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"Donnez-nous les outils et njous finirons
le travail."
Winston S. Churchill, télégrainme adressé au Président
Roosevelt, 1941
Lavion arrivait toujours pendant Ia nuit. Vers 21 h généralement,
ou
bien juste avant laube, le g Akhtar et moi, accompagnés par I
personnel de ‘a CIA locale, attendions a k base aér de
Chak l’énorme C-141 noir (Starlifter) qui roulait vers un
endroit re ré du terminaL. I ny avair jamais personne de
Lambassade des Etats Unis, que cc solc a l’arrivée ou au depart
de lappareil. En ces occasions, ii tait dusage, pour distraire
lattention, que l’ambassadeur organise un dtner de diplomates a
lambassade. La tour de contrôle guidait lavion clans son
approche mais aucun personnel de lAir Force n’étaic là pour
IaccueiLLir au sol. Aucun des passagers nérait soumis a uric
forntalite quelconque de douane ou d’immigration jusqu’aux
bagages qui Ctaient entihement manipulés par des Americains.
Lappareil venait de Washington sans escale, environ 5.500 km,
après un rendez-vous en p2cm ciel avec Un ravitailleur base en
Europe ou au Moyen Orient pour refaire Ic p LCquipage était en
civil, conime cous les passagers. En dehors de La cocarde
méricaine stir son fuselage, rien ne pouvait identifier l’avion.
A l’intérieur, lénorme cargo avaiL été rransforrné en un hotel
vo et en centre de commun A l’avant, Ia zone VIP était
luxueusemenr garnie de sofas, fauteuils confortables, couchettes
et installations saniraires —dc la super premiere classe. La
par- tie arriCre contenait un centre de communicarions ultra-moderne
qui per mectait aux occupants de converser en toute sCcuriré
avec Washington ou avec n’importe que panic du monde. Lappareil
Ctair protégé par its plus récents dispositifs de brouillage et
par radar pour écarter déventuels missiles. Au sol un membre de
l’equipage restait ‘a both 24 h sur 24. Au Pakistan, 11$!
fournissait un cordon d’hommes en armes pour garder le
pCrimCtre extérieur, mais notre personnel ne pouvait pas monter
bord.
Pendant que lavion Se garait une fife de voitures se dirigeait
lente-
men vers lui tandis qua l’extérieur de Ia base un véhicule de
sécurité de
1151 parroulllait sur Ia route ue I cortege allait emprunrer
pour
rejoindre Ia residence de l’ambassadeur des Erats-IJnis a
Islamabad. I
voitures étaient rangCes sur une f — escorte ISI, voiture de
sécurité US,
voiture VIP, voirure de sécuritC US, escorte ISI, puis routes
ies autres.
L’homme qui descendait les marches de Ia passerelle était grand,
ties
vieux, et était surnommé Cyclone” a cause de sa propension a se
dechal-
ner contre ‘Cs communistes, ou encore le Vagabond” a cause de Ia
fre-
quence de ses visites aux stations de Ia CIA a travers le monde.
1! dirh
geair ie service de renseignements de Ia nation Ia plus
puissanre de Ia
terre. William Casey était le conseiller principal du Président
Reagan en
matière de renseignements, I directeur des Renseignements
Centraux
près le Cornice National de SécuricC (National Security
Committee
— NSC), I président du Comité de Renseignements des Etats-Unis e
directeur de Ia CIA. Ii venait pout une de ses visites annuelles
de deux
jours au Pakistan discuter avec le general Akhtar cc moi-même de
I
situation en Afghanistan. Sa femme ou sa file Iaccompagnaient
occa-
sionnellement. Son adjoin venair aussi parfois, mais il emmenait
tou-
jours le chef du Bureau d’Afghanistan et d’Extrême-Orient du
quartier
g de Ia CIA. Cet bomme, qul est encore en service et que
jappefle-
rai donc M. A., avait servi dans les forces spéciales
arnCricaines je rrou-
vai en iui Fun des très rares responsables de Ia CIA possedant
une bonne
connaissance des problèmes militaires et quelqu’un avec qui les
gens de
l’ISI pouvaient s’entendre.
Pendant les 48 heures suivantes, le casse-téte principal étaic I
sécurité de notre bore. Deux de ses hommes arrivaienr plusieurs
jours a
lavance pour mettre au point les mesures, v Ia route et essayer
leurs
communications. Les visites de M. Casey furent les seules
occasions oi. je
vis des responsables de ‘a CIA paniqués” ou sérieusement agités.
La pro-
tection de son séjour était loin d’être simple, elle impliquait
beaucoupde onde, de prCvoyance er Un programme minutieux. Nous all ions m&ne
jusqu’à designer notre visiteur du nom de ‘M. Black”, par écrit
ou dans
nos conversations.
Le lendemarn ma Ia CIA et lISI se trouvalent a La table de
conference du quartier-général de l’ISI a Islamabad. Casey écait
flanque
de lambassadeur américain dun cOr et de M. A. de lautre, puis du
reste
de son équipe, incluant le responsable local de la CIA et divers
anafystes, répartis de chaque côté. En face, Se trouvait le
général Akhtar, moi-même
et une équipe dofficiers et danalysres de l’ISJ. Je regardais
Casey avec
attention. 11 avait parfois “air de sommeiller pendant I ronron
des ana
lystes, mais des quun sujet important écait abordé it devenait
soudain
très alerte. I possedait un esprit rapide, avec une démarche
hardie et
impitoyable envers Ia guerre contre les Soviétiques. I haissait
le commu
nisme. En fait, comme beaucoup de gens tie Ia CIA, ii
considérait
l’Afghanistan comme le lieu oü lAmérique pourrait être vengée de
La
défàite du Viêt-nam. Son point de vue maintes lois répété était
que les
Soviétiques devaient payer de beaucoup de sang leur soutien aux
Viêt
namiens du nord. “Ces salauds doivent payer”, résumait bien sa
philoso
phie de Ia guerre, et ii ne répugnait aucune méthode pour y
parvenir.
Les années quil avait passées a amasser des millions en tant que
business—
man new-yorkais avaient probablement renforcé Ce côté dun et
combatif
de son caractère.
Quelles que soient ses raisons pensonnelles, le resuttat était
tou
ours positil pour nous. Lorsque parfois son équipe contestait
quelqu’une
de nos requêtes, 11 Se tournait souvent vers dIe en disant Non,
le géné
ral (Akhtar) sait Ce qu’il veut”. Pour ma part, je trouvais ses
visites sti
mulantes et jécais saisi dadmiration pour son application, son
dévoue
ment et sa determination inebranlable a vaincre I communisme.
II était peu patient avec les politiciens. De mutes les branches
de
rexecutif americain, il dinigeait lorganisme dont le budget
était celui
qui augmentait le plus vite. En 1987, Ia CIA reçut un total tie
30 mil
liards de dollars, 200 pour cent tie plus quen 1980. Avec IC
soutien des
operations clandestines tie Reagan au Nicaragua et en Angola,
aussi bien
qu’en Afghanistan, Casey était au sommet de Ia vague. 11
dédaignait le
droit du Congres de savoir Ce qui Se passait dans ces op&ations
clandes
tines. Il combattait ferocement le Comité tie renseignements du
sénat, lui
cachant des informations autant . Je pouvair et jul rendant
compte I
moms souvent possible. Son mépris des usages et des reglements
jouait
en notre faveur. Un jour, alors que quelqu’un de son équipe
essaya
dexpliquer que Ic délai pour obtenir des fusils de snipers était
dft I
quelque obscure règlementation qui les classait dans les armes
de terro
ristes, Casey hurla “Au diable les politiciens, nous faisons ía
guerre’. II
écait bon de lavoir de notre côté.
Casey avait un flair pour linnovation, les idées brillantes, les
démarches peu orthodoxes I La James Bond. Ayant fait partie de I
OSS
durant Ia Seconde guerre mondiale, il semblait parfois avoir
simplement
substitué les Soviétiques aux Nazis. Ses détracteurs appela cela
son syndrome du parachutage de nuit’, mais ii possédait, tout
comme
M. A., laptitude rare parmi les gens de Ia CIA discuter
judicieusement
des questions militaires. I comprenait Ia stratégie et les
problèmes pta-
tiques dune guerre de partisans.
Casey s’envolait toujours de nuit dIslamabad, Comme i était arri-
y Invariablement, ii prenait le chemin de PArable Saoudite pour
y ten-
contrer son homologue I prince Turkie afin de discuter de Ia
contribu-
tion financiere du gouvernement au Djihad pour I’année suivante.
lien
quon soit délivré du fardeau de Ia sécurité, j’étais en general
désole de le
voir partir. Cétaic un allié puissant et pratique dans I camp
américain,
qul comprenait aussi bien les qualités que les dCfauts des
Moudjahidins.
I était prêt a Ccouter, et fréquemment a accepter, nos arguments
ou
none raisonnement sur ‘Cs affaires operationnelles. 11 nous
faisait Ia cout-
toisie de respecter nos jugements de militaires professionnels
avec une
connaissance intime de cc qui pouvait ou ne pouvait pas être
fait en Afghanistan. Si seulement quelques uns de ses subordonn avaient
fait de
même, on aurait Pu sauver dinnombrables millions de dollars et
pas seu-
lement quelques vies.
Je rencontrai Casey pour Ia premiere fois au debut de 1984, et
je
devais Ic rencontrer a nouveau a plusieurs occasions durant les
mois SUi
vants. Comme je men aperçus rapidement, les chances de succès en
Afghanistan dépendaient de Ia qualité et de La quantité des
armes que
nous recevions. A cet égard nous étions redevables envers Ia CIA
et I tra-
vers cIte envers nos soutiens financiers, les gouvetnements
américain et
saoudien. Mes experiences avec Ia CIA se répartirent au long des
quatte
années que je passal a VlS mais j’ai rassemblé les points forts
dans Ce
chapitre car je crois que cest Ia meilleure façon pour I lecteur
de juger
de La signification rCelle de ses activités.
La principale fonction de Ia CIA était de depenser de largent.
Cétait toujours humiliant pour les Américains et je peux
comprendre leur
point de vue bien quits payent I musicien, us ne pouvaient pas
choisir
Ic morceau. La CIA soutenait les Moudjahidins en depensant
largent des
contribuables amCricains, des milliards de dollars au cours des
années, en
achetant des armes, des munitions et des équipements. Cest Ce
que faisaic
leur service occulte de fourniture darmes. Toutefois, Ia regle
cardinale de
Ia politique pakistanaise était qu’aucun Américain ne soit
jamais impliqué
dans Ia distribution de fonds ou darmes, une fois ceux-ci
arrives dans le
pays. Jamais aucun AmCricain nentraIna, ou neur de contact
direct avec
les Moudjahidins, et aucun responsabte amCricain nalla en
Afghanistan. A
ma connaissance, cette derniere regle ne fut enfreinte quune
lois pour I membre du Congres Charles Wilson (R. Texas), ainsi
que decrit précé demment, et Ce contre Jes ordres explicites du
Président Zia. Admettre des Americains directement dans Ic
système de fournitures et dentralne ment n’aurait pas seulement
conduit a Ia catastrophe mais aurait confirme Ia propagande
communiste. Depuis le debut, ‘Cs Soviétiques, et leurs agents
afghans du KHAD, s’efforçaient de subvertir les partisans des
Moudjahidins et leurs families en proclamant que ceux-ci ne se
battaient pas dans un Djihad mais quils faisaient tout
simpiement La sale besogne en mourant pour les Etats-Unis. Leur
assertion que les Afghans n’avaient pas de reel désaccord
interne mais quits étaient des pions dans un conflit de
superpuissances aurait etC impossible a réfhter si les
Américains Ctaient inrervenus directement au Pakistan. Une
grande proportion des aides de Ia CIA était versCe en espèces.
Pour chaque dollar fourni par les Etats-Unis, un autre dollar
Ctait ajoutC par lArabie Saoudite. Les fonds, qui s’Clevaient
plusleurs centaines de millions de dollars par an, Ctaient
transf par Ia
:t 0
l’achat d’armes. Néanmoins, cCtait essentiel pour leffort de
guerre. Ainsi que j’allai continuellement men rendre compte,
rien ne bouge sans argent
— particulierement au Pakistan.
Je ne participais pas personnellement a Ia distribution de tous
ces foods. La responsabilitC en incombair au gCnéral Alchtar et
au directeur de son administration. Pourtant, je me rendais très
bien compte que Ic manque d’argent provoqualt une interminable
anxiété, car Ihabituelle allo cation mensuelle pour couvrir les
depenses renouvelees permettait rarement de tenir plus de deux
semaines. Si ion considere quil y avait un mois de décalage pour
couvrir les besoins de dizaines de milliers de Moudjahidins, il
nest pas surprenant que les nécessités logistiques aient absorbe
les espèces comme une Cponge pompe l’eau. Prenons l’exemple des
véhicules. L’argent de Ia CIA Ctait urilisC pour Se procurer des
centaines de camions destines transporter les armes er les
munitions jusquà Ia frontière. Les Partis, utilisant souvent des
véhicules pour apporter des provisions en Afghanistan, avaient
Cgalement besoin de moyens de transport. La facture du carburant
et de Ia maintenance pour chaque véhicule était a dIe seule
énorme. II faut ajouter cela l’achat ou Ia location de milliers
de mulets, de chevaux et de chameaux, ainsi que I fourrage avec
en plus les besoins de materiel a bâtir, doutils et
d’Cquipemenrs, pour la construction dentre pots, de bases,
d’Cquipements d’entrainement, et les tentes, les vêtements, tes
Cquipernents dhiver, les rations et les dépenses médicales, tout
ccci représentait Un immense problème. En 1987, par exemple, it
fàllait men suellement environ 30 a 35 millions de roupies (1,5
million de dollars) ur les approvisionnements au Pakistan et en
Afghanistan.

En loccurrence, cet argent &ait dépensé au
Pakistan et en Afgha nistan, mais la plus grosse partie des
lands de Ia CIA et de lArabie Saoudite etaient dépensée hors de
ces pays pour acheter des armes a des munitions. Le système
fonctionnait comme suit. Avant les allocations bud gétaires
annue américaines, ‘a CIA nous proposait une liste des typeset
des quantités d’armes queue considérait comme necessaires.
Jexaminais ces propositions mais comme on ne me disait jamais
quel érait le montant des sommes disponibles ni Je coüt des
diverses armes, il était impossible de modifier Ia liste
autrement qu’en essayant d’estimer si les changements seraient
compatibles avec le budget ou I dépasseraient. Si nous
dépassions, i fallak revoir nos besoins. C’était encore du temps
perdu.
Une source de frictions sans fin naquit entre Ia CIA et nous a
cause de son apparente ignorance tonic de la logistique
militaire. Le moindre boo sens Iui faisait parfois défaut. Nous
perdions invariablement des jours ou méme des semaines a pointer
sur leurs listes les erreurs et les absurdi cés. Ils faisaient
rarement Ic rapport entre les besoins en munitions et les armes.
II était admis, par exemple, que chacjue lanceur RPG-7 fourni
devait être approvisionné avec vingt roquettes. En 1985, nos
amis de Ia CIA a Washington avaient prévu 10.000 RPG-7 ainsi que
200000 roquettes, mais us avaient oublie de prendre en compte
tous les autres RPG-7 que nous avions déjà reçus depuis 1980 (en
tenant compte dune perte moyenne annuelle de 15 pour cent). Ii
ne leur était pas venu a [ que nous avions besoin de munitions
pour ceux-là egalement. De Ia même façon, pour les munitions
antiaériennes, les listes de Ia CIA étaient frequemment
totalement inadequates, car on ne prenait pas en compte Ia très
grande rapidité de tir de ces armes. On aurait pu éc000mi- 5cr
beaucoup de temps et defforts si Ia CIA nous avait donne un
plafond de dépenses, une idée approximative des coQts et nous
avait laissé preparer nos besoins annuels en tenant compte des
stocks existants, des besoins operationneis et des pertes. Hélàs,
cela ne devait pas se passer ainsi.
Nous étant mis d’accord sur cc qui était nécessaire, cétait a Ia
CIA de Ic fournir. Elle devait acheter tous les articles et les
envoyer par bateau Karachi, ou, pour uric petite proportion, par
air a Islamabad. Jusquen 1985, uric politique stricte voulait
que les armes ne vinssent que du bloc communiste. Cela faisait
panic de Ia propagande qui pretendait que les Occidentaux, et
lAmérique en particulier, ne soutenaient pas les Moud jahidins
en leur fournissant une aide materielle. Ce qui fait que les
sources étaient limitées pour les acheteurs de Ia CIA, avec leur
liste darticles. Nous reçQmes près de 10.000 tonnes en 1983,
quantité qui monta jusquà 65.000 wnnes en 1987. Les armes
fournies allaient de larme individuelle jusquau canon ou au
lanceur de rocjuettes antichars et
de missiles sol-air.
La plus grande quantité provenait de Chine, dEgypte, et plus
tard
d’Israel. J’ignorai qu’Israel fur parmi les fournisseurs jusquà
Ce que tout
récemment, comme ion salt, ce fait fut Ia cause d’énormes
problemes
avec les nations arabes. Ii était en effet inacceptabie de mener
un Djihad
avec des armes achetées a Israel. Cétait des armes qui avaient
&é prises en grandes quantirés par les Israeliens lors de lair
invasion du Liban, et qu’ils étaienr ravis de revendre. ft nest
pas surprenant que leg Américalos aient acherC a Israel, mais
its eurcnt grand soin de ne pas nous rev cette source.
La CIA organisait Ct payait les transports vers Karachi, nous
avi sant des dates d’arrivée. Une fois le bateau an port, liSt
prenait en charge le stockage et Ia distribution. On a souvent
prétendu dans Ia presse inter nationale que (a Chine fournissait
des armes par (a route Kara-korani, (ancienne route de Ia soic.
Ce me fin pas Ic r Aucune cartouche nemprunta Ce chemin, bien
quil servit a nous envoyer des centaines de mules. A loccasion,
des armes furent acheminées par air a Islamabad par des avions
chinois, amCricains, saoudiens flu nxilitaires pakistanais. Pour
des raisons diverses, les avions saoudiens ne respectaient
jamais leur pro gramme, Ce qui causait dinterminables problèmes
a nos avions obliges daRer chercher Les chargements en Arabic
Saoudice, de sorte t c fumes forces dinterrompre tons ces voh et
de dépendre de I’USAF. Not pas que lArabie Saoudite fournisse
effecrivement des armes, mais tiLe t parfois urilisée comme Iiei
de transbordemenr. Je crois que plus tard (vs AmEricains
changèrenc pour Le Caire, qui était utilisé pat certains avions
transportant des armes gyptiennes.
Durant moo passage a V je rencontrai an grand nombre de membres
cit (a CIA, du directeur jusqu’I ses gardes c corps. Je distin
guai trois types parmi [ officiers. Les pLus nombreux étaient
ceux qui avaicnt rejoint La CIA assez jeunes et y avaienr fair [
carrière, gagnanc leur experience pour moitié sur It terrain,
pour moitié dans un
major. La seconde categoric étair constituée de gens recrutés
entre trente et quaranre ans en dehors du service a cause de [
spécialité particu(iê re. Céraicut (Cs eicperts techniques et
les anatystes. D’après cc que j’en vis, ies opinions et les
recommandations de ces gens-Ià semblaient tou jours compter
CnormCment pour ceux qui prenaienr ks decisions. Its
paraissaient capables d’accCder aux grades supérieurs pLus vite
que ceux qui opéraient sur Le terrain. La p du temps. ces
officiers navaicuc quune experience militaire scrictement [ et
cependant i tenaienc souvent un role majeur dans les affaires
miliraires. Le troisième groupe était issu des forces arrnées,
normalemenc au plus haut niveau. Certains &aient detaches a ía
CIA, d’autres en faisaient partie de façon permazien re.
C’etaient en générat des experts en armement Ott en entratnement
et je rerriarquai quentre eux et les autres rCgnait tine
profonde jalousie pro fessionnel TI y avait, en tour cas a
Islamabad, tin nianque mutuel de confiance a lintCrient de Ia
CIA. Je crois que It fond dc probleme prove naiL du fair que ces
ariciens militaires ne pouvaient quc crop bien voir Les erreurs
des decisions miliraires prises par leurs supCrieurs, mais quon
lear demandait rarement conseil, et que lorsqu’ils le donnait,
on ligno
lair. Je me souviens avoir demandé a Fun de ces ofticiers
pourquoi los
“civils’ essayaient toujours de noas dicter Ia manière do mener
ía guerre
en Afghanistan. II repondit “Général, aux Erats-Unis, Ia CIA
tire tout le
mérite de Ce qui arrive de bien en Afghanistan, et vous (le
Pakistan) red
fez tout I discredit pour tout Ce qui arrive do mal.
Deux exemples de l’thcompétence de Ia CIA, flu peut-ètre de sa
cot
rUp(IOn, vonc servir a illustrer le gaspillage évirable de
millions de dollars
et les consequences sCrieuses de ces points faibles sur I
terrain. Tous deux
concernent lachat d’armes anciennes et périrnCes scion le motif
que
étaient ssez bonnes pour les Moudjahidins. Les vendeuts furent
enchantS
de se débarrasser avec bénéfice do ces arines qui me valaient
non autre—
mon La CIA dépensa [ des concribuabtes am&icains pour so pro
curer des armes dc croisième qualite, et dans an cas toralement
inutili
sables, pour quon les urilise contre une superpuissance moderne.
Jusqu’i 1984, I plus gros des armes et des munitions était
acheté
aux Chinois qui Sc révelèrenr dexcellents fournisseurs, discrets,
sur les
quels on pouvait totalement comprer, et qui, dans une phase
ultCrieure,
allèrent même jusqu’ã fournir gratuitement des nmes a tirre
d’assistance.
Mais en 1985 Ia CIA commença a acheter des quantirés importantes
a
!‘Egypte. Je noublierai jamais le premier envoi. Quand on ouvrir
Ics
aSses, on crouva des atmes usagCes, rouillées et en de no,nbreux
cas rota
lement inutiIisables, Elks dacalent de lépoque c los Sovietiques
avajent
êquipe l’armee égyptienne. Les fusils Craient pleins de rouille,
leurs
canons Ctaient bouches par Ia crasse ci Ia corrosion, cerraines
caisses
étaient vides, dautres Ctaient incomplètes. Les munitions
étaient rare
m proprement empaquetées Its carrouches qui auraient dft Se
trouver
dans des boites Cu des paquets arrivaient en vcac. J tie
possédais pas assez
de maici-d’c pour verifier chaque caisse avant quon les e aux
Moudjahidins, Ce qui (aft que técendue d problerne napparut
qu’après
que jeusse teçu les rapports d’Afghanistan. A ma consternation,
30.000
obus de mortier de 82 mm Se révClèrenr inutilisabks sur Ic
terrain car les
cartouches avaient gonfle a I’humidirC et n’entraient pas dans
les canons.
Pout se faire un coquer ben les Egyptiens avaienr refilé des
armes
qui étaient rcstées exposCes aux intempCries durant des annCes.
Personne
de ía CIA navait veriflC sur place avant lexpCdition a moms que
cela
flair fair parrie de I’accord prévu. Je fis prendre des photos
que j’envoyai
aux Etats-Unis, tout en protestant avec véhérnence auprès de Ia
CIA.
Personne ne sembla rout dabord sintCresser a laffaire mais en
fin de
compre un responsable finir par venir constater par lui-m Après
cola, los achats égyptiens furent un peu meilleurs mais les
Moudjahidios neurent plus jamais confiance en leurs fournicures
par Ia suite.
Lincident suivant, on ptutot Les incidents, car run concerne les
carabines .303 er laur les munitions do .303, touchent linde et
I Pakistan. Au milieu de 1984, un énorme chargemenc de 100000
cara bines .303 arriva a Karachi. Lorsque nous protesthmes de ce
quo nous n’avior,s pas demandé une telle quantité a quo nous
navions pas de place pour [ [ CIA nous avisa que cette-ci
représentait [ pour 1985 en même temps que celle de lannée en
cours. Comme nous insistãmes sur le manque despace pour stocker,
on nous dit en confiden ce que ces armes avaient été achetees a
linde pour un prix dérisoire. Quand je voulus savoir comment et
pourquoi los Indiens vendalent des armes dour us savaient queues
seraient urilisées contre ‘ears amis sovié tiques, I’officier de
Ia CIA me répondir Les indiens sonr de vra salauds, a qui on ne
petit absolument pas se fier. us vendraient méme leur propre
mere pour de largent.
En Ce qul concerne les munitions, un marchand darmes pakistanais
obrint Ia chance de sa vie en passant Ce marché avec l’acheteur.
I persoada Ia CIA de lui acheter 30 millions de cartouches de
.303 par Ia couverture de son bureau international, sans reveler
Ia vericable origine des muni tions. A 50 cents ‘a cartouche
environ, I vendeur était un homrne boa reux. Sans quc Ia CIA le
sache, l munitions provenaienr de vicux stocks de FarmS
pakistanaise qui n’utilisait plus c ar Un bateau fut dOment
chargé, partir de Karachi pendant quelques jours, fit des ronds
dans leau après quo nous fumes avisCs par Ia CIA que nos
munitions étaient arrivées. Lorsque les premieres caisses furent
ouvertes
Rawaipindi, on saperçut que chaque cartouche portait Ia marque
POF (Pakistan Ordonnanre Factory). 11 ny avait aucun moyen de
tirer ces munjtions en Afghanistan sans donner Ia preuve
irrefutable que
Pakistan fournissait des armes aux guerilleros. Chaque cartouche
dut retourner 1 la POP afin que les marques soient barbouillées,
rn travail qui dun trois ans a coUta a nouveau beaucoup dargent.
One fiis de plus, les perdants étaienr les conrribuables
ainéricains or les Moudjahidins.
Ce fut La méme histoire avec Ia Turquie. En 1984, les autorités
rurques offrirent de nous fournir des armes aussi le gen Akhtar
m’ordonna-t-il daller en Turquie pour mettre certe affaire au
point. Une fois a Ankara, les Turcs Se montrerent hésitants
lorsque je demandai a voir les armes quils nous procuraient. Jinsistai tout de même
et m’aper çu.s, & ma consternation, quiL sagissait d’armes
réformees par tarméc rurque 30 ans plus tot. Leur date de
manufacture était 1940-42. Je ne savais que dire car je tie
voulais pas offenser mes httes qui me pressaient
pour obtenir des dates dexpédition. J’allai expliquer a notre
ambassadeur
que ces armes ne valaient pas les coüts dexpedition ni de
distribution
que nous allions avoir a payer. II fut t embarrasse. En Ce qui
le concer
nait, ii nérait pas question de provoquer un incident
diplomatique en
refusant cette ofire “généreuse’. En rentrant, je pressai le
général Akhtartie ne pas acceprer ii en parla au Président ou au ministre des
Affaires
érrangères, mais en vain. Pour finir, nous reçümes 60.000
fusils, 8.000
mitrailleuses légères, 10.000 pistolets et plus de 100 millions
de car
touches. La plupart étaient gravement rouilles ou défectueux et
ne purent
être livrés aux Moudjahidins.
L’aspect le plus frustrant tie mes relations avec Ia CIA fut
peut-êtreI manière dent on refila si souvent aux Moudjahidins des armes
inutili
sables. Je crois que cela tenait a trois raisons. Dabord, le
fait que certains
Américains pensaierit que les Moudjahidins ne méritaient pas, et
n’étaient pas capables tie Se servir d’armes modernes. Cela Se
revela plus
tard totalement faux avec les Stinger mais Ce sentiment quils
étaient des
soldats de seconde categoric, donc qu’ils pouvaient Se contenter
darmes
tie deuxième catégorie, demeura longtemps vivace. Deuxiemement,
Ia
cupidité financière. Un certain nombre de pays, et beaucoup de
gens,
voyaient dans Ia résistance des partisans une splendide occasion
de vendredes armes que personne daurre naurait voulu, armes qui étaient
desuètes
ou en passe tie létre, quand bien même certaines étaient
dangereuses a
manipuler. Jai de fortes raisons de soupçonner quon nous força
au moms
une lois a accepter une livraison darmes parce qu’un membre du
Congrès
devait gagner une somme rondelette sur cette vente. Enfin, Ia
plupart des
responsables de Ia CIA charges de Ia fourniture des armes
n’étaient pas
des soldats, n’avaient jamais été soldats et n’avaient aucune
idee de ce
quétaient les combats en Afghanistan. Comment auraient-ils
compris les
besoins des Moudjahidins?
A l' ISI, nous nous bartimes sans arrêt pour refuser des armes que
nous savions inappropriées a notre guérilla. Nous ne réussImes
qu’une
seule lois. Les sol-disant experts militaires de Ia CIA
semblaient penser
que nous leur devions gratitude pour chaque lus Si nous mettions
en
doute sa valeur sur I terrain, on pretendait que nous faisions
de lobs
truction. II est certain que les politiciens avaient leur mot I
dire, et enco
re plus vrai que quelques-uns sen mettaient p1cm les poches tout
au long
de Ia chalne dapprovisionnement, mais a Ia fin du compte, cest
moi qui
avair Ia responsabilite dobtenir les meilleurs armes et les
meilleurs équi—
pements qui Se pussent trouver pour les Moudjahidins. Car
ceux-ci
payaient les erreurs de leur vie.
Au milieu de l’année 1984, Ia CIA Se présenta avec une offre
de canons antiaériens suisses OerLikon do 20 mm. Le général
Akhtar et moi même demandâmes davantage do details sur leurs
caracréristiques, que la CIA avait dune façon ou dune autre
oublié do nous fournir. Après en avoir discut (onguement a (‘ISI,
nous répondtmes quo ce nétait pas valable pour l’Afghanistan.
Nous expliquâmes que larme pesait 600 kilos cc &ait de cc fair
beaucoup trop lourde. 11 aurait fallu une vingtaine de mulets
pour transporter une sectio do trois canons cob aurait entra ye
Ia mob l des Moudjahidins car c’Ctait une arme davantage
destinee I defense de positions fortifiees. Los mules n’auraient
Pu emprunter les raidiltons de montagne, cc qul aurait teUement
restreint lout déploie ment que ces armes auraient Cté plus
gênantes quefficaces. Nous fimes Cgalement remarquer que Je long
Canon, lourd et encombrant, tie pouvait êue chargé a dos do
cheval ou do muter dans I sons do La longueur. II aurait falilu
I charger en travers, Ce qui no permettait pas demprunter des
défilés étroits oü i aurait accrochC chaque buisson. Ensuire
nous son I.ignâmes que cette arme await une cadence de tir
élevée, qu’il fallair l’ini user par groupes de trois, et que
labsence de discipline de feu des Moudjahidins signifierait une
depense excessive en munitions. Avec un coüt t 50 dollars par
obus et une cadence do 1000 coups par minute, je pensais que c
serait on point sensible pour des AmCricains près de leurs sous.
Enuin on expliqua que les servants des Oerlikon devraienr
recevoir une formation spécifique de longue durée.
Nos objections furent rejetCes. Je fus avisé quon avait déjà
achetC dix canons. Le général Akhtar repondir a I CIA que
c’êtait son probleme or que los armes n’avaient qua rester aux
Etars-Unis. 11 fiat alors informé, a conrre-c que c’&ait
dCsormais une affaire politique, qu’un membre du Congrès,
favorable aux Moudjahidins, avait insisré pour lachat des Oer de
sorte qu’annuler cet achat causerait crop d’ernbarras un peu
parcout. Nous reçQmes finalement entre trente er quarante canons
qui durent être déployês par no sur une position triangulaire
près des bases fronta thus un ôLe scatique. Quelques commandants
so réjouitent do posséder certe armo de prestige qui ne fut pas
particulierement effioi c dar !‘action.
Ce fur ensuite I morrier égypvien. Cone arn avait une portCe
marginale plus grande que Ics mortiers de 82 mm quo nous
possCdions en abondance, mais unto portée était beaucoup plus
courte quo cello do nos lance-roquettes de saturation (RL Ce
n’était pas valable pour nous. Nous possédions un bon mortier Cr
nous avions des RLs, cCtait donc Ia dernière chose dont nous
avions bosom pour ajouter des complications, avec une arme do
calibre different, avec des munitions différentes, on
entrainement different et davantage de probiimes logisriques.
Comme
roujours, nos protestations tomberent dans loreille dun sourd,
bien que
nous fussions parvenus a empêcher son introduction jusqu’à une
date
ultérieute a man depart de lSI.
Le plus be! exemple de La politique et de 1açgent prévalant
cotitre
le jugement militaire fur peut-être celui du missile sot-air
britannique
Blowpipe. La DA était rrès conscienre pie nous avions par dessus
tout
besoin dune arme antia&ienne efficace, portable par Un homme. Au
milieu de 1985, elk nous offric I Blowpipe. Unc fois de plus,
nous fImes
des objections techniques. Bien que ie Blowpipe soit capable de
detruire
par guidage un objectif aérien sans qu’il lui soit nécessaire de
chercher Ia
source de chaleur de son moteur, it imptique que le tireur reste
debout
pour engager la cible. Ccci pourrait être acceptable sur Ic
terrain pout de
brêves periodes de temps lorsque Je système coosritue ce que les
mill taires nomment une arme “qui tire et quon oublie’. Cela
signifie que
ion vise, que ion tire et que Ion se met a couvert pendant que
le missile
poursuit sa trajectoire vets te but. Avec le Blowpipe, I titeur
dolt rester
debout pour viser, faire feu et ensuite guider visuellement le
missile vets
son objectif avec un controle manuel. Nous savions quit avait
deçu les
Anglais durant La guetre des Malouiries et quit était périmé,
cat ii avait
ete rempiace par it Javelin qui comporte un système de guidage
bien
ameliore. Un officier dartillerie britannique nous expliqua que
Ic plus
grand ptobleme était quit navait pas été conçu pour abattre des
objectils
arrivant par le cGté, mais seulement ceux qui approchaient de
face ou dis
paraissaient de dos. De plus, un homme ne pouvait le servir sur
longue
distance cause de sa forme incommode et de son poids excessif.
Un
autre desavantage significatif résidait dans La nécessité dun
long entral
nement. Nous ne désiñons pas nous lancer dans un crop grand
effort de
formation pour une arme qui avait &é misc au rancart par une
armée qui
lavait trouvé inefficace sur ie champ de bataille. Par dessus
tout ccci, les
tireurs du Blowpipe devaient recevoir une formation de
rafraichissement
sur simulateur tous les six mois — Ce qui était completement
impossible
pour les Moudjahidins.
Jepense que Ia CIA devair avoir passé tin accord avec les
Anglais
pour acheter Ce système car elk insista pour que son equipe,
arrivée au
Pakistan un peu plus tard dans Vannée, fit une demonstration du
Thowpipe. Ce fut un désastre. Même sans Ia peur, La tension et
lexcita
tion du combat, les experts de Ia CIA nobtinrent que de
miserables
resultats en abattant sans se presser des coupoles tie
parachutes. X insis
tèrent néanmoins pour que nous lacceptions. En fin de compte, Us
obtin
rent satisfaction en passant par-dessus I g Akhrar er en
s’adcessanr personnellement au Président Zia. Celni-ci, clans
une perspective poll tique, pensa quaccepter le Blowpipe
imptiquerait directement I Royaume Uni en rant quo soutien du
Ojihad, et qu’ainsi ía cause des Moudjahidins en cirerair
bénCfice sur I scene inrernarionale, de sorre que nuns fumes
contraints daccepter plusleurs mullets de ces missiles. Une Lois
encore, les Moudjahidins ftirent l perdants pendant que d’autres,
des mi de lieu des combars, y gagnaient une fortune.
Ce fiasco cralna durant des ruois. Nous Ic découvrimes d Ic pre
mier lot de Blowpipe, don Ia moitié n’acceptèrent pas i signal
de corn mande, en sor quo it missile partait dans tous les sens
immediarement après avoir &é tire. Nous demandâmes a ía CIA de
venir volt. On nous
envoya ensuire un expert britannique. Celui-ci constata que
qucique chose ne tournair vraiment pas rond et du coup tous les
missiles et Ian cents fluent renvoyés en Angleterre par avion.
Finalement, aprës modifi cadons, nons commeaçtmes è recevoir nos
Elonp mais ii y eUt encore ur crop grande proportion dincidents
de hr. Les Sovietiques caprur rent l quatre premiers au cours
dun combat oji k groupe moudjahid für contraint de se re en
catastrophe. Its furent plus tard exhibés sw
les écrans de Ia télévision soviêcique. Durant tout non renips a
it je ne me souviens pas dun seal coup au but confirmC dà a un
Biowpipe en Afghanistan.
Notre unique succès pour ernpècher lintroducrion dun système
darmes qui nous paraissait sans valour cut lieu a La fin de
1986. II s’agis gait du Red Arrow, an missile antichar chinois
filoguidé. Une lois de plus, les gens de Ia CIA pretendaienr
avec mnsistance quil étair efticace, bien quils tratnassent
delibérément pour nous envoyer Its caractéristiques d&aillées de
cette ar nous pressant < La prendre sur lent sonic garan tie.
Nous demeurâmes dans ceEce impasse pendant quelque cemps, puis
linformation sur le Red Armw nous parvinr. Nous i rejetânies
immédia tement. Le système de guidage par flu, par lequel Ic
tireur guide le missile sur ía cible au moyen dun LI attaché au
missile, navaic pas Thnctionaé convenablement kirsque larmee
pakistanaise lavait utilisé durant Ia guer to contre Linde. Los
obstacles entre to rireur et lobjectif, tels que buissons,
arbres on rochers, avaient tendance a lempécher de fonctionner,
mais par dessus tout, Ia formation écair longue er comme pour It
Blowpipe, néces sirait de frequentes périodes t remise a niveau.
Au nême moment, Its Chinois faisaicut tout, auprès c Ia CIA,
pour pie tour arnie fur acceptét. Washington exerça uric énorme
pression sur nous pour que rious tic refu skins pas c missile.
Nous uiolmes par accepter quune équipe dilnoise vienne pour
former des instructeurs pakistanais Ct qu’une d&ision finale
soft prise après J’entrainemenr, en fonction des résulcacs. Le
stage dura huit semaines et fin unique en cc sens que les
Chinois avaienr emmené
avec eux une jeune femme rrès séduisante en tant quinterprète
pour Ia
firmation. Malgré son charme et ses efforts, les rCsulcats, que
Ia CIA mar
veillait, furent maigres. On n’acheta pas Red Arrow.
Tout ccci montre des exemples de hams responsables de la CIA,
sans aucune connaissance des conditions militaires du terrain,
et encore
moms de celles régnant en Afghanistan, succombant a des
pressions poli
tiques ou financières. Fun deux me dit une fois “General, les
gens qui
vivent en Amérique n’ont aucune idee de Ia manièrc dont Se
battent les
Moudjahidins.’ Les gens de Ia CIA comprenaient mal les
problèrnes mill taires de temps et despace relatifs au combat ou a Ia logistique.
Leur res
ponsable civil pour l’organisarion était mute tous les deux ans,
de sort e
que I nouveau-venu restait un certain temps totalement ignorant
et sans
experience vis-à-vis des problèmes de l’Afghanistan. us
n’arrivèrent
jamais a comprendre que le mois d’avri lorsque les neiges
fondent, écait
un moment critique pour nous car nous devions fournir d’urgence
I plus
gros de nos approvisionnements. Invariablement Ia CIA narrivait
pas a
honorer nos besoins. Leur système était tel quils ne
connaissaient jamais
d’avance Ic montant de leurs credits, pas plus qu’ils ne
pouvaient Se
constituer une reserve pour satisfaire les besomns du printemps.
Je suis
persuade que Ion n’aurait jamais accepré ces embouteillages
bureaucra
tiques sk troupes en Iigne avaient éÉé américaines.
Comme pour les systèmes d’armes, dautres sujets a voir
fleurir de brillantes idées. L’une d’elle concernait I sabotage.
Un expert
de Ia CIA arriva par avion pour me consciller sur la
contamination du
p&rote. II pensait que Ion pourrait donner un produit
contaminant aux
sympathisants ala cause des Moudjahidins travaillant dans les
aceliers ou
les terrains d’aviation afin quils Ic mélangent au carburant
dans les réser
voirs des avions ou des vthicules. Je lui expliquai que cela ne
provoque
nit pas beaucoup de pertes cc ne d&ruirair ps grand chose et que
les
Moudjahidmns ne considèreraienr jamais cela comme une façon de
Se
battre pour Ic Djihad. Ils reclamaient des résultats immediats,
de préf
rence visibles et bruyants. Leur idée du combat impliquait
beaucoup de
coups de feu, de pertes chez lennemi, l’occasion de démontrer
leur coura
ge et Ia possibilite de butin. I mCtait assez difficile
d’obtenir deux
quits fassent sauter un pipeline sans Se faire voir, i Ic serait
encore plus
quits versent une mixture dans un reservoir de carburant. Ce
nérait pas
leur style. Si quelquun peut mettre un produic dans le reservoir
dun
avion, il peut aussi bien Ic dérruire avec une charge magnérique.
Comme
Ion me suggérait que cela pourrait Se faire dans les dépôts de
carburant,
je demandai comment sy prendrait Ic saboteur pour manutentionner
les barils de produit toxique nécessaires. On ne me fournir pas
de réponse pratique. Cette idee, pas plus que cette autre qui
consisrait a verser un produit chimique dans les batteries des
véhicules, nétait ni appropriée, ni pratique pour le genre de
guerre menée en Afghanistan.
D même que lidee de parachuter directement ‘Cs fournitures aux
Moudjahidins en Afghanistan. C’étair une proposition séricuse
pour accé lérer le système et évirer le passage par le Pakistan.
On ne donnait aucune precision sur les avions utilises car, si
c’étair des avions américains, cela impliquait directement ‘Cs
Etats-Unis dans des operations milicaires contre les Soviétiques.
Avait-on consideré I nombre dappareils nécessai re pour
parachuter 20 ou 30.000 tonnes en une seule fois ? Etait-on prêt
a accepter les pertes au combat, ou voir jusquà 50 pour cent du
charge ment tomber entre les mains des Soviétiques ? Quid de
l’autorisarion de survol du territoire pakistanais ? CCtait une
idee absurde mais on refusa de labandonner pendant près de six
mois.
Les gros titres du Washington Post du 8 mai 1987 sont typiques
des demi-vérités acceptées fréquemment comme des faits. “L’AIDE
AUX REBELLES AFGHANS FAIT LA FORTUNE DES GENERAUX - La
CIA a depensé 3 milliards de dollars en armes pour les rebelles
afghans — dont Ia moitié a Cté payee par les contribuables des
Etats-Unis. Cepen dant, c ne sont jamais les Americains qui
décident de lattriburion des armes.
En Ce qui concerne les allegations de corruption, je ne puis
parler avec autorité que de mon propre bureau er de mes
collabotateurs. Je suis certain quit ny eflE aucun accord conclu,
aucune arme revendue et que les allocations flirent strictement
en accord avec les priorités operation nelles, les pourcentages
acceptCs par chaque patti et lefficacité des com bats. Le
général Akhrar était absolument impitoyable la-dessus. Bien que
Ia corruption soft un mode de vie ordinaire au Pakistan, cest
peut-être dans lorganisation militaire quelle est Ic plus minime
; mais je ne peux parler avec certitude de Ce qui se passait
lorsque ‘Cs fournitutes avaient quitté Ic contrôle de ISI.
Si Ia somme totale Ctait de 3 milliards, Ia moitié provenait du
gou vernement d’Arabie Saoudite. Mais beaucoup dautres millions
étaient donnes par des organisations arabes ou par de riches
individus, ‘a plupart dAtable Saoudite. Ces fonds étaient verses
directement par le donateur au patti de son choix, généralement
fondamentaliste. Nous verrons tin peu plus loin La politique
d’allocation dans le chapitre qui s’y rapporte, mais je voudrais
seulement insister ici sut le fait que ItS distribua les sommes
avec I strict critère de lefficacité militaire er de Ia
stratégie
générale de Ia campagne. Le Washington Post avait raison
d’écrire
quaucun américain ne décidair de Ia destination des armes et
lauteur de
larricle Salt prCs de Ia vérité Iorsqu’il conc!uait ue les
occasions de
d et de corruption étaienr de loin plus nombreuses avant que les
armes ne parviennent a Karachi quaprès.
Nos relations avec ‘a CIA fürent toujours rendues. I! n’y eut
jamais
vraiment de confiance r&iproque. Moi-même, et mon Sat-major,
ressen
dons ma! ces tentatives pour Sc mêler sans arrêt des allocations
darmes,
ces accusations de corruption et cette insistance i,j le
de !‘enrratnement des Moudjahidins et donner des conseil o ra
tions. Jlui oument a établir leur bureau opérationne! a côtC du
mien Rawalpindi. On ne leur permit jamais de !e faire en fair,
je fai
sais en sorte d’éviter aurant que possible tout contact avec !‘equipe
locale
de la CIA. Je ne mis méme jamais les pieds a lAmbassade
américaine et
n’aI!ai au siege de Ia CIA que trois fois en quatre ans.
Une de ces visites donne une bonne idée de cette incapacité
exaspé
rante de certains responsables de ‘a CIA a comprendre les
principes elé
mentaires de cette guérilla. Au debut de 1984, l’aide de camp du
gen
Akhtar mappela a minuit pour me dire que Ia CIA voulait me voir
a son
siege de toute urgence pour une affaire qui ne pouvait pas &re
discutée
par telephone. Je fis répondre que j’y serais une demi-heure
plus tard (je
ne parlai jamais personnellement au téléphone avec La CIA). Mon
chauf
feur tardant a arriver, je décidai dy aller seul en voiture mais
je ne pus
trouver ladresse dans l’obscurité, de sorte que plus dune heure
sétait
écou!ée lorsque £rnalement jarrivai. Le message était que les
Soviétiques
avaient localise tin convoi darmes pour les Moudjahidins dans !a
province
dHelmund en Afghanistan occidental et lui avaient tendu une
embusca
de. Que pouvais-je y faire ? J’étais sidére. He était a plus de
1000
km de Rawalpindi de plus, Ia CIA le savait fort bien, je n’avais
absolu
meat aucun moyen de communiquer par radio avec les groupes de
Moudjahidins en Afghanistan pour !a bonne raison qu’ils nen
possedaicat
pas, pas plus que je navais ‘a moindre idec du groupe qui allait
être atta
qué. Je ne restai pas pour entendre les conseilsde !‘officier
de Ia CIA.
Je ne pus toutefois contenir le flot ininterrompu de visiteurs
de
Washington parrainés par ‘a CIA qui arrivalent avec une Iouable
régula
rite tous les quinze jours. 11 semblait quit y air une reserve
in
de fonctionnaires, dexperts, de techniciens et danalystes, tous
persuades
quils pouvaient nous aider a gagner Ia guerre. Certains avaient
des idees
intéressantes — mais pas tous. Je me rappe!!e Pun deux qui par
sans arrêt des avantages de lutilisation de lélectricité par les
Moudjahidins dans leurs bases dAfghanistan. 11 pensait que Ce
serait précieux pour les communications radios. Il navait aucune
idée de l’environnement, nima ginait pas I’impossibilité de
réparer les génératrices, linsuffisance de car burant, ‘Cs
effets de I’hiver sur les operations ou labsence totale de tech
niciens expérimentés sur ie terrain.
La CIA avait deux officiers en poste en 1983, mais Ce chiffre
était passé a cinq au moment de mon depart. C’était léquipe
permanente accréditée, qul ne comprenait pas les visiteurs et
les innombrables agents appointés auprès des Moudjahidins, des
patHs, du Comité militaire et je soupçonne même quil y en avait
a lISI. Comme dans tons les organismes de renseignements, on
abordait les choses de manière detournee. Je trou vais amusant
qu’une semaine ou deux après que nous eussions refuse une arme
quelconque, un parti, ou un membre du Comité militaire nous it
brusquement leloge de ses avantages, nous pressant de lacquerir,
alors qu’il navait jamais rencontré personne de Ia CIA.
Une partie du problème provenait de Ce que Washington, le
Congres et, en dernier lieu ie public américain dont Ia CIA
dépensair largent, exerçaient une forte pression sur celle-ci. A
limage de leur directeur, ses membres supportaient mal Ia
contrainte politique, avec une tendance a incriminer tes
politiciens lorsque les choses marchaient mal. Ainsi un haut
fonctionnaire de Ia CIA prétendit devant moi que le Président
Carter avait eu connaissance de linvasion imminente de
1Afghanistan par les SoviCtiques grace a des photos aériennes.
“Mais ce salaud a refuse dy Cro parce quil navait pas envie de
réagir — si! lavait fait, vous n’auriez jamais ete dans Ce
pétrin.’ Sil y a une chose sur
laquelle je n’eus jamais de doutes, cc fut leur determination
résolue de faire souffrir les Busses en Afghanistan. 11 faut
bousiller ces salauds’, était une des rengaines favorites de Ia
CIA.
Une autre activité intéressante de Ia CIA, et bien entendu des
ser vices de renseignements occidentaux, britanniques, français,
allemands ou autres, consistait a se précipiter pour acheter les
armes et les équipe ments soviétiques conquis. En 1985, les
troupes soviétiques utilisaient le nouveau flisil AK74. I est
plus petit et plus léger que lancien AK47 et tire une cartouche
de 5,45 mm qui a tendance a pénétrer dans les chairs en
provoquant une blessure interne considerable et a ressortir par
un vaste orifice. Le premier récupéré fur vendu a Ia CIA pour
5.000 dollars. Puis Ia bousculade commença. Armes, plaques de
blindage, équipemencs daéronefs (particulierement ceux des
hélicoptères dassaut MI-24), machines a coder, chenilles de
char, même les binoculaires, tout avait une valeur marchande,
vite appréciCe par les Moudjahidins. Les voitures des personnels
des ambassades prirent ihabitude d’aller dans les zones des
tribus près de Ia frontiere pour faire leurs emplettes jUsqUà Ce
que le general Akhtar proteste auprès des ambassades pour faire
cesser e trafic Ct exige que les demandes passent par le canal
de ISI.
Depuis 1984, Ia CIA essayait au moyen de ses agents dobtenir
qu’un pilote afghan deserte avec in helicoptere dassaut Hind
M1-24. us avaient pris des contacts a Kaboul et mannoncerent a
maintes reprises larriv de l’hélicoptere dans un bref délai afin
que je puisse ju trouver un terrain daccueil convenable, que
javertisse Iarmee de lair pour qu’elle ne labatte pas et que je
fasse en sorte quit ne soit pas détruit au sol par un avion
soviétique une lois quil aurait atterri. Inutile de préciser
qu’iI ne vint jarnais et que je Cessai dimportuner Ia PAF avec
ces fausses alertes perturbacrices. La difficulte provenait de
Ce que Ia CIA attendait du pilote quil Se conforme exactement,
pour son evasion, a un certain plan dont Ia date et l’heure
étaient prévues a lavance. Ils narrivaient pas admettre qu’un
tel plan dolt être simple et laisser le deserteur libre de
choisir I moment et le lieu. Lorsqu’elle Se présenterait,
loccasion serait fugitive et devrait être saisie sur-le-champ
sans avertir Ia CIA a lavance.
x de compte, Ce fur in de nos plans qui procura a Ia CIA non pas
un, mais deux M1-24.
J’expliquai seulement aux Chefs des parus quc nous avions besoin
de nous procurer un appareil de ce type. Ils firent savoir tout
simplement Kaboul quun déserreur serait A bienvenu. tine apres-midi
de 1985, je reçus une communication célephonique me disant que
deux MI-24 venaient datterrir a Miram Shah, au Pakistan, en
bordure de Ia frontiere. Apparemment a leur arrivée lofficier de
sécurité des frontieres alerte leur avait expliqué quils avaient
fitit une erreur et quils avaient atterri au Pakistan s’i
Ie-désiraient, i tournerait le dos pendant quils decolle talent.
Ils rescèrent, bien quun des copilotes alt ignore, lorsqu’ils
avaient décollé de Kaboul, que son capitaine était en train de
deserter. Dans les heures gui suivirenr, nous commenç&mes a
recevoir des messages de felicitation; chaque ambassade voulait
examiner les helicopteres. On les mit en surete sur uni base
aerienne pendant deux semaines avant de permettere aux experts
du Royaume Uni, d'Allemeagne federale, de France et de Chine de
les examiner et de les photographier. Apres quelques semaines,
ils furent tranportes aux Etats-Unis ou se trouvaient finalement,
quatre des six membres d'equipage. Il y eut d'aurtres desertions
de pilotesafghans. Le premier fut un polote d'helicoptere MI-8
au debut de la guerre. Puis vint avion leger. Durant le vol, le
pilote avait annonce au copilote qu'il se dirigeait vers le
Pakistan pour deserter. Le copilote protesta si violemment que
le capitaine dégaina son pistolet et labattit drns le cockpit.
La CIA mit également Ia main sur un chasseur SU-22 grace a Ia
desertion dun remarquable pilote afghan, le capitaine Nabi, qul
combattit pendant quetque temps en tant que commandant moudja
hid, jusquà Ce que des chamailleries mesquines avec son patti le
condui sent opter pour alter vivre aux Etats-Unis.
La contribution militaire de Ia CIA Ia plus importante a Ia
guerre dAfghanistan flit faite au moyen des photographies prises
par satellite. Rien au sol néchappait au satellite qui voyait
tout. Les images, prises
dune altitude énorme, montrajent les chars, les véhicules, les
ponts, les accès et les dommages causes par bombes ou roquettes
avec une darte qui
me stupéflait. Cela faisait du planning des operations, comme
des ins tructions donnees aux commandants moudjahidins, une
tâche relative ment simple. Cela me permettait de choisir les
objectifs prioritaires pour les attaques a Ia roquette, les
différents points dattaque, et de considerer les differentes
routes d’acces et de repli. Je pouvais demander a ‘a CIA les
photos dune zone particuliere et peu de temps après je les
recevais mon bureau pour les etudier. La CIA reportait ensuite
tous les details sur une carte que nous pouvions conserver. La
carte n 20 de Sherkhan sur Ia rivière Amu (p. 255) montre un
exemple typique dune carte de Ce type sur laquelle nous
organisâmes une operation. A chaque photographie, ou carte,
était jointe une liste dobjecrifs possibles, une description de
cha cun, avec les approches recommandees, les positions ennemies,
les réac dons probables a lattaque et les contre-attaques
possibles. Ces informa dons, conjuguées a Ia connaissance locale
des Moudjahidins, accrOrent considerablement notre aptitude a
conduire des operations efficaces.
J'ai toujours ete fasciné par Ia capacité technique des Américains.
En matière de communications cétait véritablement epoustouflant.
On me raconta, par exemple, quaux Etats-Unis les ordinateurs
enregistraient ‘a conversation dun pilote soviétique volant aux
environs de Moscou. Apparemment tous les pilotes ont une
certaine manière de parler, que ce soit laccent, les pauses, les
mots utilisés ou les expressions. C’est teur signature. Les
Américains donnaient a chaque pilote un numCro decode ainsi, 51
le pilote X était entendu plus tard aux alentours de Kaboul, on
savait que, soit linclividu avait été mute, soit son escadron
avait éé déplacé. II ne restait qua savoir lequel des deux. D
cette manière, lordre de bataille de I’armée de lair soviCtique
en Afghanistan, on aux abords, était constamment tenu a jour.
Nous utilisions egalement leur technicité Iorsquil fallait
évaluer Ia meilleure manière de détruire un objectif particulier,
que ce soit in pont, un barrage, un depét de carburant ou un
oleoduc. La CIA nous fburnissaitles photos et un expert en demolition nous conseillait sur le
type d’explosif,
Ia quantité n&essaire, Ia meilleure procedure de destruction
cons&utive a
lemplacement des charges, ainsi que létendue probable des
dommages.
Encore une information inappr pour Ia preparation des
operations.
La CIA fournit egalement une aide substantielle avec
linstallation
dequipements decoute radio. Je n’ai pas directement pris part a
Ce type
d’assistance mais je sais queue fiat importante et quelle ma
fourni une
source d’information de derniere minute digne de foi grace aux
messages radio interceptS, quils soient soviétiques ou afghans. Nous
avions là une
information tactique de premiere importance sur Ie mouvement des
uni
tés, et parfois sur leurs intentions. Les messages êtaient
souvent intenses
et dramatiques, Comme lorsque nous entendions, au cours dune
attaque,
les opérateurs hurler leurs ordres, ou appeler fr a laide.
Jétais a l’ecoute de certains de ces messages qui confirmaient
l’enorme
méfiance qui régnait entre les Soviétiques et les Afghans. Quand
les
Moudjahidins possedèrent les Stinger, nous pftrnes entendre les
pilotes
afghans protester contre le fait quon les engageait dans des
missions ris
quées alors que les hélicoptères soviériques restaient a leur
base. Une fois,
Ce fur un commandement soviétique qui menaçait du tribunal
militaire
un officier subalterne qui voulait a tout prix être relevé de
son poste.
Linterception radio nous fournissait aussi les reactions aux
succès des
Moudjahidins, ou au contraire des details sur les pertes et les
dommages
quils avaient subis au cours de leur attaque.
Au cours de Fête 1985 après de multiples invitations, je me
rendis
au quartier-général de Ia CIA a Langley, Virginie, aux environs
de
Washington. Jy allai avec enthousiasme car je pensais y
apprendre beau
coup. Malheureusement, Ce voyage me rapporta peu sur le plan
profes
sionnel. En réalité, II s’avéra plus proche dune partie de
vacances dont je
revins avec un point de me personnel sur Ia CIA fortement minoré.
Je comprends Ia nécessité, pour ‘a CIA, de protéger ses
activités et
ses installations avec un système de sécurité perfectionné.
Toutefois, je fus tout dabord surpris par le temps quils me firent perdre,
puis choqué
et vexé de La manière dont ils appliquaient leurs règlements
mesquins a
une personne qui faisait partie de leurs allies et qui Ctait
elle-même offi
cier supérieur dans un service de renseignement ami. Je his très
étonné
lorsque, me conduisant au quartier-géneral, on me fit entrer
dans lascen
seur special du directeur. Lorsque je pénétrai dans Ia cage, le
liftier me
sourit et je trouvai sa figure familiere. Quand je redescendis,
le même
homme me demanda si je ne le reconnaissais pas car il faisait
partie de léquipe des gardes du corps de M. Casey. Jétais
surpris que même
lascenseur du direcceur soft actionné en permanence par tin de
ses gardes
du corps, surtout, comme c’&ait justement le cas, lorsquil était
absent.
Je fus choqué par ma visite a lécole de sabotage de Ia CIA,
située a
proximicé de Washington. Nous nous y rendimes pat avion cc qui
me fit
penser que ion falsait cela pour me convaincre que I’école se
crouvaft loin
de La capitale. Je suis certain que l’avion a tourné en rond
beaucoup plus
que nécessaire pour augmenter La durée du vol, tandis que Les
rideaux de
tous ics hubiots étaient soigneusement tires. On ne me permit
pas de jeter
un coup driL pour voir oii nous ailions. I en fat de même au
sol. Notre
voicure écait entièremenr Eermée, rendanc impossible couce vue
sur l’exté-
rieur. On aurait Pu aussi bien me mettre un bandeau sur les yeux
depuis le
debut. Je considérai cela comme une insulte. On mexpliqua que
mes
hôtes devaient Se soumettre aux règ mais je nétais pas tin
suspect
et chaque lois que des agents de I CIA vinrent visiter mes camps
d’entrainemenc au Pakistan, Us ne fluent jamais soumis Ice genre
de cmi-
tement. Us arrivaient en p jour, dans des vehicules ouverts,
sans aucu-
ne tentative pour dissimuler Ia route ou l’emplacement du camp.
Ce fut également durant cette visite que mes soupçons stir
limpor-
eance excessive que Ia CIA accordaic 1 lopinion de ses analystes-bureau-
crates fluent vériflés. Dabord, on me fit entrer dans une salle
de confé-
rence ott ion me fit un rapport sur i’Afghanistan. Je navais
jusque là
jamais assisté I un compte-rendu ta par une femme anaIyste
aussi non attention hat-die immCdiatement capti-vée. La pauvre
femme
écait nerveuse cc tremblante en lisant ses notes — un bon moyen
pour las-
set son auditoire, mais une pratique que semblent adopter
beaucoup
dAmericains. Cest le signe que Le conférencier ne maltrise pas
le sujet.
Et Ce flit le cas a cette occasion. Lorsqu’elle efit terminé, je
lui demandai
cc qu’elLe entendait pas les pertes importantes queue attribuait
aux
Moudjahidins 1 loccasion dun Combat parciculier. Quel étaft Ic
pourcen-
tage queue considérait comme loud — 10, 20 ou 50 pour cent ?
Elle fur
immédiatement désarçonnée. Elle Se croubla également quand
jinsistal
pour queue me disc combien de Moudjahidins avaient effectivemenr
participé au combat. Ses compagnons essayèrent de venir sa
rescousse.
Jappris plus card queUe étudiait les affaires d’Afghanistan
depuis 1inva-
Sian soviétique et queue avait obtenu a Luniversité une licence
en etudes
militaires avant dentrer Ia CIA. Elle navait bien entendu aucune
expé-
hence pradque de Ia guerre, er n’en aurait jamais. Sans cetre
expétience,
sans connaissance personnelie des conditions du champ de bataill
même
Ic meilleur analyste peur tirer les conclusions les plus fausses
de ses &its
ou dc ses chiffres.
Jeus ensuite lexemple dun homme considére comme un expert
sur les tactiques soviétiques. Après avoir entendu pendant un
certain
temps un discours sur Ce qui me semblait se rapporter aux
tactiques de
lArmS Rouge franchissant les plaines europécnnes, je menquis de
savoir I relation entre cc qu’il venait de dire er Ia guerre sur
le terrain en
Afghanistan. Jeus limpression de Lavoir vexé car i nouvrit plus
La
bouche par Ia suite.
En résumé ‘a tâche de Ia CIA pour I’Afghanisran était de fournir
des armes er des équipements et d’organiser leur transport vets
Pakistan de procurer des foods pour lachat de véhicules et de
moyens
de transport entre I Pakistan et I’Afghanistan de former les
instructeurs
sur les nouvelles armes ou les équipements ; de fournir des
photos prises
par satellite et des cartes pour nos besoins opérationnels de
fournir
lequipement radio et Ia formation, et les conseils su les
problemes techniques lorsque necessaire. L’cntiere conduite de Ia guerte, tous
les types
dentrainement des Moudjahidins et lallocarion et Ia distribution
des
armes er des fournirures &aient de Ia seule respondabilité de
1151, donc Ia
mienne en particulier.
Jinsiste sur Ic fair que Ia force de Ia CIA résidaic dans sa
capacicé
de mettre en uvre une technologie perfectionnée. S’il était
possible de
resoudre un probleme par des moyens techniques, us pouvaient y
répondre, mais Iorsque les decisions militaires devaient être
prises sur Ia
base de iexpérience, de la connaissance militaire, ou même en
appliquant
Ic simple ban 5Cn$ du combat, alors, I mon point de vue, peu
dofficiers
de la CIA pouvaient fournir une solution valable.
Des sommes dargent considérables furent gaspilkes, et Ic sont
probablement encore, dans Ia guerre dAfghanistan. Une p d’entre
dies est due indubitablement a Ia corruption ou aux erreurs
commises au
Pakistan et en Afghanistan mais je crois qu’une grande
proportion a dis
paru clans les poches de gouvernements sans scrupules, de
marchands
d’armes, de politiciens et dagents de La CIA qui, par
incompetence ou
malhonnêtetê, ont acheté ou vendu pour des millions de dollars
des
armes et des munitions inutilisables ou inappropriées.
Laissez-moi terminer sur une note positive. En dépit de tout Ce
que
je viens decrire, en fin de compre Ia participation de Ia CIA a
joué un
role vital dans Ia conduite du Djihad afghan. Sans le soutien
des Etats
Unis et de lArabie Saoudite, les Soviêtiques seraient encore
incrustés
dans cc pays. Sans ies renseignements fournis par Ia CIA de
nombreux
combats auraient éte perdus et sans lentratnement par Ia CIA de
nos instructeurs Pakitanais, les Moudjahidins se seraient
trouves dangereusement sous-equipes pour affronter, et
finalement se fair batte pat une superpuissance.
Ce qui se passait, une fois les armes au Pakistan, etait de
motre responsabilite. |