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.“0 Dieux Gardez-nous c venin d cohn, deja gucuje d tigre,
Cr cit Is vengeance de I’Afglian I
Vicux dicton Hindou
Lors de linvasion soviétique en 1979, II y avait environ 15
millions de personnes en Afghanistan. Aujourd’hui, ce chiffre
est tombé aux environs tie huh millions, avec deux millions de
morts et plus de
cinq millions de réfugiés au Pakistan et en Iran. Cette
population est un mélange tie tribus, de langues et de cultures
différentes possédant une religion commune — lJslam. L’Islam
fournit un mode de vie er un code moral a tous les groupes. La plupart des Afghans sont musulmans sun nites, bien qu’un dixième
dentre eux soft Shias. Quoique de manière très simplificatrice,
on peut diviser les Afghans en deux grands groupes. Au sud et a
lest des monts Hindou Kouch Se trouvent les Pashtounes, tandis
quau nord Se trouvent les Tadjiks, les Turkmenes et les Ouzbeks,
parlant, ou du moms comprenant, le Dan (persan). Ces derniers
parta gent leurs origines et leur culture avec leurs voisins du
nord de ‘a rivière Amu, en Union soviérique. Je dois confesser
que ma connaissance de ces peuples éraic cristement defIciente
lorsque je fus affecté a Ia supervision de leur lutte armS
contre I communisme. Ma premiere tache, en pre nant mes
fonctions, fut dapprendre a connaltre mes gens.
Comprendre les combattants de Ia guérilla afghane allait être un
processus constant. 11 me fallut dabord en rencontrer beaucoup,
les voir a !‘entramnement et dans Faction, discuter avec eux de
leurs problemes et visiter leurs bases en Afghanistan pour quils
me fassent assez confiance pour mécouter lorsque jessayais de
les influencer dans Ieur conduite du combat. Et méme alors,
jérais parfois poliment ignore. jen demandais trop au debut. 11
me fallut un certain temps pour admettre le fait que je ne
commandais” plus a des soldats réguliers, mais que je guidais’
plutôt des partisans. Ce fin un apprentissage fascinant. Jai une
immense
admiration pour le guerrier afghan I a traverse l’épreuve du
temps, na
encore jamais éte conquis, a accepté I defi des Soviétiques en
1980 et en
huh ans les a chassés de son pays une action qui ne le cede a
personne.
Cependant Ce nest pas un surhomme. Comme beaucoup dentre nous,
ii
a ses défauts, le plus souvent associés a une certaine
intransigeance.
Comme ii me semble important d I debut pour Ic lecteur de
connaitre” I’Afghan aussi peu que Ce soft, j’ai consacré Ia
premiere panic
de ce chapitre a létude de queiques traits de son caractère.
Un petit groupe dAfghans, rassemblés autour dun feu de bois,
discutait. Deux d’entre eux disputaient pour savoir qui était le
plus
brave. Pour le prouver, Fun Se pencha c tendit son bras au
dessus du feu.
11 Ic maintint alors pendant que les flammes léchaient sa chair.
Malgré
I’intolerable supplice, 11 garda le silence seuls, ses machoires
serrécs, ses
yeux plisses ec Ia Iégère agitation de son bras montraient Ic
supthme
effort de volonté nécessaire pour surmonter Ia douleur. II
demeura là un
certain temps, rôtissant devant l’assistance. LorsquiI retira sa
main, celle-ci était cramoisie, ruisselante. L’homme avait démontré son
courage
.Le Courage, le courage physique, est au centre du caractère
afghan.Lanecdote décrite ici s’est récliement produite, bien queIIe
constitue un
exemple extreme. Lhomme outrepassait certainement sa peur, Ce
quireprésente bien Ic courage, mais il dCmontrait une facette
particulière de
Ia bravoure afghane — Ia capacicé a subir ‘a souffrance
stoiquement, sans
fhire dhistoires, cc en silence. Pour un Afghan, 11 est
considéré comme
pcu viril de pousser des cris ou de hurler si Ion est gravement
bless On
Lui inculque cela d son enfance, comme partie de son education,
Donnez une taloche a un garçonnet afghan de cinq ans, II Se
mettra ‘apleurer comme tous les enfants, mais si vous faites de même a un
garçon
de sept ans, CelUi-ci ne bronchera sans doute pas. 11 est
repugnant detresans courage on devient un objet de mépris.
Les Moudjahidins qui étaient blesses durant Ia guerre devaientaifronter Ies plus Cpouvantables voyages sur des brancards de
fortune, ou
attaches sur le dos dun cheval, durant des jours, parfois des
semaines,pour franchir les montagnes vers Ie Pakistan a Ia recherche de
soins médicaux. Lévacuation par hélicoptère vers un hôpital éloigne du
front,comme il est normal dans les armées conventionnelles, nexistait
pas poureux. Le cemps entre Ic moment oü un partisan est touché et celui
oü ireçoit des sobs médicaux Se mesure plus souvent en jours quen
minutes.Les amputations sans anesthesie, faites laide dun couteau ou
mémedune hache tranchant un pied ou une jambe mutilée, étaienc
monnaiecouranre. Beaucoup en mouraient sous Ic choc. Je me
souviens dun com mandant qui demandait en prioritC quon lui
fournisse une scie de chi rurgien afin que les operations
puissent être un peu moms brutales et moms sanglantes. Le fair
que cecte demande provienne d’un commandant surnommC “le boucher’
pour sa propension a executer les agents du KHAD captures en
leur tranchant lui-même Ia gorge nCtait que pure coincidence.
Ceux des blesses qui survivaient enduraient ‘Cs tourments de
chaque mouvement, de chaque cahot, durant leur voyage de cauche
mar pour atteindre un médecin. us manifestaient rarement autre
chose quun gémissement occasionnel. Ce pouvoir de volonté, cc
refus de ceder ou de montrer Ce qu’ils consideraient comme
faibiesse, est Ia grande vertu de chaque soldat.
Je ne veux pas dire par là qu’un Moudjahid nest jamais effrayC.
Ii connait Ia peur, mais pas Ia peur de Ia mort. J’ai remarqué
que Ia plupart avalent peur des mines us hésitaient I atraquer
les postes très protCgés par des champs de mines. Leur crainte
étair de mener une vie d’estropié dans une sociétC oü la vigueur
er ‘a robustesse physique étaient indispen sables. Les mines
pouvalent emporter les pieds, les jambes ou les mains, mais ne
tuaient pas. Comment un homme sans jambe pourrait-il élever sa
famille, garder ses moutons, bâtir sa maison et grimper dans les
collines ? La perspective dune relic vie était infiniment plus
effrayante que La mort sot te champ de bataille.
La combinaison du courage et de leur fervente croyance
religicuse en Ia cause pour laquelie i combattaient faisait des
Moudjahidins de for midables guerriers. us Iuttaient dans un
Djihad — une guerre sainte — m croisade contre les incroyants,
les Kafirs, comme us les appeiaient. En tant que musulmans
devdts, its connaissalent et suivaient littérale ment les
enseignements du Coran sacré. Une this Ic Djihad declare par
Ieurs chefs religieux, Ic devoir de tous érait de combattre, de
sauver leur foi, de défendre leur honneur, de protéger leur
indépendance et de garder leur pays et leur famille. L’âge
navait pas d’importance pour Se joindre au Djihad. Des garçons
de 13 ou i4 ans se barraient fr au coude a coude avec des hommes
de soixante ou soixante-dix ans a Ia barbe de neige.
Prendre les armes contre les communistes, contre ies
envahisseurs infidèles, était le principal facreur dunification
qui soudait ensemble les différentes tribus. Tant que les
Soviétiques, avec leurs a afghans, demeureraient dans le pays,
les Moudjahidins pourraient faire caire quelques-unes de leurs
differences internes pour sassocier contre tenne ml commun. Non
que ces dissensions soient éteintes, loin de la, mais plur&
parce que les effets discordanrs de leurs quereiles tribales, de
fears
jalousies et de leurs haines pouvaient être quelque peu contenus
tempo-‘airement par l’appel a A’Islam — par Jim perieuse demande du
Djibad.
Moudjahid signifie Soldat ik Dieu — celui quA combat pour Allah
dans sa lutte contre les infidèles. C’est un honneur, un devoir
qui réjou.ti yral musulman. Sans corn battre dans tin Djihad, on lie petit
pas être t
Moudjahid. Le Coran enseigne que celui qui pent dans un Djihad
devienr an Shahid, an martyr. Les commandants ne rendaient
jamais
compte quits avaient cu tant de tués au cours dune operation,
mais pb-ro ‘Dieu soir loué, nous avons eu cinq Shahids. 1± consentement
des
Moudjahidins pour mourir au combat d&oule de Ia promesse dAllab
que
les Shah Ads vont immCdiatement au paradis. Peu importe its
péchës corn-mis dans sa vie, mourir en soldat de Dieu assure un pardon
complet. On
est certain davoir sa place au pandAs. Les Shahids s inhurnés
cknslétat dans tequel us soot tombS, dans les vêtements qu’ils
portaient,corps ensanglanrés sans êrre l sans cercueii. us yo yen Allah
exac-tement comme us sont marts pour leur foi. 11 nest pas de plus
grande
gloire pour tin guerrier musu
On ne vénère pas seulernenr ceux quA meurenr dams le Djihad.Ceux gui combattent et qui restent en vie sent Cgalemeot
récompensés.On its appelie des Gha er i’Jslam leur promet de riches
rCcompenses au
paradis. Scion Ic Prophète (Ia paix soit avec Iui), I Moudjahid
qui passeant nu de garde a son paste a réalisé auranr que ccl qui a priê
durantmule nuits.
Le cri de guerre des Moudjahidins est Allah o Akbar” — Dieu estGrand. J I crient en s’é en avant, tour en hisant feu,
Jorsqu’ils
aperçoivent leur cible, méme a lentralnement, quand ii fly a pas
d’erane-mis en vue. Cest un erA qui a été enrendu au cours des siècies.
Aujour-d’hui encore, ii petit inspirer le Moudjahid moderne, tout comme
son
bisaInil en face de lenvahisseur brirannique, dans it rnême
decor de roches escarpées.
Tous ne combattent pas comme Moudjahidios en méme temps.Dams chaque famille exisre tin système de repartition des
responsabilités
civiles et militaires pour les hommes. Les Moudjahidins sour des
volon-raires qui me sonr pas payS, mais un même homme peut passer
seulement
ttois ou quatre mois sous les armes puis I reste de I’année
comme bouti-quier, fermier, salarie en Iranfr ou même dans tin camp de
réfugiés pour
veiller sur les fernmes de plusieurs families. Lorsqu’un homme
estime
qu’iI eli a assez &it, ii rentre chez lui et peut être remplace
éventueliemenrpar un de ses parents. D Ia sorte, un commandant
peut se targuer davoir 10.000 hommes Sons ses ordres mais en
pratique ii est pen probable qu’il puisse en utiliser plus de
2000 an même moment, sauf Si une grande offensive Se prepare.
La piupart des Afghans essaient de vivre en Se conformant a teur
code d’honneur — le Pashtounwah. En plus du courage, cc code
exige d’eux Ia vengeance et Ihospitaliré. En pashtou, vengeance
Se dit “Badaf. Le besoin de venger tout affront, toure insulte a
toujours fait panic de Ia vie des Afghans. Les vendettas entre
individus, entre families on entre clans et tribus sont
endémiques. tin Afghan ne rendra jamais lautre joue, un meurtre
doit être vengC par un meurtre et cc, de générarion en
génération. Une famille noubliera jamais une dette d’honnenr. La
ven geance peut être lente, Ia panic offensee peut attendre des
années si nécessaire, pour frapper au moment propice. Un fils
dolt tner l’assassin de son pete. Sa mere I pressera de I faire,
sinon cite le répudiera, Il sera banni. Si le meurtrjer est
lui-même mort, cest son fils, son frère ou son oncle qui doivent
mourir. Ainsi Se perpétue linimitiE. Le Djihad, mi même, narr&e
pas Ia badal.
Parfois ihospitalité soppose a La vengeance. Refuser de donner
asile ou refuge a quelquun est impensable pour un Afghan. Même
si cetui qui demande Ihospitalité est son pire ennemi, ii tie
peut Ia iui refu set. Tant quil sera dans sa maison, ii restera
hors de danger son hôte se bartraic pour Ic protéger, lui
donnant la meilileure nourriture et le trai— rant comme un
membre de sa proche famille. IDans Ic foyer dun Afghan, même
dans Ic pIUS pauvre, un hôre recevra la meilleure part. Si cela
entraine que Ion rue I’unique mouton, cc sera fait on
n’épargnera aucun effort, aucun sacrifice. Si un inconnu,
particuiierement un étranger, sasseoit aver nn groupe d’Afghans
pour manger Ia nourriture du pot commun, on iui donnera sans
aucune hesitation ia meilleure portion.
Ajourez a tout Ce qui precede Ic physique robuste de I’Afghan,
sa capacité a subir ies privations, son grand dynamisme, er vous
obtiendrez tout Ce qui fait un franc-tireur de premiere
catégorie. La vie en temps de paix est rude, les montagnes et
les deserts d’Afghanistan sont un milieu exigeant et sévCre. Une
temperature estivale de 50 degrés est courance, andis qu’en
hiver, dans les hautes montagnes, un froid de moms 10 est
normal. IDe nombreux pics de lHindou Kouch avoisinent ‘Cs 6000
metres et sonr couverts de neiges Ccernelles. Leur nom signifie
en réalite tueur d’Hindous” et remonre lepoque oti les Afghans
faisaient des coups. de mains dans les plaines de lInde pour en
ramener des esciaves, dont beaucoup périssalent au cours de Ia
terrible marche qui traversait
ces montagnes inebranlables L’i,uerminable bande de sable et de
rochers du sud est appelée a juste tirre Dasht-i-Margo — le
Desert de Ia Mon. Ce pays rude a produit un peuple dur, ardent
er fier.
Dun point de vue militaire, le Moudjahid afghan possedait, pour
commencer, des avantages substantiels. Physiquement, ii était
plus apte resister aux ourrances du terrain et du climar que son
adversaire sovié tique beaucoup moms resistant. En outre ii Se
battait pour sa fol, sa liber er sa famille, cc qui lui
procurait un énorme ascendant moral.
En pratique, le Moudjahid pouvait vivre en dehors du pays, ou
plu en dehors des villages, taut que la tactique soviétique de
Ia terre bralee ne s’Ctendait pas partout. Lorsqu’il utilisait des radons de
combat, tout cc dont ii avait besoin Se résumaic en nan (galettes
de pain) et the, pour le soutenir des jours durant. Ce pain
graisseux est transporré enve loppé dans une couverrure Cu un
tinge ii pourrit avec le temps, cc qui en fait Ia plus
répugnante des nourritures. Neanmoins, on I mange. Les
Moudjahidins peuvent marcher pendant des jours entiers, voire
des semaines, avec un minimum de nourriture puis, torscjue
loccasion Se produir, us Se gavent de quantirés cotossales,
stocicant pour Ic prochain voyage ha manière des chameaux.
Un Afghan est rarement sans arnie, méme en temps de paix Sa
carabine en pour lui comme uric parrie de son corps, un v&ement
sans lequet H ne Se sent pas l’aise. Pour Un homme, larme est
comme Un bIjou pour une femme occidenrale on le volt rarement
sans die. Cest un symbok de virilité. line de ses armes
favorites avant h guerre était Le vieux fkjsil anglais .303,
certains datant de Ia Premiere guerre mondiale, les autres Ctant
des copies (aires au Pakistan. Les Afghans achètent cc vendent
les armes comme les Américains les voitures. Cette intimité avec
les armes entraine que les Moudjahidins sadaptent très
facilement aux armes nouvdlles er en tirent gén de boris
résultats d Le debut. II mest arrivé frequemment de rencontrer
au Pakistan des Moudjahidins a lentratnement qul, n’ayant pas
obrenu dassez bans resultats au tir, refusaient de s’alimenrer
jusquà Ce qu’ils aienr amélioré leur score en sencralnant en
dehors des heures habituelles. Erre capable de titer juste est
pour eux beaucoup plus utile que de savoir écrire. Dans tear
vie, le fusil est plus important que Ia plume.
Ap leur arme, leur bien le plus précieux est leur couverrure.
Elle ts I plus souvent de coukur gris-brun Cr esr utilithe jour
et nuit a un grand nambre dusages. ils La mertent comme veste on
comme manteau pour se r en hiver, ou Se protéger du vent us
sabrhent sous elle pour se dissimuler a I vue des engiris
ennemis, car elle se confond très bien avec I bout ou les
rocbers us dorment étendus dessus Ms l’urili sent comme un sac
us l’étalent sur le sol en guise de nappe, ou pour y disposer
leurs affaires cUe Se transforme souvent en brancard cit fortune
ec parfbis en corde elk devient plusieurs lois par jour un tapis
de prière.
Du temps oü jCtais a i’isi, de s&ieux efforts
furent faits pour ve [ Moudjahidins de flçon adequate pour
aifronter l’hiver. Vivre a Ia belle étoiie, même dans une
caverne, Ctait difficilement supportable durant Ia pé node de
decembre a mars sans vêtements d’hiver appropriés. En fair, les
combats sapaisaient duranc l’hiver et peu d’op&ations étaient
possibles. Au sujet des vêtements ii est intéressant cle noter
un detail amusant Se rapportanr aux chaussures. Normalenient,
its Afghans portent des san- dales ouvertes qui étaient
absoIument inutilisabIes dans Ia neige toute fbis nous nous
aperçOmes au debut que Ia fournirure tie chaussures n&ait pas
trés bien acceptS. La raison en était que les chaussures de
Iarmée pos sédaient un grand nombre de trous passe-facets, Ce
qul faisait perdre un temps considerable pour les mettre et pour
les ôter. Pour le Moudjahid, quA devait enlever ses chaussures
et Se lacer les pieds cinq lois par jour avant Ia prière, cela
représentait une intolerable corvée. Nous dames rechercl-ier des
chaussures ne possédant que deux trous pour les lacets.
Il ne faudrait tout de même pas penser que
les Moudjahidins &aienc complerement dénuês ci faiblesses en
rant que francs-dreurs. Ainsi que je I découvris, leur rigidicé,
leur résistance au changement et ieur orgueif inflexib causérent
tie sérieuses difficukés sur Ic plan mc tique, sans parler de
leurs interminables querelles au sujet d’affronts ima ginaires
et de leur reflis tie coopérer avec dautres groupes ou dautres
commandants.
On en vit un exemple en 1984 au sujet tie
l’ol soviérique. Ce pipeline, quA suivait Ia route de Salang
jusqu’à Ia base aérienne de Bagram, était pose sur it soi rout
au long du trajer er, comme te érair une cAble évidente pour des
attaques tie partisans. Mais lorsque je vms inscruire its
commandants moudjabidins sur Ia manière d le décruire avec le
minimum d’efforrs, je rencontrai des objections. Jexptiquai que
c’Etait une operation facile pour un petit groupe d’hommes, ou
même pour un seul individu. La meilleure façon était de
sapprocher silencieuse ment de nuit entre deux postes de garde,
qui etaient toujours espacés dau moms 500 metres, de placer Ia
charge, tie presser le crayon-allumeur et de s’enfuir. Quelques
mines anti-personnel semées sur le chemin pro bable d groupe de
secours rendraient peut-&re laffaire encore meilleure ct si
nécessaire, un groupe avec une mittailieuse lourde pourrait
tenir
sous son feu I poste Ic plus proche en cas de difficultes. Mes
élèves rein-sèrent cetce proposition. us disaient que les postes étaient
trop rappro-ches les uns des autres.
Pour leur pronver que javais raison, j’organisai Un exercice de
nnit
au cours duquel deux groupes de stagiaires tenaient des postes
espacés de
500 metres, avec mission de détecter a loule un antic petit
groupe de
quatre hommes qui devait, a un moment de Ia nuit, ramper et
placer des
charges. Inurile de dire que lexplosif flit mis en place sans
quaucun des
postes sen rendit compte. CCtait encore inacceptable on ne
pouvait
y parvenir dans cette zone ii devait y avoir des mines le long
du pipe
line ou bien encore le terrain ne sy prétait pas.
En réalicé, cc qui clochait dans ma méthode étaic quelle
manquait
de bruit et dexcitation. Ce nétaic pas leur fàçon de Se battre,
sans titer
de coups de feu, sans aucune chance de faire de blesses, sans
occasion de
gloire personnelle cc sans butin. Leur méthode a eux était de
bombarder
les postes avec des armes lourdes, de nuit, a longue distance,
de Se rap- rocher pour titer avec des mortiers, d’envoyer 30 on 40 hommes
pour
donner lassaut et d’arroser a courte distance avec des
mitrailleuses, des
RPG et des lance-roquetces. Si Ia garnison Se repliait, on
occupait les
postes et les Moudjahidins les mettaient au pillage, emportant
des
rations, des armes cc des munitions, routes choses quils
pourraient utili-
set ou revendre. Enfin, cc seulemenc alors, on Se chargeait du
pipeline. Si
Ia garnison résistaic, on n’attaquait pas Ic pipeline.
11 fallait souvent un sCrieux revers, avec des pertes sévères,
pour for-
cer ie commandant a reviser ses mCthodes. Comme tous les soldats,
I
Moudjahid décestaic creuser. 11 écait vraiment ma dans un role
statique defensif; cétair contraire a son temperament ii navait
de liber-
té que dans Ic mouvement cc on pouvait rarement Ic convaincre de
Ia
nécessitC de construire un abri. De même, son adresse a man
était
très réduite et 11 nécait pas enclin a ramper, m€me lorsqu’il
était proche
dune position ennemie. Le sol rocailleux ou Ia probabilite des
mines
pouvaienr bien en parcie expliquer cela, mais j’avais
limpression que
cétait plucOt un pen contraire a sa dignité. Marcher ou
saccroupir pent-
être, mais ramper certainement pas.
En résumC, les Moudjahidins possCdent tous les actributs néces-
saires au succès pour des guerriers francs-tireurs. lcroient
passionné
ment en leur cause us sont physiquement et mencalement
résistants
connaissent incimement leur zone dopCrations ; ils sont
extrêmement
conrageux, avec une affinitC innée pour les armes cc ils opèrenc
a partir de regions montagneuses qul leur offrent en méme temps
aide et protection. Ces vertus sont temperées par les abus de
lobstination et un appétit apparemment insatiable pour les
querelles intestines. Pour mettre en déroute une
super-puissance, i lout fallait quarre choses faire taire leurs
différends dans lintérêt du Djihad possecler une base arrière
inatta quable, chose que leur fournissait au Pakistan le
Président Zia ; recevoir des fournitures darmes eftlcaces pour
mener a bien leur combat et un entralnement et des conseils
appropriés sur Ia manière de conduire les operations. J’avais Ia
responsabilite de Ia fourniture et de la coordination de ces
deux dernières.
Après quelques jours de prise de contact, je fus emmené a Pesha
war pour volt par moi-même comment travaillait Ce détachement
avancé de mon Bureau, pour faire Ia connaissance de mes
subordonnés et, Ce qul étair le plus important, pour rencontrer
les chefs des partis, leur entoura ge et les commandants qui
pourralent Se trouver IL ‘Is avaient besoin de voir leur nouveau
gCnéral et je me devais de faire mes debuts en meffor cant de
les comprendre.
Peshawar est Ia capitale de La province NWFP. Comme Quetta, elle
a toujours été une yule frontaliere, un centre commercial et une
zone militaire. Comme sa s méridionale, cue se rrouve a
proximité do Ia route principale vets L’Afghanistan — le col de
Khyber n’en est qul 40 kilomètres vers l’ouest. A cette époque,
sa population, son spectacle, ses odeurs et ses histoires
venaient d’Afghanistan. Sur les marches, on yen dait des tapis
afghans, des vêtements en peau de mouton, des artides de cuivre
et des trophées de Ia guerre. Les souvenirs pris sur des
cadavres soviétiques étaient monnale courante, des insignes, des
boucles de ceintu ron, des casquettes d’uniforme et des toques
de fourrure étales pour l’occasion, encore que Ia source de ces
objets soit aujourdhui tarie. De Peshawar, tout le trafic vets
l’ouest traverse les zones des tribus, patrie des Pashtounes.
Ceux-ci vivent des deux côtés de ‘a ligne “Durand”, p0 dent des
terres au Pakistan aussi bien qu’en Afghanistan er se deplacent
dun pays a lautre avec autanr de désinvolture qu’un Amélcain
entre Ia Caroline du nord et celle du sud. Peshawar so trouve a
Iextremité occi dentale de Iartere principale (Grand Trunk Road)
qui, du temps de linde britannique, sétirait vers Delhi, par
Rawalpindi et Lahore. Aujourdhui, Peshawar est entourée de camps
de refuglés afghans dont les occupants surpassent en nombre tous
les autres habitants.
Peshawar contient le cceur du mouvement de ‘a résistance afghane
en exil. Là sont les bureaux de ses patHs politiques, là en sa
bureaucratie,
là vivent et travaillent ses chefs, là sont ses entrep d’armes,
de là Ia
plupart de ses approvisionnements sont acheminés vets les depots
aux confins de Ia frontière et donc vers l’Afghanistan. C’est là
que les com mandants et les Moudjahidins viennent Se
réapprovisionner et prendre des nouvelles. C’est Peshawar qui
attire les journalistes et Ms espions comme un aimant attire I
metal. Les derniers cancans, rumeurs, nou velles ou inurmures
naissent a Peshawar. A Quetta, i y a aussi des bureaux des
partis, des magasins et un detachement de liSt, mais st one
échelle moindre.
Par souci de clarté, je dois a nouveau préciser que le terme de
Patti’, utilisé i concerne Fun des sept partis potitiques de Ia
résistance afghane qui allaient dans peu de temps conclure une
alliance. Nous appellerons ‘CheW les dirigeants politiques de
chaque parti pour les dis tinguer des ‘Commandants” moudjahidins
gui menaient effectivement ‘Cs operations sur le terrain. A une
ou deux exceptions près, les chefs ne combattaient pas, bien que
Ia plupart Se rendent en Afghanistan de temps en temps pour
rendre visite a tel ou tel commandant a sa base. Comme ‘a
majorité d armées, les Moudjahidins étaient dirigés par des
chefs politicjues, auxquels leurs commandants étaient censés
obeir, et qui Jeur fournissaient les moyens de Se bartre —
argent et armes. Comme je devais le découvrir, I était parfois
difficile d’unifIer ceux gui Se battaient avec ceux gui ne se
battaient pas. Cercains des chefs faisaient lob jet de beaucoup
de critiques, voire de mépris, pour leur vie facile, leurs
voltures tapageuses et leurs villas richement meublees. Cetait
le vieux dédain du soldar gui risque sa vie dans des conditions
difficiles pour le politicien qui reste a labri. Les agents
ennemis étaient Je plus souvent a lorigine de cette méfiance.
Derriere cette structure tie commandement primitive Se trouvait
l’ISI, et particulièremenr mon Bureau. Notre t&che consistait I
entretenir leurs stocks de fournitures et a faire en sorte que
tous ces partis et leurs centaines de commandants éparpillés sur
tout l’Afghanistan Se battent effectivement.
Lorsque jarrivai I Peshawar pour cette premiere visite de Ia fin
octobre 1983, l’alliance des sept partis nétait pas encore
réalisée. Jusqul Jincident de Quetta, les commandants recevaient
habituellement leurs approvisionnement directement de liSt, mais
les occasions de corruption étaient si importantes et les
commandants si nombreux, ainsi que Ia mul tiplicité des petits
panis, que le système étaient devenu un cauchemar. Le général
Akhtar avait agi pour stopper les fournitures directes aux
commandants et pour les acheminer par J’entremise des partis,
mais Il y avait encore trop de gens qui faisaient beaucoup de
tapage pour obtenir une reconnaissance oflicielle. II etaic
evident pour moi que sans un sem blant dunité au niveau
politique nous ne serions pas en mesure tie faire.
des progrès sur le terrain militaire. Mes rencontres I Peshawar
fureor courtoises mais quelque peu formetles. Je ne pusvoir les
chefs que sépa rément. Ceci parce quits ne voulaient pas siéger
a La même table. Je dus faire attention a mes propos pour ne pas
avoir lair de faire des promesses Fun plur& qua laurie. Je
madressais 1 des gens qul, bien que fervents rnusulmans, bien
que dévoués au Djihad, étaient bourrés de rivatités per
sonnelles, de préjugés et de haines qui obscurcissaient souvent
leur juge rnent cc dictaient leurs actions. Je devais me
souvenir que, dabord et avant tout, us étaienr Afghans,
quensuite céraienr des poliriciens avec des ambitions potitiques
et quenfin its faisaient Ia guerre.

Erant a Ia tête de lISI, le
general Akhtar tie pouvait consacrer que
La moitié de son temps a l’Afghanistan. Je crois quo 75 pour
cent de cette
m Se passaic a essayer dobtenir un semblant d’harmonie entre des
chefs politiques grincheux. Je devais lui être reconnaissant, au
cours des nnées suivantes, de me laisser libre de prendre les decisions
et de
resoudre les prob militaires, après avoir approuvC Ia stratCgie
dans
son principe, pendant quil s’attaquait aux problemes politiques.
Au debut de 1984, le gCnéral Akhtar Ctait décidé a obtenir une
sane dalliance formelle entre les partis. Un organisme reconnu,
de haut
niveau, était vital pour agir en tant que filtre pour Ia
fourniture des
armes et des fonds aux utilisateurs, et a travers Iui, nous
pourrions tenter
de coordonner l’action en Afghanistan. Durant des semaines, i
mena un
combat difficile pour obtenir l’adhesion des chefs politiques.
Le prince
Turkie, chef des services do renseignements dAtable Saoudite,
qui était
également responsable de Ia supervision de laide financiere de
son gou-
vernement au Djihad, Se rendit au Pakistan pour les convaincre.
Le rout
sans resultat. Les Fondamentalistes islamiques ne voulaient pas
collaborer
avec les partis plus modCrés. Cest alors cluinten’int I
Président Zia. On
tint dautres reunions en après d’inrerminables palabres qui
naboutirenc a
aucun accord, Zia perdit patience et publia une directive a 2
heures du
matin — ‘Cs partis devaient former une Alliance a Sept” et en
faire
l’annonce offIcielle conjointe pour prendre effet dans los 72
heures. I ne
précisa pas cc quil ferait si les partis nacceptaient pas. Les
chefs étaient
tous conscients que sans le soutien du Pakistan, et par
consequent c
de Zia, tout était terminé. Une fois encore, au dernier moment,
alors que
lalliance était conclue, l’un des chefs insista pour que Ion
fasse une ulti-
me concession quil obtint. On accepta que les decisions
importantes
soient prises a lunanimiré plutôt qua Ia majorité des voix. Du
vrai mar-
chandage afghan.
On j alors en principe que chaque commandant devait apparte-
fir a l’un des sept partis autrement Il ne recevrait Hen de
notre part (a
VlS — ni armes, ni munitions, ni entrainement. Ne pouvant
exister sans
cela, il était contraint dadhérer a un parti, a condition qu’il
en trouve un
qui l’accepte.
Durant le temps que je passai a lIST, je dus tenir beaucoup de
reunions avec les chefs des partis pour discuter de logistique
cc d’entra
nement ec coordonner les operations mais mon menu de rous les
jours”
était consacré aux membres de tour Comité militaire, Celui-ci
était
constitué des conseillers militaires ou des officiers supérieurs
de chaque
pa Jo tenais déjà des reunions avec ces gens-là sur une base
moms formelle avant Ia formation de l’Alliance mais a partir de
là, je me rendis au moms une lois par mois a Peshawar pour les
rencontrer. Cétait des hommes qui possedaient déjà une
experience miliraire ou qui avaient montré des dispositions pour
cela. Avec le temps, il y cut au moms ( anciens officiers de
l’armCe afghane dans cc comité. Le general Yahya Nauroz avait
etC a tan moment chef de létat-major general, le colonel Wardak
avait cu un commandement d’oftIcier supérieur et le capitaine
Musa avait rejoint les Moudjahidins directement en sortant de
lAcadémie militaire indienne de Dehra Dun. Lorganisation du haut
commandement’ des Moudjahidins est exposCe dans ses grandes
lignes sur te diagramme de Ia page 57.
Bien que lAlliance alt représenté une percCe significative, nos
pro biemes n’étaient pas tous résolus us devinrent toutefois un
peu moms insolubles. Une difficulté sous-jacente ne flit jamais
surmontée — l’écart entre les quatre partis fondamentalistes et
les trois partis modCrCs. Les Fondamentalistes different des
ModCrCs dans leur attitude envers l’influence occidentale sur
les enseignements islamiques. Ils sont tous musulmans, mais les
Fondamentalistes sont plus rigides, plus conserva ceurs et
opposes a lacceptation dun aspect quelconque du mode de vie
occidental. C’est une question de degrCs. Un Modéré peut tolérer
une femme en pantalons, mais pas en mini-jupe un Fondamentaliste,
ni i’un, ni l’autre.
Le chef fondamentaliste le plus connu, et 1 plus controversC,
est Gui Badin Hekmatyar. Ii est né en 1946, ce qui en fait I
plus jeune des sept leaders, et a fair ses etudes a l’Ecole
militaire de Kaboul et a l’UniversitC oü il obtint un dip
d’ingCnieur. I fut mis en prison en 1972 pendant deux ans pour
activités anti-gouvernementales (anti-com munistes). Je trouvai
en lui, non seulement Ic plus jeune, mais aussi I plus dur et le
plus vigoureux des chefs de l’Alliance. C’est un partisan
fervent dun gouvernement islamique pour l’Afghanistan, un
excellent administrateur et, autant que j’aie Pu en juger, un
homme scrupuleuse meat honnéte. 11 vit dune vie frugale, bien
quil possède des revenus. 11 ts également impitoyable, arrrogant,
inflexible, dune discipline sCvère et ne fréquente pas les
Americains.
Les Etats-Unis nont jamais pardonnC a Hekmatyar son refus public
de rencontrer le président Reagan en 1985 lors dune visite qu’il
fit a New York pour prendre Ia parole a l’ONU. Cela fut
considére comme une gifle retentissante donnée a une Amérique
qui dépensait tant dargent pour que Ia tune se poursuive, de Ia
part dun chef moudjahid qui repoussait La main qui Ic f vivre.
Hekmatyar subit une énorme pression destinee a le faire fléchir,
en particulier des coups de téléphone des autres chefs poll.
tiques testes au Pakistan lul disanc brutalement quil Ctait en
train de pot-
rerun prejudice énorme a Ia cause du Ojihad auprès de lOccident.
11 resra
in Son argumentation était qu’être vu en conversation avec
Reagan ferait it jeu du KGB et cit Ia propagande sovi qui procla-
rnait que Ia guerre nétair pas un Djihad mais davantage une
extension de
Ia politique étrangere des Etats-Unis. Les agents du KGB et du
KFIAD
ne cessaient de pretendre que les Arnéricains entretenaient des
Afghans
pour quils combattent d’autres Afghans, faisant des Moudjahidins
non les
soldats de Dieu mais les pantins des Americains. I-Iekmatyar ne
pouvait
pas, ou plutôt ne voulaic pas cc’mprendre pourquoi l’aide
américaine
devait se faire tellement au grand jour. II savait qu’il devait
lacceprer
mais it Ia souhaitait clandestine, démenrie, pas évidente aux
yeux th
monde entier. Pour Iui, comme pout beaucoup d’Afghans, ii érait
humi
liant de reconnaltre publiquement sa dette envers un non-musulman,
Cette soifde gratitude affich& par tAmetique est
inconipréhensible. Elk
seinbie montrer un manque total de comprehension de Ia part des
Ecats-
Unis dans leurs relations avec lOrient. us font teflement tie
publicice
pour leurs dons que celui qui les reçoit perd Ia face et en
devient plein de
ressentiment plutôt que de gratitude.
Personnellement, je pensai quHekmatyar avait comniis une grave
erreur de jugement er que son action portait prejudice a Ia
cause du
Djihad, confirmant I ugement des Etats-Unis qui pensaient que de
tets
hommes au pouvoir a ICaboul seraient aussi dangereux que ‘Cs
commu-
nistes. Je suis convaincu que cet incident a pesé sur leurs
sentiments
lorsque les Soviétiques finirent par Se retirer, et sur les
decisions qui
devaient être prises en Ce qui concerne Ia politique américaine
dans les
dernieres phases tie k guerre. Mais plier nétait pas dans le
caractère
de’Hekmatyar.
Les autres chefs potitiques firndamentaiistes étaient Moivi
Khatis,
le professeur Rabbani et le professeur Sayaf. Khalis, bien quâgé
tie près
de soixante-dix ans, s’aventurait encore parfois au arur de
l’Afghanistao.
itabbani est un Tad jik, un erudit et un grand linguiste,
parlant six
langues courammenr. Sayaf est un intellecruel hautement respecté,
jouis-
sant tie lappui vigoureux tie l’Arabie Saoudire dont I
gouvernement le
fit Iaurêat du prix intellectuel du roi Faiçal en 1985.
Je ne I compris pas a ceuc époque, mais une partie du problèmt
provenait du manque de communication entre les Etats-Unis et les
cheft
fondamentalistes, qui Se rendaient rarement en Amérique, a Ia
difference
des modérés comme Gailani et Mujaddadi qui y allaienr tous les
six mois, ou presque — tous frais payés. Comme on peut le
comprendre, les Américains voulaient volt comment teurs fonds
étaient utilises, us you Iaient contrôter les choses, sen mêler
us pensaient vraiment quils en avalent le droit. Cet argument ne
faisait aucune impression sur les Fondamentalistes. us
demeuraient persuades que laide américaine était entièrement
d’ordre politique, quil était opportun pour eux de payer
quelqu’un dautre pour ébranler les Soviétiques et venger ainsi
leur humiliation du Viêt—nam. En tant que personae amenée a
connaitre les responsables de chaque partie dans une afFaire gui
donna matière une s&ieuse controverse, je pense que le jugement
des Fondamentalistes stir ies motifs des Américains était
correct mais quils étaient stupides de le montrer aussi
ouvertement car sans le soutien total des Etats-Unis le Djihad
ne pourrait pas réussir.
Les modérés sont menés par Mclvi Nabi, Pit Gailani et Hazrat
Mujaddadi. Le premier est un faible, qui laisse ses deux fils le
soin de traiter ‘Cs affaires du parti, chacun deux ayant et
accuse davoir détourne des fonds destinés aux commandants
moudjahidins. La fut impliqué dans l’incident de Quetta dont
nous avons pane plus haut. Gaulani est un democrate liberal a Ia
voix suave, friand de vie facile, qui passe un temps
considerable a letranger. Ce nest pas un chef éuergique et i Re
semble pas avoir beaucoup de poids sur Ia bureaucratie de son
paid. Mujaddadi est un autre linguiste. C’est aussi un
philosophe islamiste eminent dont ie grand titre de gloire est
davoir passé quatre ans en prison, dont trois en isolement, pour
avoir tenté d’assassinen Nikita Khrouchtchev au cours dune
visite de celui-ci a Kaboul. II semble avoir déçu ses déput€s et
les responsables de son patti, sur lesquels ii naurait que peu
dinfluence. Leur parti a aujourd’hui mauvaise reputation du fait
de leurs activités douteuses.
Une autre chose que j’appris durant les premiers mois de mon
acti vit fut que cette cooperation entre les commandants sur Ic
terrain nallait pas Se faire facilement, même après Ia formation
de l’Alliance. Les rivalités et les jalousies mesquines entre
les commandants n’allaient pas s’évanouir grace a lAlliance.
Dune certaine façon celle-ci exagéra le pro blèine car
difl’erents commandants dune même zone allaient Se trouver
contraints de rejoindre des partis diffCrents, élargissant par
là le fossé qui les séparait Un commandant Se considérait comme
le roi de sa zone ii se Seritait investi du droit de protéger
les villages et de percevoir des imp&s locaux. Ce quil désirait,
c&ait le butin provenant de lattaque de chaque poste
gouvernemental proche de son secteur, et il voulait posséder les
armes lourdes pour y parvenir, car elles augmentaient ses
chances de suc cès et son prestige, lesquels en retour l
facilitalent le recrutement dune
force plus importante. Ces hommes-la réagissaient violemmenc
devanc
tout autre commandant entrant dans leur territoire, le
traversant ou bra-
connant” dessus. Je pouvais donc prévoir de sérieuses
difthcultés dans Ia
coordination dopérations combinees. Aucun parti navait le
monopole du
pouvoir dans une zone ou une province particuliere en
Afghanistan, bien
que certains puissent y prédominer. Par exemple, dans Ia
province de
Paictia, Hekmatyar, Khalis, Sayaf et Gailani avaient chacun des
comman-
dants sur I terrain, mais 11 ne pouvaient réaliser une operation
de gran-
de envergure quen unissant leurs forces.
Chaque commandant avait sa propre base, genéralement dans les
vallees des montagnes éloignées, I lintérieur ou près des
communautés
de petits villages dont j recevaient renforrs, nourriture, abri
et parfois
argent. Comme chacun des 325 districts possédait au moms une
base
lensemble de tout ce réseau pouvait s’élever jusqu’à 4000 bases.
Mais les
bases, pour vitales qu’elles soient, étaient statiques, et les
Moudjahidins
étaient peu enthousiastes pour aller guerroyer loin de leurs
bases contre
des objectifs plus importants. A un moment donne, Il Se pouvaic
que Its
Moudjahidins des zones éloignees restent pendant des mois sans
corn bactre, puis une soudaine flambee de violence pouvait se
produire. Leurs activités semblaient Se derouler sans aucun
schema visible, avec peu de preparation us se battaient
lorsqu’ils en trouvaient l’occasion, ou lots quils avaient
besoin de butin et lorsque le moment leur convenait. J’ai résumé
le système de controle et de liaison politico-militaire pour Ia
periode de mes activités a lISI I Ia page 57. En tant que
diagramme, semble net et ordonne, mais en pratique ii pouvait Se
r horrible ment confus.
J’assistai I Ia fin de 1983, autour des petites villes de
garnison dUrgun Cr de Kliost, I un exemple de ce type doffensive
menéc au hasard. D’aoüt a novembre un grand nombre de
Moudjahidins actaqua ha ftis les deux villes, avec succès a
Khost mais sans parvenir 1 prendre réelle ment la cite. Mais
lorsque les forces gouvernementales contrc-attaquèrent, juste
avant le debut de Ihiver, elles percèrent sans rencontrer
beaucoup dopposition. Les Moudjahidins qui investissaient Khost
avaient prefére sen aller pour Se rapprocher dUrgun, de peur que
celle-ci soit prise sans leur aide, cc qui les aurait Pr he de
tout espoir de butin. Cétait un typique combat de tribus mené
dans le but immediat de gains tangibles, sur des zones
localisées et sans autre veritable objectif strarégique.
Un autre facteur critique qui me frappa au sujet de cette guerre
flit
quelle al &re lente. je me rendais compte que toute chose
prenait un
temps considerable pour être décidée, discutee et mise en marche.
L’Afghan est un être infiniment patient, qul Se hare rarement,
pour
lequel Ic temps ne compte pas. Les choses peuvent Sc faire mais
lente
ment les boraires militaires normaux ne pouvalent sappliquer. Je
n’ava.s aucune illusion sur ma capacité a les accelérer. Je
devais diriger
une armS de partisans dont Ia vitesse sur le terrain Se mesurait
au temps
que pouvait mettre Un homme ou un cheval pour parcourir un
terrain
difficile. Tourefois, cela leur conferait une plus grande
mobiliré que les
convois tributaires des routes ou les vehicules blindes lourds.
Durant Ihiver de 1984, javais acquis par le contact direct, les
visites er les reunions, une cerraine comprehension des
capacités miii
taires, des faiblesses et du porentiel des Moudjahidins. Je
connaissais le
système de commandement que jallais utiliser er j’érais certain
de pou
voir discuter de manière frucrueuse avec I général Akhcar, comme
avec
mon état-major, sur Ia fàçon dont nous pourrions accroItre leur
efficaciré
en tant que partisans.
Je me mis alors a étudier l’ennemi. |