté manurentionné au moms une quinzaine de fois Al avait été transportE sur des milliers de lcilomètres par camion, bateau, train, camion a nouveau, a dos danimal, avant d’être porte sur lemplacement de tir par l’équipe du mottler elIe-même. Rarement, même dans des operations de partisans, une hgne de communication aura été aussi ténue et propice a toutes les frustrations, Iongtemps avant qu’un article quelconque ait atteint I territoire ennemi. Un g britan nique a dit un jour quelque chose de cc genre chaque fois quun chef adresse une pensée a son ennemi, it a probablement jeté auparavant une centaine de coups d’(eil anxieux dans son dos vers sa propre ligne dap provisionnement. J’apptouve entièrement cette remarque.

En ce qul me concerne, mon casse-tête principal Ctait Ia logistique — prévoir suffisamment dapprovisionnement, en temps voulu, pour ceux qui en avaient besoin, au bon endroit. Tout le reste était dimportance secondaire. Mes difiucultes étaient accrues du fait que je ne controlais directement que Ia section centrale du pipeline, les autres tronçons étant aux mains dautres personnes (volt carte n’ 8). Avec La CIA, comme avec les partis, je pouvais seulement plaider, expliquer, cajoler ou persuader. Je ne pouvais pas intervenir directement lorsque les choses tournalent ma! et je ne pouvais pas utiliser mes propres ressources pour les redresser. La tâche de mon colonel de Ia logistique était certainement Ia moms enviable de tout mon bureau, pour ne pas dire de toute l’organisation de 11 Sa corvée journalière consistait a maintenir le rythme de transport des fournitures, a sinquiéter de l’arrivée des bateaux et des avions, du manque de main-d’ du retard dans Ia fourniture des wagons, des vehicules insuffisants, des pannes mécaniques, et par-dessus tout de Ia securit — prévenir routes les fuites possibles vers le public, les Journa- listes tr?p cur et les agents de 1 ennemi. Ce qu il accomplit fin Ufl petit miracle car Ic système ne fur jamals découvert, Jamais interrompu par un sabotage au Pakistan durant La periode 1984-1987. En 1983, pres de 10000 tonnes darmes et de munitions transltèrent par Ic pipeline. En 1987, Ce montant avait augmenté jusqu’à 65.000 tonnes, le tout manu- tentionné par 200 hommes des services de police du rninistère de Ia Défense,avec quatre chariots élévateurs, travaillant sept jours sur sept, mois apres mois.

Au bout du tronçon de Ia CIA, nexistaient pas que des problemes d’armes inadEquates ou hors d’usage que nous ne desirions pas le pro gramme d’arrivée des bateaux ne tenait souvent pas compte de notre capacité a stocker les énormes quantités en jeu. Cetait le festin ou Ia f J’insistais sans arrêt sur Ia nécessité dun courant homogène et régulier au port de Karachi, dun deux bateaux par mois. Nous nous en serions très bien tires ainsi Un tel afflux progressif aurait empêche les embouteillages dans des entrepots submerges, ou les périodes oü us se trouvaient pratiquement vides. Peut-étre demandais-je limpossible car parfois tmis ou m quatre bateaux arrivaient au cours du m€me mois ou au contraire, rien ne nous parvenait pendant une longue periode.

Une petite partie des armes arrivait par air a Rawalpindi (Base aérienne de Chakiala). Jusquen 1986, nombre de ces livraisons fürent une cause croissante de frictions entre l’ISJ er l’armée de lair pakistanaise (PAF). Le probleme semblait provenir d’Arabie Saoudite ot, Ia CIA sétait mise è entreposer, sur Ia base aérienne de Dhahran, des fournitures que livraient ensuite des avions saoudiens ou que l’armée de lair pakistanaise venat chercher. Pour quelque raison inconnue de moi, ces vols Se pas- saient toujours de travers. La CIA fournissait Ia liaison mais, même lors- quelle avait sur place un agent sur le terrain saoudien, invariablement on ne permettait pas a nos avions datterrir comme prévu, quand on ne les renvoyait pas. Lorsque cétaient les avions sanudiens qui venaient au Pakistan, ils narrivaient jamais a Iheure, ou bien Us venaient sans être annoncés, Ce qui provoquait de fausses alertes pour Ia PAF. Après presque deux ans de cette situation, je marrangeai pour que le système fin arrete et que ion utilisât des avions militaires américains, mais nos relations avec Ia PAF étaient devenues passablement aigres.

Une fois les armes sur I sol pakistanais nous les prenions en char- ge. Ii faut dire que Ce système de fournitures avait été organisé avant mon arrivée a 1’ISI et que Ia sécurité genérale de nos méthodes flit grandement facilitee par l’application de La loi martiale. Les militaires avaient Ia main sur tout. Ce sont les militaires qui faisaient Ia Ioi et eux qui lappliquait. Par exemple, en Ce qui nous concernait, Ia sequence habituelle des pape- rasses administratives avait été suspendue. Jusqu’à une date tardive, au moment oi La taille du système dapprovisionnement devint trop impor- tante, aucun document nétait obligatoire. Les fonctionnaires des services ou départements de l’administration qui devaient s’occuper des mouve- ments de fournitures recevaient des instructions verbales sur ce quils avaient a faire. Lorsquils Se montraient crop curieux, on leur disait que leur travail était en relation avec le projet largement connu, mais tou jours “secret”, de fabrication dune bombe atomique. Cela sufiusait pour obtenir leur cooperation.

A Karachi, les autorités portuaires étaient payées normalement, les manifestes des baceaux étaient simplement marques “materiel defense’ et les douanes nintervenaient pas. Du bateau, les Caisses étaient chargees sur tine dizaine ou une vingraine de wagons de marchandises pour le trajet par nil jusqu’I mon entrepôt du camp Ojhri ou, pour une petite partie, direc tement vers Quetta. Les trains étaient escortés par des gendarmes armés. Ce voyage par chemin de fer Ctait un évènement journalier. Dix wagons transporeaient 200 tonnes a peu près, bien qu’on puisse s’arranger pour les charger jusquà 400 tonnes au maximum. Si plusieurs bateaux arrivaient I La file, le système s’écroulait, avec laccumulation des marchandises sur les quais, que mes hommes sexténuaient a déplacer, tandis que mon colonel Se battait avec les ftrnccionnaires des chemins de fer pour obtenir davanta ge de materiel roulant.

Nous avions a Rawalpindi une flotte de 200 véhicules, en majoriré des camions de cinq ou dix tonnes avec de fausses plaques mineralogiques que ion changeait frCquemment, avec laquelle nous transportions les armes le long du pipeline vers lava!. 11 fallait dabord charrier leg caisses de Ia gare jusquau camp afmn de ics répartir, de les v et de les stoc ker dans l’entrepôt. II fallait tout enregistrer et faire l’inventaire quoti diennement. Je tenais absolument a avoir cetce information sur man bureau chaque matin.

Venaic ensuite le travail de repartition des armes et des munitions pour les expédier aux partis a Peshawar. Ceci Se faisait en fonction des priorités dallocations, que nous verrons un peu plus loin. I ne sert a rien cle posséder des armes et des munitions dans un depot, dIes doivent Se trouver aux mains de ceux qui sen servent aussi mettais-je un point dhonneur a maintenir Ia cadence vers lAighanistan. Je préférais un entrepôt presque vide a un magasin p — cela représentait en outre une cible moms tentante dans le cas ou un saboteur aurait connaissance de sa localisation ou encore en cas dincendie accidentel. Nous étions, en fin de compte, assis sur un énorme volcan qui pouvait Se reveiller, tout près do  zones dhabitacion. 80 pour cent au mains do toutes leg armes et muni dons utilisées en Afghanistan rransitaient par mon entrepôç4 cependant je pense que notre secret était bien garde. Malgré I volume du trafic or lacrivité déployée vers, ou en provenance du camp, nous n’avons jamais duranc ces quatre années constaté dincident qui aurait laissé croire que Ia sécurité avait été violée.

Chaque matin, encre cinq heures et midi, un convoi de camions, conduits par des chauffeurs de Ia police militaire en civil, partait pour Peshawar. Cétait un voyage de 150 kilomètres qui devait être accompli avant le soir, Ce qui impliquait que plus rien ne pauvait partir après midi. Chaque apres-midi rentraient les véhicules vides de Ia livraison de Ia veille. Les équipes de l’arelier étaicnr a freneriquemenr occupées a lentrerien.

Il est sans doure un peu abusif de parler de convois car ces 50 ou 60 camions ne Se suivaienc pas sur Ia route en une longue colonne — loin sen fallait. Nous les faisions partir par pecks paquets de deux ou trois a inter vailes de cinq ou dix minutes. us Se coulaienr dans le trafic civil, laccom pagnaceur armC, dans la cabine, tenant son fusil dissimulé sur le plancher. Une fois, alors que je revenais de Peshawar avec I chef i Ia CIA locale, je I mis au defi de reconnaitre un seul de nos véhicules. II fly parvint pas.

None grande preoccupation emit le risque daccidents de Ia route. Un ofFicier voyageait toujours dans Ic véhicule de tête, un autre a Ia fin du convoi et nous ajoutions un ou deux véhicules vides en cas de panne. Le general Akhtar se reflisair a admettre Ia possibilité d’accidents bien qu’iI connaisse nos difficultés et quit soit statistiquement inevitable quil n’en arrive pas quelques-uns. II demeurait inflexible sur le fair que cela ne de pas se produire, Ce qui me forçait a augmenter I nombre des officiers partant avec les convois, au detriment de l’entratnement et des besoins opérationnels.

En 1986, je calculai que mes camions avaient parcouru plus dun million de kilomètres. Sur un telle distance, ii est fital quit y ait des accidents. k plus ficheux fut celui au cours duquel un camion percuta une voiture de plein fbuet. Au moment oü lofficier qui était en queue arriva sur les lieux, les blesses avaient déjà été évacués et malgré ses recherches a Ih proche, 11 ne put retrouver les occupants de Ia voi ture. Or il Se trouva que ceux-ci étaienc des officiers de Iarmée et que deux dentre eux étaient morts a l’hopital miliraire. Cela nous créa routes sortes cj’ennuis car FarmS imputa Ia responsabiliré de laccident a 1151, bien que les témoins aient certifie que Ia voiture était dans son tort.

A Peshawar, les partis prenaient Ia suite. On dechargeait leurs livraisons dans leurs entrepôts tandis que les chauffeurs y passaient Ia nuit avant le voyage de rerour du lendemain. C’était I système que juti lisais pour Ic plus gros des armes et des munitions. I y eut de rares exceptions, hormis tes livraisons qui allaient directement de Karachi a Quetta. Celles-ci comprenaient les lance-roquettes et les SAM, armes qui étaient peu nombreuses et dont on avait besoin dans des zones operation nelles particulierement critiques comme les alentours de Kaboul, les bases aériennes ou I long de la route Satang. Tout le monde voulait abattre des hélicopteres ou lancer des attaques a Ia roquette a dix kilo metres de lobjectif, d’autant plus que cela augmentait le prestige du commandant, mais je tins bon pour que Ion utilise ces armes dans Ic cadre dune strategic génerale. CCtaient des armes dune relic importance que je me rEservais I soth de les Iivrer directement aux commandants de ces zones critiques, après avoir toutefois consulté les partis. De même, lorsquune operation spéciale était organisée, comme denvoyer par Ic fond des barges sur Ia rivière Amu, ce qui nécessitait des mines yen touses, ou dattaquer une importante garnison ennemie par une vaste operation coordonnee, je pouvais également ravitailler directement les commandants qul y prenaient part, nonobscant les Iivraisons darmes pro venant des partis.

En depit des accusations de corruption a l’encontre de ceux qui s’occupaient du pipeline darmes, je demeure totalement convaincu quen Ce qui concerne mon organisation il y eftt peu de pertes. La corruption était a peu près inconnue dans la section médiane du pipeline. La section de depart, sous contrôle de Ia CIA, fourmillait doccasions de fraudes ct comme je lai montré plus haut, faisair Ia part belle a linaptitude, proba blement autant qua Ia malhonn€teté.

Je dois ajouter que Ion prérendit également que IJSI avait detour né des armes au profit de Iarmée pakistanaise. Ceci est exact dans Ia mesure ou 200 mitrailleuses de 14,5 mm des RPG-7 et des SA-7 furent livrés a I’armée pour être deployS de toute urgence sur Ia frontière 0cc denrale au moment ob les forces sovieto-afghanes intensifierent leurs vio lations du territoire par attaques aériennes ou tirs dartillerie. Je peux affirmer avec une absolue certitude que cc fut Ic seul cas de détourne ment. Il fut stupide de notre part davoir agi sans mettre Ia CIA dans Ia confidence, dautant que je suis certain quelle aurait ete daccord. Au lieu de cela, elle le decouvrit, cc qui entraina un concert d’accusations et de dementis qui empoisonnèrent nos relations sans nécessitC. Peut-être encore plus prejudiciables a notre association avec Ia CIA, et qui ne firent que samplifier avec le temps, flirent les interminables chamailleries au sujet de ses demandes réitérées pour controler toutes les attributions darmes et de munitions qui enrraient au Pakistan.

Durant les huit années que I general Akhtar passa a lISI comme directeur-général, Ia politique, sur laquelle ii demeura inflexible, fut que VlSI decidait de qui recevait les armes, en quelles quanticés et de quels types. Je veux dire par là qu’après ‘a formation de lAlliance, La distribu tion en detail a chaque path relevait de notre responsabilite. II faut le répéter. Personne en dehors de lIST, y compris le Président Zia, ne pou vait prendre part ou contrôler les allocations darmes, de munitions er de fournitures logistiques provenant de nos dep de Rawalpindi et de Quetta. II n’y avait pas que Ia CIA pour nous critiquer sur cette affaire. L’ambassadeur des Etats-Unis nous d franchement souvent, de même que le Congrès américain, les journalistes étrangers, les géné raux de I’arm& pakistanaise et les partis eux-mêmes. Ils pensaient tous quils en savalent plus que les autres. Ils avaient tous des motifs person nels ou politiques pour demolir Ic système, ils saisissaient donc toutes les occasions pour presser lISI de modifier ses allocations. Les partis et les commandants réclamaient de façon systématique davantage d’armes, qul soient meilleures et plus puissantes, tandis que les Américains préten daient que nous favorisions les partis fondamentalistes, en particulier Hekmatyar. Cétait une interminable source de friction, de querelles et de frustrations.

Les Américains simaginaient que, comme us payaient au moms I moitlé des armes, us devaient avoir leur mat a dire sur ceux qui ‘Cs utili saient. Au fur et a mesure que Ia guerre Se poursuivait, et en particulier Iorsque les Soviétiques commencèrent a parler de Se retirer, les fonction naires américains prirent de plus en plus conscience que I futur gouver nement de Kaboul pourrait bien être islamique fondamentaliste, et que Hekmatyar pourrair hi dçyenir un nouveau Khomeini. Cette crainte fmnit par conduire a une I Et - ur réduire ur soutien in de prévenir une victoire ns toutefois, au temps man action, e e ne se manifesta que par des accusations de par tialite dans I’attribution des armes.

Ma tâche consistait a appliquer en Afghanistan uric pression miii taire pour obtenir I retrait des Soviétiques. J’étais un soldat de métier, ayant une ambition de soldat de gagner Ia bataille. Par ces motifs, je decidais qui devait recevoir les moyens de gagner — armes et munitions — sur Ia base de leffIcacite maximum au combat. Je devais appliquer une strategic pour influer sur les operations sans capacité de donner des ordres aux combattants, sans aucune infrastructure militaire pour soute fir ou appliquer les decisions. Je devais coordonner des attaques sur des objecrifs strarégiques et entretenir liniriative par mes exhortations, sur une zone de 400.000 km approvisionnée par des caravanes de mulets, et soutenue ie plus souvent par un système de messagers qui n’avait guère evolué depuis lepoque d’Alexandre. Concentration et cooperation sont deux principes immuables de Ia guerre. Le succès du combat depend sou vent des deux, appliquées simultanement au bon moment et au bon endroit. La seule façon que j’avais dinfluencer les partis et les comman dants pour quits restent dans Ic droit chemin passait par lallocation ou I reftis dapprovionnement et d’entrainement.

Ainsi que je l’ai souligne plus haut, les armes ont toujours joué un role important dans la vie des Afghans. L’importance dun homme Se mesure a Ia moderniré de son fusil. Le but commun des Moudjahidins était ‘a possession darmes lourdes er labondance des munitions pour latteindre, us étaient prêts a montrer de Ia souplesse, de La bonne volonré pour écouter ou suivre les instructions. La seule manière que j’avais parfiuis dobtenir une certaine cooperation Ctait de promettre que telle operation donnerait droit a des armes supplémenraires ou a davantage de missiles et que son succès conduirait a dautres fournitures. Je pouvais offrir une carotte. Mon baton consistait a ne pas livrer darmes. Si I’ navait pas consen’é cette prerogative, ma rkhe aurait étd impossible.

Quatre-vingt pour cent des armes et des munitions étaient alloues aux partis qui les redistribuaient. Pour obtenir des armes, les comman dants devaienr apparrenir a un parti on ne faisait exception que Iorsqu’ils venaient sentraTner pour une mission spCciale mais, hien qu’en Ce Cas on leur fournisse les armes direcrement, celles-ci étaient prelevées sur lalioca tion de leur parti. Nos allies américains nous poussaient a disrribuer les armes directement aux commandants. C’etait le système pratiqué avant que jen sois chargé, avant lincident de Quetra decrit precédemment, avant Ia formation de lAlliance et alors que lapprovisionnement Salt encore très réduit. Vers 1985, Ce système était devenu impraticable. Ii érait déjà assez incommode d’essayer dobtenir des résultats en traitant avec sept partis tenter de le faire par contact direct avec des centaines de commandants rivaux, qui ne pensaient qua leur propre reputation, eut mené a Ia catastrophe.

Tous les trimestres, se tenait une conference opérationneile a laquelle assistait I général Akhtar, moi-même Ct mes officiers jusqu’au grade de lieutenant-colonel. Un des points de discussion et de decision les plus litigieux était toujours Ia repartition des armes et leg modifica— dons Cventuelles aux arrangements existants. Comme cétait une matière critique sujette a controverses, je passais de longues heures avant ‘a confé rence pour discuter des problemes avec mes collaborateurs. Javais besoin de leur avis avant de faire des propositions fermes au général. Ce sujet entralnait frCquemment de longs dCbats au cours de Ia conference mais, bien que Ia decision appartienne en fin de compte a Akhtar, ii outrepas gait rarement nos recommandations. Nos previsions éuienr basées sur un pourcentage approximatif pour chaque paid. Celui-ci n’Ctait pas fixé de façon permanente ; il pouvait varier lCgèrement en fonction de raisons opCrationnelles et pouvait se trouver délibérément réduit lorsquon avait limpression que le parti manquait d’Cnergie sur Ic terrain. De relies reductions étaient en principe faites graduellement et toujours après un avertissement verbal au chef du parti en question.

Les critères que nous utilisions pour dresser ces pourcentages empiriques étaient tous bases sur Ia competence au combat. Le nombre dadherents a un parti nérait pas un facteur en tant que tel. Par exemple, le parti de Khali érait comparativement moms nombreux mais plus efficace sur le terrain qu’un parri plus important comme celul de Mujaddadi. On tenair largement compte de l’emplacement des corn- mandants en Afghanistan. La majorité dentre eux nétait pas disposée a combactre en dehors de sa zone d’operation, ou même de sa vallée, de sorte gull était inutile dapprovisionner en armes par le pipeline un commandant Se rouvant éloigné des objeccifs stratégiques. Les pa possédant des forces autour de Kaboul pouvaient prétendre a un pour- centage plus élevé, de même que ceux qui opéraient contre des points
sensibles comme ‘Cs terrains daviation ou les principales lignes de corn- munication. En parlant de “forces”, je ne veux pas dire un grand nombre de Moudjahidins en un lieu donné mais Ia fréquence d’attaques réussies dans une certaine zone. Pour estimer celle-ci, je devais faire appel au ser- vice dinterception radio gui me fournir souvent Ia confirmation des activités revendiquées par ‘Cs commandants cc les partis. Pareillement, nous utilisions les photos prises par le satellite de Ia CIA pour établir Ia validité des dommages revendiqués. Mes offIciers Ct moi comprenions fort bien Ia tendance des Moudjahidins a lexagération. Les interroga- wires individuels, les rapports hebdomadaires de La CIA cc du MI-6 et Ic passage au crible de toutes les informations de sources variées étaient des moyens importants pour connaltre ceux qui combattaient effectivernent et ceux qui ne le faisaient pas.

Par ailleurs, nous prétions attention au contrôle qu’exerçaient les partis sur certaines activirés douteuses comme Ia venre illégale d’armes. Un de mes majors travaillait a p1cm temps réunir des informations. Si un parti narrivait pas a contrôler ses commandants sur ce point, sa part Se voyait réduite. Toutefois, je dois préciser, au sujet de ces ventes ille gales d’armes par les Moudjahidins, que je suis persuade quil ny eflt probablement pas Un seul commandant en Afghanistan qui n’ait, a Un moment donné, yendu ou échangé des armes. Tant que ceci se produisait en Afghanistan, entre Moudjahidins, pour Ic Djihad, nous fermions tou- jours les yeux. Cétait parfois, en (as durgence, le seW moyen de se pro- curer de Ia nourriture, devacuer un blesse ou de pallier un besoin urgent de munitions. Si Ia vente avait lieu au Pakistan pour lenrichissement ou IC confort personnel du commandant, bus Ia traitions comme un délit sérieux. Certains chefs n’étaient pas très fermes sur ce sujet avec leurs commandants ; c’étaient plutôt Les moderés, Ce qui explique en partie quits étaient souvenc a court de fonds. Ils entretenaient un état-major permanent, compose souvent de gens élevés a loccidentale qui ne Se satisfaisaient pas du maigre salaire mensuel de 100 dollars que payaient les Fondamentalistes. 115 exigeaienc, et obtenaient, trois fois plus et le logement gratuit. us Ctaient constamment tentés de revendre, avec cent pour cent de bénéfice, les armes qu’ils avaient reçues, pour combler leur manque dargent.

Le dernier facteur que nous prenions en compte était lefilcacité genérale du parti et son propre système logistique, que je voudrais decri re brièvement. Un bon moyen de juger de Ia competence dun pani était de visiter régulièrement son entrepôt. Si mes officiers me rapportaient quun entrepôt était toujours plein, parfois pendant des mois, cela signi flak que I parti était rien moms quenthousiaste pour poursuivre Ia guerre et par suite pail ne méritair pas quon augmente sa part de four nitures darmes. Le parti de Nabi fuc un des premiers coupables de Ce chef. En depit dun fort potentiel, avec quelques commandants capables sur le terrain, pius un grand nombre dadhCrents, ainsi qu’un ancien general afghan comme responsable militaire, Nabi et ses fonctionnaires ne semblerent jamais capables d’augmenter leur efficacité. A l’opposé Se trouvait Sayaf, dont les magasins contenaient invariablement le mini mum de stocks je suis toutefois oblige de reconnaltre quil poss lavantage singulier de recevoir directement une aide flnanciere généreuse particulière de Ia part de riches Arabes.

En 1987, les divers pourcentages alloués aux partis étaient les sul vants 1 - 18-20 %, Rabbani - 18-19 %, Sayaf - 17-18 %, Khalis - 13-15%, Nabi - 13-15 %, Gailani - 10-11 %, et Mujaddadi en queue avec 3-5 %. Cétaient videmment les Fondamentalistes qui re naient Ia tête avec -73 %, au grand dam de Ia CIA, mais en_seasant sur dei&ltère mil 11 ne ouvait en être autrement. qui me critiquaient prenaient en compte des consi érations politiques et des préjugés quen tant que soldat javais le bonheur de pouvoir ignorer.

Jaurais aimé calculer le coQt total pour quune arme on une car touche parvienne du vendeur jusquau tireur cela aurait ete une stupé flante scatistique les coOts de cargaison, de rail et de camion vers Peshawar, suivis par le transport a travers Ia frontiere au plus profond de IAfghanistan, devaient muliplier le prix d’achat au centuple. 11 est pro bable que Ia partie Ia plus coüceuse du parcours était le dernier secteur du pipeline qui alla des partis aux Moudjahidins qui utilisaient les armes. Dans certains cas, lorsque les fournitures allaient a Kaboul ou dans les provinces orientales, c’était Ia partie Ia plus courte du voyage et de Ce fait, les coüts étaient plus maitrisables. Mais les charges pour fournir des armes aux provinces cruciales du nord augmentaienc sans arrét ; vers 1986, elles devinrent exorbitanres. A cette époque, le prix moyen était de 15-20 dollars par kilo. Cela signifle que I co& pour envoyer un mortier de Ia fron tière pakistanaise jusquà Ia zone de Mazar-i-Sharif €tait approximative ment de 1100 dollars, alors quun seul obus coütait aux environs de 65 dollars. 11 nest pas éronnant que les depenses mensuelles des partis en transport et frais annexes aient etC dun million et demi de dollars.

La CIA plaçait chaque mois des fends sur le compte bancaire contrôlé par 1151. Cet argent devait payer les bureaux des partis, Ia construction et lentretien des entrepôrs, I’achat de materiel (rations, vêtements), les indemnités des chefs, les salaires des employes-fonction naires, et le transport. Ce dernier incluait l’achat de véhicules et le pale ment des agents pour transporter les fournitures en Afghanistan, mais pas lachat de mules a ‘a Chine (ou plus tard de chevaux a lArgentine) que ‘a CIA réglait elle-méme. En general, chaque parti avair épuisé ses ressources dans les dix ou douze jours. Sans argent, les fournitures res taient coincées dans I tuyau, cest-à-dire dans les dépôts des partis a Peshawar ou a Quetta. Je me rappelle combien je fus horrifle lorsque je visitai pour la premiere fois leurs entrepôts a Peshawar, qui a cette époque étaienr de simples maisons en yule. Ii ny avait aucun stockage organisé ni aucune mesure de sécurité car on rangeait les fournitures de Ia manière La plus désinvolte et Ia moms militaire. Dans un certain entre pôt, le magasinier, assis sur une mine antichar renversée, réchauffait son repas sur un feu bien flambant. Les choses s’améliorèrent très peu ; je m’arrangeai donc pour obtenir des fonds afin de transporter les sept entrepôts a quelques kilometres hors de Ia yule, mais je pouvais difficile ment combler les manques dargent.

Les partis et les commandants avaient daurres sources de finance ment. Jusqu’à Ia fin de 1984, les commandants levaient des impôts locaux dans les vallées quils contrôlaient en Afghanistan, mais comme les Soviétiques se mirent a pilonner les villages, détruire les systèmes dirrigation, a brfller les recoDes et a emmener les survivants dans des camps de réfugiés, il devint impossible de percevoir ces taxes. Les armes prises a l’ennemi éraienr utilisées, revendues ou échangCes. S La lol islamique, un cinquième du butin de guerre doit revenir a letat (au parti). Je sais que certains Moudjahidins ont parfois trouvé meilleur mar chC d’acheter des armes ou des munitions aux postes soviCtiques ou afghans. Je puis affirmer que cela s produit sur une petite échelle en de nombreuses occasions.

Cest l’argent arabe qui sauvait grandement I système. Je parle de fonds provenant de riches individus ou dorganisations privées du monde arabe, et non pas des fonds du gouvernement dArabie Saoudite. Sans ces millions supplémentaires, le torrent darmes qui se déversait réellement sur les Moudjahidins aurait été rCduit a un filet. Mais il se trouve que tout cet argent alla aux quatre partis fondamentalistes, Ct non aux modérés. Sayaf, en particulier, avait de nombreux contacts personnels, ligieux ou acadCmiques, en Arabie Saoudite ; ainsi, ses coffres Ctaient en ral bien remplis. De Ia sorte, les Moderes devenaient peu a peu proportionnelienient moms efikaces, I manque dargent arabe éranr june des causes de leur incapaciré a se mesurer aux Fondamentalistes en cc qui concerne lefficacite op&ationnelle. Leuts revenus moindres, leurs dépenses administratives et bureaucratiques supérieures augmentaient ainsi feur difficult I atteinc4re nos critères d'allocation.

Lorsque mes caniions avaicor déposé leur chargemenr darmes et de munitions dans les entrepôts, La responsabilité de leur distribution aux Moudjahidins incombait aux partis (Saul pour certains types d’armes spé dales ou pour ceux ui étaient réservés des operations particulières). Si certains commandants tie recevaient pas Leurs fournitures, ou s’ils esti maienc que leur part Ctaic insuffisante, je ny pouvais pas grand chose. Chaque patti avair sa propre mErhode pour decider des ailorarions I ses commandants. Celie-ci reposait parfois sur Ia base dun pourcentage fixe — système désespérément ineflicace, qui permettait aux Moudjal-iidins des zones calmes de recevoir La même quantité que cewc quA Se battajent fré cjuemmenr. Les approvisionneinents étaient paribis euvoyés I tin unique commandant provincial, a charge pour Aui de les rCparcir daucres ftis, plusieurs commandants éraient charges de Ia distribution a leurs subal ternes. De temps en temps, tous les commandants dune province venaient se fournir directement aux bases du parti gut Ia frontiere.

La façon dont les partis transportaient leurs fournirures était lime des op&ations les plus compliquées, les plus dCsordonnCes et les plus incerminables de I guerre. Camions et tracteurs, charrertes er chan,eaux, mulers Cr chevaux, tour y passait, jusqu’aux Cpaules des Moudjahidins eux-mêmes.

Les partis les plus importants possCdaient jusqul 300 v de toutes sortes. C’Ctaient des camions de type civil, qui sinséralent dans I trafic normal de Ia fronti&e. On certain nombre d’entre eux écaic consti rue de vChicuies afghans acherés I Kaboul, que ion utilisair pour les plus longs voyages par route. Ils Ctaient plus nombreux que ceox de V car us entreprenalent souvent des voyages de plusicurs jours sans Ia possibuli te de revenir a vide I lendemain. Un camion pouvait ainsi Sc trouver indisponible pendant des semaines. Le transport pouvait parfois Se faire par camnion sur plus de mi kilometres vets leg provinces i nord ou de l’ouesr, alors quen d’aurres cas I transport 1 dos danimaux Crair seul possible. En Afghanistan, i arrivait que Ion sarrange avec les comman dants locaux afghans pour utiliser les moyens de transport de l’armCe alghane. Une des particularités de cette guerre était qu’il pouvair Se faire que les armes soient Iivrées aux Moudjahidins dans les camions de lenne mi. Cétait sans doute plus frequent a l’occasion d’opCrations de sabotage a Kaboul ou dans dautres villes importantes, Ce qui permettait d’obtenir également des vehicules du 1(1-lAD. I arrivait que ces livraisons soient faites gratuitement, mais en gen dies Se faisaienr moyennant finance.

Les partis transportaient leur fret vets Ia frontiere par camion, pour Ia section suivante du pipeline. Près de cinquante-cinq bases frontalières Se trouvaient situées au Pakistan, groupées pour Ia plupart autour des principaux points dentrée, près de Parachinar et de Chaman, au nord ouest de Quetta. Pour les atteindre, ‘Cs véhicules devaient traverser les zones interdites des NWFP, du Balouchistan et des tribus (voir carte n 2). Partout, ces regions étaient sillonnees par l’armEe pakistanaise, Ia police et les edaireurs des frontieres. Les passages étaient contrô sou mis a laisser-passer, barrages ou fouilles des véhicules. Pour faciliter le trafic, lJS avait muni rous les camions dun “laisser-passer” donnant une description detaillee du véhicule sans mentionner Ia cargaison. On don nait l’avance aux barrages Ia liste des camions qui devaient passer Ces véhicules étaient dispenses de fouille seulement pour le voyage d’aller, ceci comme precaution contre I’introduction de drogue ou d’armes de contrebande au Pakistan. Le système fonctionnait Ia plupart du temps mais i était loin d’être parfait. 11 arrivait que Ia police du barrage exige un dedommagement” pour raccourcir les délais dattente. Avec un pot de-vin, Ia barrière s’ouvrait sur le champ si ton refusait, toutes sortes de prCtextes et de coups de téléphone a des supérieurs absents ou imagi naires pouvaient retenir le véhicule durant des heures.

Je vecus une amusante experience personnelle de certe sorte de difil culté Iorsque jemmenai a Ia frontiere le membre du Congres Wilson, avant sa visite clandestine en Afghanistan. Javais dépêché a l’avance Un de mes of pour signaler aux postes de garde que ma voirure ne devait pas être rerardee. Au premier barrage, un fonctionnaire civil refusa de nous laisser poursuivre sans “aurorisation’. Je lui montrai ma carte diden tité militaire mais ii insista pour verifier. Ses appels téléphoniques abou tissaient comme par hasard a des supérieurs qui Se trouvalent absents de leur bureau — Ce qui augmentait notre attente. Au bout dun quart dheure, j’explosai. Je dis au fonctionnaire que s’il ne levait pas Ia barriere immediatement jordonnerais a mes trois gardes du corps, qui étaient armés d’AK-47, de vider leurs chargeurs sur Iui. us armèrent leur ksil d’assaut et Ia barrière s’ouvrit vivement. Je raconrai plus tard cet incident a lofticier que j ‘avais envoyé en avant, iui faisant remarquer que je nétais pas très impressionné par ‘a manière dont il avait aplani les difficult Pour I retour, Ce même officier voyageait dans un second véhicule. Au barrage, il ordonna a ses hommes dentrer dans le poste er emmena le mal heureux fonctionnaire sous Ia menace de ses armes. Malgré ses hurlements de protestation, on le fourra dans La voiture qui démarra. Je suis sür quit crflt sa derniere heure venue. Après une quinzaine de kilomètres, durant lesquels le malheureux sanglotait et sexcusait pitoyablement, on le deposa sur I bord de Ia route oü on ie laissa Se débroujiler. Pour exiger son pot de-vin’ Al sétait trompé d’adresse.

Pr de Ia frontière, particulierement autour de Parachinar, Miram Shah et Chaman, tout le monde était en relation aver Ia guerre, dune façon ou dune autre. II y avait des dizaines de milliers de réftigiés dans ‘curs camps, Ies bases grouillaient de Moudjahidins, des centaines de transporteurs contractuels deambulaient avec leurs animaux et des tas de camions étaient charges pour le dernier rronçon vers lextremité du pipeline de fournitures. Chaque jour de chaque mois, si Ih le permet ta les armes et les munitions étaient en route. Ces zones contenaient les principales bases avancécs de fournitures pour les Moudjahidins. La ligne Durand étaic aux Moudjahidins Ce que Ia rivière Amu étair aux Soviétiques. Là, les commandants venaient chercher leurs approvisionne ments, ìà, les camions de Peshawar et de Quetta étaienr déchargés, et là les trains d’animaux de bat écaient rassemblés et charges.

Dans ‘Cs debuts, un commandant venait au Pakistan avec ses propres chevaux, parfois une centaine, pour emporter ses armes, mais Comme les magasins Se multiplierent et que les chevaux disparaissaient, le système devint totalement inadéquat. On avait besoin de milliers danimaux, qui comptèrent parmi les pertes au méme titre que ‘Cs hommes aussi fiat-il nécessaire de mettre en place une organisation de remplacement séricuse. La solution était I transporteur contracruel, bien que les coflts fussent éleves et grimpassent regulièrement chaque année. Le transporteur était un homme d’affaires qui possédait les animaux, les accompagnait en Afghanistan et les nourrissait. Comme cCtait son gagne-pain, ii prenair soin de ses b€tes, retirant cette responsabilité aux Moudjahidins. Nos camarades de Ia CIA n’aimaient pas Ce système. us préconisaient d’utiliser des compagnies de transport animales sp ment formées et man±uvrées par les Moudjahidins. Je ne fus pas d’accord, car les Moudjahidins n’auraient pas été propri&aires des ani maux, fl’auraieflt Cu aucun intCrêt financier a en prendre soin et qu’il aurair éé nécessaire de réserver Ia moitié des bétes pour transporter du fourrage. Je savais par experience que Ce genre de compagnies seraient aussi coüteuses mais moAns effIcaces que les transporteurs contractuels.

Les animaux utilis étaient des chameaux, des chevaux et des mules. On employait généralement les chameaux sur les longues routes menant aux provinces méridionales oà Ia terre était aride. Les chevaux étaient de loin ies plus nombreux des animaux de bar, Le poney afghan était ideal pour cette tâche, ayant etC elevC dans Ce pays pendant des siecles pour faire prCcisément ce type de travail. Le cheval devint le trans port stratCgique de fournitures a longue distance de ‘a frontiere vers les bases opérationnelles des provinces. Comme us mouraient Cu Se faisalent cuer de plus en plus, nous eQmes recours, au cours des dernières phases, a limportation de chevaux argentins. II y avait beaucoup moms de mulets que de chevaux. On n’éleve pas de mulets en Afghanistan. II y en avait quelques-uns au Pakistan et ‘a Chine possCdait des élevages de mulets qui fournirent une source supplémentaire. On considCrait généralement ces animaux comme des transports opérationnels ou tactiques. Cétait en principe des mulets qui portaient le mortier, Ia mitrailleuse lourde ou le lance-roquettes (LR), Ct leurs munitions jusqu’au lieu du combat, ou a un endroit très proche. On donnait des mulets, ainsi que quelques chevaux, aux commandants pour quils les gardent dans leurs bases d’operations en tant qu’échelon de transport F’, selon le terme militaire — moyen pour transporter les armes sur le terrain de combat ou proche de jul. La CIA acherait ‘Cs animaux, ‘Cs fournissait ensuite aux partis qui les répartis saient entre leurs commandants. Ce système Ctait indCpendant de celui des animaux de bat des transporteurs.

En dehors de Ia branche de Karachi vers Quetta, il existaic rCelIe ment un pipeline principal via Rawalpindi et Peshawar vets Ia frontière. De là, de nombreux embranchements Se rCpandalent en Afghanistan. On aurait Pu comparer norre système a un arbre. Les racines étaient les bateaux et les avions qui apportaient au Pakistan les fournitures des divers pays. Le tronc allair de Karachi presque jusqu’à Ia frontiere, que les grosses branches traversaient. Ces branches se divisaient en centaines de branches plus petites en Afghanistan, transportant Ia sêve (armes et munitions) jusqu’aux feuilles (les Moudjahidins). Coupez une petite branche, même une grosse, et l’arbre survit tout de même, et dautres poussent avec le temps. On ne rue l’arbre quen coupant les racines ou le tronc, Dans notre cas, seules les branches pouvaient être attaquCes. A Ia difference des Soviétiques don les lignes de communications Se limi taient aux routes principales, tes nôrres utilisaient des tas de chemins et de senriers a travers les montagnes et ia vallCes. Si une vole Ctait blo quCe, on pouvait toujours trouver une deviation.

Il y avait six routes principales menant en Afghanistan (voir carte n 9). En partant du nord, de Chitral, une grande route menait ala vallée du Panjshir, a Faizabad et aux provinces du nord. C’Ctait le passage Ic plus court, Ic meilleur marché et I plus stir vets ces regions mais ii Ctait ferme par Ia neige pendant plus de huit mois par an. Nous ne pouvions l'utiliser qure de juin a octobre. Venait ensuite la route la plus chargee. De Parachinar (Le bec de perrouquet) via Ali Khel vers la province Logar se trouvait la porte du Djihad, par laquelle transitaient 40 pour cent de nos approvisionnements. Cétait le chemin ie pius court vers Kaboul, rien qu’une semaine de voyage. Nous lurilisions également pour des trans ports vets le nord, par les montagnes jusc plaines autour de Mazar i-Sharif bien que cela puisse prendre un mois ou davantage. La difflculré r dans Ia forte opposition ennemie qui tenrait de barter Ia route. Lorsque les Soviétiques voulaient desserrer Ia pression sur Kaboul, cest dans les provinces de lest quils lançaient leurs plus vastes operations de traque et de destruction.

Un peu plus au sud, Ia troisième route commençait aux alentours de Miram Shah, via Zhawar, a nouveau dans ‘a province de Logar. Les trains de fournitures pouvaient soit virer au sud près de Gardez ou de Ghazni, soit au nord pour rejoindre Ia seconde route par les montagnes. C’était encore une route chargée mais ‘Cs incursions ennemies y Ctaient relativement faibles.

La quatrième route commençait a Quetta, traversait Ia frontiere Chaman, avant de conduire vers Kandahar et 1 provinces alentour. C’était un pays beaucoup plus ouvert oà Ion avait besoin de véhicules pour charrier le plus gros des fournitures rapidement. Nous tendons dobtenir que ‘Cs caniions arrivent a destination en un jour ou une nulc en conduisant vite. Les véhicules suspects pouvaient subir des attaques terrestres on aériennes de l'ennemi.

A 400 Icilométres plus a l’ouest, sur Ia frontiere meridionale de Ia province de Helmund, se trouvait a Girzi-Jung!e une base impopulaire pius petite. Nous lutilisions pour ravitaiiiier Helmund, Nimroz, Farah et ies provinces de 1-lerar. Elie était impopulaire parce que les véhicuies y étaienc très vulnerables aux attaques. Nous y avons rarement envoyé un convoi sans incident. Cétait une contrée aride, ouverte, a La population Cparse, avec peu de possibilites pour se prémunir contre une attaque. Les camions qui circulaient vers le nord Ctaient aisément repérés d del et souvent atcaqués par des vChicuies blindS, ou tombaient dans des embuscades tendues par des troupes aéroportées postées a l’avance. Atteindre Herat avec un véhicule prenait une semaine.

Enfin, La sixième route passait par liran. La carte n° 9 montre que pour envoyer des fournitures rapidement et sflrement a Parat et aux pro vinces de Herat, ie meilleur trajer passait le long de Ia frontiere du Balouchistan vers !‘Iran, puis 600 kilomètres vers le nord de Zahedan en Iran jusquà ‘a fronti Iran en face de Herat, en un voyage de trois jours — en théorie, En pratique, cCtait different. Bien ciue cette route fut couramment utilisée, ii fallait plus de six mois pour obtenir un permis special des Iraniens et encore ne pouvait-on y transporter que des armes legeres car chaque convoi étair contrôlé, inspecté et escorté par des gardes de Ia revolution. Ii en était dc même pour les vehicules vides qui repassalent par lIran.

Tel était notre pipeline. Malgré sa complexite, son coQt et sa ion gueur, ii fonctionnait a peu près. I y avait bien sür beaucoup d rouspe tance de Ia part de commandants ulcérCs qui Se plaignaient amèrement qu’on les laissait sans approvisionnement. Ils étaicnt parfois court mais je ne me souviens pas de combats perdus par les Moudjahidins a cause dun manque de munitions, et certainement pas entre 1983 et 1987. Le plus souvent, cétair les commandants dont les partis étaient inefficaces, ou qui opéraient dans des zones éloignCes des objectifs stratégiques, ou quA manquaient de vigueur dans le combat, qui avaient des raisons de se plaindre.

Mon problême Salt de fournir le bon type d’arme avec suffisam ment de munitions au bon commandant, au bon endroit, en temps utile. Si jy parvenais, cétait habituellement le prelude a une operation réussie. Cela impliquait des mois de reflexion. II fallait près d neuf mois pour organiser une operation dans le nord. Cest ce decalage incompressible entre I conception dun plan et son execution que, si souvent, ceux qui nétaient pas dans le coup, comme la CIA n’arrivaient pas a comprendre.