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   Querelles et combats
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   L'ours attaque
 

 Les armes magques

   L'ours harcele
   L'ours recule 
   Deux desastres
   Epilogue
 
 
 Un Autre Viet-nam
 

".Nous avons eu 58.000 morts au, Viet-nam, et il en faudrait un aux Russes...
Je suis un peu obsede par ça a cause du Viêt-nam.
Je pense que les Sovietiques devraient en avolr leur dose."
Charles Wilson, Membre du Congres, aurrefois farouche partisan de l' 'assistance
américaine aux Moudjahidins, cite par le Daily Telegraph, 14 janvier 1985

Jorganisai Ia visite de Wilson en Afghanistan en 1987. Cetait quelque chose quil avait toujours souhaite faire, lui qul avaic eté un porte-parole énergique et persuasif de ‘a cause des Moudjahidins uranc de nombreuses années a Ia Chambre des Représentants. Il s’était inontré un grand partisan du Djihad et ii était bien connu du Président Zia, a ui Il avait nonchalamment glissé qu’il allait en Afghanistan. Zia, qui nétait pas au courant que tout ccci avait été arrange, ne broncha pas mais appela un peu plus tard I général Akhtar et interdit Ia visite. I le fit pour des raisons politiques, pour Ic cas oü cela aurait pu Se savoir et a cause du faible risque que Wilson Se fasse tuer, ou bien pis, quil soit cap turé. Zia voulait de l’eau chaude, mais pas bouillante. Dc plus, Wilson était venu avec une petite arnie quil espérait emmener avec lui, cc qul rendait Ia chose embarrasssante et risquée.

Wilson avait arrange sa visite directement avec Ic pa de Khali et nous n’étions pas au courant, tout comme le Président. Bien que Zia Se soit oppose a Ia visite, il tenait absolument a cc que Wilson ne Se doute pas que lui, ou lISI l’avait ernpechee. Nous mimes au point un plan dans lequel on permettrait a Wilson dapprocher Ia frontiere mais ou 11 serait scoppé par des Moudjahidins sous I pretexte de combats entre les tribus dans Ic voisinage. Ce qui fut fait, et je me rendis a Peshawar pour l’escor Ce, durant son retour a Islamabad. Lorsquil vit Ic général Akhtar, on jul dic que sil avait loccasion de revenir, on sarrangerait pour le faire passer secrètement en Afghanistan. I revint comme prévu et on lemmena visirer I base de Moudjthidins de Zhawar, environ cinq kilomècres a l’intérieur de lAfgbanistan, en face de Miram Shah (voir carte n 1). U, i samusa beaucoup, se faisant photographier sur un cheval blanc, habillé en moudjahid, Ia poirrine barrée de bandes dc cartouches. 11 fin tout exci- té lorsqu’il Se crouva sous un bombardement spasmodique, bien qu’aucun projectile ne tombk a moms de 200 metres. Comme nous possédions pLusiears Stinger, nous essayâmes dattirer un hélicopcère a notre portéc car les Moudjahidins voulalent montrer leur adresse er Wilson Se réjouis- sait den yo on abattu. Les héiicoptères resterent maiheureusement h0r3 de portS. A son rerour, ii entra dans une violente colere parce que lambassade ainéricaine, de manière ueIque peu irréflechie, lui avait réservé une place sur un vol qul flisaic escale 1 Moscou. 11 fir une histoire monumentale et refusa d dans l’avion, de sorte quil fallut luf trouver un aurre vol. Je possède encore sa leitre de remerciements pour cette escapade clandestine dans Ia querre.

Je raconte cela maintenant car Wilson incarne lattitude de beau- coup de personnaLith américaines de ma conuaissance qui pensaient quit fallait faire de l’Afghanistan un Viêt-nam soviéti’que. Les Soviétiques avaient fourth an Viet-cong les moyens de combattre et de tuer des Américains, les Etats-Unis voulaient donc mauntenant fire de Theme pour les Moudjahidins afins . puissent tuer des Soviétiques. Ce point de vue prévalair egalement parmi les membres de Ia CIA, et notamment son directeur, William Casey. Je pus constater quils étaieric pleins damertume de navoir pas gagné Ia guerre au Viêt-nam, Ce qui représen- nit une défaite militaire capitale pour Ia premiere puissance mondiale. A mes yeux, cétait dabord pour prendre lent revanche que les Etats-Unis engouffraient tellement dargent dans cette guerre. Je suis certain que I IDepartement d’Etat avair beaucoup de raisons stratégiques et politiques valables pour apporter le soutien américain, mais je cr fermement que nombre de personnalités américaines en arrivaient a considérer celui-d comme une occasion bénie de tuer des Soviétiques sans mettre en danger les vies américaines. Le gen Akhtar évait de leur avis en c qui concer- naic Ia possibilité de faire de cette guerre un Viêt-nam soviétique. 11 avait convaincu le Président que cétait absolument faisable et ma tâche étaic désormais de passer a l’exécution.

Bien entendu, on pouvaft trouver de nombreuses similitudes enue les deux guerres. Au niveau politique, toures deux impliquaienr des superpuissances combattarn dans on pays étranger du continent asiatique dans les deux cas, elles Se battaient pour soutenir un gouverne- ment corrompu et impopulaire auprès de Ia majorité de Ia population au Viêr-nam, comme en Afghanistan, dénormes forces modennes et conventionnelles combattaient, au moms au debut, une guerilla et dans les deux exemples, Ia superpuissance avait fatalement sous-estimé son ennemi, en considérant au depart quune prompte victoire était I portée de sa main.

Stratégiquement, I terrain favorisait Ia guCrilla dans les deux cas, avec les montagnes couvertes de jungle du Viêt-nam et celles, hautes, scériles et rocailleuses de I’Afghanistan, qui fournissaient refuge et pro tection antiaérienne aux insurgés. Les Erats-Unis, comme l’Union sovié tiqtle, comptaient énormément sur leur puissance aérienne pour compen ser leur inaptitude a se mesurer I armes égales avec leurs ennemis sur I terrain. Pour ces armées convenrionnelles, cette guerre était d’abord une guerre defensive dans Ia campagne, chacune essayant de garder I contrô le des cites, des centres de communication et des bases militaires straté giques, laissant les zones rurales aux mains des partisans. Les deux guerres virent l’emploi de bombardements de terreur sans discrimination des villages soupçonnés d’abriter lennemi. Au Vi&-nam, les partisans pouvaient obtenir des renforts, des approvisionnements et des refuges en passant les frontières du Laos et du Cambodge, de même que les Moudjahidins au Pakistan.

Au niveau tactique, les deux Grands dépendaient enormément de ieur puissance de feu, plus que de leur infanterie, pour détruire leurs insai sissables aciversaires Tous deux réapprirent que certe seule tactique ne permet pas de vaincre une guérilla. Les Americains employerent un nou veau lieu commun militaire, recherche et destruction, qui Se résumait a investir un village ou une localite, puis lies marteler par terre et par air, sans souci de ce qui Se trouvait I lintérieur du cordon. Après quni, on comptait les morn et ‘Cs unites chantaient victoire. Les Soviétiques copiê rent avec beaucoup de z’ele Ce type de massacre au hasard bien qu’ils ne fussent pas aussi fervents des barrages. Ni les Américains, ni les Sovié tiques nauraient pu survivre aussi longremps sils navaient possédé les hélicoptères mais alors même, cette arme miraculeuse tie put leur procu rer Ia victoire quils recherchaient. Les soldars des deux Grands adopterent des attitudes remarquablement sembiables. II s’agissait, dans les deux cas d’armées de conscrits, pour une majeure part, don les hommes Se bat- talent avec une grande repugnance — afin de survivre. us n’avaient aucun intérêt clans Ia guerre, aucune cause a laquelle se rattacher. Cela Se tradui sit par de maigres résultats, particulièrcment au niveau des petites unites. Le moral saffaiblir de façon alarmante et beaucoup sadonnerent a lalcool ou a Ia drogue ai d’oublier. Chez les Am Se répandirent les “reftis de Se battre’ et plus dun m de cas de fragging (soldats tuant leurs propres cadres). Avec quelques exceptions notables, le fantassin moyen américain ou soviétique se revela, au mieux m au pire inutilisable. Cétait un résultat ineluctable pour des gouvernements qui comptaient sur des troupes de conscrits sans enthousiasme pour combattre dans une guer re dans laquelle us ne pouvaient trouver aucun ideal.

Il est intéressant de remarquer que les officiers de carrière des deux armées perçurent Ia guerre différemment de leurs hommes. C’était pour eux une occasion de poursuivre leur carrière. Beaucoup en profitèrenr, compostant leur ticket” avec des périodes de six mois (pour les Amé ricains) pour acquérir l’expérience du combat. 60.000 officiers sovié tiques environ passèrent par Ia guerre dAfghanistan, devenant ainsi membres de la confrérie des “Anciens de l’Afghanistan” dont us tirérent fréquemment des promotions ou des decorations.

On mavait désormais donné le role de chef de toute Ia guerilla. Je repassal dans mon esprit les critères reconnus normalement comme nécessaires au succès dun mouvement de résistance armée dabord, un peupie loyal prêt a supporter de grands risques, une population locale pr€ce dans son ensemble a fournir les abris, Ia nourriture, les recrues cc les informations. Le peuple afghan répondait a ces exigences dans ses milliers de villages ruraux. Deuxièmement, Ia nécessiré pour 1 partisans de croi re implicitement en leur cause, d’être prêts a se sacrifier a tout prix pour obtenir Ia victoire. Les Afghans avaient l’Islam. Ils menaient un Djihad, ils se battaient pour protéger leurs foyers ec leurs families. En troisième lieu, un terrain favorable. Avec plus des deux tiers de l’Afghanistan cou verts par des montagnes inhospitaiieres connues seulement des popula tions locales, je navais aucun doute là-dessus. Quatriemement, un havre stir — une base arrière de sécuritC dans laquelle les partisans pouvaient se retirer pour reprendre des forces et Se reposer sans crainte dune attaque. Le Pakistan fournissait aux Moudjahidins un tel sanctuaire. Cinquièzne merit, et peut-être le plus important de tous, un mouvement de résistan ce avait besoin de soutiens extérieurs, qui ne fassent pas que représenter leur cause dans les conseils internationaux, mais soient une abondante source de subsides. Les Etats-Unis et lArabie Saoudite remplissaient par f ce role. Le général Akhtar avait raison les facteurs dune vic toire militaire étaient tous réunis ici. Je devais me concentrer soigneuse ment pour savoir oü et comment appliquer les miiliers de coups qui allaient abactre l’ours.

II était important pour moi de comprendre Ia gCographie milicaire de l’Afghanistan et notamment de savoir comment étaient reliées ies bases et les Jignes de communication des deux partis (voir carte & 6). Aucune armS, ni m aucune force de partisans, ne peut mener uric campagne prolongS sans lignes de communications conduisant aux troupes réparties sur Ic terrain. I y a deux types de bases — les principales bases strat dapprovisionnement et les bases operationnelles. lOans le cas present, les bases principales dapprovisionnement étaient les r bliques soviétiques d’Asie centrale, des frontieres d’Iran a Iouest, jusqu’à a Chine a lest, et pour les Moudjahidins, les zones frontalieres occiden tales du Pakistan. Derriere ces frontieres Se trouvaient ‘Cs dépôts, les magasins, les camps d’entratnement, les principales reserves de muni tions, les zones de regroupement er, pour les Soviftiques, les terrains daviation qui fournissaient les forces aériennes en Afghanistan. Des cleux cotés tout ceci avait été jusqu’ici a labri dattaques sérieuses. Les unites pouvaient y rerourner au repos ou pour refaire leurs forces et Jes renfhrrs pouvaient sy regrouper sans encombre. Ces frontieres étaient extreme- meat Ion gues, setend ant sat plusieurs m de kilomètres. La frontiè re Pakistan-Afghanistan était montagneuse sur 90 pour cent de sa Ion gueur cc c I Balouchiscan occidental if y avait un desert. Cerre frontière suivait une barrière formidable et lugubre. A cause d La ion- gueur excessive de ces fronti clans les deux cas, fes bases dapprovi sionnement sétaient developpées autour de deux villes. En Union sovié tique, Termez voyair passer 75 pour cent des fournitures destinées a Afghanistan, le reste transitant par Kushka. Pout les Moudjahidins, Peshawar &ait I principal centre d’approvisionnement, Quetta, dans I sud, constituant Ic centre secondaire.

Les bases opérationnelles &aient differentes. CCtaient des bases tac tiques a linterieur de i’Afghanisran, dont dépendaient les formations ou les unites pour ‘curs besoins quotidiens immédiats sur le terrain. C’étaient aussi habituellement les points de stationnement des unites, doü dies partaient en operations. Après une operation de nettoyage, les Soviétiques regagnaienr normalement leurs bases opérationnelles de Ia même maniè re Jes Moudjahidins se retiraienr sur leurs bases locales apres une embus cade ou une attaque a Ia roquette. Les bases op principales des SoviCtiques étaient les grandes villes cv les terrains d’aviarion, comme Kaboul, Bagram, Kunduz, Jalalabad, Shindand, Kandahar et le dépSt rkemment installe jusre au sud d Pul-i-Khumri. Les Moudjahidins utili saient les centaines de petis villages et de vallées éparpilles star tout I ter ritoire. Chaque commandant avait sa base opéracionnelle.

Une bases dapprovionnement a labri clans faquetie on peut stocker tout le nécessaire pour combattre est sans utilité si I materiel ne peutêtre livré gur le terrain aux unites. C’est pour cette raison que les lignesde communication sont essenrielles. Ce SOflt ‘Cs veines et ‘Cs artères dune armée. De m que le c humain répartit le sang toutes les parties du corps, de méme une base stratégique doir pouvoir répartir les fourS tutes toutes les parties dune armée. Qu’une route secondaire soft blo quée pendant une courte période et voila une unite en difficulte jusquà Ce que Ia route soft dégagée, exactement comme saigne un doigt coupé tant quil ne reçoh pas un pansement. Ce nest une blessure sérieuse dans aucun cas. Mais que soit coupée ou bloquée Ia principale ligne de com munication dune armS et celle-ci Va pent Si Ofl ne Ia rétablit pas, aussi sUrement quun patient a l’artère coupS s’il ne teçoit pas Un secours immédiat.

La carte n 6 montre le système logistique rerrestre soviétique. Les Russes étaient capables de ravitailler par air Ia plupart de leurs garnisons ou de leurs bases opérationnelles en cas de nécessité, et us le faisaient effectivement, surtout en cas durgence lorsqu’un poste était assiégé. Mais le ravitaillement aérien ne pouvait remplacer les lignes de commu nication terrestres dont les besoins Craient tellement considérables. Si Ia base de Termez était leur c Ia tête des forces soviétiques Se trouvait I Kaboul, en Afghanistan. Cétait leur quartier-general avancé, le centre d gouvernement communiste, et celui qui Se trouvait au centre controtait I pays, au moms aux yeux du monde extérieur. L’artère, Ia principale vole de communication qui permettait a Kaboul de fonctionner était Ia route n° 2, Ia route Salang. Elle s’étendait sur 450 kilomètres vulnérabies. Elle avait eté, et continua a être, Ia scene de quelques-unes des embus cades moudjahidins les plus couronnées de succès.

De Kaboul, dautres routes conduisaient aux membres du corps soviétique. La route & 1 menait a Ghazni au sud, Pu Kandahar, I 500 km plus au sud-ouest. La route n° 157 allait plein sud vers I garni son de Gardez, a 120 km, et Ia branche orientale de Ia route n 1 condui salt a Jalalabad, et de là a Peshawar par le col de Khyber. Toutes ces routes étaient importantes. Leur coupure constitualt une douleur, peut être une incapacité pour un temps, mais nétait pas fatale.

Dans louest, Ia base secondaire des environs de Kushka ravitaillait les forces d’Herac et de Shindand. Comparée a lest et au nord, cétait le bras mort dune rivière. Son importance residait en Ce qu’elle agissait comme tampon contre lIran. Aller de Shindand a Kaboul par Ia route d sud obligealt a prendre Ia grande ‘route circulaire via Kandahar. Milk lcilometres tortueux, éreintants, de moteurs brulants, le tout au milieu des provinces hostiles et pour une bonne part a travers le Desert de Ia Mort.

Plus jexaminais Ia carte et plus je comprenais les difficultés des Soviétiques. Leur principale artCre vitale, La route Salang, et son extension stir OO km au sud vers Kandahar, était relativement proche de ‘a frontiè re pakistanaise, et Ce qui était plus grave, lui était parallele. La base prin cipale des Moudjahidins, avec tous ses postes avancés, Se trouvait a bonne distance d’attaque de La principale vole de communication nord-sud des Sovietiques au long de plus de 1000 kilom La peninsule de Parachinar (le Bec du Perroquet) pointait directement sur Kaboul. Le centre communiste d’Afghanistan n’était qua 90 kilomètres de sa pointe. Par une étrange coYncidence, une péninsule similaire, appelée également Bec du Perroquet, faisait saillie hors du territoire cambodgien a 65 km seulement de SaIgon, au Vi€t-nam du sud. Cela nous donnait un grand avantage stratégique. Non seulement les Sovietiques dependaient dune unique route dans Ia portion critique, a lest du pays, mais celle-ci était excessivement longue, traversant les zones controlees par les Moudjahidins et Ia chalne montagneuse de l’Hindou Kouch, et demeurait exposée sur toute sa longueur a Ia frontière ennemie (le Pakistan). De notre côté, en partant des bases frontalières, nous avions de nombreuses mutes menanc aux provinces orientales de lAfghanistan, qui étaient comparativement plus courtes et certainemenc moms exposees a des attaques.

J e savais parfaitement que plus les lignes de communications dune armee sont longues, plus faibles soot ses forces sur le terrain. Parce qu’une armée dans Ce cas doir affecter une grande partie de ses troupes I Ia protection de ses voles de ravitai Plus la route est longue, plus elle requiert de gardes et plus faible est Ia force d’opération. C’était le cas des armées soviétique et afghane. Cétait un facteur capital qui limitait leur possibilite de Se grouper pour représenter une force consistante, capable doperations prolongées dans les zones rurales. Jestimais que neuf sur dix des soldats ennemis étaient affectes a des tâches de defense statique, tenant garnison dans des postes qui protégeaient les routes oil les bases logistiques, participant a lescorte des convois ou a des travaux administratifs.

Les Soviétiques étaient sensibtes aux menaces qui pesaient stir leur principale vole de ravitaillemenc Car ils nen possedaient reellement qu’une seule dans Ia partie du pays qui avait de limportance. us ne pou vaient utiliser un autre chemin si Ia route Salang était bloquee. C’étaic également leur vole de retraite. En fin de compte Ce fut par 11 quits se retirèrent en 1988-89. En termes de strategic militaire, leur position érait incommode. Leurs forces écaient obligées, du fait des positions rela tives de leuf base arrière et du Pakistan, de ‘faire front sur leur flanc. En dautres termes, leur armée avait marche au sud sur plusieurs centaines de kilomètres jusqu’à Ia zone de Kaboul, en étirant derriere elle sa voie dapprovisionnement. Puis, pour atteindre les provinces critiques de lest et faire face a Ia frontière ennemie, elle avait dü faire mouvement sur Sn gauche (a lest). Son front faisait desormais face a Ce qui avait été son flanc, mais sa ligne de soutien courait toujours du nord au sud, d’autant plus exposée aux attaques. Les Moudjahidins navaient pas ce problerne.

Malgré cela, je ne devais pas oublier que les Moudjabidins étaient des franc-tireurs, incapables, en 1983, daifronter leurs adversaires clans une baraille conventionnelle en rêgle. Notre stratégie devait demeurer celle des mules coups dépingle. I y a une énorme difference entre le fait de couper une route de grande importance et de maintenir Ia rupture, et le coup de mains fligitif gui cause des pertes mais ne bloque pas Ia voje pendant très longtemps. Obtenir le premier résultat sur Ia route Salang aurait nécessité une force substantielle, capable et entratnée a tenir Ia position de blocage face a une inevitable contre-attaque massive par terre et par air. Une telle stratégie était, je I pensais, au-dessus de Ia capacité des Moudjahidins, même si jétais parvenu a obtenir d’eux une concentra tion et une cooperation suffisantes. La meilleure strategic devait être le raid, l’embuscade, l’attaque suivie de repli, mais exécutés avec une telle fréquence et une telle férocite que les blessures causées par ces multiples coups daiguille affaibliraient sérieusement La capacité de I’ennemi a poursuivre Ia lutte. Une telle pression sur les lignes de ravitaillement aurait pour bCnéfice supplementaire dobliger les Soviétiques a cantonner une part toujours plus elevee de leurs hommes dans des fonctions de sécurité statique. Les Moudjahidins conserveraient linitiative, avec tout ce qui en découlerait, sur leur moral autant que pour convaincre ceux gui Its soutenaient de leur maintenir leur appui.

Au cours de mes premieres semaines, je rencontrai plusieurs fois le general Akhtar afin de mettre au point une stratégie générale. A son point de vue, 1984 verrait Ia poursuite par les Soviétiques de leur attitu de generate defensive, en insistant sur Ia protection des centres politiques importants, des lignes de communication et des installations majeures, terrains d’aviation, barrages, sites industriels et usines hydroélectriques. II prévoyait que lennemi Se limiterait aux seules grandes operations nécessaires pour augmenter Ia sécurité des points vulnérables précités. Elles se situeraient probablement dans les zones proches de Ia frontiere pakistanaise afin de perturber les voies d’approvisionnement des Muja hidins et dans les zones d’opération des Moudjahidins proches des villes importantes ou des bases aériennes, comme Kaboul et Bagram. La vallée d Panjshir (voir carte n 7), gui avait souvent servi de tremplin pour des attaques contre Ia route Salang, et qui avait été l’objectif d’au moms six vastes operations de nettoyage durant les trois premieres annees de Ia guerre, devait être considérée comme Ic lieu probable dune autre offensi ve soviétique.

Akhtar sattendait egalemenr a un accroissement des violations de Ia frontière pakistanaise par des attaques aériennes et des bombardements d’artillerie. II y voyait le désir d’élargir Ic desaccord entre les populations locales pakistanaises et les réfiigies, comme une partie cruciale de Ia stra tégie soviétique. Le sabotage et Ia subversion seraient poursuivis pour déstabiliser le Pakistan et cela comprendrait Ia fburniture darmes et de subsides aux tribus frontalieres qui avaient toujours été hostiles au gou vernement central dislamabad. Si Ion pouvait fomenter des troubles de Iordre public, ceux-ci augmenceraient La pression sur Ic Pakistan, cest-à dire a cette époque-Ii sur le Président Zia, pour quil retire son soutien au Djihad. Nous pensions tous deux que les Soviétiques étaient voués une stratégie militaire defensive en Afghanistan, visant conserver leurs acquis, coupl& a une offensive de sabotage an Pakistan, visant a rendre Ic soutien aux Moudjahidins trop onéreux politiquement pour Zia. Les Soviétiques semblaienr pen disposes a faire monter ‘Cs encheres en renfor cant leurs effectifs sur une grande echelle, car its espéraient qua long terme l’incapacite des Moudjahidins a s’emparer des grandes cites et Ia destruction progressive de leur infrastructure rurale et villageoise les inciteraient a abandonner ‘a lutte par pure lassitude de Ia guerre.

Nos plans pour 1984 étaient modestes. us envisageaient de concentrer les attaques sur Kaboul, que le général Akhtar considérait comme le centre de gravite du régime et de l’armée communistes. Elle serait soumise a tous les types d’assauts et de raids de harcelement afin dobtenir un avantage politique et psychologique auprès de Ia presse et des medias internationaux. On intensifieraic les operations contre Ia prin cipale ligne de communication de lennemi et contre les terrains d’avia tion et Ion essaierait dattirer les petites garnisons hors de leur poste pour pouvoir les surprendre en état d’inferiorite.

Ce nétait pas une stratégie ambitieuse. Mais, je men rendis compre tres vite, elk tenait compte de Ia capacité Iimitée des Moudjahidins 1 ce stade de Ia guerre. II ny avait pas encore de veritable unite entre les chth de parti l’Alliance venait juste dêtre mise sur pied le comité militaire était encore dans Ien&nce le nombre de Moudjahidins gui avaient reçu un entrainement était minuscule et en outre, 115 ne possEdaient ancune riposte effective contre Ies hélicoptères d’assaut. Cest seulement au cours de cetce année-1l que commencèrent a arriver les roquettes chinoises de 107mm jusque là, lartillerie des Moud jahidins était le mortier de 82mm.

J avais a peine commence a executer ces decisions qu une vaste offensive flit Iancée sur Ia vallée du Panjshir. C etait ‘a septieme de c - genre, ce qut ‘Ilustre I importance critique de cette vallee pour les deux partis. La carte ne 7 en donne une bonne idee. Cette vallée tire son nom de Ia rivière qui serpente au cceur de lHindou Kouch, entre des pics neigeux - hauts de 7000 metres, pointant comme une epée vers ‘a route Salang. La pointe de La Lame atteint La mute a Jabal Saraj Cette vallée abritait les bases opérationnelles du commandant moudjahidin Ahmed Chah Massoud. Massoud avait accepté un cessez- dans Ia vallée pour 1983, mais ii refusa de le renouveler pour 1984, ce qui declencha loffensive.

L’hiver 1983-84 avait éte rude et nous nattendions pas dopération de grande envergure avant mai. Néanmoins, nous commenç a recevoir des rapports de nos informateurs de Kaboul disant qu’une attaque importante Se préparait contre Ia vallée du Panjshir. Je réunis ala hate mon état-major ci I Comite militaire a denvisager Ia meilleure façon de soutenir Massoud. La difuiculte provenait de Ce que La route Ia plus courte pour ravitailler Ic Panjshir passait par les Co’s de lHindou Kouch situes les plus au nord en venant de Chitral, cols qui étaienc enneigés or, sur les autres routes, les commandants qui nappartenaient pas au parti de Massoud ne permettaient pas aux convois de ravitaille ment de traverser leur zone. Pour Ia premiere fois, je faisais lexpérienCe de Ia manière dont les luttes entre les partis pouvaient compromettre les operations. Massoud appartenait au parti de Rabbani aussi, fis-je forte ment pression sur celui-ci pour quil ravale son orgueil et quil demande aux autres soutien et cooperation, ‘lIe fir a contre-cxeur et je flis soulage Iorsque Hekmatyar donna son accord, car ses hommes étaient concentrés r du déboach6 dc Ia vaLL& ai sar lombait Jabal Sata et Gulbahar,la ou nous avions lintention de contre-attaquer pendant que loffensive s’enfoncerait dans Ia vallée. En même temps, je donnai des instructions et entratnai hâtivement le maximum de Moudjahidins qui Sc trouvaienc disponibles au Pakistan, avant de les engager dans des artaques de diver sion sur Kaboul, Bagram et les regions frontalieres du Pakistan. Ce nétait pas grand chose mais le temps jouait contre moi ci je navais aucun moyen de mettre sur pied une riposte quelconque pour parer l’offensive qui se mettait en mouvement.

Les Soviétiques nous surprirent par le moment choisi, Ia puissance et letendue de leur attaque. Bien qua l’ISI nous n’ayons pas eu suffisam ment de temps pour organiser uric riposte immediate après avoir éé avertis, Massoud fut capable d’arténucr le coup attendu. II évacua des centaines de villageois du débouché et de Ia bane vallée dans les vallees adjacentes ii posa des mines le long de Ia route et fondit sur Ia route Salang cix i tendit une embuscade parfaitement réussie au cours de laquelle près de 70 camions-citernes furent détruits. I fit également sau ter deux ponts importants sur La route. Le jour suivant, 20 avril, ii corn mença a replier ses troupes, qui Se montaienr a près de 5000 hommes, dans les montagnes et les vallées secondaires.

Les bombardements aCriens débuterent le méme jour (voir carte n 7). Trente-six bombardiers a haute altitude TU-16 (Badger) ainsi que de nombreux chasseurs-bombardiers SU-24 (Fencer) venant de diverses parties dUnion soviétique avaient été pré-positionnCs sur les terrains de Nord Marie et de Termez. Lavance terrestre devait être precédée dun puissant tapis de bombes sur Ia vallée. Les Badger volalent Si haut quils étaient inaudibles et invisibles. Dans Ia vallée du Panjshir des bombes de 500 et 1.000 livres commencèrent soudain a pleuvoir sur Ia population. Cornme k constacèrenc Les Amétjcajns avec leurs raids massjfs d B-52 sur le Viét-nam, et les Allies en Europe en 1944-45, It bombardement aft qul vise a cuer les populations cxi a briser Lent volouté de corn Sttre peut se révéler décevant. 11 en fut ainsi au Panjshir oü Ia prévoyan cc de Massoud rCduisit les pertes, tandis que it rnauvais ternps gêna its Fencer et envoya un Badger percuter ‘a montagne. Les vallées secon daires, Ctroites et escarpées, offraient un excellent abri contre les attaques aériennes. A certains endroits, Ia montagne arteignait 6.000 metres, les ininuscuies vallées tournalent et serpentaient, devenant parfois des gorges, et rendant de relies attaques extrêmement hasardeuses, sinon ixnpossibles. Dans ces regions, lavion dassaut ne pouvait faire une approche correcte sur son objectif et les bombardiers stratégiques (rap— paient généralement a côtC de Ia cibie. C’était une leçon a retenir, aussi gardai-je en tête Ia valeur des montagnes contre les attaques aériennes.

Cétait a Ce our lattaque soviêtique Ia plus ambitieuse, qui reflé tait limportance quils attachajent a Ia route Salang er a Ia menace qui pesait sur elk par ía vallée du Panjshir. II est probable que le major-gtné cal Saradov, commandant I 108 Division motorisée, était chargé de t’opération, avec un gCnétal venu. de l’état-major de Moscou pour Le conseiller et rendre compte des resukats. Un posce de commandement téroporté fur mis en place sur Un quadrimoteur An-12 Cub, bourré d’ofticiers d’etat-major et surnominé it Kremlin volant’. 11 supervisait près de 10.000 militaires soviétiques et 5.000 Afghans.

Lattaque Se déroula en deux phases. La premi’ere dura ‘In 22 an 30 avril et fut principalernent canronnée a Ia vallée du Panjshir, avec des co blindees rampant lentement le long de Ia route, subissant des pertes I cause des mines et troublées par des attaques de flanc des Muja hidins. Un barrage roulant d’artillerie cc de roquettes précédait l’avance, candis que des unites héiiportées Ctaient deposees derriere les villages en face des attaquants, pour agir comme groupes d’arrêt. il fallut huh jours au dispositif pour atteindre Khenj, un petit village a 60 kilomètres envi r au fond de Ia vallee. Cest là quil s’arréta, bien qu’un bataillon flit héliporcé a Dash-i 20 km plus loin, ot’ il paya très cher son audace cc son isolement. La phase deux commença alors, le fond de Ia vallée érant encore impraticable a cause de Ia neige.

Ce ft La partie La plus hardie de Loperation, comprenanc diffé renres unites a l’extérieur de Ia vallée qui Se rejoignalent en essayant de preadre au piège ks Moudjahidins entre les forces qui ptogressaient p les va!lées secondaires et celles qui venait des cols situés sur leurs arrières. Ces unites formaient un cordon extérieur, tandis que des unites de para-
chutistes de Ia taille dun bataillon étaient déposées sur les positions dominantes pour former un cordon intérieur (voir carte n 7). Un bataillon fuc a nouveau mis en pièces lorsqu’il fur depose trop loin des troupes terrestres.

Vers le 7 mai, Ia seconde phase était rerminée et notre activite se faisait sentir autour de Kaboul. Une operation pleinement réussie des Moudjahidins sur Bagram avait détruit plusieurs avions au sol. Les atta- quants se replièrent des vall secondaires et de Dash-i-Ravat, le point extreme quils avaient atteint. Les Soviétiques rentrèrent 1 leurs bases a Ia fin de juin, laissant derriere eux des garnisons afghanes en postes perma- nents a Anawa, Rokha, Eazarak et Peshghor.

C’était an succès partiel pour les Soviétiques. Cela me donna d’autres aperçus sur les capacités et les tactiques des Sovi pour lavenir, tout en soulignant queLques faiblesses évidenres des Moudja- hidins. Les Soviétiques semblaient avoir ameliore leur technique depuis Ia petite optation précédente qu’ils avaient menée sur La route Salang peu de temps après mon arrivée. Cette attaque Crait mieux coordonnée, avec un bien meilleur emploi des hélicoptères pour placer les unites en position de cordon. Mais, une fois encore, on éprouvait un sentiment de déjà vu*. Les vétérans américains du Viêt-nam, ainsi que leurs camarades viêt-namiens, nauraient eu aucune difficulté I comprendre le problemedes Soviétiques et de leurs allies afghans, essayant de détruire un ennemi insaisissable qui, de franc-tircur, pouvait Se changer en paysan en queLques minutes. Les missions de recherche et destruction sont tout-a-fait semblables cu qu’elles soient menées.

Javais eu un très net rappel de ‘a façon dont les jalousies entre les Partis pouvaient paralyser les plans les mieux établis. Javais vu combien ii était difficile, sinon impossible de monter rapidement une operation. Javais eté averti de Ia misc en place dune operation plusieurs semaines a lavance mais Ic manque de communications, le manque dune reserve mobile quelconque qui pourrait être dépechée sur Le point critique et le manque de bonne volont entre Les chefs de partis et les commandants, avaient reduit cet avantage a néant. Nos effirts avaient ete tardifs en par consequent, partielLement couronnés de succès.

D'un autre côté, javais constaté combien il était difficile pour des avions de tuer les partisans dans Les montagnes et javais Ia certitude que Ia veine jugulaire des Soviétiques en Afghanistan était la route Salang.

La route Salang avait été construite par ‘Cs Soviétiques dans le cadre de leur aide au dEveloppement. Son principal objectif était de relier Kaboul a lUnion soviétique et detablir une voie tous-temps permanente franchissant l’Hindou Kouch de telle sorte quun courant de marchan dises et de personnes puissent sétablir dans ‘Cs deux sens. On avait cer tainement reconnu sa signification militaire, même si cela navait pas été discuté au grand jour. File reliait effectivement Ic nord au sud de l chose qui n’avait pas eté faite jusqualors, réduisant le cernps de voyage de semaines en heures. Alors que les Soviétiques Se concentraient sur cette liaison stratégique, les Américains sefforcerent de bâtir Ia route circulaire” au sud dun massif montagneux inhospitalier, le Hazarajat, qui occupait le centre du pays.

Si Ia base autour de Termez représentait Ic c qui pompait les approvisionnements le long de l’artêre Salang vers le centre de leffort tie uerre a Kaboul, I goulot detranglernent du cou était alors I tunnel de Salang, a 120 km de Kaboul. Construit également par les Sovietiques, cc tunnel est un chef-d’ de technique. Situé juste a lest du Mont Salang, une altitude de 3.500 rn cest le plus haut tunnel du monde. II flit creusé a La dynamite dans un rocher solide sur près de cinq kilo metres a lendroit oü I’Hindou Kouch est le plus étroit. On a prévu qud reste ouvert tout au long de l’hiver mais Ce nest possible quavec un emploi intensif de bulldozers qui nettoient les cou de neige et les chutes de rochers sur ses abords. then quil soit eclairé a l’intérieur grace a de puissantes générarrices, i est rarement agréable a traverser. En hiver, les soldats soviétiques Se remernoraient le froid intense, les camions glissant sur Ia giace, Ia salete, Ia puanteur des echappements et a sensation tie claustrophobic lorsquon disparait dans Ia montagne. Onconserve La terreur d’être enseveli jusqu’à ce qu’au bout dun quart d’heure, si tout se passe bien, on atreigne lair frais et La liberté a lautre bout.

La peur d’être pris au piège nétait pas un sentiment déraisonnable. En 1982, une série d’éboulements de neige et de rochers bloqua Ia route, ernbouteillant un grand convoi a linterieur. Les épais nuages de gaz déchappement provoquèrent rapidement une concentration empoisonnée de monoxide de carbone dans lespace confine causant plusieurs morts parmi Les Russes, beaucoup de malades et un chaos total. Cet incident fiat rapporté comme étant du a une embuscade moudjahidin et le nombre demorts St exagérC. Cela conduisit a percer davantage de puits daération
dans Ia voftre et a renforcer les mesures de sécurité. A chaque extrérnité, des postes de garde fürent construits pour défendre Les entrées contre les actaques rapprochées. On mit en place des barrieres et des postes de contro øü des policiers militaires ou du KHAD controlaient les docu- ments Ct arrêtaient les vehicules suspects.

Cétait pour moi probablement lob jectif le plus s en Afghanistan. II appelait lattaque. DCtruire le tunnel causerair des diffi- cultés logistiques stupefiantes pour les Soviétiques et serait un criomphe de Ia plus haute importance pour les Moudjahidins. Mais, ainsi que je men rendais de plus en plus compte, ii étaic aisé de choisir un objectif, latteindre était une autre affaire.

 Je resolus néanmoins dessayer. 11 fallait dabord calculer Ia quanti- té, le type et Ia position des explosifs. Daprès lavis dun expert de Ia CIA, ii fut etabli quil en faudrait plusieurs tonnes, cc qui signiflait quit faudrait utiliser un camion. Puis, on m’indiqua quun seul camion ne pourrait causer que des dommages réparables en deux ou trois jours i fallait utiliser trois camions espacés a l’intérieur.

La chose Se compliquait avec I type de camion a employer. Leg véhicules risquaient d’être fouillés a l’entrée, par consequent, ii était impossible de charger un camion ordinaire avec des explosifs. Nous optâmes pour un camion-citerne. Avec quelques modifications, ces vehi- cules pouvaient être remplis d’explosifs et néanmoins sembler transporter du petrole, après une inspection superfIcielle. Les camions-citernes d gouvernement afghans semblaient l’idCal on en acheta donc un pour l’examiner et lessayer. Une autre difficulté Se présenta. Une citerne plel- ne ne pouvait entrer que par lentree nord, tandis que les citernes vides venaient de Kaboul au sud. Lennui était que Ia seule route du Pakistan vets l’Afghanistan se terminait a Kaboul. La partie Ia plus deconcertante de notre tâche était probablement d’arriver a mettre en place ttOlS citernes remplies d’explosifs au nord du tunnel. Ii leur fitudrait rouler a vide jusqu’à un lieu de rendez-vous convenable oü ion chargerait les explosifs, transportés jusque là a dos de chevaux ou de mulets.

II nous fallait trouver plusieurs chauffeurs volontaires pour les entralner et les instruire. Cela Se revélait difficile. Cela impliquait un grand risque personnel, Ce qui n’était pas Ic genre dopérations populaires chez les Moudjahidins qui préféraient Ic prestige et La gloire du champ de bataille aux activités de sabotage clandestines. En prarique, II fallait
conduire les véhicules jusque dans le tunnel, feindre une panne méca- nique quelconque aux points appropriés er mertre en marche Ic mécanis- me d’horlogerie ; les chauffeurs devraienr alors sorrir du tunnel. On poll- vail utiliser des motos, ou tout autre vehicule empruntant Ia route, mais ii ne faudrait pas quils soient trop nombreux. Les pannes causaienc toujours des embouteillages a l’intérieur, avec en outre une reaction immediate des unites de sécurité a chaque bout. 11 faudrait que les pannes soienr telles que les camions ne puissent €tre remorques rapide ment. On devrait utiliser en même remps un mécanisme dhorlogerie et un déclencheur a distance. Le mécanisme dhorlogerie était essentiel pour I cas oü le declencheur ne foncrionnerait pas. Si tout Se passait bien, on d l’explosion aussirôt que les chauffeurs seraient sortis, en espérant prendre au piège a l’inrerieur les Soviétiques qui tenteraient de dépanner les vehicules. Cest c quils essaieraient de faire immediate ment, intrigues par trois camions-citernes arrétCs simultanemenc. Les horloges devraient être réglées pour une demi-heure environ, assez pour que les chauffeurs s’echappent, pas assez pour que les vehicules soient récupéres, ou les explosifs découverts et neu Pour obtenir leffet maximum, lopérarion devrait être prévue pour l’hiver, au moment oü Kaboul était demunie en approvisionnement et oti le deblaiement des abords du tunnel était contrarié par le mauvais temps, oü les bulldozers se dCbattaient dans des congéres a chaque extremité.

Cela aurait fair un magnifique triomphe pour les Moudjahidins, mais cela neüt ma pas lieu. A plusieurs reprises, des com mandants acceptèrent d’entreprendre lopération, mais a chaque fois, au bout de quelques mois, je dus reconnaltre quit érait impossible de trou vet le volontaire. Peut-être érait-ce rrop ambitieux, bien que je ne le pense pas personne 11 y avait là tous les éléments dune action de guerilla classique. L’Histoire laurait sQrement retenue comme te suprê me exemple dun ace de sabotage unique paralysant une armS moderne pendant des semaines.

La route Salang était Ia route la plus étroitement gardee d’Afgha nistan. Du pont récemment construit dHairatan, juste a louest de Termez, jusquà Kaboul, les troupes occupaient une grande quantité de postes, grands flu petirs, places de manière a se couvrir mutuellement. Tous tes 20 kilometres environ, se trouvalent des garnisons importantes, avec une reserve mobile, de l’artillerie, des vehicules blindS, des citernes et souvent des controleurs au sot de larmee de tair. Elles ne differaient pas tetlement des bases de sourien opCrationnet que les Américains avaient imptantées un peu partout au Viêt-nam du sud pour protéger les voies dapprovisionnement ou soutenir les missions de recherche et des truction. A certains endroits, tà oü I terrain favorisait les embuscades, les postes plus petirs étaient genératemenr situés sur an promontoire domi nant Ia grand’route. Chaque poste Ctait entouré de barbelS et de champs de mines et relié a tétat-major de son secteur par liaison radio. Des mines étaient fréquemment eparpillees a coté de la route aux endroits oü les embuscades &aient possibles, tandis que tout arbre ou toute broussaille qui pauvaic servir de couvert était arrache.

Non seulement 75 pour cent de tout Ic trafic rerrestre pour soute fir I guerre empruntait cette vole, mais egalernent tout It pétrole. A quelques metres de Ia route, enterr courait I’oleoduc venant dUnion soviétique. IL suivait Le trace SUE toute sa longueur jusqu’à La base aérien ne de Bagram, et constitualt donc floe aurre cib tentante pour les Moudjahidins.

En debars de Ia route, de Ioleoduc, des convois, des ponts et du tunnel, II y avait deux bases principales situées a proximité ou sur Ia route. tune deiles, au sud de I’Hindou Kouch, était Bagram, qui conscituait Ia plus importante base aCrienne de tout le pays. Au nord des moniagnes, juste au sud de PoI-i-Khumri, Se trouvait le plus important dépôr soviêt afghan, comprenant deux parties, Fune pour le pétrole, l’autre pour les munitions et tes véhicules. Quoiquà une écheUe plus grande, Cam Ratth et Da Nang avaient s un ob jecrif similaire au Viêt-nam du sud.

Il nétait en ano façon impossible, omme e Lavais cru tout d’abord, de transformer IAfghanistan en un autre Viêt-nam, et je veux dire par là obtenir uric retraite militaire soviétique, aRm de laisser Its Moudjahidins regler leurs affaires entre Afghans. 1984 allaic être pour moi uae anaée dapprentissage pour estirner cc gui pouvait ou nor &re realise. Ce hit l’année oü nous augmentãmes considerablement les équi pements d’entrainement, oä les operations contre Kaboul hirent intensi ulées et coordonntes, o ma premiere requête pour obtenir des Stinger SAM flit rejetée et oui nous fimes les premieres approches ic long de Ia rivière Amu, visant Ic territoire soviétique. Ces douze premiers mois me confIrmèrent dans ma convic que les Sovietiques avaient peur des pertes. Frêquemment, us me descendaient pas de leurs véhicules blindés, ou bien us le faisaient au dernier moment dans lultime assaut pour emporter Ia victoire. us éraient egalement effrayes par les operations de nuit. Tout s’arr€tsit pendant La nuit. H ny avait pas de convois, pas de mouvements, pas dattaques et très peu de patrouil nocturnes. C’érait du a lefficacité réduite de Ia couverture aérienne. Noire ennemi avait pent de faire quoi que Ce soit sans hélicoptères tournoyant amour Qu prêts a intewenir au moindre appel — un autre trait qui rappelait beau- coup les Américains au Viet-nam. Mon impression était pie ces deux superpuissances s’étaient préparées a mener une guerre conventionnefle, ou même nucleaire, en Europe, mais jamais a mener une campagne contre des partisans en Asic. Toures chases égales par ailleurs, cest le I rassin au sal qui gagne en combattant les partisans et non en resrant entassé dans des postes statiques et en arrosant Ia campagne avec des bombes et des roquettes. En résumé, les gouvernements communistes, comme les gouvernements capitalistes, avalent demande l’impossible en simaginant que des conscrits, pour lesquels la guerre navait aucune signification, mènera.ent a bien cetre mission.

Je devais mener floe guerre faite de mule coups daiguille. Je connaissais les points sensibles de mon ennemi — Ia route Salang, les avions au sol, le ravitaillement, les barrages, ‘Cs pouts les oléoducs, les postes ou les convois isolés er au centre de tout cela, Kaboul. Je savais S planter I couteau, mais savoir cc quil faur faire est encore loin de l’avoir réalisé. Choisir un objectif, decider du mouvement approprié ou mettre le doigt sat Ia faiblesse de l’adversaire est I côtC facile du role du général. La panic difficile consiste a rassembler ses forces pour obtenir une puissance sufflsante, a les maintenir bien entrainées et menées par des chefs dignes de confiance, sassurer que sour bien armées, bien équipécs et bien nourries, u’e!1es out bien compris les plans, et alors les mettre en place sans ‘Cs exposer, au bon endroit, a l’heure prévue. Voilà Ia veritable épreuve dun général.

Comme jallais men apercevoir, rien ne bouge, en paix comme en guerre, sans argent. Les Moudjahidins ne pouvaient rien entreprendre sans un soutien financier. Aussi brillante que puisse être ma strategic, son application dependait de Ia disponibilte d’un vane reservoir de mon naie avec laquelle je pourrais armer, entralner et mouvoir mes fbrces. La
moitié de cet argent, environ, provenait des contribuables des Etats-Unis, I reste étant fourth par I gouvernement dArabie Saoudite ou par de riches donateurs arabes.