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   Remarque Sur Les Sources
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   Prologue 
   Les Debuts 
   Les Moudjahidins
   Les Infideles
   Un autre Viet-nam
   Le role de la CIA
   Le Pipeline
   Entrainement et tactiques
   Querelles et combats
   Kaboul, la clef
   L'ours attaque
 

 Les armes magques

   L'ours harcele
   L'ours recule 
   Deux desastres
   Epilogue
 
 
 Les Infideles
 

.“Il est bon d’être instruit, méme par un ennemi.
Ovide, Métamorphoses, IV

Grace a I courtoisie de Ia CIA et de ses satellites espions au-dessus de l’Afghanistan, les murs de ma salle d’op&ations étaient cou verts d’excellentes canes a grande échelle. Elles étaient parsemees de punaises et de symboles rouges. Ceux-ci indiquaient les emplacements connus de douzaines de formations et d’unités différentes, de l’armée de terre cc de l’aviation, soviétiques cc a Ma premiere démarche pour concevoir un plan quelconque pour atcaquer man ennemi était de savoir üü ii Se trouvait. La carte n 3 montre, dans ses grandes lignes, Ce que je connaissais des formations saviétiques, en descendant jusqu’au niveau du regiment indépendant, et des formations afghanes, jusqu’à Ia division. C’était un spectacle tout-a-faa imposant. En tout, a peu pies 85000 sol dats soviétiques Se trouvaient en Afghanistan, sans compter les 30.000 autres (Cu davantage) qui étaient deployés juste au nord de Ia rivière Amu, en Union Soviétique. Des unites de Ia taille dun bataillon apparcenant a ces dernières formations franchissaient fréquemment Ia rivière pour parti ciper a des missions opérationnelles mais I plus gros de ces forces &ait consacré a des tãches administratjves ou dentratnement.

La fihière de commandement soviétique remontait jusqul MOSCOU. Les decisions politiques touchant a Ia guerre étaient prises par le Kremlin. Létat-major général soviétique (Principal Directorat des opéra tions) avait tout d’abord désigné le marCchal Sergei Sokolov pour super viser l’invasion. Celui-ci avait etabli son état-major au quartier-général du Théâtre doperations du sud. A un echelon plus avancé, a Tachkent, Se trouvait Ic quartier-général du District mjlitaire du Turkéstan (TMD), commande par le colonel-general Yuri Maksimov. Je fus intéressé d’apprendre que son action en cant que commandant en chef soviétique pour ‘a guerre d’Afgh était tenue en baute estime. En 1982, ii avair été promu colonel-gen er avair eve fait 1-leros de lunion SoviC tique, a Ilge de 58 ans — deux ans plus t& ue de coutume. I i dépendait ie quartier-général arrière de Ia 4 ArmS, a Termez, sur Ia frontière afghane. Ses el de commandement avancés Cvaient corn mandés par le lieutenant-gEnEral V. M. Mikhailov au camp de Tapa Tajbeg, I Kabout. Son cocnmandement portait k tine encombcanv et trornpeur de Contingent Limité des Forces Soviéciques en Afghanistan (ILCSFA). Le conseifler militaire supérieur soviétique auprès du régime afghan, le ileutenant-gEn Era Alexandre Mayorov, cravaillair en coopét don avec iui, mais sans commandement de troupes.

A Ce moment, je trouvai un peu étrange que Ia pression soviétique nait pas augmenté depu 1979 en Ce qui concerne (es effectifs. Rien ne laissait percevoir quil engageaienr de plus en plus d’hommes dans cc tonneau sans fond, a Ia manière des Americains au Viêt-nam. On aurait dit quits n’étaienr pas prêts a allouer a certe guerre davantage dunkS suppiémentaires. Si cette hyporhèse était exacte, cela pourraic devenir un facteur capita! de succès pour les operations futures des Moudjahidins.

Lorsque les Sovietiques entrèrent en Afghanistan, us ne satten daient pas a parriciper eux-mêmes a une campagne anti-insurrection stir une grande échel us n’avaient engage que quarre divisions mororisées et une division et demi de parachutistes. Ces divisions motorisées étaient des unites possedanc un encadrement faible qui avair eté étoffé par des réservistes mobiLisés hativement. tiles Ctaient composées de rroupes mat entratnées pour une guerre quelconque, encore moms sagissanc danti guérilla, qui arrkvaient avec des armes et un équipement aTchaiques, rains datant de In Seconde guerre mondiale. Cétait bien different de loccupadon de Ia Tchtcoslovaquie en 1968 qui avait requis 20 divisions de 250000 hommes. Nous en déduisions que leur intention primitive avait Se simplement de soutenir icur marionnette, Karmal, réceinment instailC a 1* tête du gouvernement cle KabouL Its esphaient que [ pré- sence donnerait suffisamment de conflance a iarmée afghane pour quelle senfonce dans I pays pour en déloger Ia résistance. En cela, us avaient Se deçus, mais pas asscz pour inonder le pays par un nombre écrasanc de troupes.

Ainsi que le montrait Ia carte, ii ny avair pas eu beaucoup de chan- gements depuis 1979 en Ce qui ConCerne Les unites de combat. 11 y avait désormais trois divisions motorisées, Ia 108 Kaboul, Ia 201 Kunduz et Ia 5 de Ia Garde a Shindand, avec une division de parachutistes, la 103e de Ia Garde, egaLement basée a Kaboul. En outre, des brigades et des régi ments independants étaient généreusement répandus aux points straté giques ou dans les villes importantes. Ii y avait une brigade motorisée a Jalalabad (Ia 66e), une aurre a Kandahar ( 70 plus une brigade aéro portS a Gardez (Ia 56t). Des regiments mocorisés ind se trou valent a Ghazni (le 1 Faizabad Ge 866 Bagram (le I8l et Mazar-i Sharif (le 187 Enfin, un regiment ind de parachutistes de Ia Garde (le 3 Se trouvait aussi a Bagram en tant que reserve mobile. Le 3 regiment motorisé a Kushka et le 5 a Termez, étaient en partie des unites d’entraInement, tandis que le 2 regiment motorisé stationné dans t’ouest, près de Ia frontière iranienne a Ashkabad, était entièrement consacré a Lentratnement. Le 66e regiment motorise a Samarkand fournis sait parfois des unites pour des operations au sud de l’Amu.

Je savais, d’après mes etudes sur ‘Cs Soviétiques, que les divisions motorisées possédaient probablement 11.000 hommes, les divisions aéro- portées environ 7.000, tandis que les brigades et les regiments étaient a peu près respectivement de 2.600 et 2.000 hommes. Cela donnait un peu moths de 60.000 fantassins, soit motorisés, soit parachutistes. Le resce des 85.000 étaic compose dunités dartillerie, de techniciens, de person- net des transmissions, du genie, des frontières flu de sCcurité, ainsi que du personnel de l’armee de lair.

J e discutai avec mon état-major des consequences du deploiement soviétique. Le premier fait notable Ctait quenviron 50% des troupes paraissait déployé dans, ou autour de Kaboul. II y avait au moms deux divisions basCes là-bas, avec Ia majorité de leurs unites dartillerie, de transport, de transmissions et de techniciens, ainsi quun grand nombre dautres elements et personnels d’etat-major. Les Soviétiques attachaient une grande importance a KabOU et a ses aérodromes, oü Se trouvait I centre gouvernemenral et doü Ia guerre pouvait être conrrôlee quotidien nement. A 50 kilomèrres seulement au nord de Kaboul, a Bagram, était une autre énorme concentration de personnel soviécique. Cette base aérienne possédait un regiment indCpendant, une brigade de Ia ioge division motorisée, basée a Kaboul, et le regiment parachutiste de Ia Garde, ainsi que Ia plus importante concentration d’avions et de person- nel de l’armée de lair, Bagram était considérée, de toute evidence, comme ‘a base aérienne capitale du pays.

Une autre division se trouvait a Kunduz, dans le nord-est, et les deux autres brigades indépendantes a Gardez et Jalalabad, chacune en position en face de ía route prmncipale vers le Pakistan. De manière très claire, les Soviériques considéraient ía capitale et Ia partie orientale du pays comme Ia zone Ia plus importante. Au centre de l’Afghanistan, I vaste farras inaccessible de monragncs di-lazarajat, qui represen t presque Ia moitié du pays, était a peu près dCnué dunices soviétiques. Six cents kilomerres plus loin dans louest, une division solitaire (Ia 5 Division motorisée de Ia Garde) protégeair Ia deuxième base aérienne importante, Shindand. Vers le sud, une seule brigade motorisee indépen- dante tenait garnison a Kandahar, en face de Ia route menant au col allant vers Quetta. Les SoviEtiques se rendaient compte que le centre de gravit Se trouvait dans lest, faisant face au Pakistan qui fournissait un sanctuai- re aux refugies et aux Moudjahidins. us avaient decid de tenir Ia zone de Kaboul—Bagram en tant que secreur vital, avec Ia plupart de Leurs unites les plus importantes deployees en protection des routes convergeant vers cette region, ou de Ia grandroute de Salang qui emit leur artère vitale en provenance de lUnion soviétique.

Je pensais également que les Soviétiques possédaient un point sen sible dans le nord. Non seulement parce que Ia base arrière de leur effort de guerre tout entier Se trouvait juste au nord de l’Amu, mais aussi parce que I nerd de !‘Aighanistan avait eu un grand intérêt commercial pour lUnion soviétique durant de nombreuses années. En 1960, Ia recherche soviétique avait découvert plusleurs gisements substantiels de gaz nature! ptès de Shibarghan (voir Carte n° 6) dans !e nord de !a province de Jozjan. l représcntaient uric reserve estimee I plus de 500 milliards de metres cubes. t gazoduc de 15 ki!omètres transportant le gaz en Union soviétique fut ouvert en 1968. On decouvrit plus tard du pétrole I Sar-i Put et I All Gui, 1 200 kilom plus a !ouest. Dans !es parties septen trionale et occidentale de iAfghanistan, sur le site, ou aux environs des vitles de Kaboul, Kunduz et Mazar-i-Sharif, on avait localisé dautres res sources minérales profitables, parmi lesquelles du cuivre, du icr, de For, et des pierres precieuses. Ces zones coincidaient précisément avec !e dis positif miliraire soviétique.

Javais une raison supplementaire de croire I l’importance des pro vinces du nerd celles-ci bordaient tAsie centrale soviétique, Les gens des deux côtés de Ia fronti’ere étaient Ouzbeks, Tadjiks et Turkmènes. us avaient une idencité ethnique commune et, malgré ‘a repression commu rüste sur les activités retigieuses, i!s partagealent aussi Ia méme foi  — I’Is!am.

Ma carte montrait éga!ement que !armée afghane était déployee principalement dans lest et Ie nord, en vis-a-vis des forces soviériques, avec une seule division en dehors de Ia zone’ a Kanclahar et une autre 1 Herat, profondément a l’ouest.

Je pouvais, d’après le dispositif sovieto-afghan, deduire différentes conclusions possibles pour baser ma propre stratégie pour Ia poursuice de Ia guerre. Tout dabord, les Sovietiques Se contentaient, a tout prendre, de cenir une série de bases militaires importantes et de vi!!es strategiques, ainsi que les routes les reliant, ce qul indiqualt une position defensive purement statique. us ne semblaient pas vouloir occuper de vastes éten dues de pays. En second lieu, us attachaient une grande importance au complexe de Kaboul—Bapam et I ses approches. Troisièmement, les pro vinces du nord de l’Hindou Kouch étaienc des zones sensibles pour les Sovi€tiques pour des raisons stratégiques (la grand’route de Salang les craversait), économiques (regions productrices de minerals, de gaz et de pétrole) et politiques (les mêmes peuples vivant des deux côtés de ía fron tière). Quatrièmement, louest et !e sud-ouest de lAighanistan n’étaient pas importants pour les Soviétiques. En dehors de Ia protection de Shindand c en tant que base aérienne principale, menaçait directement le golfe Persique, cette partie du pays était probablement consider comme une zone tampon entre nix et liran. Du moment que Ia liaison routière vers Kushka au nord, via 1-lerat, o Se trouvait basEe Ia 17 Division, demeurait ouverte, us étaient satisfaits.

Cela faisait quatre ans que les forces soviétiques étaient en Afghanistan et rien ne laissait encore penser queues souhaitaient une escalade en termes d’effectifs. Malgré le fait que les Russes avaient sous estimé les Moudjahidins et surestimé les capacités de FarmS afghane, Us Se contentaient dameliorer leur tactique, dorganiser leurs forces, de developper 1emploi de Ia puissance aérienne, de renforcer leurs allies afghans et dintroduire des armes plus adéquates, en fait, d’essayer deses pérément dameliorer Ia qualite de leurs troupes plus que Ia quantité. Je sentais quils devaicat se rendre compte que sils voulaient occuper rapi dement Ic pays tout entier, ils seraient obliges de tripler le volume de leurs troupes en Afghanistan. En 1964, les Etats-Unis avaient 16.000 hommes au Viêt-nam, et cependant en quatre ans Ce chiffre avait explos jusqu’à depasser 500.000 pour essayer détouffer lopposition. En cela les Soviétiques ne suivaient pas lexemple américain. Je soupçonnais que les raisons en &aient plus politiques et économiques que militaires.

L’invasion des Soviétiques avait été condamnée avec v sur le plan international. Cela avait empoisonné progressivement leurs rela tions aveC lOuest autant qu’avec Ia Chine, de telle sorte que tripler I volume de leur armée en Afghanistan ne pourrait qu’augmenter I tollé politique contre lUnion sovi et stimuler Ia resolution des Etats Unis, et des autres, de soutenir les Moudjahidins. Economiquement, Ia guerre était un gouffre sans fond. Gorbatchev devait Ia traiter plus tard “d’hémorragie béante”. Non seulement les Soviétiques devaient financer leurs propres troupes, mais avec une économie locale en ruines, Us devaient aussi financer le gouvernement afghan ainsi que son armS. En outre, au fir et a mesure quils appliquaient leur tactique de terre brftlée et que les refiigiés affluaient a Kaboul et dans les autres grandes villes, i leur fallaje fournir de Ia nourriture a des milliers de civils. 11 fa retirer des milliards de roubles a une économie soviétique déjà défaillante. On a estimé quil fa 12 millions de dollars par jour rien que pour faire tourner au ralenti le pays et sa guerre. Développer Ia puissance des troupes doccupation de façon spectaculaire aurait éte trop demander. En pratique un tel dCveloppement aurait nécessité daugmenter considéra blement une vole dapprovisionnement en provenance du nord vets Kaboul, qui ne soft pas sujette a de frequentes attaques. La grand’route de Salang ne pouvait répondre a de relies exigences. Tout ceci constituait un encouragement pour moi. Je savais parfaitement que si l’ennemi s’engageait fond sur le plan mititaire nous aurions alors beaucoup de ma! a nous en sortir en revanche, si Icur renforcement massif était improbable, je présumais que les SoviEtiques pourraient ne pas avoir beaucoup datouts en mains.

Je savais déj que Ia stratégie soviétique avait un aspect politique autant qu’un aspect miliraire. Le Kremlin, et bien entendu l’Etat-major general soviétique, avaient compris cette vérité fondamentale sans I Pakistan, le IDjihad était condamne. Lorsque le Président Zia, poussé par I 8 Akhtar, avait fait clii Pakistan une base arrière hors darreinte, 1 avait condarnné les Sovietiques a une campagne prolongée de contre guérilla a laquelle i)s Etaienr très mal prEpares. Comme toutes les armEes, tes partisans ne peuvent survivre indéfiniment sans possEder des bases appropriées vets Iesquel 1 peuvent Se retire, de remps en remps pour Se reposer et reprendre des forces. Ils ont besoin de moyens pour corn bactre, se réapprovisionner, sencrainer Cr rrouver des renseignemencs. Le Pakistan fourtiissait tout cela aux Moudjahidins.

C’était extrêmement frustrant pour les Soviétiques. Vers 1983, us avaient lancE une campagne bien coordonnéc pour rendre le coUt de ía résistance afghane progressivement plus ClevE pour I Pakistan. 1_cur but etait de saper le Président Zia et sa politique par un effort massif tie sub ve a de sabotage base sur l’emploi de milliers dagents er dinforma teurs du KHAD. Chaque bombe du KUAD sur un marché pakistanais, chaque obus qui explosait sur le territoire du Pakistan, chajue appareil russe ou afghan qui violait l’espace aErien, et ii y en avait des centaines, chaque arme distribuEe illEga!ement aux tribus frontalieres et chaque nou ye! affiu3c de reftigiés, avait pour but dobtenir le recul du Pakistan. Les Soviétiques cherchaienr avec une vigueur croissanre a fomenter des troubles au Pakistan. Leurs agents s’efforçaient de dresser les Pakistanais conrre les rEfugiEs, dont its camps s’Etirajenr tie Chitral au non sot route Ia route au-dela de Quetta, sur presque 2000 kilometres vers Ic sud.

Les zones frontieres du Pakistan étaient devenues une vaste base administrative cencaculaire pour It Djihad. Les Moudjahklins y venaient pour Se fournir en armes, pour Se reposer, pour établir leurs families dans les camps us y venalent aussi pour s’entramner et pour recevoir des soins m&ticaux. A cette époque, nous-mêmes a lIST étions inquiets de Ia vu! nérabilité de ía politique menée par le Président. En tant que soldat, javais du mal a croire que Ic Haut Cornmandernent soviCtique ne fasse pas puissamment pression sur ses chefs politicjues pour qu’ils lui permet tent de (rapper I Pakistan. Après tout, les AmCricains avaient étendu Ia guerre du Viêt-nam au Laos et au Cambodge parce que ces pays étaient utilisés comme bases arrieres par le Viet cong. Néanmoins, I’Union sovié tique Se retenait de toute sérleuse escalade. Je devais m’assurer que nous ne Ia provoquions pas suThsamment pour Ia pousser a cela. Une guerre avec les Soviétiques aurait signifié Ia fin du Pakistan et aurait Pu entra? ner une guerre mondiale. Javais une responsabilite écrasante, que je devais mefforcer de ne pas oublier durant ces annEes.

Un exemple intéressant du genre d’incident qui pouvait rapidement echapper tout conerole, on mener a un aifrontement international, fin celui des prisonniers de guerre soviétiques ii se produisit environ un an après mon arrivée a i’isi. A cette époque, quelques prisonniers soviétiques étaient détenus par ‘Cs Partis dans des prisons sans caractère officiel dans les faubourgs de Peshawar. Rabbani, en particulier, détenait trente-cinq de ces captif ainsi que différentes personnes suspectees d agents do KHAD, enfermes près de son entrepôt. Trois de ces Soviétiques avaient été captures deux ans auparavant et semblaierit avoir accepté de Se conver tir a lislam, du moms en apparence — peut-être pour sauver leur vie. A cause de cela, ils n’étaient pas surveilles avec vigilance. Un soir, a Iheure tie Ia prière, its neutraliserent une sentinelle solitaire, lul prirent son arn puis s’attaquèrent a Ia porte tie larmurerie pour sen approprier davantage. Apres avoir grimpé sur I wit, us demanderent a être remis a l’ambassade soviétique. Leurs geoliers refuserent. Une longue nuit secoula, tes Soviétiques toujours sur le toit, entourés tie Moudjahidins armés jusqu’aux dents. Darn Ia matinée, un représencant mi tie Rabbath tenta tie les raisonner, mais au m moment les fligitifs aperçurent quelques hommes qul tentalent de Se rapprocher subreptucement. l ouvrirent le feu avec un mortier tie 60 mm, tuant un Moudjahidin et en blessant plusieurs autres. Le combat était engage. Alors, sans refléchir, un Moudjahidin envoya un projectile de RPG-7 dans le b directe ment dans le dépôt tie munitions. Lexplosion secoua Peshawar, épar pillant des missiles et des roquettes dans mutes les directions et déchique tant les Soviétiques et les agents du KHAD. Par bonheur, bien que le feu d’artifice alt éclaté tout près tie La route Peshawar-Kohat, aucufi civil ne flit blessé. La presse soviétique eüt vent tie Ce qui était arrivé et décrivic alors lincident comme une ultime résistance héroique désespérée au cours de laquelle les prisonniers avaient tue un grand nombre dennemis avant d’être écrasés. Notre gouvernement Se trouva en grand embarras car ii avait toujours nié farouchement lexistence de prisonniers sovietiques au Pakistan. Nous reçQmes des ordres stricts pour que de tels prisonniers res tassent dorénavant détenus en Afghanistan. Ce fiat pour nous une leçon, pour I prix dun important dépôt darmes, et en ayant dangereusement porte lean tout près tie l’ebullition.

1983 avait été une année relativement calme sur I terrain du côté soviétique. II ny avait pas eu de coups de mains offensifs des divisions soviftiques du genre de ceux qui avaient éré lances I’année précédente sur Herat et dans Ia vallée de Panjshir. Toutefois, j’eus loccasion dérudier une opEration a l’Echelon dun rEgiment, qul me donna une petite idee de Ia manière dont les Russes s’Etaient adaptS tactiquement a une guerre de partisans. Cela Se passait six semaines après mon entrée en fonctions.

Le 26 novembre, de tongues colonnes de vehicules blindS de trans port de personnel, de chars, de camions et de canons venant du camp Khair Khana, dans les faubourgs de Kaboul, faisaient mouvement vets le nord par Ia Grand’route Salang (voir carte n° 4). us appartenaient au lSO Regiment motorisé de Ia lose Division motorisée soviétique. Des unites de !armEe afghane et des hElicopteres dassaut étaient avec eux. Le haut commandement soviétique était excEdé par les attaques continuelles des convois utilisant cette vole capitale d’approvisionnement venant du nord. A I’ouest de cette route, I massif monragneux nommé Koh-i-Paghman s’éteve a certains endroits au-dessus de 4.000 m. II est entrecoupE par plusieurs vallEes Etroites orienrées est-ouest qui fournissaient aux Moudjahidins des cheminements parfaitements protegEs pour aller de leurs bases dans la montagne a Ia grand’roure et en revenir. Chaque vallée possede ses minuscules villages, dont Un plus grand que les auttes t’entrEe, doü les mouvements dans les deux sens sur Ia route pouvaient être aisEment observes. Les SoviEtiques décidèrent de faire une ultime tentative pour nettoyer trois de ces vallEes avant t’arrivée de l’hiver. A en juger par léquipement et les armes quils transportaient, us semblaient avoir pris quelques Ieçons coüteuses.

Toujours sur leurs gardes, toujours sensibles au tir de tireurs embusquEs a faible portS dans les dEfulés, beaucoup de troupes portaient desorniais de volusnineux gilets de protection avec des plaques de m Des pelotons spEciaux anti-snipers avaient été crEés pour localiser les tireurs dElite. La puissance de feu de Ia section avait EtE accrue par larri vée du nouveau fusil AK-74, cerrains possEdant un lance-grenade unique de 40 mm sous le canon, des lance-grenades automatiques de 30 mm avec une portée de plus de 800 m, et une grande proportion de RPG. Quelques sections Etaient EquipEes dune acme incendiaire très dérnoralisante. CeDe ci ressemblait a un bazooka qui tirait jusqu’à 200 m un thus explosant en une bode de feu en rouchant ta cible. Le véhicule standard de Ia division motorisée Etait le BTR-60 armé dune mitrailleuse lourde de 14.5 mm, arme remarquable a condition que le tireur puisse Ia pointer sur son objec Hf. Souvent en effet, il ne le pouvait pas car son ennemi avait ‘a dEconcer tante habitude de le dominer du haur de pentes escarpées. QuoiquiI fasse, I tireur ne pouvait elever son arme suffisamment pour pouvoir titer. 30 delevation maximum étair une hausse parfaite pour les plaines ou ‘Cs va! lonnements européens, mais sans urilité pour les defiles d’Afghanistan. Vers 1983, on avait improvise une solution pratique. Des canons birubes de 23 mm antiaériens avalent éte fixes l’arrière de véhicules lourds pour permettre le tir précis a grande vitesse a tous les angles d€sirés, allant presque jusquà Ia verticale.

Larmée cie lair sovi&ique avaic tire Ies leçons tie ses bombarde menrs basse altitude. lle s’êrair inquiêtée tie Ia forte proportion tie bombes qul n’explosaient pas (les Moudjahidins sen servirenr parfois coimne explosifs), de telle sorte qu’on avait a utilis des bombes a retardement larguees au bout dun petit parachute. Elles descendaient plus lentement et par consequent, même larguCes a hauteur minimale, elk avaieut assez de temps pour sarmer avant de percuter le sob. Le grou pe de bombes anti-personnel êtait une autre innovation mortelle. I contenait six petites bombes ëquivalant chacune a un projectile de rnor tier de 81 mm Cette puissance de feu était impressionnante mais sans me tactique udicieuse die ne pouvait en eiie-même conduire I Ia victoi re, en tout cas pas concre une force tie partisans.

La colonne érait parragée en trois groupes tie combat séparCs, dun batailbon, chacun Ctant protége par des hélicoptères. Après une distance assez courte, le bataillon de tête vira a gauche hors de Ia route et Se din ea vets be village de Shakadara. Dix kilomètres plus loin, be bataillon suivant tourna vets Ia vallée de Farza et enfmn be dernier bataillon se porta dans Ia vallée d’lstalef, Ia plus au nord des trois La distance Ia plus longue parcourue hit tie 25 km, mais au crépuscule du 26, les batail avaient simplement pris position a cheval sur les sorties de La route rnenant aux vaflées. Les Moudjahidins tie ía zone &aient bien au courant de cc qui Se passait. Le bombardement commença fe jour suivant. Des chasseurs-bombardiers tie I base proche tie Bagram passèrent st ‘Cs val lees en hurlanr. Leu,s objeetifs Craiezu Its gens et les maisons au-dessous d’eux. Lartaque aCrienne, avec le fracas des bombes de 500 livzes er its voiles de fumCe noire, avait pour but de tuer sans discrimination, de ter roriser, de détruire les maisons et, prétendument, de prendre au piège les Moudjahidins ui Se trouveraient dans les vablecs. Le 28, dautres bombes martelerent les flaucs tie Ia montagne et I fond des vallees tandis que bes forces terrestres commençaient a pousser vets Shakadara, Farza et Istalef, qui étaient mitraillées et recevaient les roquertes des hélicoptères, en sup plement de l’attaque aérienne. Lorsque les troupes soviCtiques arrivèrent, i est &ident qu’il ne restait que peu de chases — quelques civils morts ou blesses, des décombres, que vielliards, femmes ou enfants qui avaierlt survCcu en Se cachauc sous des rochers. D Moudjahidins — aucu ne trace. Pendant une semaine encore, on f semblant dartaquer et de refiT le terrain avant que it disposirif tout entier ne sen retourne a Kaboul.

A une échelle relativement petite, cécait une operation somme toute très ordinaire. Cest jusrement a cause de cela que Ce f lumineux pour moi. Cetait typique de Ia taccique soviétique a cc stack de La guer re. Des unites accrochées a Ia route, hérissées de canons, serpentaient par les mutes et les chemins en plein jour. On ne discernaft aucune tentative de surprise on ne faisait Lien dautre que de Se mouvoir lentement et pesamment, en permettant aux Moudjahidins de titer ou de disparaitre leur guise. Aucun effort sérieux autre que les bombardements nCtait faic pour bloquer les issues des vallées et Ia coordination entre les attaques aériennes et une approche rapide des forces terrestres n’Ctaic pas vrairnenc evidence. ii y avait un bombardement, i y avait une canonnade, ensuite ii y avait une avance au sot pour découvrir cc qui restait une mission de recherche ec de destruction sans autre but qu’un tas de masures en ruines. Rien nétait fait pour mettre en place un quetconque barrage en utitisant les hélicopteres. Les Soviériques se contentaient Ia ptupart du temps de rester dans leurs véhicules et lorsquits les quittaient, cécait habituelle meat uniquement pour passer au crible tes debris de torchis et de briques scuiptés par les explosifs. Après quetques jours de Ce train-là, chacun se retournait, en ayant remporté une nouvette victoire pour les rapports offi ciels. Cela me rappelaic le boxeur avec son punching bat Après avoir porte son coup, rant quit maintient son poing, cetui-ci demeure imprimé sur le sac. Lorsquil retire son poing pour frapper a nouveau, le sac reprend sa forme d’origine.

Savoir oü était lennemi, ou méme connaltre sa force, ses armes et sa tactique n’était pas suffisant. 11 me faltait connaItre son moral, ses rai Sons et sa volonté de Se battre. Mes récentes etudes sur te soldat sovié tique mavaient donné une haute opinion de ses qualités de combattant, ce qui m’avaic en particutier rendu quetque peu sceptique sur laptitude des Moudjahidins a te batcre sur le terrain.

Le major-g allemand von Mellenthin, qui avait combattu tes Russes en 1943, tenait en haute estime teur caractère endurci, leur deter mination et teur volonté ne le cCdanc a personae. 11 écrivait “Les obs tacles naturets n’exisrenc simplement pas pour lui (te soldat soviétique) it est chez lui dans te desert, ta forét, dans les marécages, autant que dans tes steppes sans routes. II traverse les rivières tes plus larges avec les moyens les plus primitifs il peut faire des routes nimporte oü... en hiver, des colonnes de dix hommes de front ec de cent de long sont envoyées dans des forets recouvertes de neige ; en une demi-heure, Ce miltier d’hommes Va plétiner pour faire un chemin, et mute autres vonc prendre sa place en quelques heures une route va exister a cravers un so! considéré comme inaccessible selon tes critères dun Occidental.” Heureusement, Comme jallais le découvrir, ‘Cs choses avaient bien chan en quaranec ans en outre, le général ne pariah pas de montagnes.

Le soidat soviétique en Afghanistan se révélait tTès different de son p duranc Ia ‘Grande Guerre Patriotiqu&’, ainsi quils appelaient Ia Seconde guerre mondiale. Les Soviétiques defendaient alors leur mere pacrie les Allemands avaient tue ou capture plusieurs millions dentre eux, occupé de vanes portions de Russie et pénécré jusquaux portes de Moscon. Les tmupes soviétiques combattaient avec 6 férocité et La deter mination dun animal acculé. us n’avaient pas dautre issue, us se bat- talent pour (em survie personneile et nationak ii nexiste pas de plus grande cause. En Afghanistan les choses étaient complètement différentes,

Le soldat soviétique est tin Conscrit, de même que ses sous-offi ciers. II est enrôl obligatoirement a dix-huit ans pour une durée de deux arts. En rant que conscrit, ii a une vie habitueliement miserabLe et souvent dégradante. Les prisonniers ou les déserteurs nous décrivaient Its brutalités sans nombre auxquelles us Craient soumis de Ia part de sol dats qui n’avaient que six mois d’ancienneté de plus qu’eux, comme de Ia part de beaucoup de leurs officiers. Le Soviétique moyen navait dautre motif de combattre en Afghanistan que celui de survivre et de rentrer chez Iui. 11 ne défendait pas sa patrie, i &air an envahisseur, détesté pat Ia piupart des Afghans, allies ou ennemis, entralné, nourri et loge médiocrement de surcroIt. Ainsi que lecrivaic, dans GiDiary en 1968, le vétéran américain du Vik-nam Davis Parks “Je nai jamais senti c’ue je me battais pour une Cause quelconque. Je me battais pour rester en vie et je tuais pour ne pas être tue.’ Jétais absolument certain que beaucoup de conscrits soviétiques en Afghanistan auraient exprimé ‘Cs iflêmes sentiments.

Ce qui me rendait perplexe en rant que soldat de mCtier, cétait rabsence quasi totale de formation, même elémentaire, pour des hommes qui éraient engages dans des unites opérationnelles des les premiers jours de Ia guerre. II était normal de participer a des operations après trois semaines denrralnemenr seulement. Ce fin même pire pour Ce prisonnier qul nous raconta que durant les six premieres semaines quil avait passCes dans I’arniée on lui avair simplement donné un uniforme et de quni man ger, pas d’armes er pas dentralnement d tout. Après quoi, on lavait envoyC en Afghanistan, a Mazar-I-Sharif, oü i avait été immedIatemenr engage thins It nettoyage des villages, fouillant les maisons en quête de niercenaires chinois, américains ou pakisranais. Au debut, ainsi qu’il l’expliquait, i ne pouvait comprer que sur les expLications quiL avait reçues sur l’A}C-47 a l’âge de douze ans, lorsqu’il étair écoiier

Lorsque l'on comprit qu’iI était nécessaire que les unites sovié- tiques prissent La tête des operations importantes et quon ne pouvait absolument pas comprer sur l’armée afghane, des effbrts krenrs f pour augmenter Ia valeur de i’entratnement, même si ne semble pas que cela ait améliore le moraL On renforça les centres dentrainement situées autour de Termez, mais cela tie suffir pas i parer a La nécessité dun entratnement continu dans les unites opérationnelles. Le système sovié- tique ne fonctionnait pas correctement. Le service militaire durait deux ans, avec une arrivée de conscrits tous les six mois et le depart dun grou- pe peu près equivalent, dont le temps était expire, au même moment. Les unites, dont beaucoup nétaient pas a effecrif complet de toutes façons, perdaient 25 pour cent de leurs hommes expCrimentés lesquels étaient remplacés par des “bleus” qui avaient besoin dune formation sup- plementaire. II m’apparaissait que cétait une des raisons pour Lesquelles les unites soviétiques possedaient si pCU deffectils disponibles pour les operations menCes loin de leurs bases. Un commandant de regiment pou vait rarement, pour ne pas dire jamais, disposer de son regiment tout entier sur le terrain. I devait laisser un bataillon au repos, utilis comrne unite d’entramnemenr, un autre pour assurer la defense des installations et tie pouvait engager que le tiers de ses effectifs. En examinant les chiffres, je doutais que pius de 10 a 12.000 hommes, sur les 85.000 en Afghanis- tan, pussent &re engages dans des operations actives au même moment, Ces hommes Se trouveraient en outre dans des formations dispersees,du tout concentrCes sur une même zone pour une offensive denvergure.

Bien que je fusse un tarn soit peu sceptique sur les histoires hor- ribles racoatCes par les déserteurs ou les prisonniers, i sembiait y avoir un fond de vrai dans ce quils disaient, ne serait-ce que parce que lapin- part racontaient Ia même chose. Dans lensemble, I soldat moyen dune division motorisée d&estaic Ia guerre, navait aucun enthousiasme pour sa tâche er ne pensait qua survivre et a rentrer chez lui. Les conditions de vie Ctaient sévères. Même a Kaboul, les camps Ctaient souvent consthués de tentes de quarante hommes qui passaient l’hiver agglutines autour dun seul poêle central. Ceux qui étaient au milieu étaient rôtis, ceux qui étaient a l’extérieur Ctaient gelS. Le manque d’hygiène er d’équipements sanitaires éraient cause de maladies, de même quune alimentation pauvre en vitamines. Beaucoup dhommes Ctaient frequemment affamés. Leurs rations Ctaient insuffisantes en quantitC et manquaient de diversite. us mangeaient rarement des legumes ou des fruits.

Ces privations étaient aggravées par I manque dargent. Un conscrit sans qualification ni experience touchait approximativement cinq dollars par mois. 11 les dépensait gCneralemenr en une seule fois pour Se nourrir. En plus d’être sombre et pleine de brutalites, l’existence de beau coup de soldats Ctait ennuyeuse. La même troupe pouvait tenir Un p0 sole durant des ,nois, gelant en hiver, cuisant en été. Le train-train quoti dien de Ia garde, avec une mauvaise nourriture et sans distractions, en conduisait beaucoup a rechercher une consolation dans La drogue ou Falcool. Le haschich Salt meilleur marche et plus facile a se procurer que Ia boisson, Ia vodka étant un luxe réservé aux officiers. Un soldat sovi tique d’Estonie aurait declare “Les soldats réguliers de larrnée afghane écbangeaient souvent leurs armes fusses avec les paysans contre de Ia flour riture et de la boisson. Nous en fImes alors de même, car ii est facile dexpliquer Ia perte dune arnie dans it chaos de Ia guerre... Nous avioris I’habitude dacheter toutes sortes de boissons et daliments, Ct même du pa en Cchange de nos armes... Certains se procuraient du haschich, dautres de La drogue dure. Nos soldats asiatiques étaient souvent des toxi mmanes parce que It hasch et dautres drogues poussent dans Ieur pays.’

Le soldat soviétique aurait vendu n’importe quoi pour de l’argent, compris armes et munitions, en dépit de punitions draconiennes Si it caupable étair pris. I nEtait par consequent nullement surprenant que ces conscrits soient des guerriers peu enthousiastes. Us hésitaient sou— vent a quitter ía sécurité relative de leurs bases, ou a descendre sur terrain hors de I’abri du blindage de Leur vehicule. Leur tactique préfCrée était, semble—t-il, de laisser l’armée afghane livrer Ic combat, dutiliser au maximum leur puissance de feu, aussi bien terrestre qu’aérienne, Ct de coller aux routes autant que possible, ne saventurant a pied en dehors deBts que lorsque ‘a zone avait SC mitraillée a fond et truffCe dobus, de bombes et de roquettes. L’impression que je retiral de ma tournCe flu que Its SoviCtiques Ctaient excessivement préoccupCs par leurs pertes. Cela ressortait de Ia tactique du commandement autant que des actions individuelles.

Il y avair des exceptions, Les unites de parachuristes combattaient avec beaucoup plus d’agressivité. Ces hommes éraient tous entramnCs au saur avant leur arrivée en Afghanistan leurs sous-officiers avaienr was suivi un entralnement de six mois. Leurs unites Ctaient mieux équipées cc leurs oiTiciers Cegienc en gen dune classe supErieure a ceux des divi sions motorisées. Durant ‘Cs mois qui suivirent mon arrivCe, les Sovié tiques engagérent dans le conflit davantage de forces spdciales. Ces Spersnaz (forces sp soviétiques) Ctaient hautement entrainCes et mocivées. Bien queUes soient composCes de conscrits, c’Ctaient ía crème du recrutement national. On dCploya finalement en Afghanistan sept bataillons de 250 hommes chacun, cinq dentre eux étant stationnCs dans lest et deux dans Le sud du pays. Je remarquai quil y avait une forte proportion de troupes parachutistes dans l’ordre de bataille sovi&ique, Ce qui indiquait que c’Ccaient ces unites ue serair dévolu Ic role le important dans les raids offensifs lances Loin des voie& de communication. Ce fin invariablement I cas, bieri queues fussent plutôt engagées au combat transportées par h que parachut.

Bien que les Sovietiques fussent ma cible principak, ‘cur retraite étant mon objectifultime, les Moudjahidins allaient ía plupart du temps combattre l’armée afghane — Afghan contre Afghan. Au debut du mow vement de résistance contre Ic gouvernement communiste de I en 1978-79, FarmS afghanc, entrainée er equipée par les Sovieciques depuis de nombreuses années, était dlle-m divisee. Lorsque Ic gouvernement iança au debut de 1979 une campagne pour l’alphabetisation obligatoire de mutes les femmes, d provoqua es protestations de La nation enriere, C’érait aller contre toutes les traditions des Afghans. Le 15 mars 1979, une [ de protestataires armés sassembla dans (a vi de i-iexat. La demonstration dégénéra rapidement en Un soulêvement génCral des habitants qui donnèrent lassaut a Ia prison pour liberer les opposants u régime. Des soldats de Ta garnison appartenant a Ta 17 Division Sc joi- gnircnt au mouvement, massacrant quelques-uns de leurs officiers. Le m jour, Ia l7 Division tout encière Se mutina, menée par le capitaine Ismaei Khan d bar de OCA (H devint par Ia suite un des comman- dants moudjahidins de Ia zone de Herat). Ce hit Ia seule fois qu’une divi. sion complete passa a Ia résistance avec mutes ses armes. Dans Ic chaos qui suivit, Ic peuple déchargea sa haine sur ies conseillers militaites soviétiques et sur leurs families Se trouvant a 1-lerat. Une cinquantaine
dentre eux, ou peut-être davantage, fur rassemblee, rorturée, mise en pièces, on parada clans la cite avec ieurs têtes au bout de piques. Le gou vernement fit venir des renforts de Kaboul, reprit 1-Jerat par Ia suite, après de sévêres bombardements, cc écrasa Ia résisrance au prix de 5000 morts, presque tous civils. Ce fiat I debut de Ce que j’appellerai ía péria- de porte a rambour de FarmS afghane.

Cette période dura deux acts, durant lesquels U fat courant que des unites entières passent aux Moudjahidins. Le gouvernement de Kaboul navait pas plus tot rassemblé ses recrues quun plus grand nombre encore désertait — doji Ia similitude avec une porte I tambour. En 1980, Ia situation Ctait si desespéree que ‘a 9 Division tie possedait plus qu’un millier d’homrnes. Les commandants conservaient leurs effectifs dans leurs bases, ou clans des postes défensifs, car les emmener I I’exterieur en operations équivalait a les envoyer rejoindre les Moud On sentoura de mines et de réseaux de barbelS autant pour conserver les défenseurs que pour Se protCger des attaquants. L’iavasion soviétique avait friurni aux partisans cc qui devait Se rev comme un énorme coup de fouct pour participer a Ia guerre, des milliers de civils et de soldats rejoignant Ce qul etait devenu un Djihad L arrivee des Infid donnait une cause a Ia rCsistance, transformant I partisan en fanatique, en Moudjahidin, avec tout c que cela comportait. De 100.000 hommes, !‘armCe afghane Se ratatina jusquà en comporter tout juste 25000.

Vets 1987, lorsque je quittai l’ISI, je pense que l’armée afghane avait une perte annuelle denviron 20000 hommes due a Ia desertion, la démobilisarion ou le déces. Ii fallait maintenir I recrutement par Ia contrainte. Officiellement, Ia conscription sappliqunit aux hommes de I 25 ans pour une durée de trois ans, mais en pratique on prenait sou vent des gens entre 15 et 55 ans. La difficulté provenait du fait que Ic reservoir de main-d’euvre qui alimentait le recrutement avait etC tan dramatiquement par Ia guerre. Kaboul Se trouvait dans limpossihulitd de puiser dans les zones rurales, hors de son contrôle, Ce qui ne Iui laissait plus que les grandes villes pour Se fournir en conscrits. Vers Ia fin de 1980, des peines sCvères furent appliquCes pour tenter de retenir les hommes. Jusqu’à quatre ans de prison pour ne pas avoir repondu a l’appel, jusqu’â cinq ans pour absence illéga et de quinze ans jusqu’à Ia condamnation a mo pour desertion, conspiration contre Ia revolution et tine longue liste d’autres délits. Plus tard, Ia durCe du service fut portée quatre ans, Ce qui provoqua plusieurs mutineries. On ma pan dhommes appelCs deux ou méme trois fois. Tine fois sous les drapeaux, lappelC devait vivre avec 200 afghanis (2 dollars) par mois, alors que les engages touchaient entre 3000 et 6000 afghanis. Partout oü ii se trou vait, Il était surveillé, On l’accompagnait pour allen aux toilettes et il pou vait attendre deux mois avant quon lui permette de porter une arme pendant Ia nuit, ou quon lui donne des munitions pour son flisil.

Telle était Ia force sur laquelle avaient comptC les Soviétiques pour alter combattre les partisans il fallait le plus souvent Ia consigner dans ses quartiers pour empécher ses hommes d’aller rejoindre Ia résistance. Cette situation précipita au point mo Ic plan initial des Soviétiques. Je crois aujourd’hui, en considérant cela avec le recul du temps, que 1980 fut lannée oji les Moudjahidins auraient pu gagner Ia guerre. Ce fiat Ia période au cours de laquelle ils enrolerent le plus d’hommes, issus dune population dont les neuf dixiemes étaient opposes au communisme une période au cours de laquelle les Sovietiques Se trouvaient eux-mémes mal equipS, mal entramnCs et peu enclins a organiser des operations anti-par tisans (et ott us subissaient en tant quagresseurs une immense pression iriternationale) CCtait enfin t’époque oti l’armêe afghane Ctait presque entièrement inutilisable en tant que force miliraire. Tous ces facteurs combines auraietu Pu Se révéler farals pour les communistes. Ce ne fut pas le cas pour deux raisons. Premièrernent, les Moudjahidins ne Se regroupèrent pas assez vite pour titer avantage de Ia faiblesse de leurs ennemis, En second lieu, on ne leur fournissait pas encore assez darmes conçues pour arréter les chars, les hélicopteres et les avions. La fourniture darmes par le truchement du Pakistan navait pas encore Ia capacité queue acquit quatre ou cinq ans aprés. Cela donna aux Sovietiques, et gouvernement de Kaboul, le temps de mettre de 1ordre dans leurs affaires, Ce qu’ils parvinrent faire partiel Apres quoi Ic succès du Djihad devint beaucoup plus improbable er éloigne dans I temps, mais encore loin d’être impossible.

Vers 1983, FarmS afghane était redevenue une force veritable. La carte n° 3 montre son dispositif jusqu’au niveau des divisions, mais aucu ne de celles-ci n’excCdait 5000 hommes, Ce qui en faisait au mieux des brigades, en Ce qui concerne I’effectif. La 7 Division a Kaboul pouvait peine met en ligne 1000 hommes, et il n’était pas rare de trouver des bataillons de 200 hommes. Toutefois, Ia puissance totale de larméc était remontée a 35-40000 hommes. Elle Crait employS sur Ic terrain jusqu’i une certaine limite et Ies Soviétiques l’utilisaient pour combattre Ic long de Ia frontiere du Pakistan. Toutes Ies garnisons et tous les petits postes de lest étaient tenus par des Afghans. Officiellement, I haut commande ment afghan agissait conjointement avec les SoviCtiques, Ce qui supposaä une association pour conduire Ia guerre. En pratique, c’étair une absurdi te, car toutes les decisions strarégiques et Ia plupart des decisions rat tiques Ctaienr prises par les Soviétiques. Un conseiller militaire sovié tique regardait par-dessus lCpaule de son homologue afghan, en partant du quartier-gCnCral de Ia 4O armS a Kaboul jusque dans chaque compa gnie isolCe tenant un poste, a travers les vingt-neuf provinces. Un officier afghan qui ne renait pas compte de son conseiller le faisait a ses risques et perils. I semble qu’il y ait Cu desaccord complet entre les commandants soviétiques et afghans, les premiers considCrant Ies seconds comme des allies de deuxième classe, dont ils auraient Pu même se passer. 11 marriva plus tard de lire des transcriptions de messages radio interceptS dans lequels des officiers afghans Se plaignaient quon leur ordonnât d’entre prendre des missions risquées er dangereuses tandis que les Sovieriques demeuraient en sécuritC dans leurs bases. J’étais certain que Ia concorde régnait peu entre eux, bien que les deux parties fussent conscientes qu’aucune delles ne pouvait survivre sans l’autre, cc qui les forçaic maintenir Ies apparences dune cooperation frarernelle.

Jétais très désireux de comprendre cc qui se passait sur I plan aérien. La puissance aCrienne était assurément I principal atout de lennemi. Elle lui conférait non seulement une puissance de feu sans limites mais aussi Ia mobilité. Utilisées correctement, routes deux auraient pu Se combiner sur le terrain pour vaincre les partisans Sur le plan ractique, sinon stratégique. Du point de vue des Moudjahidins Ia difficulté ne provenait pas tant du fàit qu’ils ne possedaient pas de puis sance aérienne propre mais que leurs moyens pour abattre ‘Cs avions et les hélicoptères ennemis se restreignaient a quelques SA-7 périmCs, des mis siles antiaériens (SAM) tires en épaulant. Nous examinerons en detail cetce carence, ainsi ciue La guerre aérienne, dans un chapitre ultérieur, mais je voudrais souligner des maintenant comment, a mon arrivCe a V ce manque d’armes antiaériennes adéquates et efficaces fut pour moi I défaut Ic plus sCrieux de larmement des Moudjahidins. On ne put remédier a cette situation durant encore trois années.

Sans tenir compte de quatre regiments d’hClicopteres au minimum, Ia carte des moyens aériens montrait que Ia base aCrienne de Bagram pos sédait Ia plus grande concentration d’avions, avec 54 chasseurs ou chas seurs-bombardiers. Venaient ensuire Shindand a Iouest avec 45 et enfn Kandahar avec 15. Ces avions Ctaient surpasses en nombre par ceux qui étaient stationnés en Union soviCtique mais qui participaient regulière meat a des sorties sur I’Afghanistan. A cetre époque, nos renseignements montraient 195 de ces appareils bases a Nord Marie, Karshi Khanabad, Kokayty et Chirchik — cette dernière base située a 350 kilometres au nord de [ (voir carte n 5).

Ainsi quon me l’expliqua, les avions soviétiques Ctaient utilises pour attaquer ies villages qui auraient pu servir de bases aux Moudjahi dins. Le soutien aérien rapprochC des troupes terrestres attaquant les par tisans Ctait limitC. Cette táche était invariablenient réseryCe aux hélico ptères d’assaur plutôt quaux chasseurs-bombardiers. Le bornbardement sévère dune zone localisCe Crait une façon habituelle d’agir en reprCsailles après une embuscade de partisans couronnée de succès. Le bombardement sans discrimination causait de nombreuses destructions de villages et la perre de centaines de civils. Cela n’infligeait pas beaucoup de dommages aux Moudjahidins mais cCtait la premiere cause du torrent de refügies qui Se dCversait dans I Pakistan. Je pense que cCtair en soi considCre cornme un succès par les Sovieriques, car les rCfugiés devenaient une source grandissante de mCcontement au Pakistan.

Les Moudjahidins craignaient davantage les hClicoptères que Ies MiG ou les SU-17, parce qu’ils n’avaient aucun moyen de riposrer. C’était devenu leur ennemi personnel, qui les mitraillait dune hauteur de trois cents metres dans une impunité presque totale. Lhélicoptère dassauc MJ-24 Hind était le cheval de bataille de cette guerre. Son armement pouvair comprendre des mitrailleuses de 12.7mm, des roquettes de 57mm, des bombes aux phosphore et incendiaires, des pecites mines largables, des bombes en chapefets et des bombes c miques. Vets Ia fin de 1983, travaillant par deux, us pouvaient fournir un support aérien rapproché, mitrailler les villages, escorter les convois et patrouiller en detruisant tout Ce qui bougeair au-dessous deux. Les Mi-S ou Mi-17 de Ia s&ie Hip predominaient en tant quh de trauspott. On cornmençait a [ utiliser p efficacement en Larguant des troupes aéropotées pour isoler ou déblojuer les positions durant les vastes operations de nertoyage.

Vers Ia mi-novembre, j’eus P impression que je commençais a corn prendre ‘Cs Moudjahidins ec leurs ennemis. I étair temps de consulter le général Akhtar sur Ia stratégie densemble a long terme. Nous devions decider des priorités ec des meilleurs moyens daccroitre Ia capacité des Moudjahidins a triompher dune superpuissance.