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"L’eau d'Afighanistan doit bouillir a la bonne
temperature"
Président Zia-ul Haq du Pakistan au Lieutenant-genera! Akhtar Abdul Rehman
Khan, décembre 1979
Quetta est Ia capitale de La province pakistanaise du Belouchistan. Ma vie comme soldat a été
completement transforméc a cause de Quetta, ui est une yule de
garnison depuis le dernier quart du 19se n nom est une variante du mot “kwat-kot’,
qui signifle forteres se, car cest le point I plus meridional
dune ligne de postes-frontieres qui remonte a une Cpoque bien
antérieure a ia partition du sous-continent indien entre Inde et
Pakistan en 1947. Elle provient de la transformation dun groupe
de masures de torchis delabrées en un marche prospère et lune
des pius populaires stations de lancienne armCe des Indes.
Lécole militaire d’etat-major du Pakistan, donc je suivis les
cours comme jeune major, flit etablie a I’origine a Querra en
1907 et est devenue aujourd’hui une academic de reputation
internationale, recevant de futurs officiers supérieurs de pays
Ctrangers, en concurrence pour y accéder. Des étudiants de
Grande-Bretagne, du Canada, dAustralic, des Etats-Unis, dEgypte,
de Jordanie, de Thai de Singapour, d’Arabie Saoudite et
dailleurs sy sont trouvés avec moi sur les mêmes bancs, Le
trembiement de terre de 1935 écrasa Ia yule want près de 40.000
personnes dans I séisme le plus destructeur des temps modernes
jusqu’à celui dIran, en juin 1990. Cest aujourd’hui une
importante garnison de l’arm pakistanaise, comprenant une vaste
zone de cantonnement qui abrite de nombreuses unitS et un état-major
de corps d’armée. Cest une base centraie pour des operations au
Belouchistan ou le long de Ia frontière. A une centaine de
kilomerres vers le nord-ouest, a travels Ic col de Khojak, se
trouve La porte d’entrée méridionale de I’Afghanistan (voir
carte n° 1).
C’est a Quetta que je reçus Ic coup de
téléphone qui devait menvoyer a mon nouveau poste a l’ISI.
C’Ctair en seprembre 1983 je parricipais a un kriegspiel de
division en tant que commandant de briga de. Plus tard, jappris
que Ce COUP de téléphone était I résultat de Ce que Ion appelait
‘Lincident de Quetta”. Un scandale avait éclaté quelques mois
plus tot a propos dune affaire de Corruption a l’intérieur de
l’lS1, impliquant trois officiers pakistanais qui avaient été
arrétés pour s’êrre laissé corrompre par des commandants
moudjahidins en échange de La fourniture darmes au-deja de Ce
qui leur était allouC. Ces armes allaient être revendues très
cher dans les zones frontalieres du Pakistan. Les offi ciers
passèrent en cour martiale et furent condamnes a Ia prison,
tandis que le brigadier dont jallais prendre ‘a place était
limogé. Ainsi que j’allais bientôt le decouvrir, Quetta abritait
un détachement précurseur de ma nouvelle organisation, le Bureau
Afghan de IfS!.
On mordonna de menvoler immédiatement pour
Islamabad et de me presenter au directeur gCnéral de VlSI, I
lieutenant-general Akhtar. Dire que javais quelques
apprehensions serait au-dessous de Ia vérité. Jétais rempli de
crainte. Je ne connaissais rien aux affaires de renseigne ment,
ma carrière d’ofthcier dinfanterie avait suivi un cours normal
des tours de service en unite alternant avec des passages en
état-major opéra tionnel, puis un commandement. En tant que
colonel, j’étais resté en ser vi dans un corps d’armee je navais
eu aucun moment une quel conqUe experience des renseignements.
Pourquoi étais-je donc verse a ITS! ? Sur Ia trentaine de
brigadiers dont Ia mutation était annoncée a Ce moment-là,
j’étais le seul destine a une organisation que I plupart des
officiers considéraient avec une intense suspicion, S Ce nest
avec crainte. L’ISI Ctait considéré comme ayant tout pouvoir, et
son directeur général comme Ia seconde autorité après le
président Zia, bien qu’il fut dun rang inférieur a beaucoup
d’autres généraux.
La responsabilite de IlSI s’étendait a toutes
les questions de rensei gnement au niveau national. Cela
comprenait les affaires politiques et militaires, Ia sécurité
intérieure et exrérieure et le contre-espionnage. Je connaissais
son role dans les grandes lignes et pius en details sa réputa
don. L’ofticier de carrière ordinaire pensait, a juste titre,
que LISI I sur veillait personnellement, ayant ses informateurs
rendant compte de ses attitudes et de sa loyauté. Lorsqu’un
officier appartenait a ITS!, se pairs, et bien entendu ses
supCrieurs, tendaient a éviter sa frequentation. Je remarquai
cela moi-même dans les quelques heures que je passai a Quetta
après que ma mutation fut connue de mes camarades. Je n’étais
plus I’un d’entre eux, desormais.
Une autre raison de mon anxiCtC Ctait davoir
I general Akhtar comme supérieur immCdiat, non seulement a cause
de son poste, mais aussi a cause de sa reputation intimidante.
Ofricier dartillerie au depart, i avait combattu trois fois
contre l et avait assisté, en tarn que jeune officier, aux
horreurs des massacres au moment de la partition. Je crois que
sa haine de linde provenait de ces atrocites du temps de
lindépendance du Pakistan. 11 avait une personnalité froide,
réservée, presque insondable, toujours secrete, Sans aucun
intime hors de sa famille. Beaucoup avaient trouvé en iui un
homme difticile a servir a cause de ses manières brusques et de
sa reputation dintransigeance sur Ia discipline. 11 cut beaucoup
dennemis. II devait son accession a un rang aussi élevé a son
énergie, son audace et son aptitude a mener son commandement
jusquà ses limites. Javais servi une fois auparavant sous ses
ordres en tant que chef de bataillon dans sa division, jétais
donc le premier a savoir quel tyran il pouvait ètre. II était
totalement loyal, entièrement voué a sa profession et, comme
jallais men apercevoir rapidement, totalement déterminé a battre
les Soviétiques. II me confia plus tard que son v le plus cher
emit de se rendre a Kaboul une fois Ia guerre gagnée pour offrir
ses prières en actions de grace pour Ia victoire. Bien qu’il ait
vécu assez longtemps pour assister a ‘a retraite soviétique, son
v ne put jamais saccomplir.
Dans les 72 heures après le coup de teléphone,
j’étais introduit dans Ia demeure du general Akhtar a islamabad.
C’était un soldat impressionnant dans son uniforme immacule,
avec ses trois rangées de decorations et sa carrure massive. i
avait Ia peau claire et Salt immense ment Lier du sang afghan
dont il avait h II portait bien son £ge et je me souviens avoir
pensé qu’il faisait plus jeune que 59 ans. I savait que je
nétais pas volontaire pour Ce poste, aussi commença-t-il par me
demander ce que je savais du role de liST dans Ia guerre afghane.
A part que rurneurs et le recent incident de Quetta, je ne
savais rien i prit donc un temps considerable pour me
l’expliquer, insistant sur le (aft quil mavait personnellement
choisi pour le poste et que sa decision avait lapprobation du
président. Tout cela était très flatteur mais je savais
désormais quelles énormes responsabilités jallais avoir a
endosser. Comme beaucoup de mes contemporains a cette époque, je
nétais pas convaincu de Ia sagesse de ‘a politique de notre
gouvernement vis-i-vis de l Je doutais que les Soviétiques
puissent être vaincus militairement et, vu Ia presence
d’innombrables réfugiés au Pakistan, je pensais que tOt ou tard
nous rencontrerions les mêmes problèmes que les pays arabes
hébergeant sur leur sol les Palestiniens. 11 ne me fallut que
quelques semaines pour comprendre que javais tort.
Vers Ia fin de 1983, le Pakistan était un
pays musulman sous un régime de loi martiale. Ladministrateur en
chef de Ia loi martiale était I Président Zia. TI y avait peu a
dire de Zia, le general, mais Zia, le politicien était un homme
perspicace et impitoyable dont l’apparence démentait I caractère
coriace. Benazir Bhutto le décrit un jour comme un homme court,
nerveux, donnant une impression de faiblesse, cheveux pommadés,
laqués sur une raie au milieu”. Je me souviens fort bien que,
pour un homme qui gouvernait le Pakistan, II semblait au pre
mier ahord plutôt inoffensil, se levant sans cesse de son siege
et venant au devant de ses hotes pour les accueillir avec
effusion, n’attendant jamais qu’ils viennent vers lui. Mais ceux
qui IC sous-estimaient le faisaient a leurs risques et perils,
lexemple le plus frappant étant celui du père de Benazir.
Larmée gouvernait le pays et Zia contrôlait
I’armée, dont U sur veillait et manipulait avec astuce les
officiers supérieurs pour assurer sa propre survie. Chaque
province du Pakistan avait donc un gouverneur militaire, général
de haut grade qui tenait son poste du Président. La pro vince
frontaliere du nord-ouest (NWFP North West Frontier Province) et
le Belouchistan bordaient lAlghanistan. C’étaient des provinces
de pre mière ligne, abritant une grande partie de FarmS
pakistanaise déployee sur tout leur territoire, surveillant ‘a
frontiere et étant capable de sélancer sur des positions de
combat déjà prévues, dans le cas oü Ia guerre afghane
inenacerait de déborder Ia lrontière. Le Pakistan ne se sentait
pas en sécu— rice. Linde était sur son fianc oriental,
représentant une énorme nation de 800 millions dHindous hostiles
avec lesquels Ic Pakistan sétait déjà battu trois lois. A louest
se trouvait l’Afghanistan et les Soviétiques, une super
puissance communiste dont FarmS, maintenant deployS, pouvait
facile ment atteindre les cols montagneux ouvrant Ia porte du
Pakistan, Potentiellement, cétait une situation stratégique
extrêmement dangereu se. Linde et lUnion soviétique étaient
allies sils Se mettaient d’accord, le Pakistan naurait plus que
La perspective d’être rayé de Ia carte. J’etais parfaitement au
courant de ces menaces. Comme tous les officiers, je savais pie
nos plans militaites étaient établis sur lhypothèse dune guerre
avec linde Cu, depuis 1979, avec lUnion Soviétique. Notre
nervosité était accrue du fait que 1URSS était un géant
nucleaire et que l possédait également une capacité nucléaire,
que nous cherchions a obtenir nous mêmes pour des raisons
evidentes dc defense personnelle.
La position du Pakistan était en outre
compliquee par Ia vieille que relle avec lInde au sujet du
Cachemire au N-E, les troubles fermentant au Belouchistan, oti
existait un mouvement indépendantiste de secession, et
l‘instabilité seculaire de Ia NWFP (voir carte n* 2). La NWFP
avait mu ours été une region tribale qui déflait le contrôle dun
gouvernement cen ral. En 1893, un fonctionnaire britannique
nommé Sir Mortimer Durand avait délimité une nouvelle lrontiere,
appelée depuis Ia ‘Ligne Durand”, encre cc qui est aujourdhui le Pakistan et
lAfghanistan. Bien que cette ligne ait donne au Pakistan (alors
panic de lInde tous les avantages stra tégicjues de positions
dominantes qui convenaient a Ia defense de l’Empire, c ne tenait
aucun compte des realités tribales, ethniques ou culturelles.
Elle partageait Ic pays des Pashtounes. La Grande Bretagne
n’ayait jamais sérieusement cherché a soumettre ces tribus et
ces clans bel liqueux. Ces zones situées dans les montagnes a
lest de La ligne Durand étaient méme abandonnees leurs propres
moycns. Toute Ia province NWFP était alors un camp militaire
britanni chaque regiment de linde devant faire un séjour a tour
de role six Ia frontière, oü les tribus pashtounes offraient
loccasion dun excellent entrainement pour les miii taires, avec
une suite ininterrompue dincidents et parfois de véritables
expeditions punitives. H en fut de même pour le Pakistan. Les
Pashtounes ne fürent jamais gouvernés par les Anglais, et le
Pakistan, au moment de lindépendance, reprit Ia suite dune
situation intemporelle dans laquelle les tribus locales de cette
region continuaient a gérer leur propre sort par elles-mêmes et
a alier et venir a leur guise dun côté a lautre de La frontiè
re. A tout prendre, nous les laissames poursuivre ‘curs affaires
et leurs dis senssions sans intervention du gouvernement. Les Britanniques avaient considéré que c’était La solution Ia
plus simple et Ic Pakistan fit de méme.
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